Bitten Point - T1 - Le retour du Crocro

Eve Langlais · Chapitre 5 sur 22

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Bitten Point - T1 - Le retour du Crocro

Chapitre Quatre

 

ENCORE SECOUÉE après sa rencontre avec Caleb, une fois que le club ait fermé à une heure du matin, Renata prit le temps d’essuyer les tables et de rassembler ses affaires.

Le fait d’être avertie que Caleb était en ville et le voir en vrai était deux choses différentes. Premièrement, elle ne s’était pas attendue à ressentir autant de nostalgie en le revoyant.

Comment puis-je encore avoir du désir pour lui ?

Il avait tellement changé. Ce n’était clairement plus le même gars insouciant qu’elle avait connu il y a des années. Pourtant, malgré la dureté de ses traits et son air cynique, ce rictus sur ses lèvres et tous ces signes qui prouvaient qu’il avait affronté le danger et rencontré des difficultés l’attiraient encore plus.

Et le fait qu’il soit très musclé n’était pas désagréable.

Déjà bien en forme quand ils sortaient ensemble, il était passé de bien foutu à super musclé. Son tee-shirt moulant épousait le haut de son corps, révélant des épaules larges, des pectoraux bien dessinés, un ventre plat et des bras qui auraient facilement pu la casser en deux.

Elle regrettait presque qu’il n’ait pas essayé de le faire. Depuis combien de temps n’avait-elle pas pu apprécier l’étreinte d’un homme, autre que son fils ?

Mais Caleb n’était pas la bonne personne pour ça.

Je le déteste, tu te rappelles ?

C’est vrai. Elle le détestait.

Pourtant elle le désirait.

Le haïssait.

Et ses sens la titillaient quand même.

Elle avait envie de le tuer.

Pourtant, il la faisait se sentir vivante.

Même maintenant, alors qu’il était parti depuis des heures, ses terminaisons nerveuses la picotaient, en alerte, une hypersensibilité qui lui permettait de savoir où il était à tout moment dans le club. Elle n’avait peut-être pas de bête intérieure comme la plupart des gens en ville, mais cela ne l’empêchait pas de savoir quand Caleb était dans les parages.

Auparavant, Melanie appelait ça le destin.

Mais Renny se demanda s’il s’agissait d’un avertissement ?

Quelle qu’en soit la raison, elle avait vraiment du mal à l’ignorer. Et cela ne l’aidait pas qu’il la surveille sans cesse pendant qu’elle travaillait. Si elle tournait la tête et regardait autour d’elle, il était là, en train de la fixer, la faim faisant scintiller ses yeux, le désir brutal se lisant dans les traits de son visage.

Une femme plus faible aurait pu fondre. Mais pas elle. Il n’allait pas la reconquérir avec ses regards ou son attention.

Dommage. Tellement triste. C’était trop tard. Tu m’as eue une fois et regarde ce qui s’est passé.

Caleb l’avait larguée et était parti à la guerre. OK, il était revenu, et alors ? Il avait visiblement souffert à en juger par les cicatrices qu’il arborait. Étant simplement humaine, elle se demandait ce qui était arrivé à son visage. La cicatrice, avec son éclat plat caractéristique, évoquait une terrible brûlure, qui descendait le long de sa joue, tachait son cou et disparaissait sous le col de sa chemise. Jusqu'où s'étendait-elle ?

Je me demande s’il me laisserait le découvrir.

Par curiosité bien sûr, pas de façon sensuelle.

Est-ce que ça lui faisait toujours mal ? Elle se demandait si c’était pour cela qu’il paraissait si blasé. Si piquant.

Essaie-t-il de tenir les gens à distance ?

Ce n’était pas le Caleb qu’elle avait connu, celui qui adorait se blottir et faire des câlins.

Vu le chemin que prenaient ses pensées, elle ne fut pas surprise quand elle quitta le bâtiment et tomba sur Caleb, appuyé contre sa voiture.

Elle s’arrêta devant la porte, tiraillée par l’indécision. Suis-je prête à l’affronter ? Le serait-elle un jour ? Caleb avait raison sur un point. Dans une ville de cette taille, ils ne pouvaient pas s’éviter éternellement.

Bruno grommela depuis sa place près de la porte, le bout rouge de sa cigarette brillant dans la nuit.

— Foutus harceleurs. Reste-là Renny, tu veux bien ? Ça ne me prendra qu’une seconde de virer cette raclure.

Plaçant une main sur le bras de Bruno, Renny l’arrêta.

— Non, c’est bon. Je le connais. Il ne me fera pas de mal.

Car il n’avait plus le pouvoir de le faire. Il avait déjà fait le pire.

— Tu es sûre ? Ça ne me dérange pas de le broyer.

Étant un gros alligator, Bruno le pensait vraiment.

Vivre dans le marais signifiait accepter certaines règles. La première étant que les métamorphes établissaient leurs propres règles et qu’ils étaient souvent violents.

— Si j’ai besoin que tu lui casses la gueule, je te le ferai savoir. Merci, Bruno.

— Bah, se moqua-t-il. Je le ferais rien que pour le plaisir. Bref, je vais encore rester ici une demi-heure le temps de tout fermer. Si t’as besoin de moi, tu m’appelles.

— Ça marche.

Renny s’éloigna de la sécurité que lui offrait l’imposant videur et avança jusqu’à sa voiture. Elle tenta de paraître nonchalante, mais au fond, son cœur battait la chamade. Que voulait Caleb ?

Quand elle fut assez près pour ne plus devoir crier, elle lui demanda :

— Pourquoi est-ce que t’espionnes ma voiture ? Je croyais qu’on s’était tout dit à l’intérieur.

Elle avait également imaginé bien plus quand elle avait réalisé ce que Caleb comptait faire de son soutien-gorge. À chaque fois qu’elle enroulait la main autour d’un grand verre, elle ne pouvait pas s’empêcher de se rappeler.

— Je n’aimais pas te savoir seule ici le soir. Qui sait quel genre de taré rôde dans le coin ?

— Tu te traites de taré maintenant ? Je n’aurais pas employé un terme aussi dur. Je t’aurais plutôt décrit comme collant et incapable de passer à autre chose.

Elle s’arrêta à quelques pas de lui, penchant la tête sur le côté pendant qu’elle observait Caleb, essayant de déchiffrer les mécanismes mystérieux de son esprit. Mais elle ne perçut rien du tout.

— Je ne suis pas collant.

— Ah oui c’est vrai, tu ne l’es pas, sinon tu ne m’aurais pas larguée.

Il pinça les lèvres.

— J’avais mes raisons.

— J’espère qu’elles étaient sacrément bonnes.

Devait-elle préciser qu’il n’y avait pas de raison assez valable pour justifier ses actes ?

— Elles l’étaient.

— Assez pour justifier de m’abandonner, et, à part un texto minable, pour ne plus jamais me recontacter ?

— J’ai dit que j’avais mes…

— Raisons ? Ouais. Peu importe. Éloigne-toi de ma voiture. Il faut que je rentre chez moi.

— Je viens avec toi.

Elle le regarda d’un air choqué avant de reprendre ses esprits.

— Certainement pas, non. Je peux conduire toute seule.

Caleb ricana.

— J’espère bien que tu peux conduire, vu que j’ai bu trop de bières.

— Probablement si tu penses que c’est une bonne idée de venir m’embêter pour que je te ramène en voiture après le travail.

— À vrai dire, Daryl m’a ramené, mais je suis revenu.

La curiosité la poussa à lui demander :

— Pourquoi ?

— Comme je t’ai dit, pour garder un œil sur toi et m’assurer que personne ne t’embête.

— Si quelqu’un m’embête, ce ne sont pas tes affaires. Et je n’ai pas besoin que tu viennes sur mon lieu de travail pour me critiquer et ensuite m’espionner et m’attendre tout ça parce qu’avant on sortait ensemble.

Caleb se pencha vers elle.

— Allez, bébé, tu sais qu’on faisait bien plus que sortir ensemble. On a fait l’amour sous tous les angles.

— J’étais jeune et crédule.

— On était excités l’un par l’autre.

Oui, effectivement. Parfois, le soir quand elle était seule, elle sentait encore la chaleur et le frisson sensuel de ses mains sur sa peau, la montée exaltante de l’orgasme.

Son rappel la fit rougir, même si elle bafouilla :

— T’es dégoûtant.

— Non, je suis honnête.

Un rire amer lui échappa alors qu’elle s’accrochait à ce mot.

— Honnête ? Sérieux ? C’est culotté venant de ta part. Tu m’as plaquée par SMS et même aujourd’hui tu ne veux pas me dire pourquoi et tu te dis honnête ? Est-ce que c’est à cause de quelque chose que j’ai fait ?

Il n’hésita pas une seconde.

— Bien sûr que non.

— Tu étais amoureux de quelqu’un d’autre ?

— Jamais ! répondit-il avec force.

— Alors, dis-moi pourquoi tu es parti.

— Je ne peux pas.

Elle explosa.

— T’es pas croyable ! Et pas juste avec moi. Avec tout le monde. Ta famille. Tes amis.

Il pinça les lèvres.

— Pourquoi est-ce que tu n’essaies même pas de te défendre ?

— Ça n’aurait pas d’importance si je le faisais. Tu ne me croirais pas et je ne m’en servirai pas comme excuse. Je t’ai mal traitée. J’ai mal traité beaucoup de gens et j’imagine que maintenant j’essaie de voir si je peux faire amende honorable.

Tout se mit alors en place.

— Oh, je comprends mieux maintenant, cette histoire de : « je traque Renny », c’est surtout pour soulager ta culpabilité. J’ai largué Renny, je vais m’excuser et tout arranger. Parce que c’est si simple.

Comme si les mots pouvaient réparer ce qu’il avait fait. Mais s’il pensait qu’elle lui pardonnait, la laisserait-il tranquille ?

— Tu sais quoi, en y réfléchissant, j’accepte tes excuses. Je te pardonne de t’être enfui comme un lâche. Tu peux me rayer de ta liste.

Et sortir de ma vie.

— Ça ne suffit pas de s’excuser. Je veux t’aider. Tu ne devrais pas travailler au Club Minuscule. Tu vaux mieux que ça.

Elle haussa les sourcils.

— Mieux qu’un salaire ? Je dois payer mes factures comme tout le monde, Caleb. Certains d’entre nous ont des responsabilités.

Il fronça les sourcils.

— J’ai entendu dire, oui. Mais tu ne devrais pas porter ce fardeau toute seule. Tu ferais mieux de forcer un certain connard de père à t’aider pour que tu ne sois pas obligée de te rabaisser en travaillant dans un endroit comme celui-ci, dit Caleb en désignant le bar derrière lui.

— Mon père est mort et même s’il était encore en vie, il n’aurait pas levé le petit doigt pour m’aider, pas après le bébé.

Son père, un vrai croyant, avait cessé de lui parler, et même sur son lit de mort alors qu’il avait une terrible fièvre qu’il avait attrapée dans le marais, il avait détourné le regard quand elle était venue lui dire au revoir.

— Je ne parlais pas de ton père. Je parlais du père de ton bébé. Il faut être deux pour faire un enfant.

Elle plissa les yeux. Attendez une seconde…

— Du père de Luke ? Et alors quoi ?

— Si j’ai bien compris, ce mauvais père vous a abandonnés toi et l’enfant.

— Effectivement.

Est-ce qu’il se moquait d’elle ?

— Ce n’est pas normal, gronda Caleb.

— Non. C’est vrai.

L’incrédulité grandit en elle. Elle devait forcément se tromper.

— Tu devrais le forcer à prendre ses responsabilités.

— Tu crois ?

Il acquiesça.

— Fais-le payer, ce salaud.

Doux Jésus, il n’était vraiment pas au courant.

— Eh bien, je suis contente que tu penses comme ça, Caleb, parce que vu que tu as ignoré les lettres que je t’ai envoyées, je pensais que tu n’en avais plus rien à faire de nous.

Il se figea puis devint tout pâle.

— De quoi tu parles ? Qu’est-ce que tu disais dans ces lettres ?

— Premièrement, laisse-moi te demander si tu les as reçues ?

À en juger par son air paniqué, c’était le cas.

— Est-ce que tu as au moins pris la peine de les ouvrir ?

Il n’eut pas besoin de lui répondre pour qu’elle devine la réponse. Elle laissa échapper un rire amer.

— Non. Tu ne l’as pas fait n’est-ce pas ? Tu les as simplement jetées dans la poubelle, comme tu l’as fait avec moi et ton fils.

Non, il n’était pas au courant et elle se demanda s’il s’en souviendrait vu comment il heurta violemment le sol.

Elle ne resta pas auprès de lui pour le découvrir.

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