Astronomie populaire

Camille Flammarion · Chapitre 1 sur 2 · partie 2/7

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Astronomie populaire

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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 7 parties.

 

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Cette distance, ainsi calculée par la géométrie, est, on peut l' affirmer, déterminée avec une précision plus grande que celles dont on se contente dans la mesure ordinaire des distances terrestres, telles que la longueur d'une route ou d'un chemin de fer. Quoique cette affirmation puisse paraître téméraire aux yeux d'un grand nombre, il n'est pas contestable que la distance qui sépare la terre de la lune en un moment quelconque est plus exactement connue, par exemple, que la longueur précise de la route de Paris à M a r s e i l l e . ( n o u s p o u r r i o n s m ê m e a j o u t e r , s a n s c o m m e n t a i r e s , q u e l e s a s t r o n o m e s m e t t e n t incomparablement plus de précision dans leurs mesures que les commerçants les plus scrupuleux.) essayons maintenant de concevoir cette distance par la pensée. Un boulet de canon animé d'une vitesse constante de 500 mètres par seconde, emploierait 8 jours 5 heures pour atteindre la lune. Le son voyage en raison de 332 mètres par seconde (dans l'air, à la température de 0). Si l'espace qui sépare la terre de la lune était entièrement rempli d'air, le bruit d'une explosion volcanique lunaire assez puissante pour être entendue d'ici ne nous parviendrait que 13 jours 20 heures après l'événement, de sorte que si elle arrivait à l' époque de la pleine lune, nous pourrions la voir se produire au moment où elle le fait, mais nous ne l'entendrions que vers l' époque de la nouvelle lune suivante... un train de chemin de fer qui ferait le tour du monde en une course non interrompue de 27 jours, arriverait à la station lunaire après 38 semaines.

 

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Mais la lumière, qui constitue le plus rapide des mouvements connus, bondit de la lune à la terre en une seconde un quart ! La connaissance de la distance de la lune nous permet de calculer son volume réel par la mesure de son volume apparent. Puisque le demi−diamètre de la terre vue de la lune mesure 57 minutes, et que le demi−diamètre de la lune vue de la terre mesure (..), les diamètres de ces deux globes sont entre eux dans la même proportion. En faisant le calcul exact, on trouve ainsi que le diamètre de notre satellite est à celui de la terre dans le rapport de 273 à 1000 : c'est un peu plus du quart du diamètre de notre monde, lequel mesure 12732 kilomètres. Le diamètre de la lune est donc de 3484 kilomètres ; ce qui donne pour la circonférence 10940 kilomètres, pour la surface du globe lunaire 38 millions de kilomètres carrés, et pour le volume 2 2105 millions de kilomètres cubes. La surface de ce monde voisin équivaut à quatre fois environ celle du continent européen, ou, encore, à l'étendue totale des deux Amériques. Il y aurait de quoi satisfaire l'ambition d'un Charlemagne ou d'un Napoléon , et l'on comprend qu'Alexandre ait regretté de ne pouvoir étendre son empire jusque−là. Mais pour l'astronome il n'y a là qu'un jouet. Le volume de la lune est la 49 e partie du volume de la terre. Il faudrait donc 49 lunes réunies pour former un globe de la grosseur du nôtre. −il en faudrait 62 millions pour en former un de la grosseur du soleil ! On le voit, rien n'est aussi simple, rien n'est aussi sûr que ces faits en apparence merveilleux : la mesure de la distance d'un monde et celle de son volume . J'espère que

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l'on a exactement compris cette méthode si logique et si exacte de la géométrie céleste. Ainsi, avons−nous dit, la distance moyenne de la lune est de 384000 kilomètres. à cette distance, la lune tourne autour de la terre en une période de 27 jours 7 heures 43 minutes 11 secondes, avec une vitesse moyenne de 1017 mètres par seconde. L'examen du mouvement de la lune va nous faire connaître, dans l'histoire même de sa découverte, le principe fondamental du mouvement des corps célestes et de l' équilibre de la création. C'est l'examen de notre satellite qui , en effet, a conduit Newton à la découverte des lois de l' attraction universelle. Un soir, il y a deux siècles de cela, assis dans le verger du manoir paternel, un jeune homme de 23 ans méditait. Au milieu du silence du soir, une pomme, dit−on, vint à tomber devant lui. Ce fait si simple, qui aurait passé inaperçu pour tout autre, frappe et captive son attention. La lune était visible dans le ciel. Il se met à réfléchir sur la nature de ce singulier pouvoir qui sollicite les corps vers la terre ; il se demande naïvement pourquoi la lune ne tombe pas , et, à force d'y penser, il finit par arriver à l'une des plus belles découvertes dont puisse s'enorgueillir l'esprit humain. Ce jeune homme, c'était Newton ! La découverte sur la voie de laquelle il avait été mis par la chute d'une pomme, c' est la grande loi de la gravitation universelle, base principale de toutes nos théories astronomiques, d e v e n u e s s i p r é c i s e s . V o i c i p a r q u e l l e s é r i e d e raisonnements on peut concevoir l'identité de la pesanteur terrestre avec la force qui meut les astres. La pesanteur, qui

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fait tomber les corps vers la terre, ne se manifeste pas seulement tout près de la surface du sol, elle existe encore au sommet des édifices et même sur les montagnes les plus élevées, sans que son énergie paraisse éprouver aucun affaiblissement appréciable. Il est naturel de penser que cette pesanteur se ferait également sentir à de plus grandes distances, et si l'on s'éloigne de la terre jusqu'à une distance de son centre égale à 60 fois son rayon, c'est−à−dire jusqu'à la lune, il peut fort bien arriver que la pesanteur des corps vers la terre n'ait pas entièrement disparu. Cette pesanteur ne serait−elle pas la cause même qui retient la lune dans son orbite autour de la terre ? Telle est la question que Newton s'est posée. Galilée avait analysé le mouvement des corps dans leur chute vers la terre ; il avait reconnu que la pesanteur produit sur eux toujours le même effet dans le même temps, quel que soit leur état de repos ou d e m o u v e m e n t . D a n s l a c h u t e d ' u n c o r p s t o m b a n t verticalement sans vitesse initiale, elle accroît toujours la vitesse d'une même quantité dans l'espace d'une seconde, quel que soit le temps déjà écoulé depuis le commencement de la chute. Dans le mouvement d'un corps lancé vers une direction quelconque, elle abaisse le corps au−dessous de la position qu'il occuperait à chaque instant en vertu de sa seule vitesse de projection, précisément de la quantité dont elle l'aurait fait tomber verticalement dans le même temps, si ce corps eût été abandonné sans vitesse initiale. Un boulet lancé horizontalement se mouvrait indéfiniment en ligne droite et avec la même vitesse, si la terre ne l'attirait

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pas ; en vertu de la pesanteur, il s' abaisse peu à peu au−dessous de la ligne droite suivant laquelle il a été lancé, e t l a q u a n t i t é d o n t i l t o m b e a i n s i s u c c e s s i v e m e n t au−dessous de cette ligne est précisément la même que celle dont il serait tombé dans le même temps suivant la verticale, si on l' avait abandonné à son point de départ sans lui donner aucune impulsion. Prolongez la direction du mouvement imprimé tout d' abord au boulet jusqu'à la rencontre de la muraille verticale que ce boulet vient frapper ; puis mesurez la distance qui sépare le point obtenu du point situé plus bas, où la muraille a été frappée par le boulet : vous aurez précisément la quantité dont le boulet serait tombé verticalement sans vitesse initiale, pendant le temps qui s'est écoulé depuis son départ jusqu'à son arrivée sur la muraille. Ces notions si simples s'appliquent d i r e c t e m e n t à l a l u n e . à c h a q u e i n s t a n t , d a n s s o n mouvement autour de la terre, on peut l'assimiler à un boulet lancé horizontalement. Au lieu de continuer indéfiniment à se mouvoir sur la ligne droite suivant laquelle elle se trouve pour ainsi dire lancée, elle s'abaisse insensiblement au−dessous pour se rapprocher de nous en décrivant un arc de son orbite presque circulaire. Elle tombe donc à chaque instant vers nous, et la quantité dont elle tombe ainsi dans un certain temps s'obtient facilement, comme pour le boulet, en comparant l'arc de courbe qu'elle parcourt pendant ce temps avec le chemin qu'elle aurait parcouru pendant le même temps sur la tangente au premier point de cet arc, si son mouvement n'avait point subi

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d'altération.

 

Voici comment s'effectue le calcul de la quantité dont la lune tombe vers la terre en une seconde de temps : notre planète étant sphérique, et la longueur de la circonférence d'un de ses grands cercles (méridien ou équateur) étant de 40 millions de mètres, l'orbite de la lune, tracée par une ouverture de compas égale à 60 fois le rayon de la terre, aura une longueur de 60 fois 40 millions de mètres ou 2400 millions de mètres . La lune met à parcourir la totalité de cette orbite 27 jours 7 heures 43 minutes 11 secondes, ce qui fait un nombre de secondes égal à 2360591. En divisant 2400000000 mètres par ce nombre, on trouve que la lune parcourt par chaque seconde 1017 mètres, un peu plus d'un kilomètre. Pour en conclure la quantité dont la lune tombe vers la terre en une seconde, supposons qu' elle se trouve au point marqué L (Fig 55), à un certain moment, la terre se trouvant au point marqué T. Lancée horizontalement de la droite vers la gauche, la lune devrait parcourir la ligne droite La si la terre n'agissait pas sur elle ; mais, au lieu de suivre cette tangente, elle suit l'arc Lb. Le chemin parcouru en une seconde est, avons−nous dit, de 1017 mètres : or, si l'on mesure la distance qui sépare le point A du point B, on trouve la quantité dont la lune est tombée vers la terre en une seconde, puisque, sans l'attraction de la terre, elle se serait éloignée en ligne droite. Cette quantité est de 1 mm, 353, c'est−à−dire à peu près (..). Eh bien, si l'on pouvait élever une pierre à la hauteur de la lune, et, là, la laisser

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tomber, elle tomberait précisément vers la terre avec cette même vitesse de (..) dans la première seconde de chute. La pesanteur diminue à mesure qu'on s'éloigne du centre de la terre, en raison du carré de la distance, c'est−à−dire de la distance multipliée par elle−même. Ainsi, à la surface de la terre, une pierre qui tombe parcourt 4 mètres 90 centimètres dans la première seconde de chute. La lune est à 60 fois la distance de la surface au centre de la terre. La pesanteur est donc diminuée, en ce point, de (..). Pour savoir de quelle quantité tomberait en une seconde une pierre élevée à cette hauteur, il nous suffit donc de diviser 4 m, 90 par 3600. Or, (..), c'est−à−dire juste la quantité dont la lune s'éloigne par seconde de la ligne droite. Une pierre élevée à la hauteur de la lune mettrait au lieu d'une seconde, une minute à parcourir, en tombant, 4 m, 90. Pourquoi la lune ne tombe−t−elle pas tout à fait ? Parce qu' elle est lancée dans l'espace comme un boulet. Tout autre corps, boulet ou autre, lancé avec la même vitesse, à cette distance de la terre, ferait exactement comme la lune. La vitesse de son mouvement (plus d'un kilomètre par seconde) produit, comme une pierre dans une fronde, une force centrifuge dont la tendance est de l'éloigner de nous, précisément de la même quantité dont elle tend à se rapprocher à cause de l'attraction, ce qui fait qu'elle reste toujours à la même distance ! La vitesse du mouvement de la lune autour de la terre vient de la force même de notre planète. La terre est la main qui fait tourner la lune dans la fronde. Si notre planète avait plus de force, plus d'énergie qu'elle n'en a, elle ferait tourner son satellite

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plus rapidement ; si, au contraire, elle était plus faible, elle ferait tourner cette fronde moins vite. La vitesse du mouvement de la lune donne exactement la mesure de la force de la terre. Le croquis élémentaire (Fig 56) montre quelle est la force qui retient la lune dans son mouvement autour de nous : c'est l' attraction de la terre, comparable à la tension de la corde.

 

Cette même figure montre comment la lune présente toujours la même face à la terre, toujours la moitié à laquelle nous pouvons supposer la corde attachée. Tandis que la terre tourne librement sur elle−même pendant son voyage annuel autour du soleil, la lune nous reste attachée comme par un lien. à l'époque où Newton essaya de faire cette comparaison entre la pesanteur à la surface de la terre et la force qui retient la lune dans son orbite, le diamètre du globe terrestre n'était pas connu avec une exactitude suffisante. Le résultat ne répondit pas complètement à son attente : il trouva pour la quantité dont la lune tombe vers la terre en une seconde, un peu moins d'un vingtième de pouce ; mais, bien que la différence ne fût pas grande, elle lui parut suffisante pour l'empêcher de conclure à l'identité qu'il espérait trouver. La cause qui l'avait arrêté ne fut expliquée que seize ans plus tard. Pendant l'année 1682, assistant à une séance de la société royale de Londres, il y entendit parler de la nouvelle mesure de la terre faite par l'astronome français Picard, se fit communiquer le résultat auquel cet astronome était parvenu, revint aussitôt chez lui, et, reprenant le calcul qu'il avait

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essayé seize ans auparavant, il se mit à le refaire avec ces nouvelles données... mais, à mesure qu'il avançait, la précision désirée arrivait avec une évidence de plus en plus lumineuse : le penseur en fut comme mentalement ébloui, et se sentit frappé d'une telle émotion, qu'il ne put continuer et dut prier un de ses amis de terminer le calcul. C' est qu'en effet le succès de la comparaison que Newton cherchait à établir devenait complet, et ne permettait pas de douter que la force qui retient la lune dans son orbite ne fût bien réellement la même que celle qui fait tomber les corps à la surface de la terre, diminuée d'intensité dans le rapport indiqué du carré des distances. Newton avait d'ailleurs trouvé par des méthodes de calcul dont il était l'inventeur, que, sous l'action d'une pareille force dirigée vers le soleil, chaque planète devait décrire une ellipse ayant un de ses foyers au centre même du soleil ; et ce résultat était conforme à l'une des lois du mouvement des planètes établies par Képler à l'aide d'une longue suite d'observations. Il était donc autorisé à dire que les planètes pèsent ou gravitent vers le soleil, de même que les satellites pèsent ou gravitent vers les planètes dont ils dépendent ; et que la pesanteur des corps sur la terre n'est qu' un cas particulier de la gravitation manifesté dans les espaces célestes par le mouvement de révolution des planètes autour du soleil et des satellites autour des planètes. Quoi de plus naturel, dès lors, que de généraliser cette idée en disant que les astres répandus dans l'espace pèsent ou gravitent les uns vers les autres, suivant cette belle loi qui a pris place dans la science

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sous le nom d'attraction ou de gravitation universelle ! Les p r o g r è s d e l ' a s t r o n o m i e o n t a b s o l u m e n t d é m o n t r é l'universalité de cette force (dont nous ignorons d' ailleurs la cause et l'essence intime). On l'exprime par cette formule qu'il importe de retenir : la matière attire la matière, en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances . Nous développerons plus loin ces lois, au chapitre du mouvement des planètes autour du soleil (livre Iii, Ch 1 er). Ainsi fut découverte l'énigme des mouvements célestes . Toujours préoccupé de ses recherches profondes, le grand Newton était, dans les affaires ordinaires de la vie, d'une distraction devenue proverbiale...

 

on raconte qu'un jour, cherchant à déterminer le nombre de secondes qu'exige la cuisson d'un oeuf, il s'aperçut, après une minute d'attente, qu'il tenait l'oeuf à la main et avait mis cuire sa montre à secondes, bijou du plus grand prix, pour sa précision toute mathématique ! Cette distraction rappelle celle du mathématicien Ampère, qui, un jour qu'il se rendait à son cours, remarqua un petit caillou sur son chemin, le ramassa, et en examina avec admiration les veines bigarrées. Tout à coup, le cours qu'il doit faire revient à son esprit ; il tire sa montre ; s'apercevant que l'heure approche, il double précipitamment le pas, remet soigneusement le caillou dans sa poche, et lance sa montre par−dessus le parapet du pont d e s a r t s . M a i s n e p o u s s o n s p a s n o u s − m ê m e s i c i l a distraction jusqu'à oublier le sujet de notre chapitre. La lune avons−nous dit, tourne autour de la terre en une révolution

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dont la durée est de 27 jours 7 heures 43 minutes 11 secondes, avec une vitesse qui surpasse un kilomètre par seconde, soixante kilomètres par minute, et qui crée une force centrifuge tendant à éloigner à chaque instant la lune juste de la quantité dont l'attraction de notre globe tend à la rapprocher, de telle sorte, qu'en définitive, elle demeure suspendue dans l'espace, toujours à la même distance moyenne. L' orbite qu'elle décrit autour de nous mesure environ 600000 lieues de longueur. Si la lune pouvait être arrêtée sur son chemin, la force centrifuge serait supprimée, elle obéirait dès lors uniquement à l'attraction de la terre et elle tomberait sur nous, d'après le calcul que j'en ai fait, en 4 jours 19 heures 54 minutes 57 secondes, ou 417297 secondes. Nous laissons à nos lecteurs le soin de deviner q u e l g e n r e d e s u r p r i s e u n e c h u t e a u s s i f o r m i d a b l e apporterait aux habitants de la terre.

 

Pendant que la lune tourne autour de la terre, celle−ci tourne autour du soleil. Dans une intervalle de 27 jours, elle accomplit donc environ un treizième de sa révolution annuelle.

 

Cette translation de la terre, qui emporte avec elle la lune dans son cours, est cause que la période des phases lunaires, ou de la lunaison, est plus longue que celle de la révolution réelle de notre satellite. La lune est un globe obscur, comme la terre, qui n'a aucune lumière propre, et n'est visible dans l'espace que parce qu'elle est éclairée par le soleil. Celui−ci

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en éclaire, naturellement, toujours la moitié, ni plus ni moins. Les phases varient suivant la position de la lune relativement à cet astre et à nous−mêmes. Lorsque la lune se trouve entre nous et le soleil, son hémisphère éclairé étant naturellement tourné du côté de l'astre lumineux, nous ne le voyons pas : c'est l' époque de la nouvelle lune. Lorsqu'elle forme un angle droit avec le soleil, nous voyons la moitié de l ' h é m i s p h è r e é c l a i r é : c ' e s t l ' é p o q u e d e s q u a r t i e r s . Lorsqu'elle passe derrière nous relativement au soleil, elle nous présente de face tout son hémisphère illuminé : c'est la pleine lune. Pour nous rendre compte de la différence de durée entre la période des phases et la révolution de la lune (et c'est là une différence que les commençants ont quelquefois une certaine peine à bien comprendre) , considérons notre satellite au moment de la nouvelle lune. Dans cette position, nous pouvons nous figurer la terre, la lune et le soleil échelonnés sur une même ligne droite. Soit, par exemple, la position que nous avons représentée sur le dessin A de la Fig 58. La lune se trouve juste entre la terre et le soleil, au moment de la nouvelle lune. Pendant qu'elle tourne autour de nous dans le sens indiqué par la flèche, le système entier de la terre et de la lune se transporte tout d'une pièce de la gauche vers la droite, et, lorsque notre satellite a accompli une révolution précise, au bout de 27 jours, la terre et la lune se trouvent respectivement aux positions (..). Les deux lignes (..) sont parallèles. Si une étoile, par exemple, s'était trouvée juste dans la direction de la première ligne, elle se retrouverait de nouveau dans la

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direction de la seconde. Mais, pour que la lune revienne de nouveau devant le soleil, il faut qu'elle marche encore pendant 2 jours 5 heures environ ( pendant 2 jours 5 heures 0 minute et 52 secondes). Le soleil a reculé vers la gauche, par suite de la perspective de notre translation. Il en résulte que la durée de la lunaison, ou du retour de la nouvelle lune, est de 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes. C'est ce qu'on appelle la révolution synodique de la lune. La révolution réelle se nomme la révolution sidérale . Il y a, comme on le voit, entre les deux , une différence analogue à celle que nous avons remarqué (P 23) entre la durée de la rotation de la terre et la durée du jour solaire. Le mouvement propre de la lune, de l'ouest à l'est, et la succession des phases, peuvent être considérés comme les plus anciens faits de l'observation du ciel et comme la première base de la mesure du temps et du calendrier.

 

La lune est−elle habitée ? Astre de la rêverie et du mystère, pâle soleil de la nuit, globe solitaire errant sous le firmament silencieux, la lune a, dans tous les temps et chez tous les peuples, particulièrement attiré le regard et la pensée. Il y a près de deux mille ans, Plutarque a écrit un traité sous ce titre : de la face que l'on voit dans la lune, et Lucien De Samosate a fait un voyage imaginaire dans le royaume d' Endymion. Depuis deux mille ans, et surtout dans les années qui ont succédé aux premières découvertes astronomiques de la lunette d'approche, cent voyages ont été écrits sur ce monde voisin par des voyageurs dont la

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brillante imagination n'a pas toujours été éclairée par une s c i e n c e s u f f i s a n t e . L e p l u s c u r i e u x d e c e s r o m a n s scientifiques est encore celui de Cyrano De Bergerac, qui trouva là des hommes comme sur la terre, mais avec des moeurs singulières, qui n'offrent, comme on le pense, rien de commun avec les nôtres. Du temps de Plutarque, on avait déjà imaginé sur la lune des êtres analogues à nous, mais, je ne sais pourquoi , quinze fois plus grands. Dans la première moitié de notre siècle, en 1835, on colporta dans l'Europe entière une prétendue brochure de Sir John Herschel, représentant les habitants de la lune munis d'ailes de chauves−souris et volant « comme des canards » au−dessus des lacs lunaires. Edgard Poë a fait faire le voyage de la lune en ballon à un intéressant bourgeois de Rotterdam, et a fait redescendre un habitant de la lune à Rotterdam pour donner des nouvelles du voyage. Plus récemment encore, Jules Verne a lancé un wagon−boulet vers la lune ; mais il est regrettable que ses voyageurs célestes n' aient pas même entrevu les sélénites et n'aient rien pu nous apprendre des choses qui les concernent. Cette l u n e c h a r m a n t e a s u b i d a n s l ' o p i n i o n h u m a i n e l e s vicissitudes de cette opinion elle−même, comme si elle eût été un personnage politique. Tantôt séjour admirable, paradis terrestre et céleste à la fois, région bénie du ciel, enrichie d'une vie luxuriante, habitée par des êtres supérieurs ; tantôt séjour épouvantable, déshérité de tous les dons de la nature, désert et taciturne, véritable tombeau ambulant oublié dans l'espace. Avant l'invention du

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télescope, les philosophes étaient naturellement portés à voir en elle une terre analogue à celle que nous habitons. Lorsque Galilée eut dirigé la première lunette vers ce globe et reconnu là des montagnes et des vallées analogues aux reliefs de terrain qui diversifient notre planète, et de vastes plaines grises que l'on pouvait facilement prendre pour des mers, la ressemblance entre ce monde et le nôtre parut évidente, et on le peupla aussitôt, non d'une humanité réelle, mais d'animaux variés. On dessina les premières cartes, et l'on s'accorda à baptiser les grandes taches des noms de mers qu'elles portent encore aujourd' hui. Au temps d'Huygens, d'Hévélius, de Cassini, de Bianchini, on construit des lunettes de plus de cent pieds, dont ce dernier auteur a donné, dans son ouvrage sur Vénus, le curieux s p é c i m e n r e p r o d u i t i c i ; m a i s c e s l u n e t t e s , n o n achromatiques, ne valaient pas nos lunettes actuelles de cinq mètres. Les astronomes, les penseurs, le public intelligent luimême, espéraient voir un progrès rapide dans l'agrandissement des télescopes, et on proposa même, sous Louis Xiv, de construire une « lunette de dix mille pieds devant montrer des animaux dans la lune. » mais les opticiens avaient beau faire, les progrès de l'optique n'allaient pas au gré de l'imagination. Au contraire, plus les instruments se perfectionnaient, et plus s'effaçaient les analogies d'abord remarquées entre la lune et la terre. Les mers laissant distinguer nettement leur surface, on constatait que cette surface n'est ni liquide, ni unie, mais sablonneuse et rugueuse, accidentée de mille reliefs,

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collines, vallées, cratères, cirques , etc. L'observation attentive ne parvenait à découvrir sur cet astre, ni une seule vraie mer, ni un seul lac, ni aucune preuve certaine de la présence de l'eau sous quelque forme que ce fût : nuage, neige ou glace. L'observation non moins attentive des étoiles et des planètes, aux moments où la lune passe devant elles et les occulte, montrait en même temps que ces astres ne sont ni voilés ni réfractés lorsqu'ils touchent le bord du disque lunaire, et que, par conséquent, ce globe n'est environné d'aucune atmosphère sensible. L'analogie qu'on avait cru saisir entre ces deux mondes s'évanouissait, la vie lunaire disparaissait en fumée, et l'on s'habitua peu à peu à écrire dans tous les livres d'astronomie cette phrase devenue déjà traditionnelle : la lune est un astre mort . C'était conclure un peu vite. C'était surtout s'illusionner singulièrement sur la valeur du témoignage télescopique. Mon ancien maître et ami, Babinet, prétendait que, s'il y avait sur la lune des troupeaux d'animaux analogues aux troupeaux de buffles de l'Amérique ou des troupes de soldats marchant en ordre de bataille, ou des rivières, des canaux et des chemins de fer, ou des monuments comme notre−dame, le louvre et l'observatoire, le grand télescope de Lord Rosse permettrait de les reconnaître. On disait, en effet, que ce télescope colossal, dont la longueur dépasse 16 mètres, et dont le miroir offre un diamètre de 1 mètre 83 centimètres (le plus grand qu'on ait encore construit même à l'heure actuelle : Fig 83), pourrait supporter des grossissements de six mille fois. Or, comme grossir un objet

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lointain ou le rapprocher, c'est géométriquement la même chose, si, en effet, on pouvait rapprocher de six mille fois la lune, on la verrait à 16 lieues. Mais le télescope de Lord Rosse n' est pas parfait, et, loin de pouvoir supporter de tels grossissements de six mille, on ne peut pas, si l'on veut voir nettement, dépasser deux mille. Le meilleur télescope, avec celui de Lord Rosse, est le grand télescope de Lassell, de 1 mètre 22 de diamètre, et de 11 mètres de longueur. Les plus puissantes lunettes sont celles de l'observatoire du mont Hamilton (Californie) et de l'observatoire de Nice ; la première possède un objectif de 97 centimètres ( 91 d' ouverture libre) et mesure 15 mètres de longueur ; la seconde possède un objectif de 76 centimètres ( 74 d'ouverture libre) et mesure 18 mètres de longueur. Ces deux grands instruments ont été installés en 1887. Or, les p l u s f o r t s o c u l a i r e s q u ' o n p u i s s e a p p l i q u e r à c e s chefs−d'oeuvre de l'art optique ne dépassent pas deux mille non plus, et dans les conditions atmosphériques les plus favorables. à quoi sert de grossir démesurément une image qui cesse d'être pure et de pouvoir être utilement observée ? Comme nous le faisions remarquer plus haut, la plus grande proximité à laquelle nous puissions amener la lune, dans les meilleures conditions, c'est donc 90 kilomètres ou 44 à 45 lieues. Or, je le demande, que peut−on distinguer et reconnaître à une distance pareille ? L' apparition ou la d i s p a r i t i o n d e s p y r a m i d e s d ' é g y p t e y p a s s e r a i t probablement inaperçue. « on n'y voit rien remuer ! » objecte−ton assez souvent. Je le crois sans peine. Il faudrait

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un fameux tremblement de terre (ou tremblement de lune) pour qu'il fût possible de s'en apercevoir d'ici, et encore faudrait−il aussi que, justement à cet instant−là, il y eût un astronome terrestre, favorisé d'un ciel pur et d'un puissant instrument, occupé à examiner précisément la région du cataclysme ; nous ne serions prévenus par aucun bruit, et la catastrophe la plus épouvantable pourrait survenir, la lune tout entière pourrait éclater en mille tonnerres, que le plus léger écho ne traverserait pas le ciel qui nous en sépare. Lors donc qu'on déclare que la lune est inhabitée, parce qu'on n'y voit rien remuer, on s'illusionne singulièrement sur la valeur du témoignage télescopique. à quelques kilomètres de hauteur, en ballon, par un ciel pur et un beau soleil, on distingue à l'oeil nu les villes, les bois, les champs, les prairies, les rivières, les routes ; mais on ne voit rien remuer non plus, et l'impression directement ressentie (je l'ai bien souvent éprouvée dans mes voyages aériens) est celle du silence, de la solitude, de l'absence de la vie. Aucun être vivant n'est déjà plus visible, et si nous ne savions pas qu'il y a des moissonneurs dans ces campagnes, des troupeaux dans ces prairies, des oiseaux dans ces bois, des poissons dans ces eaux, rien ne pourrait nous le faire deviner. Si donc la terre est un monde mort, vue seulement à quelques kilomètres de distance, quelle n'est pas l'illusion humaine d'affirmer que la lune soit vraiment un monde mort, parce qu'elle le paraît vue à cinquante lieues et davantage, car ce n'est qu' exceptionnellement qu'on peut employer les plus forts grossissements, et en général, on

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n'applique pas à l' observation de la lune des grossissements supérieurs à mille !

 

Que peut−on saisir de la vie à une pareille distance ? Rien, assurément, car forêts, plantes, cités, tout disparaît.

 

Le seul moyen que nous ayons de nous former une opinion exacte de l'état du monde lunaire, c'est d'observer avec soin et de dessiner séparément certains districts, puis de comparer d'année en année ces dessins avec la réalité, en tenant compte de la différence des instruments employés. Il faut accorder une certaine cause de variété à la différence des yeux des observateurs ainsi qu'à la transparence de l'atmosphère. Il faut aussi tenir compte de la différence d'éclairement suivant la hauteur du soleil, attendu que plus le soleil est oblique et plus les reliefs du terrain sont visibles. Les différences observées sont même extraordinaires. On n'y croirait pas si on ne les voyait pas. J'ai voulu faire apprécier à mes lecteurs ces étonnantes différences en reproduisant en chromo−lithographie deux admirables dessins de mon illustre ami Piazzi Smith, directeur de l'observatoire d'édimbourg : ils représentent la même région , la mer des crises, éclairée obliquement et normalement. Quel surprenant contraste entre ces deux vues ! Or, cette méthode critique, appliquée depuis quelques années, ne confirme pas l'hypothèse de la mort du monde lunaire. Elle nous apprend, au contraire, que des changements géologiques et même météorologiques paraissent encore s'accomplir à la surface

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de notre satellite.

 

Et, d'abord, la surface lunaire ne peut guère faire autrement que de changer, aussi bien que la surface terrestre. Sur notre planète, il est vrai, nous avons encore de v i o l e n t e s é r u p t i o n s v o l c a n i q u e s e t d e d é s a s t r e u x tremblements de terre ; nous avons les vagues de l'océan, qui, rongeant les rivages sous les falaises et pénétrant les embouchures des fleuves, modifient incessamment les contours des continents (comme je l'ai constaté de mes yeux le long des côtes françaises) ; nous avons les mouvements du sol, qui s'élève et s'abaisse au−dessous du niveau de la mer, comme chacun peut le voir à Pouzzoles, en Italie, ainsi qu'en Suède et en Hollande ; nous avons le soleil, la gelée, les vents, les pluies, les rivières, les plantes, les animaux et les hommes, qui modifient sans cesse la surface de la terre. Néanmoins, sur la lune, il y a deux agents qui suffisent pour opérer des modifications plus rapides encore : c'est la chaleur et le froid. à chaque lunaison, la surface de notre satellite subit des contrastes de température qui suffiraient pour désagréger de vastes contrées, et, avec le temps , faire écrouler les plus hautes montagnes. Pendant la longue nuit lunaire, sous l'influence d'un froid plus que glacial, toutes les substances qui composent le sol doivent se contracter plus ou moins, suivant leur nature. Puis, le sol doit s' échauffer sous la radiation directe d'un soleil sans nuages et atteindre un haut degré de température malgré l'absence ou la raréfaction de l'atmosphère, comme on le constate en

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ballon et sur les montagnes, et tous les minéraux qui, quinze jours auparavant, étaient réduits à leurs plus petites dimensions, doivent se dilater dans des proportions diverses. Si nous considérons les effets que l'hiver et l'été produisent sur la terre, nous concevrons ceux qui doivent être produits au centuple de la lune par cette succession de condensations et de dilatations dans des matériaux qui sont moins cohérents, moins massifs que ceux de la terre. Et si nous ajoutons que ces contrastes sont répétés, non pas année par année, mais mois par mois, et que toutes les circonstances qui les accompagnent doivent les exagérer encore, il ne paraîtra certainement pas étonnant que des variations topographiques se produisent actuellement à la surface de la lune, et que, loin de désespérer de les reconnaître, nous puissions au contraire nous attendre à les constater. D ' a i l l e u r s , n o u s n e p o u v o n s p a s a f f i r m e r qu'indépendamment des variations dues au règne minéral, il n'y en ait pas qui puissent être dues à un règne végétal, ou même à un règne animal, ou−qui sait ? −à des formations vivantes quelconques, qui ne soient ni végétales ni animales.

 

Mais des opérations volcaniques paraissent encore se manifester.

 

Un volcan plus gros que le Vésuve a dû se former ou tout au moins s'agrandir de manière à devenir visible, dans le cours de l'année 1875, au milieu d'un paysage bien connu des sélénographes. Lorsque la lune arrive à son premier

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quartier, le soleil commence à éclairer la surface de la « mer des vapeurs » , région fort heureusement située vers le centre du disque lunaire.

 

On remarque là, parmi plusieurs beaux cratères, celui qui a reçu le nom d'Agrippa. Autour de ce cirque, le terrain descend en pente, et aboutit à une plaine. On distingue à travers cette plaine une sorte de fleuve, coupé presque au milieu du chemin par un petit cratère, nommé Hyginus. Bien souvent, j'ai observé cette curieuse région du monde lunaire, et j'en ai fait un grand nombre de dessins, dont les plus complets sont des 31 juillet 1 873, 1 er août, 29 octobre, 27 novembre de la même année, 24 avril 1874. Or, au nord−ouest du cratère d'Hyginus, aucun des astronomes qui ont observé et dessiné cette région n'avait jamais vu ni décrit un cirque de 4500 mètres de diamètre, qui y est actuellement visible et que l'un de nos sélénographes contemporains les plus laborieux, M J Klein, de Cologne, a vu pour la première fois le 19 mai 1876. N'avoir pas vu une chose , même en regardant à la place où elle pouvait être, ne prouve pas qu'elle n'existait point ; mais, lorsque les observateurs ont été nombreux et attentifs et lorsque l'objet est bien apparent, il n'est guère possible de douter. C'est le cas du nouveau cirque, et le doute qui reste provient des nombreuses irrégularités de ce terrain, fort difficiles à dessiner rigoureusement. Il y a en Angleterre une société dont tous les membres jurent fidélité à la lune et s'engagent à ne pas l' oublier un seul mois : c'est la Selenographical Society ; elle

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s'est empressée de publier dans son journal sélénographique les détails donnés par le professeur Klein et les observations qui ont confirmé sa découverte. Pour ma part, comme je le disais tout à l'heure, quoique je n'aie pas fait de notre satellite l' objet exclusif de mes observations, j'ai passé bien souvent de longues soirées à étudier au télescope sa curieuse topographie, et j'ai pris entre autres, en 1873 seulement, une trentaine de dessins de la vallée d'Hyginus, qui m'a toujours particulièrement attiré. (Voy les terres du ciel , P 322).

 

Or, je ne puis reconnaître sur aucun de mes dessins le nouveau cratère, que j'ai plusieurs fois aperçu depuis. La Fig 84 représente cette région. Le changement observé est arrivé à gauche et au−dessous du point marqué (..) sur cette petite carte.

 

Dans la mer du nectar, on voit un petit cratère, dont le diamètre mesure environ 6000 mètres, s'élevant isolé au milieu d'une vaste plaine. Eh bien, ce cratère est tantôt visible et tantôt invisible... de 1830 à 1837, il était certainement invisible, car deux observateurs, absolument é t r a n g e r s l ' u n à l ' a u t r e , M a e d l e r e t L o h r m a n n , o n t minutieusement analysé, décrit et dessiné ce pays lunaire, et vu, tout près de la position qu'il occupe, des détails de terrains beaucoup moins importants que lui −même, sans en avoir le moindre soupçon. En 1842 et 1843, Schmidt observa cette même contrée sans l'apercevoir. Il le vit pour la première fois en 1851. On le distingue fort bien sur une

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photographie directe de Rutherfurd, prise en 1865. Mais en 1875, le sélénographe anglais Neison examina, dessina et décrivit, avec les détails les plus minutieux et les mesures les plus précises, ce même endroit, sans apercevoir aucune trace de volcan. Depuis, on l'a revu plusieurs fois. Il semble q u e l ' e x p l i c a t i o n l a p l u s s i m p l e à d o n n e r d e c e s changements de visibilité serait d'admettre que ce volcan émet parfois de la fumée ou des vapeurs qui restent quelque temps suspendues audessus de lui et nous le masquent, comme il arriverait pour un aéronaute planant à quelques kilomètres au−dessus du Vésuve aux époques de ses éruptions. L'observation assidue d'un grand nombre d'autres points lunaires, notamment des deux cratères jumeaux de Messier, du monticule blanc Linné, des tracés qui traversent l'arène du grand cirque sombre de Platon, conduit à admettre la probabilité, sinon la certitude, de variations actuelles. ( V o y l e s t e r r e s d u c i e l . ) p o u r s e d é f e n d r e d e c e s conséquences nouvelles, il faudrait admettre que tous les observateurs de la lune, bien connus pour les soins qu'ils ont apportés dans leurs études et pour la précision qu'ils ont toujours obtenue, aient mal vu toutes les fois que nous ne comprenons pas les faits observés. Ce serait là une autre hypothèse, moins soutenable que celle de variations parfaitement admissibles. Des flammes de volcans seraient−elles visibles à la distance à laquelle nous voyons la lune au télescope ? Non, à moins d'être d'une violence et d'une lumière beaucoup plus intenses que celles des volcans terrestres. Ces brumes, brouillards, vapeurs ou fumées, dont

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il devient de moins en moins possible de douter, avaient même conduit Schroeter à penser que leurs situations parfois singulières semblaient accuser quelque origine industrielle , fourneaux, usines, des habitants de la lune ! L'atmosphère des villes industrielles, remarquait−il, varie suivant les heures du jour et le nombre de feux allumés. On rencontre souvent dans l'ouvrage de cet observateur des conjectures « sur l'activité des sélénites » . Il crut aussi observer des changements de couleur pouvant être dus à des modifications dans la végétation ou à des cultures. L'observation attentive et persévérante du monde lunaire n'est point aussi dépourvue d' intérêt qu'un grand nombre d'astronomes se l'imaginent. Sans doute, tout voisin qu'il est, ce monde diffère plus du nôtre que la planète Mars, dont l'analogie avec la terre est si manifeste, et qui doit être habitée par des êtres différant fort peu de ceux qui constituent l'histoire naturelle terrestre et notre humanité même ; mais, quoique très différent de la terre, il n'en a pas moins sa valeur et son intérêt. Et d' ailleurs, pourquoi supposer qu'il n'y ait pas sur ce petit globe une végétation plus ou moins comparable à celle qui décore le nôtre ? Des forêts épaisses comme celles de l'Afrique centrale et de l'Amérique Du Sud pourraient couvrir de vastes étendues de terres sans que nous puissions encore les reconnaître . Il n'y a point sur la lune de printemps et d'automne, et nous ne pouvons nous fier aux variations de nuances de nos plantes boréales, à la verdure de mai ni à la chute des feuilles jaunies par octobre, pour nous figurer étroitement que la

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végétation lunaire doive offrir les mêmes aspects ou ne pas exister. Là, l' hiver succède à l'été de quinze en quinze jours : la nuit, c' est l'hiver ; le jour, c'est l'été. Le soleil r e s t e a u − d e s s u s d e l ' h o r i z o n p e n d a n t q u i n z e f o i s vingt−quatre heures : telle est la durée de la journée lunaire et de l'été ; pendant quinze jours aussi le soleil reste sous l'horizon : telle est la durée de la nuit lunaire et de l'hiver. Ce sont là des conditions climatologiques absolument différentes de celles qui régissent la végétation terrestre. Dans les climats intertropicaux, où il n'y a ni hiver ni été, les arbres ne changent pas de couleur. Nous avons aussi dans nos climats des plantes à feuillage persistant, des arbustes qui ne varient pas davantage avec les saisons ; et quant au type même de la verdure végétale, à l'herbe des prairies, elle reste aussi verte en hiver qu'en été. Or, il se présente ici une série de questions qui restent sans réponse : existe−t−il sur la lune des êtres passifs analogues à nos végétaux ? S'ils existent, sont−ils verts ? S'ils sont verts, changent−ils de couleur avec la température, et, s'ils varient d'aspect, ces variations peuvent−elles être aperçues d'ici ?

 

Q u e l l e l u m i è r e l ' o b s e r v a t i o n t é l e s c o p i q u e n o u s apporte−t−elle sur ces points obscurs ? Assurément, il n'y a dans toute la topographie lunaire aucune contrée aussi verte qu'une prairie ou une forêt terrestre, mais il y a sur certains terrains des nuances distinctes, et même des nuances changeantes. La plaine nommée mer de la sérénité présente

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une nuance verdâtre traversée par une zone blanche invariable. L'observateur Klein a conclu de ses observations que la teinte générale, qui est quelquefois plus claire, est due à un tapis végétal, lequel d'ailleurs pourrait être formé de plantes de toutes les dimensions, depuis les mousses et les champignons jusqu'aux sapins et aux cèdres, tandis que la traînée blanche invariable représenterait une zone déserte et stérile. Les astronomes qui se sont le plus occupés des photographies lunaires sont aussi d'opinion que la teinte foncée des taches nommées mers, teinte si peu photogénique qu' elle impressionne à peine la plaque sensible (de sorte qu'il faut un temps de pose plus long pour photographier les régions sombres que les régions claires) doit être causée par une absorption végétale . Cette nuance verdâtre de la mer de la sérénité varie légèrement, et parfois elle est très marquée. La mer des humeurs offre la même teinte, entourée d'une étroite bordure grisâtre. Les mers de la fécondité, du nectar, des nuées, ne présentent pas cet aspect, et restent à peu près incolores, tandis que certains points sont jaunâtres, comme par exemple le cratère Lichtenberg et le marais du sommeil. Est−ce là la couleur des terrains eux−mêmes, ou bien ces nuances sont−elles produites par des végétaux ? Remarque assez singulière, il y a des vallées et des plaines qui changent de teinte avec l' élévation du soleil au−dessus d'elles. Ainsi, l'arène du grand et admirable cirque de Platon s'assombrit à mesure que le soleil l'éclaire davantage , ce qui paraît contraire à tous les effets optiques imaginables. Après la pleine lune, époque

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qui représente le milieu de l'été pour cette longitude lunaire, la surface apparaît au télescope beaucoup plus foncée qu'aucun autre point du disque lunaire. Il y a 99 à parier contre 1 que ce n'est pas la lumière qui produit cet effet, et que c'est la chaleur solaire, dont on ne tient pas assez souvent compte, lorsqu'on s'occupe des modifications de teintes observées sur la lune, quoiqu'elle soit tout aussi intimement liée que la lumière à l'action du soleil. Il est hautement probable que ce changement périodique de teinte de la plaine circulaire de Platon, visible chaque mois pour tout observateur attentif, est dû à une modification de nature v é g é t a l e c a u s é e p a r l a t e m p é r a t u r e . L a c o n t r é e d u nord−ouest d'Hyginus, dont nous avons déjà parlé, présente des variations analogues. On voit aussi, dans la vaste plaine fortifiée baptisée du nom d' Alphonse, trois taches qui sortent pâles, le matin, de la nuit lunaire, s'obscurcissent à mesure que le soleil s'élève, et redeviennent pâles le soir au coucher du soleil. Loin donc d' être en droit d'affirmer que le globe lunaire soit dépourvu d' aucune vie végétale, nous avons des faits d'observation qui sont difficiles, pour ne pas dire impossibles, à expliquer, si l'on admet un sol purement minéral, et qui, au contraire, s' expliquent facilement en admettant une couche végétale, de quelque forme qu'elle soit d'ailleurs. Il est regrettable qu' on ne puisse pas analyser d'ici la composition chimique des terrains lunaires, comme on analyse celle des vapeurs qui enveloppent le soleil et les étoiles ; mais nous ne devons pas désespérer d'y parvenir, car, avant l' invention de l'analyse spectrale, on n'eût point

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imaginé la possibilité d'arriver à d'aussi merveilleux résultats. Quoi qu' il en soit, nous sommes fondés à admettre actuellement que le globe lunaire a été autrefois le siège de mouvements géologiques formidables dont toutes les traces restent visibles sur son sol si tourmenté, et que ces mouvements géologiques ne sont pas éteints ; que ces mers ont été couvertes d'eau, et que cette eau n'a peut−être pas encore absolument disparu ; que son atmosphère paraît réduite à sa dernière expression, mais n'est pas anéantie , et que la vie, qui depuis des siècles de siècles doit rayonner à sa surface, n'est probablement pas encore éteinte.

 

Les êtres et les choses lunaires diffèrent inévitablement des êtres et des choses terrestres. Le globe lunaire est 49 fois plus petit que le globe terrestre et 81 fois moins lourd. Un mètre cube de lune ne pèse que les six dixièmes d'un mètre cube de terre. Nous avons vu aussi que la pesanteur à la surface de ce monde est six fois plus faible qu'à la surface du nôtre ; et qu' un kilogramme transporté là et pesé à un dynamomètre n'y pèserait plus que 164 grammes. Les climats et les saisons y diffèrent essentiellement des nôtres. L'année est composée de douze jours et de douze nuits lunaires, durant chacun 354 heures, le jour étant le maximum de température et l'été, la nuit étant le minimum et l'hiver, avec une différence thermométrique de plus de cent degrés probablement, si l' atmosphère est partout extrêmement rare. Voilà plus de divergence qu'il n'en faut pour avoir constitué sur ce globe un ordre de vie absolument

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distinct du nôtre. Il pourrait se faire que nous eussions sous les yeux des cultures des plantations, des chemins, des villages, des cités populeuses, et, si la vision télescopique devenait assez perçante, des édifices, des habitations même, sans que l'idée pût nous venir de voir dans ces objets des oeuvres dues à la main des sélénites, −si toutefois encore ils ont des mains... nous ne les reconnaîtrions pas. Ce qu'il faudrait voir, c'est du mouvement , ne fût−ce que celui d'un troupeau. Répétons−le, nos meilleurs télescopes ne rapprochent pas la lune à moins d'une cinquantaine de lieues. Or, à une pareille distance, non seulement il nous est impossible de distinguer les habitants d' un monde, mais encore les oeuvres matérielles de ces habitants eux−mêmes restent invisibles ; chemins, canaux, villages, cités populeuses même, restent cachés par l'éloignement. On prend, il est vrai, d'admirables photographies, et ces photographies possèdent à l'état latent tout ce qui existe à la surface de la lune. s'il y a des habitants, ils y sont, eux, leurs demeures, leurs travaux, leurs cultures, leurs édifices, leurs cités ! Oui, ils y sont ! Et il est difficile de se défendre d' une certaine émotion, lorsqu'on tient une de ces photographies entre les mains, et qu'on se dit que les habitants de la lune sont là (s'ils existent), et qu'un grossissement suffisant pourrait permettre de les apercevoir, comme on voit au microscope l'étrange population d'une goutte d'eau ! Malheureusement, ces photographies, tout admirables qu'elles sont, ne sont pas parfaites ; on les agrandit bien un peu, cinq fois, dix fois, mais on agrandit en même temps le

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grain et les imperfections de l'image, et tout devient vague et diffus, moins utile et moins agréable à analyser que le cliché primitif. Nous ne pouvons donc que nous restreindre à étudier avec soin les plus petits détails, à les dessiner exactement, à les réobserver d'année en année, et à constater les variations ou mouvements qui pourraient s'y produire. Ceux qui s'appuient sur la différence qui existe entre la lune et la terre pour nier la possibilité de toute espèce de vie lunaire font, non pas un raisonnement de philosophe, mais ( qu'ils me pardonnent cette expression ! ) un raisonnement de poisson ! ... tout poisson raisonneur est naturellement convaincu que l'eau est l'élément exclusif de la vie, et qu'il n'y a personne de vivant hors de l'eau. D'autre part, un habitant de la lune se noierait sûrement en descendant dans notre atmosphère si lourde et si épaisse (chacun de nous en supporte 15000 kilogrammes). affirmer que la lune est un astre mort parce qu'elle ne ressemble pas à la terre, serait le fait d'un esprit étroit, s'imaginant tout connaître et osant prétendre que la science a dit son dernier mot. Cette vie lunaire n'ayant pu être formée sur le même plan que la vie terrestre, tout ce que nous pouvons assurer sur cette question, si ancienne et si débattue, c'est que les habitants de la lune, s'ils existent, doivent être absolument différents de nous comme organisation et comme sens, et certainement bien plus différents de nous par leur origine que ne le sont les habitants de Vénus ou de Mars. Ne perdons pas de vue, d'ailleurs, que l' hémisphère lunaire que nous ne connaissons p a s e s t p l u s l é g e r q u e c e l u i − c i , e t q u e , q u o i q u e s a

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