AZ (Collection Horus)

Alise Adams · Chapitre 7 sur 7

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AZ (Collection Horus)

Chapitre V

Quand il revint dans le petit salon, son amant n'était plus là. Il s'installa dans son fauteuil avec un verre de liqueur. Qu'allait-il advenir de lui ? Le comte qui venait de signer son troisième contrat avec un ange démoniaque ?

 

V

 

Huit ans plus tard

 

Azraël n'avait jamais cessé d'observer Jules, de loin en loin. Il avait vu son premier enfant naître. Et le deuxième, ainsi que le troisième. La comtesse attendait à présent le quatrième. Il n'était plus jamais intervenu dans la vie de son amant, malgré le contrat. Bien sûr, il aurait pu se présenter, accorder ses faveurs et attendre celles du comte en retour. Or, il avait ressenti le besoin de s'éloigner de lui. Il s'était dangereusement attaché à ce mortel, ça lui aurait apporté des ennuis s'il n'avait pas mis un terme à leur relation.

Il avait obtenu le contrat, le troisième, celui qui lui importait le plus. Le reste n'aurait pas dû compter. Pourtant, il revenait inlassablement regarder Jules vivre, vieillir, alors que lui-même ne prenait pas une ride. Comme il l'avait prévu, son premier enfant fut une fille. Le deuxième fit la joie de son père en étant un garçon. Le troisième fut à nouveau un futur comte et Azraël savait que c'était le cas du quatrième également. Ça promettait sûrement de longues disputes familiales pour le partage de l'héritage le moment venu. Il soupira bruyamment, personne ne pouvait l'entendre quand il errait dans l'entre-deux mondes, de toute façon. Le jour était venu.

Il passa par les cuisines et vit, amusé, la cuisinière en chef mettre la touche finale au gâteau d'anniversaire.

Jules jouait avec son dernier-né. Il ne passait pas beaucoup de temps avec ses enfants, mais aujourd'hui était un jour particulier. Il pouvait bien laisser les affaires et la politique de côté pour se consacrer un peu à sa famille. Son épouse n'avait jamais été plus aimante et attentionnée que ces dernières années. Ses écarts masculins étaient loin, bien loin derrière lui. Il ne se passait pas une nuit sans qu'il ne pense à son ange aux cheveux blancs. Mais il n'avait plus jamais trompé sa femme qu'avec d'autres femmes… Bien sûr, il n'était pas parfait. L'idéal aurait été de ne plus partager sa couche qu'avec elle. Mais depuis qu'Azraël lui avait fait signer son premier contrat, il n'avait jamais cessé d'attirer les femmes, comme du temps de son célibat. La comtesse n'était pas dupe, elle l'avait épousé en sachant qu'il était de ces dandys impossibles à garder en laisse… Elle composait avec. En contrepartie, il la laissait gérer la propriété comme elle l'entendait. Il partait souvent en ville régler ses affaires, aussi, elle était libre de vivre sa vie sans rendre de compte à son mari.

Il laissa les enfants avec la gouvernante et s'étira en se rendant dans son salon privé. Il sentait le poids des années, plus aujourd'hui que n'importe quand, d'ailleurs.

La soirée fut animée, son épouse avait organisé une réception digne d'un prince, avec les titrés les plus en vue du moment. Les apparences, toujours les apparences. Il n'avait que trente-trois ans, diantre ! Pourquoi avait-elle tenu à en faire tout un plat ?

Azraël se repaissait du spectacle de ce bal donné en l'honneur de son comte. Il avait été plus qu'aisé de mettre cette idée de fête démesurée dans la tête de sa stupide épouse. Il avait souhaité que cette soirée soit particulière. L'anniversaire de son amant, son amour, méritait bien ça !

Jules alla se coucher seul. Son épouse était éreintée et il n'avait plus tellement envie de la toucher, maintenant qu'elle était à nouveau grosse. Comme à son habitude, il fit un détour par son petit salon afin de s'octroyer un dernier verre de liqueur au coin du feu. Il fut un peu surpris de reconnaître sa silhouette dans son fauteuil où plus personne ne s'asseyait jamais. Mais pas tant que ça.

— Je savais que tu finirais par venir me réclamer ma part du contrat, lança-t-il à l'ange de la mort tout en servant deux verres d'eau-de-vie.

— Et moi, je savais que tu ne pourrais plus toucher un autre homme que moi, répondit simplement l'ange sans tourner la tête.

— Ne traînons pas. Tu vois bien que je ne rajeunis pas. Qu'attends-tu de moi ?

— Tu es toujours si pressé, mon cher Jules, quel que soit ton âge, tu restes impétueux, impatient… Sirotons ce verre comme deux bons amis, veux-tu ?

— Soit, répondit le comte en prenant place dans son fauteuil.

Il observa Azraël sans chercher à être discret. De toute façon, l'ange savait et voyait tout. Inutile d'essayer de le tromper. Il constata qu'il n'avait pas vieilli. En huit ans, il était resté fidèle au souvenir que Jules chérissait dans sa mémoire. Ses cheveux avaient exactement la même longueur et lui retombaient toujours dans le milieu du dos. Ses yeux n'avaient pas droit aux pattes d'oie qui encadraient ceux, fatigués, de Jules. Sa peau était toujours aussi lisse et il aurait aimé le caresser pour s'assurer que son toucher demeurait soyeux comme avant. L'ange esquissa un sourire. Bien sûr, il savait ce que Jules avait en tête, comme toujours.

— Alors, Az qu'as-tu fait toutes ces années ? demanda Jules, pour se distraire de la tension qui naissait dans son bas-ventre.

— J'ai bourlingué, tu me connais, je ne tiens pas en place. Le travail, les affaires, les âmes, les contrats… Ça m'a pas mal occupé, répondit l'ange en agitant la main comme pour chasser un insecte invisible.

— Et tu m'as oublié ? lança Jules.

Il aurait voulu que le ton de reproche ne suinte pas autant dans sa voix comme ça avait été le cas. La vérité était que de revoir Azraël ravivait en lui des douleurs qu'il avait gardées enfouies tout ce temps. Oui, son ange lui avait terriblement manqué, oui il avait souffert de son absence. Et son ancien amant le savait forcément. Il sentit la rancœur monter en lui et fit un effort monumental pour qu'elle reste sous la surface. Ce n'était pas le moment de faire une crise de jalousie. Il n'y avait plus rien entre eux, il était temps qu'il se fasse une raison. Azraël ne devait même plus le voir comme un partenaire potentiel, il avait tellement vieilli ! Sa peau s'était ternie, il avait même repéré quelques cheveux gris dans sa chevelure. Non, l'ange s'était bien entendu entiché d'un jeune homme de dix-huit ans, comme ça avait commencé avec lui…

— Tu te trompes, mon cher Jules. Bien sûr, j'ai eu des amants, je suis un homme après tout. Enfin, tu comprends ce que je veux dire, ricana-t-il à sa plaisanterie. Mais jamais je n'ai trouvé un partenaire à ta hauteur.

— Pourquoi es-tu là ce soir ?

— Je voulais te souhaiter un bon anniversaire ! s'enthousiasma l'ange.

— Merci. Maintenant, dis-moi ce que tu attends de moi.

— Mais rien, mon cher Jules, rien. Juste un moment entre vieilles connaissances. Désires-tu que je parte ?

— Tu sais très bien ce que je désire, Az.

Jules posa doucement son verre et se leva, adoptant la démarche féline qu'il avait si souvent vue chez son amant. Tout en avançant, il commença à se déshabiller. Il vit Azraël se passer la langue sur les lèvres, comme il avait coutume de le faire quand il avait envie de lui. Jules sut alors ce qui allait ensuite se produire.

L'ange de la mort se leva à son tour et poussa délicatement les mains de Jules pour s'occuper lui-même de lui ôter tous ses vêtements. Il l'avait vu si souvent faire ces dernières années, en rêvant que ses mains se promenaient sur lui à la place des siennes. Ou mieux, à la place de celles de ces catins qu'il ramenait dans sa garçonnière en ville ! Aujourd'hui, Jules était à lui et à lui seul. Et ce soir en particulier, il pouvait profiter de son dû.

Son amant dévêtu devant lui, il décida de prendre soin de la puissante érection qu'il sentait contre son ventre, à travers ses propres vêtements. Il embrassa Jules tendrement, jouant avec sa langue sur ses lèvres, picorant sa peau millimètre par millimètre. Puis, enfin, il attira son amant contre lui et lui malaxa les fesses, laissant parfois traîner un doigt dans l'interstice qui n'avait pas été visité depuis huit ans, depuis lui.

Jules se laissait faire avec plaisir. Sentir qu'Azraël le désirait toujours autant qu'avant était le plus beau cadeau qu'il avait pu recevoir pour ses trente-trois ans. Il en oublia le contrat, les huit années de manque, la trahison de l'ange de la mort, tout. Il n'y avait plus que sa bouche sur son sexe, la langue taquinant le gland, ses doigts retrouvant le chemin tant délaissé. Il poussa un soupir d'extase quand Azraël le laissa s'enfoncer plus profond dans sa gorge, presque jusqu'à la garde. Son pouce frottait délicatement ses testicules, il allait jouir trop vite si l'ange de la mort ne calmait pas ses caresses.

Bien sûr, Azraël avait perçu ses pensées et interrompit la fellation. Il remonta à son niveau, libérant également ses doigts de son amant.

— Viens, lui dit simplement Jules.

Il lui prit la main et le conduisit dans sa chambre. Là, ils s'allongèrent sur le lit. Jules se lova contre Azraël et lui murmura :

— Ce soir.

L'ange n'eut pas besoin de plus d'explication. Enfin, il allait pouvoir posséder entièrement son comte. Mais avant, il devait le préparer. Il descendit se placer entre ses cuisses qu'il lui écarta au maximum. Là, il donna quelques coups de langue sur l'anus encore distendu par les doigts qui venaient de le quitter. Doucement, mais sûrement, il inséra d'abord un doigt, puis deux et, quand Jules se cambra pour l'encourager, il y ajouta un troisième. Il faisait des mouvements de va-et-vient avec sa main tout en prenant le sexe gonflé de Jules dans sa bouche. Le moment était venu.

Jules se laissa faire par l'amant expert qui ne cessait de lui procurer un plaisir intense. Tout en savourant la caresse de ses doigts en lui, il remonta ses jambes pliées sur sa poitrine, maintenant ses cuisses écartées au maximum. Azraël se redressa, coupant tout contact entre eux, arrachant un petit cri de frustration au comte qui s'offrait sans pudeur aux yeux inquisiteurs de l'ange de la mort. Ce dernier se baissa pour humidifier à nouveau l'anus du comte puis, dans un mouvement souple et délicat, y fit pénétrer le bout de son gland. Juste le bout.

Jules grimaça, mais il savait qu'une fois cette douleur passagère estompée, le plaisir serait intense, Az le lui avait promis. Il plongea les yeux dans ceux de l'ange et, d'un signe de tête, l'encouragea à aller plus loin. Petit à petit, Azraël pénétra Jules qui maintenait toujours ses genoux contre son torse pour laisser le plus d'aisance possible à son amant. Il souffrit encore un peu mais, dès que l'ange se mit à le pilonner, ce ne fut qu'explosion de plaisir. Il hurla son bonheur comme jamais ça ne lui était arrivé. Il cria son nom, Azraël l'accompagna en hurlant le sien. Ils étaient en osmose, l'extase approcha brutalement et l'ange se vida en lui.

Constatant que l'érection de son amant était toujours vigoureuse, l'ange se retira doucement de lui.

— À toi, mon ange, mon comte, à toi.

Jules se releva et laissa la place à l'ange qui choisit de s'installer à quatre pattes pour lui offrir plus de liberté de mouvement.

— Ne te retiens pas, cher Jules, je suis prêt.

Le comte, qui aimait être un peu brutal avec son amant, le pénétra sans autre forme de procès. Azraël cria et Jules s'immobilisa.

— Non, ne t'arrête pas ! lui intima l'ange.

Alors il lui asséna de grands coups de hanches et s'enfonça au plus profond. Il s'agrippa aux fesses de son amant et hurla de concert avec lui tant les sensations étaient intenses dans cette position. Pourquoi avait-il si souvent refusé la pénétration ? Le reste semblait si insipide maintenant qu'il y avait goûté ! Il continua ainsi encore quelques instants mais, excité et impatient comme il l'était, il ne tarda pas à éjaculer en criant :

— Az, oh oui, Az !

Et durant tout son orgasme, il répéta inlassablement son nom. Enfin, il n'y tint plus et se retira pour s'écrouler à côté de son amant, qui se retourna et le prit dans ses bras.

— Dors maintenant, mon cher Jules…

Azraël passa la main au-dessus du visage encore secoué de spasmes de son comte, son amant, celui pour qui son cœur avait osé s'ouvrir, un peu. Il était venu chercher son paiement, il était en train de le prendre. Une larme unique roula sur sa joue quand Jules sentit ses forces le quitter et qu'il planta ses yeux dans ceux, bleus et humides, de l'ange de la mort. Doucement, sans douleur, Jules s'endormit du sommeil éternel, celui dont il ne se réveillerait jamais.

— Tu me manqueras…

Azraël se rhabilla lentement dans le petit salon, laissant derrière lui, dans la chambre, le corps sans vie de celui qui avait signé trois contrats avec lui. On ne le nommait pas l'ange de la mort sans raison. Mais ses propres sarcasmes ne l'atteignaient pas, ce soir.

Il avait d'autres âmes à chercher et sa nuit ne faisait que commencer.

 

Couverture réalisée par Alise Adams

Crédits images : Dreamstime

N° éditeur : 917089-36540

dépôt légal : juillet 2013

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