Bulletin du Comité de Madagascar — 2e année, no 5 (mai 1896)
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Bulletin
du
Comité
de Madagascar
2e ANNÉE – N° 5 – Mai 1896
Bibliothèque malgache / 33
LES ÉVÉNEMENTS
I. MADAGASCAR
MARS
24. – À la Chambre des communes, M. Curzon déclare, au nom du gouvernement, que le marquis de Salisbury a reçu le 11 février une communication de l’ambassadeur de France l’informant que le gouvernement français avait été forcé d’intervenir militairement et de prendre possession de Mada-gascar. Lord Dufferin a été chargé de demander la portée de cette phrase. Aucune réponse n’a été encore reçue. Toutefois il résulte d’un récent discours de M. Berthelot, que le gouverne-ment français est disposé à adresser aux puissances étrangères une notification concernant les traités avec Madagascar. Il serait donc prématuré de faire une déclaration quelconque à ce sujet.
28. – M. Berthelot, ministre des affaires étrangères, donne sa démission et est remplacé par M. Bourgeois, président du conseil.
29. – Le gouvernement dépose un projet de loi portant ou-verture et annulation de crédits au ministère de la guerre au titre de compte spécial de Madagascar (voir documents an-nexes).
30. – LE MASSACRE DE MANARINTSOA. – Trois Français, MM. Duret de Brie, Grand, ingénieur civil, et Théophile Mi-chaud, sont assassinés par les fahavales à Manarintsoa, à 40 kilomètres au sud de Tananarive.
Nos trois compatriotes étaient partis dans le courant de mars pour aller reconnaître les gisements miniers qui se trou-vent près de Tsinjoarivo. Avertis par les indigènes de la pré-sence des fahavales dans le voisinage, ils remontèrent jusqu’à Kely-Mafana, où ils eurent à supporter, le 29 mars, une attaque de 80 à 100 fahavales. Aidés des habitants du village, nos com-patriotes repoussèrent cette agression ; mais, ne se sentant pas encore en sûreté, ils continuèrent à remonter vers le nord, et, après avoir marché toute la nuit, arrivèrent le lendemain à Ma-narintsoa, village plus fortifié. Les fahavales les y suivirent, au nombre d’environ 1.500. L’attaque commença dès midi. M. Duret de Brie tomba le premier, frappé d’une balle dans la poitrine. Ses compagnons se réfugient dans des cases où les fa-havales mettent le feu. Obligés d’en sortir, ils luttent désespé-rément. M. Grand est tué à coups de gourdin et du couteau. M. Michaud, poursuivi dans la campagne par une troupe de for-cenés, est assassiné à coups de sagaie. Les habitants qui avaient donné asile à nos compatriotes sont également massacrés. Les fahavales ont, de leur côté, perdu dans la lutte une cinquantaine des leurs ; le nombre des blessés n’est pas moins considérable.
Les bourjanes ont été épargnés ; on s’est contenté de les dépouiller et de les renvoyer tout nus à coups de bâtons.
À la nouvelle de ce massacre, le général Oudry, du régi-ment algérien, est parti dès le 1er avril pour Manarintsoa, à la tête d’une colonne, pour aller châtier Rainibetsimisaraka, chef de cette bande d’assassins.
30. – La commission du budget entend le président du conseil, le ministre de la guerre et le ministre des colonies, sur les crédits nouveaux pour Madagascar.
En ce qui concerne les relations de la France avec les puis-sances étrangères relativement à Madagascar, M. Bourgeois fournit des explications sur lesquelles la commission décide de garder le secret.
Le président du conseil déclare, d’autre part, que les puis-sances n’ont pas élevé de protestations lors de la notification qui leur a été faite de la prise de possession de l’île par la France ; mais il confirme que, comme il a été dit à la tribune du Parle-ment anglais, des puissances, notamment l’Angleterre et les
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États-Unis, ont demandé des explications sur les conséquences du nouveau régime que la France institue. Jusqu’ici, aucune réponse n’a été faite.
Le gouvernement estime que la fixation du régime doua-nier sera l’œuvre de la loi. Lorsque le Parlement aura approuvé le projet déposé, le gouvernement notifiera le nouveau régime aux puissances.
À son tour, le ministre de la guerre s’explique sur les cré-dits militaires. Il déclare que, lorsque la nouvelle organisation sera achevée, on n’aura que 3.000 hommes de troupes à Mada-gascar. Le reste du corps d’occupation sera formé de 4.000 hommes de troupes hovas ou de troupes soudanaises.
Voici quelle sera la répartition du corps d’occupation :
À Tananarive, 2 bataillons d’infanterie de marine, 6 com-pagnies de tirailleurs algériens, 1 bataillon et 2 compagnies malgaches, plus l’artillerie et les services divers, soit près de 4.000 hommes.
À Diégo-Suarez, 1 compagnie d’infanterie de marine, 1 ba-taillon malgache et les compagnies de disciplinaires.
À Tamatave, 1 compagnie d’infanterie de marine, 1 compa-gnie de tirailleurs haoussas, 1 compagnie malgache.
À Majunga, 1 compagnie d’infanterie de marine, 1 compa-gnie malgache, une compagnie de tirailleurs haoussas.
La relève des troupes se fera par Tamatave. Les crédits de-mandés auront non seulement pour objet cette relève, mais en-core l’installation et l’entretien des troupes, l’établissement d’une ligne télégraphique reliant Majunga à Tananarive, la construction de chemins de fer stratégiques, etc.
M. Guieysse, ministre des colonies, entendu, estime que les crédits déjà votés par la Chambre pour le ministère des colonies seront largement suffisants pour faire face aux besoins de l’administration civile. Il explique la précipitation avec laquelle
– 4 – a été nommé le personnel judiciaire, par l’importance que revê-tait cette manifestation de notre prise de possession.
M. Guieysse s’explique ensuite d’une façon générale sur le régime qu’il pourra convenir d’imposer à la propriété foncière et aux mines.
« Il faut attendre, a-t-il dit, les renseignements recueillis sur place par le résident général, avant de rien préciser. »
Le ministre des colonies conteste, d’autre part, qu’on ait créé un trop grand nombre d’emplois à Madagascar.
« Il y a en tout, dit-il, 25 fonctionnaires civils, soit 2 rési-dents de 1re classe, 4 de 2e classe, 3 de 3e classe, 4 vices-résidents, 11 chanceliers et commis de résidence.
« Il faut y ajouter les employés secondaires attachés à la ré-sidence générale et au secrétariat général. Ces divers services coûteront 1.024.000 francs ; mais à ce chiffre il convient d’ajouter les indemnités à attribuer aux chefs indigènes qui jus-qu’à ce jour vivaient d’exactions. On doit compter en outre sur de nouveaux frais nécessités, soit par la nomination de nou-veaux fonctionnaires reconnus indispensables, soit par la relève des troupes et les intérims des fonctionnaires actuels. »
– À la Chambre des communes, sir Charles Dilke demande si le gouvernement français a l’intention de développer à Mada-gascar son commerce aux dépens de celui des autres nations, et s’il en est ainsi, le gouvernement de la reine a-t-il l’intention de considérer la possibilité d’une entente amicale avec les États-Unis à ce sujet ?
M. Curzon, secrétaire pour les affaires étrangères, répond que la question soulevée est d’une très grande importance, mais comme le gouvernement français n’a pas encore communiqué au gouvernement anglais ses intentions à ce sujet, l’orateur ne peut rien ajouter à sa déclaration de vendredi dernier.
Sir Charles Dilke demande alors si le gouvernement a vu un communiqué du ministère français dans les journaux de Pa-
– 5 – ris, lequel est sans doute une réponse à la déclaration de ven-dredi dernier. M. Curzon répond qu’aucune communication officielle dans ce sens n’a été faite au gouvernement anglais.
– M. Louis Brunet, député, dépose sur le bureau de la Chambre une proposition de résolution tendant à inviter le gou-vernement : 1° à soumettre à la Chambre un plan de colonisa-tion de l’île de Madagascar, avec indication du système proposé pour les concessions de terre et de mines dans ces colonies ; 2° à réviser le décret portant organisation de la justice à Madagas-car, de manière tout au moins que les indigènes puissent dans tous les cas et de leur libre consentement faire ressortir à la ju-ridiction française leurs différends civils et commerciaux ; 3° à organiser l’administration intérieure en utilisant dans chacune des provinces les éléments indigènes propres à chacune d’elles.
31. – M. Bardoux, au Sénat, pose une série de questions à M. le président du Conseil, ministre des affaires étrangères, sur l’ensemble de notre situation extérieure et notamment en ce qui concerne Madagascar (voir documents annexes).
– M. Delombre, nommé rapporteur des crédits de Mada-gascar, dépose son rapport sur le bureau de la Chambre (voir documents annexes).
– M. Gauthier (de Clagny), député, demande au ministre de la guerre, à la Chambre, sur quelles bases il compte établir la pension de retraite des veuves des officiers et sous-officiers morts à Madagascar. Cette pension sera-t-elle de la moitié ou du tiers, suivant qu’on considérera que les officiers sont morts des suites d’un fait de guerre ou d’une maladie contagieuse ?
M. Cavaignac, ministre de la guerre, répond qu’il a consulté le conseil d’État sur cette question. Le conseil d’État a émis un avis négatif sur l’interprétation à donner à la loi de 1879 dans le sens où le désire M. Gauthier (de Clagny). Au surplus, le mi-nistre de la guerre déclare qu’il a l’intention d’accorder dans la plus large mesure des secours aux veuves des officiers et sous-officiers morts à Madagascar.
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Après une réplique de M. Gauthier (de Clagny), l’incident est clos.
Fin mars. – Les régions d’Ambatondrazaka et d’Ambato-mainty, au nord de Tananarive, sont dans une situation trou-blée.
Le colonel Combes, arrivant de France, vient de prendre, dans cette partie de l’île, le commandement des troupes que le prince Ramahatra accompagne en qualité de commissaire géné-ral de la reine.
Une bande de Sianakas, poursuivie par le colonel est chas-sée de son territoire et rejetée vers la mer. Dans leur fuite, les insurgés brûlent le village de Nosi-Fito, à l’est du lac Alaotra.
Les comptoirs du sud de l’île, qui avaient été abandonnés au commencement des hostilités, sont visités par un navire de commerce. On ignore ce que sont devenus les quelques traitants qui n’avaient pas pu s’embarquer à Fort-Dauphin.
Le port de Mananjary, où font escale les paquebots anglais de la Compagnie des Castle, est occupé par une milice indigène composée de contingents betsiléos et commandée par des offi-ciers, sous-officiers et caporaux de l’infanterie de marine.
Un détachement est également envoyé dans le district de Belanona. Le gouverneur de Nosi-Bé avait, paraît-il, résisté aux ordres du gouvernement de Tananarive et cherchait à organiser une bande de fahavalos.
Les travaux du génie se poursuivent activement, grâce au concours des populations. La construction de la route du centre, qui doit relier Tananarive à Fianarantsoa, avance rapidement, ainsi que celle de la route de l’Ouest par le lac Itasy.
L’organisation des milices indigènes est activement pour-suivie. Ces forces de police, mises à la disposition des résidents, permettront de purger le pays des malfaiteurs qui causent l’agitation actuelle.
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Le service des correspondances postales est assuré entre Tananarive et Tamatave au moyen d’une série de postes de por-teurs destinés à se relayer afin que les courriers puissent fran-chir, sans temps d’arrêt appréciable, toute la distance qui sépare leur point de départ de leur point d’arrivée. Cette organisation s’étendra successivement aux différents points de la colonie.
Les difficultés qui s’étaient produites pour le ravitaillement des troupes, par suite de l’insuffisance des porteurs, tendent à disparaître. Les transports de Tananarive à la côte sont mieux assurés depuis quelques semaines et tout encombrement a cessé à Tamatave. D’autre part, les mulets peuvent circuler sur une grande partie de la route qui relie ce port à la capitale et vont contribuer à l’approvisionnement des troupes.
AVRIL
2. – LES CRÉDITS POUR MADAGASCAR. – La Chambre discute le projet de loi portant ouverture et annulation de crédits pour Madagascar.
M. Plichon a la parole. Il constate que le compte de Ma-dagascar, qui devait être clos depuis longtemps, menace de s’étendre indéfiniment. Il s’était toujours demandé sur quel budget étaient imputés les crédits nécessaires au payement de tous les fonctionnaires civils envoyés à Madagascar. Par un fait bizarre, on trouve parmi ces fonctionnaires, jusqu’à un inspec-teur des écoles primaires. (Rires à droite.)
Aujourd’hui, on sait que le gouvernement a pris l’argent nécessaire à l’organisation sur les crédits spéciaux affectés à Diégo-Suarez. Mais ces crédits, si l’on avait respecté leur attri-bution, auraient dû être réservés aux besoins militaires de la colonie.
L’orateur estime que les crédits actuellement demandés par le gouvernement peuvent être divisés en deux catégories : ceux qui sont nécessaires à l’entretien de nos troupes et ceux qui
– 8 – sont nécessités par les frais de premier entretien et de première organisation de l’île. N’y aurait-il pas moyen de réserver cette seconde catégorie et de la mettre au compte des ressources de Madagascar ?
M. Plichon se plaint que l’on soit encore dans l’indécision au sujet du régime appliqué à Madagascar. Y a-t-il annexion ? Y a-t-il protectorat ?
Il ne faut pas que Madagascar soit un nouveau boulet atta-ché au pied de la France. Si nous voulons des colonies, il nous faut avant tout des colonies qui se suffisent à elles-mêmes. (Ap-plaudissements à droite.)
M. Doumer, ministre des finances, répond. Il explique que le régime appliqué à Madagascar est un protectorat étroit. Il aurait été à désirer qu’il n’y eût pas eu plus d’irrégularités dans nos colonies qu’il n’y en a eu à Madagascar. Le ministre des fi-nances soutient que le gouvernement avait le droit d’employer à des dépenses civiles le crédit de 2 millions porté au budget du ministère des colonies sous la rubrique de dépenses de Mada-gascar.
La discussion générale est close.
Sur l’article 1er (crédits militaires), M. Brunet présente une observation. Il estime inutile l’introduction à Madagascar des coolies chinois pour la main-d’œuvre. On peut faire face aux travaux à exécuter avec la main-d’œuvre indigène.
M. Cavaignac, ministre de la guerre, répond que des dif-ficultés existent encore à Madagascar pour la main-d’œuvre, ainsi qu’au commencement de la campagne. Il est inutile de re-commencer les mêmes erreurs. C’est pour avoir une main-d’œuvre assurée que le ministère des colonies a été chargé par M. Cavaignac de recruter en Indo-Chine des coolies chinois qui seront envoyés à Madagascar avec toutes les précautions pos-sibles.
L’article 1er est adopté.
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Les articles 2, 3, 4 sont adoptés sans discussion.
Sur l’article 5, M. de Lasteyrie demande au ministre des colonies ce qu’il entend par ces mots : « service géographique », portés à ce chapitre. Ailleurs, il y a un autre crédit prévu pour le service topographique ; n’y a-t-il pas double emploi ?
M. Cavaignac, ministre de la guerre, répond que le ser-vice topographique n’est autre que le levé de la carte de Mada-gascar par les officiers.
M. Guieysse, ministre des colonies, répond à son tour que le service géographique n’a rien à voir avec le service de la carte. Il est relatif au régime des concessions.
L’article 5 est adopté ainsi que l’article 6.
M. Coutant propose un article additionnel. Il demande qu’un crédit supplémentaire de 2 millions soit ouvert pour venir en aide aux soldats nécessiteux renvoyés dans leurs foyers, et notamment à ceux qui ont pris part à l’expédition de Madagas-car.
M. Cavaignac, ministre de la guerre, déclare que le gou-vernement n’a jamais manqué à son devoir de secourir les hommes revenant de Madagascar. On leur a accordé des congés de convalescence, et, en même temps, des secours dans la plus large mesure possible. Pour le moment, le crédit inscrit au bud-get de la guerre pour venir en aide aux soldats de Madagascar suffit à tous les besoins. Si, plus tard, il devenait insuffisant, le gouvernement demanderait à la Chambre une augmentation de crédit.
M. Le Myre de Vilers demande que le gouvernement ne se préoccupe pas seulement des malades, mais encore des hommes qui sont sujets à des accès de fièvre rapportés de Ma-dagascar. Plusieurs patrons refusent d’embaucher ces hommes qui souffrent parce qu’ils ont fait leur devoir.
M. Balsan. – Les connaissez-vous ces patrons ? Et qu’en savez-vous ? (Bruit à l’extrême gauche.)
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M. le Myre de Vilers insiste encore pour que le gouver-nement vienne aussi en aide aux rapatriés manquant de rela-tions et leur procure du travail.
M. Coutant remercie le ministre de la guerre de ses décla-rations et retire son amendement.
L’ensemble des crédits de Madagascar est adopté par 442 voix contre 30.
3. – Le ministre des finances dépose au Sénat le projet sur les crédits de Madagascar, voté hier par la Chambre. La com-mission des finances du Sénat nomme M. Franck-Chauveau, rapporteur de ces crédits. Le Sénat s’ajourne au 22 avril pour les discuter.
5. – M. Guieysse, ministre des colonies, reçoit une déléga-tion des sociétés de missionnaires anglais établies à Madagas-car. Elle lui est présentée, en l’absence de lord Dufferin, ambas-sadeur d’Angleterre, par le chargé d’affaires de l’ambassade.
La délégation a donné au ministre l’assurance du vif désir des sociétés anglaises de travailler à leur œuvre pacifique en complète harmonie avec le nouvel état de choses cordialement accepté dans la grande île. Ces sociétés apporteront un appui sans réserve à l’action du gouvernement.
9. – Le ministre des colonies rend compte au conseil des ministres du courrier qu’il a reçu de Madagascar et des rapports et documents envoyés par le résident général. Parmi ces docu-ments figurent les décrets relatifs à l’établissement de la pro-priété foncière et aux concessions domaniales (voir documents annexes). Le résident général a envoyé également un décret sur les concessions minières dont la promulgation est subordonnée à l’approbation du gouvernement français.
9, 13. – Le ministre des colonies communique la note sui-vante qui résume deux dépêches reçues de M. Laroche, résident général, les 9 et 13 avril :
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Des télégrammes du résident général de Madagascar, reçus au ministère des colonies, signalent divers actes de brigandage dans la région d’Ambatomainty, au nord de Tananarive et près de Manarintsoa, à 37 kilomètres au sud-est de la capitale. L’agitation a surtout un caractère antireligieux.
Trois missionnaires, accompagnés de leurs interprètes et de quelques serviteurs, ayant été découverts par les rebelles, ont été poursuivis et tués par eux après une vive résistance.
Les corps des victimes ont été apportés à Tananarive pour y être inhumés.
Tandis que le colonel Combes réprimait le mouvement dans le nord, le général Oudry se portait au sud à la poursuite des bandes. Celles-ci sont dispersées sur une étendue superfi-cielle assez vaste, mais elles sont incapables d’opposer une ré-sistance sérieuse à nos troupes, qui leur ont infligé des pertes sensibles ; de notre côté, nous n’avons eu que quatre blessés.
Le gouvernement de la reine nous a prêté dans ces circons-tances le concours le plus complet.
15. – M. Laroche télégraphie que la colonne Combes est ar-rivée à Ambatondrazaka.
21. – Le Sénat refuse de discuter les crédits de Madagascar et adopte la délibération suivante, proposée par M. Demôle : « Nous proposons l’ajournement de la discussion jusqu’à ce que le Sénat ait devant lui un ministère constitutionnel ayant la con-fiance des deux Chambres. » Cette proposition est adoptée par 171 voix contre 90.
À la suite de ce vote, le ministère donne sa démission.
23. – Le résident général télégraphie que la région de Ma-narintsoa est tranquille. La colonne Oudry rentre par suite à Tananarive. Le colonel Combes continue à opérer dans la haute vallée de la Betsiboka, où les rebelles s’attaquent surtout aux voyageurs isolés.
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23. – Le Sénat vote les crédits de Madagascar à l’unanimité de 278 votants.
29. – Constitution du ministère Méline. M. Méline prend la présidence du Conseil avec le portefeuille de l’agriculture. M. Hanotaux est nommé ministre des affaires étrangères et M. André Lebon, ministre des colonies.
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INFORMATIONS DIVERSES
20 février. – M. Maroix, lieutenant d’Infanterie de marine, est maintenu dans les fonctions d’administrateur municipal de Tamatave.
29. – M. le général de brigade de Torcy, ancien chef d’état-major du corps expéditionnaire, est détaché en mission spéciale à l’état-major de l’armée, à dater du 10 de ce même mois,
3 mars. – M. le général Duchesne, commandant du 5e corps, fait son entrée solennelle à Orléans ; il en repart le soir même pour un congé, qui doit durer jusqu’au mois de mai.
5-10. –M. Gerbinis est nommé interprète à Bétafo.
M. Compeyrat est nommé résident à Tamatave, en rempla-cement de M. Ferrand, actuellement en mission pour le gouver-nement.
M. Ponti part pour Mananjary.
7. – Le général Duchesne reçoit à Sens, sa ville natale, un accueil des plus enthousiastes et des plus Imposants.
10. – Le paquebot Yangtsé, courrier de Madagascar, part de Marseille avec une cinquantaine de passagers dont MM. Homberg, directeur des finances et son secrétaire M. Bertrand, Duboys de la Ramière, procureur de la République à Tamatave, le commandant Cartout et le capitaine Pouteaux,
– 13 – qui vont organiser à la Réunion le service du recrutement colo-nial, et M. Carreau, conseiller à la cour d’appel de Tananarive.
16. – L’ex-premier ministre de Madagascar, son petit-fils et leur suite s’embarquent pour Alger par le Duc de Bragance. L’ex-premier ministre sera interné dans une villa louée à Mus-tapha.
25. – L’Iraouaddy part de Marseille pour Madagascar, emmenant comme passagers : M. Faucon, résident, pour Diégo-Suarez ; MM. Pradon, résident ; Le Calvez, greffier de Juge de paix ; Demortière, stagiaire de résidence ; Le Helet, lieut. de juge ; Couret, fils d’un inspecteur des forêts, pour Tamatave.
31. – L’Amazone, courrier de Madagascar, arrive à Mar-seille avec 333 passagers, parmi lesquels sir H. Jerningham, gouverneur de l’île Maurice, et M. Lanrezac, secrétaire général de Diégo-Suarez. Parmi les rapatriés du corps expéditionnaire se trouvaient MM. Prado, capitaine d’infanterie de marine ; Geoffroy, Garbel, Prudhomme, Didrel, Violland, Queneau, Noi-rot, Benedetti et Arnoudeau, lieutenants : Dehahousse et Lovitz, médecins ; Thelot, enseigne de vaisseau ; Sanès, garde principal d’artillerie, etc. ; 21 marins, 45 soldats de la guerre et 144 de l’artillerie et de l’infanterie de marine, dont 14 alités. Au départ du paquebot il ne restait environ que 80 malades à l’hôpital de Majunga.
2 avril. – Le ministre de la guerre décerne une médaille d’honneur à :
1° Mme Jay, en religion sœur Zénaïde, supérieure de la mis-sion de Madagascar des sœurs de Saint-Joseph de Cluny : cette religieuse, attachée durant toute la campagne à l’hôpital de Ma-junga, a fait preuve du plus grand dévouement ; elle compte en outre quinze ans de services à Madagascar ;
2° Miss Christine Byam, directrice depuis treize ans de l’hôpital anglais de Soavinandriana : a prodigué ses soins aux officiers et aux blessés du corps expéditionnaire traités dans cet hôpital qui sert d’annexe à l’hôpital militaire de Tananarive.
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7. – Cent vingt hommes du 2e génie, sous la conduite de sept officiers, partent à titre de relève pour Marseille à destina-tion de Tamatave, où ils doivent surveiller la construction de routes.
– Arrivée à Marseille du Djemnah, des Messageries mari-times.
Le Djemnah a à bord 218 passagers, parmi lesquels MM. Cosse, chef de bataillon ; Bosc, sous-commissaire des co-lonies ; Delhorbe, directeur du Comptoir d’Escompte à Tanana-rive ; les médecins Rizoteau, Frezault, Chabrul et Martel ; les officiers d’administration Vergue et Lattapie ; Legrand, chef de bataillon d’infanterie de marine ; Bois, capitaine ; les lieute-nants Dupouis et Geoffroy ; l’intendant Thoumazon et 135 mili-taires, dont 10 alités. À bord était aussi le chef d’escadron de gendarmerie Gaudelette et le capitaine Hullen, des tirailleurs.
8. – Le professeur Laveran, médecin principal des armées, communique à l’Académie de médecine un rapport sur un tra-vail de MM. Vincent et Burot sur le paludisme à Madagascar.
Il ressort de ce travail que la caractéristique de l’intoxication tellurique à Madagascar est la rapidité avec la-quelle se déclarent les premières manifestations. La perniciosité se présente le plus souvent sous les formes comateuse, algide, bilieuse.
La dysenterie se combine souvent à la fièvre paludéenne. Au point de vue prophylactique, les futurs colons décidés à se fixer à Madagascar ne devront pas perdre de vue le fait que, si l’Imérina, le pays betsiléo et les provinces de l’extrême sud de l’île leur permettent le travail manuel, ils devront, sur le littoral, se borner au négoce ou à un travail de surveillance.
En somme, il est permis à l’Européen de vivre à Madagas-car en se conformant strictement aux lois d’une sévère hygiène ; mais les Européens colons voulant exploiter par eux-mêmes le sol malgache ne peuvent réussir à vivre et s’accommoder au
– 15 – pays ; tout effort dans ce sens paraît condamné par avance à la stérilité.
– Le petit-fils de Rainilaiarivony, Ratalifera et Gabriel Ra-zanamahery arrivent à Paris, venant d’Algérie, où ils avaient accompagné l’ex-premier ministre.
9. – Le colonel Bailloud, directeur des étapes du corps ex-péditionnaire, rentre à Paris avec son adjoint le capitaine de Coligny.
10. – Le paquebot Amazone, courrier de Madagascar, part de Marseille avec plus de 300 passagers, dont MM. Mesnard, médecin principal ; Laugeran, Pelletier et Sadoul, médecins de la marine ; Soinoury, trésorier-payeur général à la Réunion, et Pelletan, résident à Mayotte.
11. – Le Congrès des Sociétés savantes réuni à la Sorbonne, sons la présidence de M. Guieysse, ministre des colonies, se termine par un discours de M. Grandidier, sur Madagascar.
25. – Le Djemnah part pour Madagascar emmenant Mme Laroche, Ratalifera, petit-fils de Rainilaiarivony et Raza-namahery, neveu du premier ministre, qui retournent à Mada-gascar.
Le Djemnah emporte en outre le personnel chargé de l’installation du service géographique à Madagascar. Ce person-nel se compose du commandant Verrier, chef de service ; du capitaine Delcroix, chef de la brigade topographique, et des ca-pitaines Rose, Thiébaut, Tinel et Vuillemin, tous de l’infanterie.
Le général de la Noë, chef du service géographique de l’armée, et le colonel Bassot, du même service, ont rédigé eux-mêmes les instructions techniques données à la mission. La bri-gade n’emporte pas moins de trois tonnes de matériel.
70 officiers et 270 sous-officiers et soldats de l’infanterie de marine destinés à la relève des troupes de Madagascar partent également par le Djemnah.
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S’embarquent aussi MM. Mestayer, médecin principal ; Le-vrier, Cordier, Rancurel et Peurne, médecins ; Boucard, com-missaire de la marine ; 6 aides-commissaires et 4 gardes d’artillerie, ainsi que MM. Daurand-Forgues, substitut du pro-cureur général à Tananarive ; Ollivier, Juge d’Instruction, et M. Beauchamp, gouverneur de l’île de la Réunion.
27. – Le paquebot Peï-Ho, des Messageries maritimes ar-rive à Marseille, rapatriant 8 officiers, parmi lesquelles MM. Destelle et Martin, chefs de bataillon, et 202 sous-officiers, soldats et marins.
MM. Lagarde, gouverneur d’Obock ; Larrouy, procureur de la République à Majunga ; Lepreux, directeur de la Banque de la Réunion, se trouvaient également à bord. Le Peï-Ho est entré dans le bassin avec un plein chargement de marchandises, ce qu’on n’avait pas vu depuis le commencement des hostilités.
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* *
6 mars. – 250 tirailleurs sénégalais débarquent à Tama-tave.
Mi-mars. – On procède dans tous les régiments de génie de France, à la formation de deux compagnies de relève pour Ma-dagascar. De nombreux volontaires se font inscrire pour partir.
Mi-mars. – Un bataillon de tirailleurs sénégalais va être di-rigé sur Madagascar. Par décision du ministre de la marine, les officiers d’infanterie de marine dont les noms suivent ont été désignés pour constituer les cadres de cette unité :
MM. Dorr, chef de bataillon au 6e rég. ; Lefort, Oddoz, Feldmann, du 3e rég., et Nicard, du 1er rég., capitaines ; Sancery, du 1er rég. ; Rocheron, du 3e rég. ; Gerboz, du 4e rég., et Bartre, du 7e rég., lieutenants ; Baudoin, du 1er rég. ; Boucherat, du 2e rég, ; Aymard, du 4e rég., et Veralghe, du 7e rég., sous-lieutenants.
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S. d. – Les tarifs dressés par le ministère de la guerre au moment de l’expédition de Madagascar n’ont pas prévu l’allocation d’indemnités aux titulaires de certains emplois ; d’autre part, la réorganisation du corps d’occupation nécessite des changements à ces tarifs.
En conséquence, on attribue annuellement, à titre d’indemnités pour frais de service, les fixations suivantes : 1.800 francs à l’officier supérieur chef d’état-major du gouver-nement de Tananarive, et à l’officier supérieur commandant l’artillerie ; 1.206 francs à l’officier supérieur chargé de la direc-tion du parc d’artillerie, à l’officier supérieur ou capitaine com-mandant les compagnies du train, à l’officier supérieur chef du génie et aux médecins chefs d’un hôpital sédentaire ou d’une ambulance mobile ; 612 francs au capitaine chef du génie.
On alloue, en outre, pour frais de bureau, 720 francs à l’officier commandant le peloton de cavalerie et le dépôt de re-monte, et 486 francs à l’officier supérieur commandant le groupe de batteries d’artillerie.
1er avril. – La médaille militaire est accordée à M. Legras, quartier-maître mécanicien de 1re classe.
– M. le lieutenant-colonel Gonard est nommé officier de la Légion d’honneur.
M. Borelli, mécanicien principal de 1re classe, est nommé chevalier.
2. – Le ministre de la guerre signe la décision suivante :
1° Le service du train des équipages militaires à Madagas-car sera assuré dorénavant par les compagnies de conducteurs de l’artillerie de marine ;
2° Le personnel du service administratif et du service hos-pitalier seront fournis par le département des colonies.
Comme conséquence de ces dispositions, seront licenciés le 15 avril prochain :
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Le 30e escadron du train des équipages, la 30e section de commis et ouvriers d’administration, la 30e section d’infirmiers et les détachements de relève de ces spécialités organisés à Lu-nel, Marseille et Perpignan.
Mi-avril. – Le ministre de la guerre décide qu’il sera fait appel, pour la constitution de la force publique à Madagascar, aux officiers et hommes de troupe volontaires de la gendarmerie et de la garde républicaine appartenant à l’arme à pied et à che-val.
Les candidats seront choisis, en principe, parmi les céliba-taires ou veufs sans enfants ; car les réductions apportées aux crédits concernant les transports aux colonies ne permettent plus de faire face que dans une mesure très restreinte aux frais de traversée des familles. On devra donc en référer au ministre pour toute exception dûment motivée.
Les militaires qui solliciteraient leur envoi dans l’île seront, à leur compagnie, l’objet d’une visite médicale sérieuse, afin de ne désigner pour cette colonie que des hommes robustes et ca-pables d’y faire un bon service.
Le chiffre des demandes n’est pas limité ; mais il est bien entendu qu’on ne fait appel, pour le moment, qu’à des volon-taires et qu’aucune désignation d’office ne doit figurer sur les listes à fournir le 10 mai prochain au ministère de la guerre.
18. – M. Lockroy, ministre de la marine, rend une circu-laire, qui règle le mode de délivrance aux intéressés des troupes de la marine de la médaille commémorative de l’expédition de Madagascar, à laquelle ont droit tous les militaires ayant pris part à l’expédition, du 8 décembre 1894 au 31 décembre 1895, et qui sera, en outre, délivrée à tous les militaires ayant fait partie du détachement d’escorte du résident général du 26 octobre 1894 au 21 novembre suivant.
Les corps et services chargés de délivrer cette nouvelle mé-daille devront adresser au ministre de la marine, le plus tôt pos-
– 19 – sible, les demandes de brevets et de médailles accompagnées de leurs rubans et agrafes, qui leur sont nécessaires.
À Madagascar, les insignes devront être délivrés, dès leur réception, et sans attendre l’établissement et la signature des brevets, aux militaires indigènes présents dans la colonie, qui auraient acquis des droits à cette médaille commémorative.
Le régiment de tirailleurs malgaches fera parvenir aux des-tinataires les brevets et insignes des militaires indigènes rapa-triés par l’intermédiaire du régiment de tirailleurs sénégalais (Sénégal) ou de la compagnie de tirailleurs haoussas (Daho-mey).
II. LA RÉUNION
11 février. – Le Journal officiel de la République française publie un rapport adressé au président de la République par la commission des Banques coloniales sur les opérations de ces établissements et notamment sur celles de la Banque de la Réu-nion pendant l’exercice 1894-1895 (voir documents annexes).
3 mars. – Le gouverneur de Maurice, sir Hubert Jer-ningham, se rendant en Angleterre, s’arrête quelques heures à Saint-Denis.
12. – Un nouveau journal, la Libre Parole, dirigé par M. H. d’Herald de Brisis, est publié à Saint-Denis.
17. – M. Lepreux, inspecteur des colonies, directeur p. i. de la Banque de la Réunion, s’embarque pour la France.
28. – LE SERVICE MILITAIRE. – Le Président de la Répu-blique rend, sur la proposition des ministres de la guerre, de la marine et des colonies, le décret suivant relatif au recrutement à la Réunion :
Art. 1er. – Tous les jeunes gens fixés à l’île de la Réunion qui ont atteint l’âge de vingt ans en 1889, 1890, 1891, 1892, 1893,
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1894 et 1895 seront inscrits sur les tableaux de recrutement, sur leur demande ou d’office. Ils ne seront respectivement astreints qu’au temps de service actuellement dû par les classes aux-quelles ils appartiennent par leur âge.
Art. 2. – Des tableaux de recensement seront ouverts dans chaque commune le 1er mai 1898 et publiés, dans les formes prescrites par les articles 63 et 64 du Code civil, les deux der-niers dimanches de mai, soit les 24 et 31 mai 1896.
Art. 3. – L’examen des tableaux de recensement et le tirage au sort prescrits par la loi du 15 juillet 1889 commenceront le 10 juin 1896 et se continueront jusqu’au 27 juin au plus tard.
Art. 4. – Immédiatement après le tirage de chaque canton, le directeur de l’intérieur dressera une expédition authentique de la liste de tirage ainsi que du procès-verbal qui aura été établi en vertu de l’article 17 de la loi du 15 juillet 1889.
Art. 5. – Au moyen des documents mentionnés dans l’article précédent, le directeur de l’intérieur formera un état indiquant, par canton, le nombre des jeunes gens inscrits sur les listes de tirage.
Art. 6. – Les opérations du conseil de révision commence-ront le 20 juillet 1896 pour finir le 20 août suivant au plus tard.
Art. 7. –Aussitôt après la clôture des opérations de la révi-sion, le commandant du bureau de recrutement procédera à la répartition du contingent, conformément aux arrêtés ministé-riels rendus en exécution de la loi du 1er août 1895.
29. – Le gouvernement dépose un projet de loi portant ou-verture et annulation de crédits au ministère de la guerre au titre du compte spécial de Madagascar (voir documents parle-mentaires).
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NOS PERTES À MADAGASCAR
Le ministre de la guerre a communiqué à la presse, le 12 mai, la situation des décédés et disparus du corps expédition-naire de Madagascar. Le tableau ci-dessous donne les résultats de ce travail pour les troupes de la marine, comme pour les troupes de la guerre :
Il y est mentionné tous les décès survenus, même lorsque ces décès se sont produits après le retour en France des soldats qui ont pris part à l’expédition.
Troupes de la guerre. – Officiers ou assimilés décédés à Madagascar, 29 ; en mer, 4 ; après rapatriement, 2 ; le 200e d’infanterie a perdu à Madagascar sous-officiers ou soldats, 789 ; en mer, 118 ; après rapatriement, 82 ; disparus, 29. Total pour le 200e, 1.018.
Le 40e bataillon de chasseurs a perdu à Madagascar 430, en mer, 48 ; après rapatriement, 27 ; disparu, 1. Total, 506.
Le régiment d’Algérie a perdu au total, 591 sous-officiers ou soldats ; le 30e escadron du train, 250 ; la 30e section de commis ou ouvriers, 92 ; la 30e section d’infirmiers, 104.
L’ensemble des corps de troupe relevant du ministère de la guerre a eu comme morts : à Madagascar, 2.767 officiers, sous-officiers ou soldats ; en mer, 350 ; après rapatriement, 280 ; disparus, 80. Total, 3.417.
Troupes de la marine. – Le 13e d’infanterie de marine a perdu au total, 577 ; le 2e d’artillerie de la marine, 148 ; les équi-pages de la flotte, 47 ; le régiment colonial, 309 ; les convoyeurs kabyles et autres ont perdu 1.038 des leurs, dont 806 à Mada-gascar, 147 en mer et 85 après rapatriement.
Les totaux pour la marine sont : morts à Madagascar, 1.149 ; en mer, 157 ; après rapatriement, 95 ; disparus, 2. Au total : 1.403 officiers, sous-officiers ou soldats.
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Enfin, le total général des pertes pour les troupes de la guerre et de la marine atteint 5.592 officiers, sous-officiers ou soldats. Savoir : à Madagascar, 4.600 ; en mer, 554 ; après rapa-triement, 347 ; disparus, 91.
Le contingent européen (guerre et marine) a eu 4.189, morts, et le contingent non européen ou indigène en a eu 1.403.
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LE RÉGIME DOUANIER DE MADAGASCAR
Dans la séance de la Chambre du 19 mars 1896, le Gouver-nement a présenté le texte définitif du projet de loi relatif au régime douanier à établir à Madagascar.
Ce régime consisterait à accorder la franchise aux produits français à leur entrée dans notre nouvelle colonie et à appliquer aux produits étrangers les droits du tarif général métropolitain, suivant la loi du 11 janvier 1892.
Il semble, en effet, que tel est le premier avantage que nous ayons à retirer de notre conquête !
« Il faut que nos colonies offrent aux produits français des débouchés de plus en plus larges, sans cela la politique coloniale serait radicalement condamnée ; il n’y a aujourd’hui qu’une voix en France sur la nécessité d’apporter un esprit de plus en plus positif et pratique dans la direction de nos affaires coloniales », disait M. Méline dans son rapport sur le projet de loi de 1892.
À première vue, cette théorie paraît s’imposer sans con-teste ; rien, en effet, de plus juste et de plus séduisant que d’ouvrir à Madagascar des débouchés importants à nos produits français et de les y imposer à la consommation à l’exclusion des produits étrangers ; c’est la juste récompense des efforts consi-dérables que nous avons faits et nous devons être les seuls à en profiter.
Mais, en envisageant la question avec « l’esprit pratique qui doit diriger nos affaires coloniales », il faut reconnaître qu’une semblable théorie n’est pas encore actuellement de mise à Madagascar, et que si réellement le régime du Tarif général venait à y être appliqué, non seulement cette mesure ne répon-drait pas au but que nous avons à atteindre ; mais elle aurait encore pour résultat fatal et néfaste de rendre stériles les efforts
– 24 – que nous avons faits et de priver la colonie des ressources qui lui sont nécessaires en précipitant sa ruine, avant même que nous ayons pu en retirer aucun avantage.
Nous nous trouvons en effet, à Madagascar, en présence d’un état de choses tout particulier qu’il est indispensable de bien connaître et de considérer sagement, afin d’éviter de prendre les dispositions radicales que ne comporte pas encore la situation actuelle du pays et dont l’application immédiate, ve-nant heurter les usages et les coutumes de nos nouveaux sujets, compromettrait gravement l’avenir de la colonie.
Madagascar ne saurait être comparée à certaines colonies que pouvait viser M. Méline dans son rapport sur l’opportunité des tarifs protectionnistes.
Ces colonies, bien connues, ouvertes depuis fort longtemps aux transactions commerciales les plus vastes, voient prospérer d’importants établissements qui trouvent de larges profits dans l’exploitation d’une clientèle civilisée déjà riche, et ayant acquis à notre contact des goûts relevés qu’elle a les moyens de satis-faire.
Madagascar au contraire est un pays primitif, à peine con-nu dans certaines régions, fermé jusqu’à ce jour à la civilisation, fort peu exploité par conséquent, et dont les habitants à demi sauvages et pauvres, n’ont que des goûts en rapport avec leur pauvreté. Leur état même ne leur permet d’employer que des produits très ordinaires, à bas prix, en rapport avec leurs res-sources restreintes ; ces produits sont de fabrication étrangère.
Telle est la situation actuelle de Madagascar.
C’est en envisageant cette situation en connaissance de cause, sans précipitation ni parti pris que nous devons recher-cher quelles sont les mesures les meilleures à prendre pour en tirer parti au mieux de nos intérêts nationaux.
Madagascar est un pays neuf dont nous avons forcé les portes par la violence, nous avons maintenant à y pénétrer, à
– 25 – nous y installer, à nous y faire connaître et à gagner la confiance des populations par les bienfaits de la civilisation que nous de-vons y introduire.
Nous avons des devoirs vis-à-vis de notre nouvelle Colonie et tant par notre intervention que par ses richesses naturelles, elle est en droit d’attendre de nous que nous l’amenions à la prospérité, mais pour y arriver, il faut l’œuvre du temps. L’intérêt de tous et le nôtre tout le premier nous commandent de tirer de l’île des profits immédiats qui devront combler, non seulement les dépenses que nous avons dû faire, pour assurer le succès de nos armes, mais encore subvenir à celles que nécessi-tera l’organisation de notre nouvelle conquête.
Un des facteurs les plus puissants qui doit assurer la péné-tration de notre influence dans la Grande Île consiste dans l’importance des transactions commerciales que nous saurons y créer et développer.
Ces transactions, en effet, nous mettront en rapports con-tinuels avec les indigènes et les attireront à nous. En nous met-tant à même de leur offrir les produits dont ils ont besoin, elles nous feront connaître et apprécier d’eux, elles faciliteront leur assimilation à nos propres usages.
Elles seront la cause et la raison des voies et communica-tions qui devront au plus tôt sillonner le pays pour en permettre la facile exploitation.
De la sage application des tarifs douaniers qui les régira dépendra l’importance des ressources qui nous sont nécessaires pour couvrir les dépenses.
Le développement des transactions commerciales assure l’avenir du pays et sa prospérité.
Nous devons donc nous attacher à favoriser le développe-ment du commerce à Madagascar par tous les moyens possibles, et une des mesures qui s’imposent est d’y laisser faire le com-
– 26 – merce sans entraves à l’aide des éléments les plus variés et avec les plus larges facilités.
Nous ne pouvons pas refuser de reconnaître les brillants résultats que la liberté du commerce a donnés à certaines con-trées. Dans les ports, tels que : Hongkong, Shanghai, Zanzibar, Bagamoio, cette liberté a été la porte, pour ainsi dire, par la-quelle s’est introduite la prospérité.
Nous serons secondés dans cette voie par les Hovas eux-mêmes, dont les aptitudes commerciales sont remarquables et ne demandent qu’à être développées. Il nous faut profiter du concours puissant de ces aptitudes et pour cela savoir nous soumettre momentanément à certaines exigences contre les-quelles nous ne pourrions réagir sans nuire gravement aux propres intérêts de la Colonie et aux nôtres en général.
Une longue pratique du négoce à Madagascar, la connais-sance approfondie que nous avons des affaires qui peuvent s’y traiter nous ont démontré que si le Hova possède des aptitudes commerciales qui ont établi sa suprématie sur les autres peu-plades et qui ont fait sa richesse relative, encore faut-il le laisser trafiquer de choses qui lui conviennent, qu’il connaît et aux-quelles il est attaché par la force de l’habitude.
C’est en le fournissant de choses à son goût, dont il aura lui-même l’écoulement facile et certain, desquelles il pourra ai-sément trafiquer, qu’on arrivera à augmenter progressivement son négoce, et à utiliser son activité commerciale pour pénétrer avec lui dans les régions lointaines si peu connues de l’intérieur de l’île.
Le heurter dès le début dans ses habitudes invétérées, pré-tendre lui imposer du jour au lendemain d’autres produits que ceux dont il a coutume de trafiquer, le priver des produits dont il a besoin, en les mettant au-dessus des moyens de la clientèle qu’il doit satisfaire, serait non seulement le mettre en défiance vis-à-vis de nous, mais encore porter une atteinte sérieuse à l’expansion de son négoce qui est une des forces que nous de-
– 27 – vons utiliser pour notre installation pacifique et définitive dans l’île. Ce serait encore rétrécir le vaste champ d’exploitation où nous n’arriverons à pénétrer qu’à sa suite, pour y opérer enfin nous-mêmes et avec nos propres produits peu à peu connus et appréciés. Lui imposer des marchandises trop coûteuses serait restreindre l’importance des transactions commerciales que nous devons au contraire développer pour nous procurer les ressources douanières absolument nécessaires pour subvenir à nos dépenses.
Il est certainement fort regrettable pour notre industrie na-tionale que nos produits français soient peu connus et consom-més à Madagascar. La raison en est que le commerce extérieur est entre les mains de puissantes maisons étrangères qui, se trouvant en présence de consommateurs pauvres, n’exploitent que des produits d’un prix très bas fabriqués spécialement en vue de cette consommation et qui leur sont fournis par leurs industries nationales. Nos produits ne peuvent être fabriqués dans les mêmes conditions.
Pour faire connaître nos produits français, il faut que nous les répandions dans le pays. Les répandre, sera les faire appré-cier et préférer certainement, parce qu’il y aura alors comparai-son avec les produits étrangers qui leur sont inférieurs.
Le Hova, le trafiquant de Madagascar, venant sur les mar-chés d’importation rechercher les produits de consommation courante et assurée, se fournira également de nos produits fran-çais qui lui seront offerts ; il s’en pourvoira dans une moins grande proportion au début, il est vrai, mais du fait qu’il les col-portera, les uns avec les autres, la comparaison pourra s’établir, assurément avantageuse pour notre fabrication.
Frapper les produits de fabrication étrangère de droits de douane qui, en raison des cotes du tarif général, en augmente-rait la valeur de 50 à 80 p. 100 en moyenne, serait les prohiber en quelque sorte ou tout au moins ne les laisser qu’à la portée d’un bien petit nombre de consommateurs ; nos produits en supporteraient le contre-coup, ne trouvant plus les débouchés
– 28 – collatéraux que leur procurera le large écoulement des produits étrangers.
Cette mesure aurait donc pour résultat immédiat d’entraver les transactions commerciales, de réduire le trafic, de compromettre notre pénétration dans l’intérieur et les avan-tages que nous avons à en retirer. Elle reculerait bien loin notre mise en contact avec les indigènes, et du même coup priverait notre Colonie d’importantes recettes douanières en réduisant presque à néant l’importation étrangère.
Et nous pouvons nous demander alors : « Les produits français entrant en franchise et les produits étrangers étant prohibés ou leur exploitation très réduite, que restera-t-il aux Douanes à percevoir ? » Avec quoi même subviendra-t-on aux dépenses considérables que nécessitera la création de vastes entrepôts et l’entretien d’une armée de douaniers sur des mil-liers de kilomètres de côtes insalubres ?
C’est, en tout cas, faire beau jeu à la contrebande qui trou-vera, elle, de superbes bénéfices à profiter d’un tel écart de droits, et bientôt se lèvera toute une flottille de boutres arabes et indiens qui sillonneront la mer des Indes et le canal de Mozam-bique, pour rentrer eux aussi, en franchise, à Madagascar, les produits étrangers ; c’est susciter une guerre de pirates, de con-trebandiers, et nous savons malheureusement ce qu’il nous en a coûté, en vies humaines et en argent, de guerroyer à Madagas-car.
Parmi les produits étrangers qui sont d’une consommation si grande et si étendue à Madagascar, les cotonnades tiennent le premier rang incontestablement.
En effet, pour ces peuplades primitives et ces climats chauds, c’est le vêtement national, et presque la seule consom-mation dont elles soient tributaires de l’étranger ; pour tous leurs autres besoins, elles peuvent parfaitement se suffire à elles-mêmes.
– 29 –
La cotonnade commune écrue, blanche ou imprimée, est ce que ces peuples ont toujours consommé en grande quantité, elle leur est actuellement indispensable ; or, cette cotonnade com-mune et de peu de prix n’est malheureusement pas fabriquée en France ; l’organisation, les nécessités de notre industrie ne s’y prêtent pas. Notre industrie a conquis une situation prépondé-rante dans un autre genre de fabrication plus fine, plus riche, de plus de goût, à la portée d’une consommation civilisée et riche, et il n’y a pas de tarif douanier qui pourrait compenser l’écart de coût qui surgirait à Madagascar par le fait de l’application du tarif général entre nos produits de coton et ceux de l’étranger, la qualité, la fabrication n’étant nullement les mêmes.
Prenons quelques exemples. Manchester nous fournit des indiennes imprimées depuis 0f,17 le mètre, préparées spéciale-ment pour les besoins des Malgaches ; nous y trouvons des ap-prêts spéciaux, des dispositions, des coloris à l’infini ; par le fait des nouveaux tarifs, cette indienne de 0f,17 le mètre, revenant au tarif actuel à Tamatave à 0f,22, reviendrait à Tamatave à 0f,35 le mètre. Or, en France, nous ne pouvons trouver d’indienne au-dessous de 0f,29 le mètre qui, sans droits à Tama-tave, nous reviendrait encore à 0f,39 le mètre et nous ne pour-rions, nous, avoir les apprêts spéciaux que seul, il faut l’avouer, Manchester peut nous fournir et qui assurent en grande partie l’écoulement de cet article.
Manchester fournit également à Madagascar ses shirtings blancs de belle apparence quoique très bon marché, apprêtées aussi d’une façon spéciale qui est le monopole de cette grande industrie ; nulle autre nation n’a pu l’imiter ni l’égaler dans ce genre ; les shirtings qu’elle emploie à Madagascar varient de 0f,10 à 0f,30 le mètre.
Prenons la qualité la plus basse de 0f,10 le mètre : elle re-viendra à Tamatave avec le nouveau tarif à 0f,19 le mètre ; puis une qualité intermédiaire à 0f,25 le mètre, toujours avec le tarif général coûtera, à Tamatave 0f,50 ; enfin une qualité relative-
– 30 – ment chère à 0f,40 le mètre pourra être évaluée à 0f,80 à Tama-tave.
Or, ces articles, sous l’empire de l’ancien tarif, revenaient à 0f,11, 0f,27, 0f,44 respectivement, soit une majoration d’environ 40 p. 100.
Mais notre industrie ne fabrique pas ces qualités basses, similaires à de tels prix, et n’est pas outillée pour fabriquer les apprêts spéciaux qui lui donnent une grande valeur aux yeux des Malgaches.
Le meilleur marché que nous trouvions en France est à 0f,30 le mètre ; mais les qualités ne conviennent pas à la con-sommation et nous n’y avons pas les sortes intermédiaires infi-nies qu’on rencontre à Manchester.
Enfin, nous ne sommes pas organisés pour donner à nos tissus le façonnage spécial qui est encore un avantage en faveur de la fabrication anglaise.
Quant aux cotonnades écrues, qu’elles soient de tissus unis, croisés ou façonnés, le peu de prix, l’immense variété de quali-tés qu’on trouve tant en Angleterre qu’aux États-Unis, nous em-pêchent radicalement de soutenir dans aucune mesure, même avec le concours protectionniste, la moindre concurrence.
L’application du nouveau tarif majorerait le coût de ces ar-ticles de 50 à 89 p. 100 sur les anciens cours à Madagascar.
Faut-il donc renoncer à exploiter ces articles, et perdre le profit de leur exploitation par la seule raison que nous ne les fabriquons pas ? Faut-il les sacrifier aux désirs jaloux de ne pas laisser nos voisins introduire dans nos colonies les produits de leur fabrication ?
Cette mesure qui pourrait procurer quelques satisfactions purement morales, qui pourrait peut-être favoriser certaines industries, mais en en ruinant d’autres, nous serait des plus pré-judiciables ; elle nous ferait perdre le profit d’une exploitation sagement réglementée et nous priverait de l’auxiliaire des trafi-
– 31 – quants Hovas dont nous avons à employer le concours pour vé-hiculer à travers la colonie nos propres produits, dont l’écoulement se trouverait par le fait proportionnellement amoindri.
Il nous faut malheureusement accepter comme principe que pour faire du commerce à Madagascar, nous ne pouvons actuellement nous passer des cotonnades étrangères ; la con-sommation du pays l’exige ; il nous faudra quand même les ex-ploiter si nous voulons faire des affaires à Madagascar ou au-trement y renoncer ; nous ne pouvons avoir la prétention de bouleverser du jour au lendemain les usages d’un pays pour lui imposer les nôtres par le fait de notre seule volonté ; espérons toutefois que le jour n’est pas éloigné où, le Malgache nous comprenant, assimilé à nous par la force même des choses, civi-lisé à notre contact, comprendra enfin qu’il est préférable de se fournir de bons produits, de se vêtir de bons tissus et abandon-nera ces produits communs pour se jeter sur les nôtres.
C’est ce qui a eu lieu notamment au Mexique, au Centre-Amérique, par exemple, où il y a peu d’années encore, les popu-lations non civilisées, presque sauvages n’employaient que des produits communs, tandis qu’aujourd’hui plus civilisées, ayant acquis des ressources, elles sont devenues les meilleurs clients de notre industrie nationale, s’approvisionnant par besoin de ses produits, malgré l’augmentation considérable des droits dont ils ont été, eux aussi, progressivement frappés.
C’est alors que se retrouveront les avantages que nous pa-raissons négliger aujourd’hui, que nous négligeons en effet, mais par prudence, pour amener peu à peu la transformation, et forcés par la nécessité du moment ; c’est alors que la comparai-son de nos produits avec ceux de l’étranger s’étant manifestée en notre faveur, nous pourrons diriger en maîtres le marché de Madagascar, en exclure les marchandises étrangères et imposer les nôtres seules, certains que nous serons alors de leur rapide écoulement.
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Il ne suffit pas, par question de principe, sans considérer si ce principe est ou non applicable, de déclarer aveuglément que dorénavant les malgaches consommeront nos produits et pas d’autres, ce qui est la conséquence fatale du tarif prohibitif dont Madagascar est menacée ; il faut considérer que, s’il y a un ven-deur, il y a aussi un acheteur, et que si cet acheteur n’achète pas, soit qu’il n’y trouve pas ses convenances, soit surtout qu’il n’en ait pas les moyens, le vendeur perd ses droits.
Tel serait le cas à ce point de vue spécial de la consomma-tion, en raison de ce que nous avons si longuement développé.
Il faut également considérer que la maison de commerce Hova, la raison sociale Hova n’existant pas encore, c’est le négo-ciant européen qui doit forcément servir d’intermédiaire entre l’industriel français et les bandes de Hovas trafiquants. Or, nos maisons françaises sont bien peu importantes encore à Mada-gascar, les capitaux de la Métropole qui prétend avoir tous les avantages sans donner beaucoup n’ont pas encore afflué dans notre colonie pour l’exploiter. Imposer à nos négociants de ne traiter que des produits français dont l’écoulement est forcé-ment restreint, ou d’employer une moyenne de 50 à 60 p. 100 de leurs capitaux à payer des droits de douane pour des mar-chandises qui leur sont nécessaires, serait les réduire à l’impuissance et les obliger à abandonner les établissements qu’ils ont eu tant de peine à créer pour transporter leur activité dans des régions plus clémentes et moins difficiles à exploiter.
Le commerce se trouverait alors entre les seules mains des riches négociants étrangers, secondés par les capitaux impor-tants que leurs nationaux mettent si aisément à leur disposition. Eux seuls pourront ainsi faire face aux exigences de nos douanes, en continuant à exploiter leurs produits nationaux, certainement dans une moins grande proportion, mais toujours à l’exclusion systématique des nôtres.
Qu’y gagnera alors notre industrie française que nous vou-lons protéger ? Privée des conseils de nos négociants français pour diriger leurs efforts en vue de satisfaire nos nouveaux
– 33 – clients, elle sera abandonnée à elle-même et, si elle réussit ce-pendant à bien faire, qui trouvera-t-elle pour exploiter ses pro-duits ? Ce ne seront certainement pas les négociants étrangers qui préféreront toujours employer les leurs et n’auront garde de nous servir d’auxiliaires.
Nous sommes loin de vouloir tirer, comme conclusion de ce qui précède que les marchandises étrangères doivent être traitées sur le même pied que les nôtres : non, loin de nous cette pensée. Une différence s’impose, mais il ne faut pas que cette différence soit telle qu’elle devienne une mesure prohibitive ain-si que le démontre par les chiffres le tableau que nous joignons à cette étude, qu’elle nous soit préjudiciable et devienne con-traire à nos propres intérêts nationaux.
Voilà pourquoi il est indispensable que la question soit très sérieusement étudiée et que notre tarif général ne soit pas bru-talement appliqué dans toutes ses rigueurs à Madagascar, mais qu’il le soit avec de sérieuses modifications dont l’urgence écla-tera aux yeux des autorités spéciales qui auront pour mission d’étudier la question. Elles reconnaîtront la nécessité de rédiger un tarif spécial qui s’imposera en raison de la situation actuelle et des exigences du moment, comme il y a peu de temps, elles l’ont reconnu pour le Sénégal où un tarif différentiel mais non prohibitif, a été mis en vigueur.
Fermer les yeux à ces nécessités absolues sera restreindre les transactions commerciales, diminuer les recettes, précipiter la ruine de la colonie en la mettant à la charge de la Métropole comme le sont nos autres colonies de la Martinique, la Guade-loupe, la Réunion ; ce sera le règne de la contrebande, de la fraude, des malversations dans un pays si grand, si difficile, où nos fonctionnaires chargés de surveiller et d’assurer la bonne marche du service dans les vastes entrepôts que nous serons obligés de construire à grands frais, iront garnir les cimetières des côtes si malsaines.
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L’INTERPELLATION DU 19 MARS
(suite)
Nous avons analysé et reproduit dans le précédent bulletin le discours de M. Francis Charmes. Après le député du Cantal, la parole a été donnée à M. d’Estournelles.
M. d’Estournelles se préoccupe avant tout de l’avenir de Madagascar. Il fait la part des impatiences, naturelles au début de toute colonisation ; cependant il ne faudrait pas que ces im-patiences pussent amener le gouvernement à entreprendre des réformes qui ne peuvent être immédiatement réalisées. Ces ré-formes feraient courir au pays des dangers dont il faut connaître aussi toutes les conséquences. Déjà, sous certaines inspirations, on a supprimé le mot « protectorat », sans se douter que ce sys-tème de gouvernement avait surtout pour but de nous protéger nous-mêmes contre nos propres entraînements. Qu’on n’aille pas plus loin ! On a parlé de réduire au minimum possible l’autorité des Hovas ; prenons garde qu’il ne nous reste aucun point d’appui pour administrer notre nouvelle colonie. On veut maintenant créer des municipalités. Cette institution doit venir à son heure, sous peine de donner à des électeurs inexpérimen-tés et besoigneux les moyens d’employer toutes les finances municipales à des fonds d’assistance publique, c’est-à-dire, à Madagascar, à des prodigalités électorales. Qu’on en juge par ce qui se passe à la Réunion, qui pourtant est un département français !
Continuant l’examen des réformes qu’on prétend imposer au gouvernement comme autant de progrès, M. d’Estournelles trouve la corvée et l’esclavage, dont on demande la suppression. A-t-on de l’argent pour se lancer dans de pareilles entreprises, il faudrait dire de pareilles folies ?
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La corvée existe encore en France sous le nom de presta-tions ; ne serait-il pas plaisant de la supprimer dans la colonie et de la maintenir dans la métropole ? Quant à l’esclavage, nul ne sait le nombre des maîtres ni celui des esclaves ; si une indem-nité doit être allouée aux premiers, comme il semble légitime de le faire, il faudrait au préalable que l’on sût à peu près quel en sera le montant. Elle peut s’élever à 200 millions. Le pays sera-t-il satisfait d’apprendre qu’il a payé aussi cher un acte, même généreux et humanitaire ? Ce n’est pas tout, la majeure partie des esclaves libérés ne voudront plus travailler et se feront pil-lards : il faudra porter le corps d’occupation à 25.000 hommes, peut-être davantage. Ce sera encore une nouvelle source de dé-penses. Enfin, le jour où l’on aura supprimé l’esclavage, on sera réduit à faire appel aux coolis des Indes, comme cela s’est prati-qué à la Réunion ; ces coolis ne viendront pas et Madagascar restera inexploitée. Si l’exemple des autres pays d’Europe doit nous fournir un argument, ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni l’Angleterre n’ont aboli l’esclavage en leurs possessions. II règne encore à Zanzibar, où l’Angleterre peut cependant exercer sur les côtes un contrôle efficace. Tous ses agents dans l’île lui ont successivement conseillé de maintenir l’institution ; autrement, ce serait la ruine de l’île. Les esclaves eux-mêmes demandent le maintien de leur condition.
M. d’Estournelles a terminé son discours en citant un autre exemple, celui de Gordon arrivant à Kartoum avec l’intention de supprimer l’esclavage et obligé de le rétablir quelques mois après ; sans désirer ni vouloir que l’esclavage reste à Madagas-car comme une institution de longue durée, M. d’Estournelles demande au gouvernement de prendre des mesures prépara-toires à son abolition et supplie la Chambre de ne point se lais-ser entraîner à des mouvements trop généreux dont le pays se-rait la victime.
M. d’Estournelles a prononcé son discours avec une ex-trême modération de langage et une courtoisie toute naturelle, qui n’a pas été sans profit pour les idées mêmes que l’honorable député se proposait de faire prévaloir. Par leur nature, ces idées
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étaient de celles qu’il n’est pas sans danger d’exposer à une tri-bune publique ; il est peu d’orateurs qui se soucient, aux dépens peut-être de leur popularité, de modérer les impatients et de combattre des idées, humanitaires en apparence, inhumaines en réalité. Après le discours de M. d’Estournelles, ces idées ne ren-contreront plus au Parlement la faveur dont elles y jouissaient autrefois ; M. d’Estournelles a jeté une semence dont les vrais patriotes recueilleront bientôt les fruits. Son discours est celui d’un homme d’État, en même temps qu’il est un acte de courage et de conscience politique.
M. Denys Cochin, qui lui a succédé à la tribune, a insisté pour l’abolition immédiate de l’esclavage, allant pour les be-soins de sa thèse, jusqu’à nier que la propriété existât à Mada-gascar ; puis M. Gérault-Richard, dans une sorte de revue de fin d’année, a rappelé toutes les affaires plus ou moins louches dont l’examen est livré comme en pâture à de certaines indignations.
On attendait avec une certaine curiosité les explications du gouvernement ; elles ont été lues à la tribune par M. Berthelot, ministre des affaires étrangères.
M. Berthelot expose qu’en vertu de l’acte du 18 janvier, Madagascar est une possession française : la reine n’ayant gardé qu’une partie de ses pouvoirs sous le contrôle et sous l’autorité du résident général.
Quel est le caractère de cette possession ? L’acte du 18 jan-vier n’entraîne pas à proprement parler de cession ou d’adjonction de territoire ; il exclut par conséquent l’annexion de l’île et n’a pas besoin d’être soumis à la ratification du Parle-ment. Comme d’autre part le protectorat pur et simple est écar-té, on se trouve en présence d’une combinaison mixte qui n’a rien d’exceptionnel ni au point de vue des principes ni au point de vue de la pratique du droit des gens. Les Anglais ont signé beaucoup de conventions de cette nature avec les États de l’Inde ; la France elle-même n’a jamais ratifié par des lois parti-culières la prise de possession du Tonkin ni celle du Dahomey.
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Le gouvernement a été amené à cette combinaison parce que l’annexion pure et simple de l’île nous eût créé trop de charges financières et trop d’embarras administratifs. On a maintenu l’autorité hova parce qu’elle était utile à l’exercice de notre propre autorité. Cela ne veut pas dire que l’état social et politique actuel de Madagascar doive être considéré comme dé-finitif. Nous avons le droit de procéder aux réformes intérieures que nous reconnaîtrons nécessaires, et il est telles institutions comme l’esclavage qui disparaîtront un jour.
Ayant ainsi établi, par son caractère et ses conséquences, que l’acte du 18 janvier, étant unilatéral, n’avait besoin ni d’être soumis à la ratification du Parlement ni d’être notifié aux puis-sances étrangères, M. Berthelot examine les conséquences du système adopté au point de vue des relations de l’île avec les puissances étrangères. Il en relève trois particulièrement essen-tielles : les unes relatives à la liberté religieuse, d’autres à la ju-ridiction, les autres enfin au tarif douanier.
La liberté la plus absolue sera accordée à toutes les confes-sions religieuses ; pour la juridiction, on a établi une organisa-tion judiciaire qui fonctionnera suivant les règles de notre droit public et devra s’appliquer aux étrangers comme aux Français, ainsi que cela se pratique en France ou dans nos colonies. Quant aux tarifs douaniers, le gouvernement compte les appliquer, conformément à la loi du 11 janvier 1892. Les traités conclus par les Hovas seront dénoncés et cesseront de produire leurs effets dans les délais d’usage.
M. Berthelot termine par quelques mots, où il formule l’espoir que Madagascar, fécondée par les capitaux et le travail des colons français, justifie tous les sacrifices qui ont été faits pour son acquisition.
Le discours de M. Berthelot, d’un caractère un peu méta-physique, a été écouté par la Chambre plutôt qu’il n’a été com-pris. On s’attendait à un débat pratique sur le régime intérieur de Madagascar, le régime économique et financier, les questions de douane, de justice, d’administration, etc. ; toutes ces ques-
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Après une courte intervention de M. Bourgeois et une ré-plique non moins brève de M. Francis Charmes, cet ordre du jour a été voté par 440 voix contre 1.
Tel a été ce débat sur Madagascar, si longtemps attendu. La discussion a été admirablement conduite par MM. Francis Charmes et d’Estournelles ; elle s’est égarée dans les explica-tions nébuleuses de M. le ministre des affaires étrangères ; elle s’est perdue dans l’ordre du jour sans signification, qui l’a ter-minée. On ne peut pas dire cependant que la Chambre ait perdu son temps ; MM. Francis Charmes et d’Estournelles ont émis des idées justes, qui germeront en silence, écloront en paix et fructifieront avec éclat. M. d’Estournelles surtout, par la netteté et la hardiesse de ses affirmations, a rendu à la cause de Mada-gascar un service inappréciable.
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SUS AUX CRÉOLES ?
Dans un article du 22 février, intitulé Sus aux Créoles, le Ralliement se plaint de ce que les créoles « soient systémati-quement écartés de tous les emplois lucratifs qui, aux colonies, sont exclusivement donnés aux métropolitains. »
Dans un article du 27 février, intitulé : Nos Créoles, le Ral-liement, à propos de la nomination de M. Crémazy, un créole, comme président de la Cour d’appel de Saïgon, écrit qu’ « on a beau les conspuer, ils font leur chemin quand même, tant il est vrai que le mérite perce toujours ».
Cela n’empêche point le même journal d’exprimer, le 29 fé-vrier, que les créoles de la Réunion sont mis à l’index partout où ils servent. « On les chasse de chez eux, on les repousse des autres colonies, on les traite en ilotes, sur tous les points du globe où pénètre l’influence française ».
Pauvres Créoles ! qui l’eût cru ! On sait pourtant que, non contents d’avoir inventé la formule « Bourbon aux Bourbon-nais » et d’en poursuivre l’application avec une rare ténacité, ils peuplent encore toutes les administrations de la Cochinchine, à ce point que l’élection de tous les corps constitués est entre leurs mains et celles de M. de Mahy ?
Que le Ralliement cesse donc d’imprimer des choses aussi notoirement inexactes ; les Créoles n’ont point d’ennemis en France, mais il ne faudrait pas beaucoup d’exagérations de cette nature – et d’autres que nous signalerons en leur temps – pour constituer un parti qui leur fût notoirement hostile.
Nous aimons à croire que le Ralliement ne traduit pas la pensée intime de tous les habitants de la Réunion.
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