Au pays russe

Jules Legras · Chapitre 19 sur 19

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Au pays russe

Fin

Cette vision entrevue m'a frappé : ce paysan en haillon m'est apparu comme un symbole du moujik russe, et tout le paysage, en mon esprit, s'est transformé. La route boueuse qui, sous les grisailles du crépuscule, coupe la morne plaine, et va se perdre tout là-haut, sur la ligne claire du ciel, c'est bien la route de civilisation que suit ce peuple enfant, cet obscur rêveur : lentement, avec des ornières et des coudes, elle monte, elle monte là-haut. Et lui, le paysan en sandales d'écorce, lui qui regarde vaguement au loin, insouciant du train qui passe, c'est bien le résigné paysan russe : sans un regard en arrière, il s'avance, avec son petit cheval ami, et il vainc la distance, la fatigue, l'ennui ; il va, presque inconscient ; il monte tout doucement, sans élans brusques, sans découragements, d'une montée lente, sur la route boueuse, cahoteuse et grise, qui va se perdre en pleine clarté...

Que sera-t-il, quand il parviendra tout là-haut ?

 

FIN

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Jules Legras

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