Bulletin du Comité de Madagascar — 2e année, no 5 (mai 1896)
Le Monument de Madagascar
(LES PREMIÈRES LISTES DE SOUSCRIPTION)
Le Comité de Madagascar a adressé la lettre suivante à M. le Rédacteur en chef du Figaro :
Paris, le 4 mai 1896.
Monsieur le Rédacteur en chef,
Le Comité de Madagascar a pensé que la France avait un devoir à remplir et qu’il lui appartenait de prendre l’initiative d’une souscription publique pour élever un monument, à Tana-narive, aux soldats et marins du corps expéditionnaire morts pendant la campagne.
M. le général Duchesne et son chef d’état-major le général de Torcy, MM. les généraux Metzinger et Voyron, M. l’amiral Bienaimé, M. le résident général à Madagascar et M. le gouver-neur de la Réunion nous ont accordé leur patronage.
Le Figaro, en ouvrant gracieusement ses colonnes à notre souscription, prouve une fois de plus qu’il ne reste jamais indif-férent à une pensée généreuse. Le concours de sa grande publi-cité, ses traditions bien connues d’impartialité assurent le prompt succès de cette œuvre patriotique.
Dès que nous serons fixés sur le montant de la souscrip-tion, notre intention est de confier l’exécution du monument à un de nos plus éminents sculpteurs, d’en exposer la maquette dans les salons du Figaro, si vous voulez bien nous y autoriser, et de le faire couler en bronze.
Nous remercions d’avance tous les généreux donateurs et les patriotes qui ont, pour ainsi dire, devancé notre appel en nous adressant des souscriptions importantes, dont nous vous prions de publier la liste.
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Permettez-nous, Monsieur le rédacteur en chef, de vous exprimer toute notre reconnaissance pour votre puissant appui et veuillez agréer l’assurance de notre haute considération.
Le président d’honneur : GRANDIDIER, membre de
l’Institut.
Le président : J. CHARLES-ROUX, député.
Les Vice-présidents : D’ESTOURNELLES DE CONSTANT, dépu-
té, ministre plénipotentiaire ; Clément DELHORBE, an-cien chargé de mission à Madagascar.
Le secrétaire général : A. MARTINEAU, ancien député.
Le secrétaire adjoint : A. CABARET, négociant.
Le trésorier : Lucien DELACRE, négociant-
commissionnaire.
Il a été décidé, en outre, que la souscription serait ouverte dans les agences et succursales du Comptoir national d’Escompte, tant en France qu’à Madagascar et, à la Réunion, aux guichets de la Banque de cette colonie.
Des reçus, détachés d’un registre à souche, seront délivrés à chacun des souscripteurs.
Une Commission de vérification des comptes a été insti-tuée. Elle comprend MM. Milne-Edwards, directeur du Mu-séum, membre de l’Institut ; Ch. Gruet, député ; Cl. Pra, vice-président de la Société de géographie commerciale.
Voici, jusqu’au 10 mai, les sommes recueillies, tant par le Comité de Madagascar que par le Figaro, et dont la liste est publiée simultanément dans notre Bulletin et dans les colonnes du journal de la rue Drouot.
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Première liste.
(7 mai).
M. le Président de la République ....................................... 250 fr. M. Bourgeois, ancien président du Conseil ........................ 100 » M. Cavaignac, ancien ministre de la guerre ....................... 500 » M. Lockroy, ancien ministre de la marine .......................... 100 » M. Guieysse, ancien ministre des colonies ........................ 200 » Conseil général des Bouches-du-Rhône ............................. 100 » Conseil général de la Gironde ............................................. 100 » Conseil général du Doubs ..................................................... 50 » Conseil municipal de Boulogne-sur-Seine ............................ 50 » Chambre de commerce de Marseille ................................... 100 » Chambre de commerce de Bordeaux .................................. 100 » Chambre de commerce de Saint-Étienne ........................... 100 » Municipalité de Brest .......................................................... 100 » Le Figaro ............................................................................. 100 » Chambre de commerce de Troyes ......................................... 50 » Le vice-président du Sénat, gouverneur de la Banque de
France ........................................................................... 80 »
Le gouverneur du Crédit foncier ........................................ 200 » Le Comptoir national d’escompte de Paris ..................... 1 000 » Le Crédit lyonnais .............................................................. 500 » Le Crédit industriel et commercial .................................... 200 » La Société générale ............................................................. 200 » La Société marseillaise de crédit ......................................... 100 » La Compagnie des Messageries maritimes ..................... 1 000 » La Chambre des négociants-commissionnaires et du
commerce extérieur ...................................................... 50 »
Le Comité de Madagascar ............................................... 1 000 » M. A. Poirrier, sénateur ......................................................... 50 » M. Denormandie, sénateur ................................................. 100 » M. R. Waddington, sénateur ................................................ 20 »
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S. A. R. le prince Henri d’Orléans ......................................... 50 fr. M. F. Kleinberger ................................................................. 20 » Les Grands Magasins du Printemps ................................... 100 » M. Gilquin ................................................................................ 5 » Le vice-amiral Miot ............................................................. 100 » Albert Marin .......................................................................... 50 » Victor Leménager, lieutenant au 59e territorial ...................... 5 » Famille Ch… ......................................................................... 20 » Eugène Denis, lieutenant au 76e territorial ......................... 20 » M. Marcel Koechlin, lieutenant de réserve au 200e ré-
giment d’infanterie ..................................................... 500 »
Le directeur du Petit Saint-Thomas ................................... 100 » Le journal le Pot-au-Feu ..................................................... 100 » Alfred Grandidier, membre de l’Institut ............................. 100 » Mme Furtado-Heine ......................................................... 3 000 » La Société de secours aux blessés militaires des armées
de terre et de mer .................................................... 5 000 »
Total de la première liste ............................... 15 640 fr.
Le Comité remercie tous ces généreux donateurs qui ont montré, dès la première heure, un si bel empressement à nous envoyer leur obole.
Nous devons un témoignage spécial de reconnaissance à la Société des armées de terre et de mer qui a adressé la lettre sui-vante à M. Grandidier, membre de l’Institut, président d’honneur du Comité.
Monsieur,
Répondant à la patriotique initiative du Comité de Mada-gascar, le Figaro ouvre ce matin une souscription publique pour élever à Tananarive un monument aux soldats et marins morts pendant la cruelle et glorieuse campagne.
La Société française de secours aux blessés militaires s’empresse de s’associer à cette pensée généreuse ; elle s’inscrit pour une somme de cinq mille francs, qu’elle fera parvenir à l’adresse que vous lui indiquerez.
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Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.
Le Secrétaire général,
Colonel ROBERT.
Quant à Mme Furtado-Heine, dont le nom figure sur cette première liste, nous ne saurions la remercier assez. Cette grande patriote ne s’est pas contentée de donner sa villa de Nice avec deux millions de capital pour les officiers convalescents rapa-triés de Madagascar : elle tient encore à s’associer au monument que nous nous proposons d’élever aux morts de là-bas, et, dans son infatigable philanthropie, elle a adressé trois mille francs pour notre souscription.
Deuxième liste.
(8 mai).
Le Correspondant ............................................................... 100 fr. Mme Gustave Lebaudy ........................................................ 300 » M. Marcellin Berthelot, sénateur, ancien ministre des
affaires étrangères ....................................................... 100 »
M. Georges Lyon, ancien directeur du cabinet du mi-
nistre des affaires étrangères ....................................... 30 »
M. Alexandre Duval ............................................................. 100 » Les Grands Magasins du Louvre ........................................ 500 » M. A. Abbona ........................................................................ 20 » Les Grands Magasins du Bon Marché ............................... 500 » La Banque française de l’Afrique du Sud ........................... 200 » M. G. Gaston Dreyfus ............................................................ 50 » Mme Juliette Adam ................................................................ 20 » Paul Cartault ......................................................................... 20 » Louis Leblois, avocat à la Cour d’appel ................................ 20 » M. Marchand, directeur des Folies-Bergère, Eldorado et
Scala ............................................................................ 100 »
Docteur D. ............................................................................... 5 »
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M. Ernest Cuebin, capitaine adjudant-major, 9e territo-
rial ................................................................................. 50 fr.
M. Émile Berr ....................................................................... 20 » En souvenir de M. René Hamoise, Godefroy ........................ 10 » M. Jules Berr ...................................................................... 200 » Mme veuve Seugnot ............................................................... 20 » M. Léon Chanée ................................................................... 100 » Mme Monrival ......................................................................... 50 » M. Bischoffsheim ................................................................... 50 » MM. Labbey et Co ................................................................ 100 » M. Ch. Simiot, représentant de commerce .......................... 20 » M. Paul Sormani .................................................................... 25 » M. Rey, directeur du Petit Casino ......................................... 10 » M. Joseph Anssenac ................................................................ 5 » M. Paul Lenglet .................................................................... 20 » M. André Vervoort ................................................................ 50 »
Total de la deuxième liste ................................ 2 795 fr.
Troisième liste.
(9 mai).
M. Levasseur, membre de l’Institut, président de la So-
ciété de géographie commerciale .................................. 10 fr.
Conseil municipal de Boulogne-sur-Mer ............................ 100 » M. Fanien, député ............................................................... 100 » M. d’Hulst, député ................................................................ 20 » M. Cochery, ministre des finances ...................................... 100 » M. Charles Canaple, industriel à Marseille ......................... 100 » La Compagnie d’assurances maritimes et fluviales « la
Foncière-transports » ................................................ 200 »
M. Charles Moutier, directeur de « la Foncière-
transports » ................................................................... 50 »
M. Gustave Robert ................................................................. 50 » H. Charles Cambefort ............................................................ 50 »
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M. J. Charles-Roux, député ................................................. 100 fr. M. Gévelot, député .............................................................. 100 » La Banque de l’Indo-Chine ................................................ 300 » M. Milne-Edwards, membre de l’Institut ............................. 50 » MM. Pector et Ducout jeune ............................................... 100 » M. C. Pra ................................................................................ 50 » Lieutenant d’Ollone, du 200e régiment ................................ 50 » M. Eugène Max ...................................................................... 50 » Mme veuve Martin ................................................................. 20 » M. Armand Templier ........................................................... 100 » Aug. Arg ............................................................................... 100 » H. V. ...................................................................................... 20 » Fils et petit-fils de marin ...................................................... 20 » S. Barbier fils ........................................................................... 5 » M. Georges Boulant, à Amiens .............................................. 50 » M. Pierre Rodocanachi .......................................................... 50 » Mme la générale de Champvallier ........................................ 100 » Compagnie forestière de Madagascar ................................... 50 » M. Georges Berger, député .................................................... 50 » Ernest Loire, lieutenant au 13e hussards, réserve ................. 10 » M. Albert Némo ..................................................................... 10 » Comte de Pontevès-Sabran ................................................. 100 » Société de protection des Alsaciens-Lorrains .................... 200 » Compagnie française d’exploration, et de colonisation ..... 200 » M. Alfred Courmes ................................................................ 50 » M. Léon Thiébault, 30e d’artillerie ....................................... 20 » Pour mon fiancé resté à Majunga ........................................... 5 » M. Eugène Ritt ....................................................................... 50 » E. D. ....................................................................................... 10 »
Total de la troisième liste ................................. 2 770 fr.
Total à ce jour ................................................. 21 205 fr.
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En même temps que sa souscription, la Société de protec-tion des Alsaciens-Lorrains adressait au Figaro, par l’entremise de son président, la lettre suivante :
Paris, le 8 mai.
Monsieur le Rédacteur en chef,
Un certain nombre d’Alsaciens-Lorrains engagés dans la Légion étrangère étant morts à Madagascar, le Comité de la So-ciété de protection des Alsaciens-Lorrains demeurés Français me charge de vous faire parvenir sa contribution au monument projeté, un hommage rendu à la mémoire de ces jeunes gens qui ont payé de leur vie leur fidélité à la mère patrie.
Recevez, Monsieur le Rédacteur en chef, l’assurance de mes sentiments de considération les plus distingués.
Comte d’HAUSSONVILLE,
de l’Académie française.
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LES ÉLECTIONS DE L’ÎLE MAURICE
Des élections au conseil législatif de l’île Maurice ont eu lieu à la fin de janvier. Elles ont donné les résultats suivants :
À Port-Louis, MM. W. Newton et V. Rohan ont été élus par 1.067 et 878 voix contre 585 et 451 accordées à MM. E. Vau-dagne et G. Bouic ;
Aux Plaines-Wilhems, M. G. Guibert a été élu par 580 voix contre 399 à M. le Dr Laurent ;
Au Grand-Port, M. L. de Rochecouste a été élu par 298 voix contre 192 a M. G. Gébert ;
Enfin, à Pamplemousses, M. E. Sauzier a été élu par 267 voix contre 195 à M. L. Souchon.
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VARIÉTÉS
ÉCHOS DE LA PRESSE
I. MADAGASCAR
L’organisation de la justice à Madagascar. – Dans deux articles parus dans l’Avenir de Madagascar, les 12 et 19 février, M. Le Garrec commente les dispositions les plus impor-tantes du décret du 28 décembre 1895, organisant la justice française à Madagascar.
L’auteur se demande d’abord comment on doit interpréter l’article 1er paragraphe 2 du décret qui dispose que les juridic-tions françaises connaîtront en matière civile, commerciale et répressive, de toutes les affaires autres que celles dans les-quelles il n’y a que des indigènes.
La question semble ainsi résolue très catégoriquement en ce qui concerne les non-indigènes à quelque nationalité qu’ils appartiennent, non seulement pour leurs affaires entre eux, mais encore pour celles avec les indigènes.
Mais entre indigènes ?
Maintiendra-t-on la justice des Hovas ? Ou bien organise-ra-t-on des tribunaux mixtes présidés par un juge français ou le résident ?
Ce serait là pour l’auteur le parti le plus pratique ; mais en ce cas, faudrait-il que le juge ou résident fût instruit du droit coutumier de Madagascar, ce dont jusqu’ici on ne s’est jamais préoccupé ni en France ni à la résidence générale, et cependant s’il y a une branche de l’administration intérieure de l’île qui demande une sérieuse attention, c’est assurément celle-ci.
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L’article 2 du décret qui s’occupe de la promulgation des lois françaises à Madagascar, ainsi que des lois locales visées pour exécution par le résident général, laisse prise à la critique ; le texte de cet article est obscur ; comment se fera la promulga-tion ; est-ce par le décret lui-même ou bien faudra-t-il une pro-mulgation officielle faite par voie d’arrêté par le résident géné-ral ?
Et quand, dans le paragraphe 3 du même article, il est dit que toutefois une disposition spéciale et motivée du jugement ou de l’arrêt peut constater en fait que la loi française est actuel-lement inapplicable ? Voilà, dit l’auteur, la porte ouverte toute grande aux conflits entre les autorités administrative et judi-ciaire.
N’aurait-on pas dû prévoir ces difficultés et décréter d’ores et déjà que le résident général promulguerait et ferait publier à Madagascar sur la proposition du chef de service judiciaire, les lois françaises qui seraient reconnues applicables au pays ?
Et puis de quelles lois locales entend-on parler ? Depuis longtemps le gouvernement malgache n’a fait de lois que pour les nationaux, va-t-on maintenant l’inviter à légiférer pour les étrangers ? Alors on en verrait de belles, puis le souverain de Madagascar en arriverait jusqu’à réglementer même à Diégo-Suarez et Nossi-Bé, qui sont colonies françaises.
On aurait dû spécifier ainsi, par exemple, que dans les par-ties de l’île soumises au protectorat, les tribunaux français pour-ront appliquer les lois locales réglant des questions d’ordre inté-rieur : mines, forêts, etc., lorsque ces lois auront été visées par le résident général et publiées d’après les formes des lois fran-çaises.
Continuant l’analyse du décret, article 6, paragraphe 2, M. le Garrec se demande pourquoi, par décret seulement, les résidents peuvent être investis des fonctions de juge de paix ?
Pourquoi cette complication et n’eût-il pas été plus simple et plus pratique de les investir d’ores et déjà de ces attributions,
– 52 – dont l’obtention peut amener dans la distribution de la justice de regrettables lenteurs.
Cependant dans le décret de même date, portant institu-tion des tribunaux à Madagascar, il est dit, article 5, que le rési-dent général désignera les localités où les résidents et vices-résidents seront investis de pouvoirs judiciaires, et que ces arrê-tés seront soumis à l’application du ministre des colonies.
Pourquoi cette contradiction entre les deux décrets ? elle ne peut s’expliquer que par la préparation dans des bureaux différents sans vérification ultérieure, pour savoir si ces projets ne se détruisaient pas l’un par l’autre.
Quel est celui des deux décrets que suivra le résident géné-ral ? Nous comprenons son embarras.
Le seul moyen pour sortir de cette difficile situation serait, partout où il y aura des résidents sans tribunaux, de donner à ceux-ci les attributions de juges de paix ; le ministère des colo-nies n’ayant réservé au Président de la République que le droit de transformer les résidents ou vices-résidents en juges de paix, les deux décrets seraient ainsi respectés.
Et encore que dira-t-on au pavillon de Flore ?
Pour terminer, l’auteur se demande comment désormais on réglera les contestations entre Français et étrangers. L’article 1er dit que les tribunaux français connaîtront de toutes les af-faires autres que celles où il n’y a que des indigènes. Y a-t-il eu des conventions par lesquelles les étrangers ont accepté notre juridiction à Madagascar, ou bien le gouvernement a-t-il sim-plement pensé que les conventions n’avaient plus de raison d’être, du jour où l’île était déclarée possession française ?
À quel tribunal le Français ou l’Anglais en contestation avec un indigène devra-il s’adresser, si on admet les principes ordinaires de compétence au tribunal indigène, si on suit les dispositions du décret du 28 décembre aux tribunaux français.
Comment accorder cela ?
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Les magistrats qui siégeront à Tananarive n’ayant aucune attribution de juridiction sur les militaires et les indigènes, n’auront guère de causes à juger, et par contre si l’on ne se dé-pêche pas d’établir des routes entre la côte et l’intérieur, l’auteur plaint les justiciables qui auront des causes à faire juger en ap-pel à Tananarive.
(Sur le même sujet). – Le Madagascar, 15 février, estime que l’établissement d’une cour d’appel, à Tananarive, rendra impossible l’exercice de la justice, à cause des frais de déplace-ments nécessaires. Jadis, lorsqu’un Tamatavien était obligé de se rendre à la Réunion pour faire appel d’un procès, il ne dépen-sait que 25 francs pour l’aller, autant pour le retour ; il pouvait même s’éviter cette dépense en s’adressant par lettre (0 fr. 25), à un avoué ou un avocat. S’il veut maintenant aller à Tanana-rive, il devra engager douze porteurs à 40 ou 50 francs l’un et il ne trouvera dans la capitale ni avoué, ni défenseur à qui il puisse confier ses intérêts.
La commission municipale de Tamatave. – L’Avenir de Madagascar (6 février), explique que M. de Mahy a enfoncé une porte ouverte, en demandant que les fonctions municipales de Tamatave soient réservées à des Français.
« D’abord, il n’y a jamais eu à Tamatave, pendant la der-nière guerre, de commission municipale proprement dite, mais seulement des commissions simplement consultatives nommées à titre provisoire, pour donner sur des questions déterminées un avis auquel les autorités françaises se réservaient la faculté de se conformer ou de passer outre.
« De plus, les commissions dont il s’agit ont toujours été composées de Français, en très grande majorité. La dernière qui a fonctionné comprenait cinq membres français, sans compter le président, contre trois membres non français. Comme on le voit, c’est tout juste le contraire de la vérité qui a été raconté à M. de Mahy. »
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Nos fonctionnaires. – L’Avenir de Madagascar (12 fé-vrier), apprécie en ces termes les nominations du personnel français à Madagascar :
« Nous voyons bien arriver depuis quelque temps de nom-breux fonctionnaires de toutes sortes pour Madagascar.
« C’est très bien ; cependant nous ne pouvons nous empê-cher de constater avec une certaine surprise que, depuis le haut jusqu’au bas de l’échelle administrative malgache, telle qu’elle existe actuellement ou telle qu’elle semble se dessiner, il n’y a qu’un seul fonctionnaire qui connaisse le pays pour l’avoir habi-té quelque temps.
« C’est M. Dubreuil, notre futur procureur général.
« Il y a bien M. le docteur Besson qui a été renvoyé à Fiana-rantsoa ; mais sa situation, si nous sommes bien renseignés, ne serait pas encore définie. »
Le Courrier de Madagascar (18 février), apprécie en ces termes, la nomination de M. Ferrand, comme résident provi-soire de Tamatave.
« C’est un commencement de stabilité administrative, car depuis quelques semaines, le public n’a pas été satisfait des mu-tations continuelles de la résidence. Après M. Chaloin, M. Besson ; après M. Besson, M. Gerbinis ; après M. Gerbinis, M. Ponty ; après M. Ponty, M. Ferrand, par intérim ; et après M. Ferrand ? – Où est M. François ? »
Le travail indigène. – Le Courrier de Madagascar (21 janvier) demande que l’on fasse des lois spéciales à Madagascar. L’indigène n’ayant aucun besoin, n’a nul souci de la prospérité publique. Si on ne l’attache pas au sol par des règlements le pays ne produira jamais assez et il risque d’être le tributaire de l’Inde ou de l’Australie pour son alimentation. « Le Malgache, dit le Courrier, est trop ennemi des intérêts publics, pour qu’on le laisse libre comme un citoyen français ; sans le rendre es-
– 55 – clave, on peut décréter l’obligation du travail manuel ; il y va de l’intérêt du colon, comme de l’intérêt de la France. »
Émigration des Mauriciens à Madagascar. – La Croix du Dimanche (29 mars), avertit les Mauriciens qui vou-draient émigrer à Madagascar qu’ils courent peut-être au-devant des plus graves désillusions.
« Les mesures prises par le Gouvernement français pour assurer, à Madagascar, des avantages et des privilèges à ses na-tionaux, ont remis, dit-elle, à l’ordre du jour la question de l’émigration des Mauriciens vers la grande île africaine.
« Nous avons lu, à ce propos, un article fort sensé de M. Léon Lauret. Ce publiciste montre d’abord combien ceux qui veulent émigrer se font des illusions et connaissent mal les diffi-cultés qui les attendent. Dans tel pays, par exemple, on gagne, en apparence, plus d’argent qu’à Maurice ; mais aussi la vie y coûte très cher. Puis il se demande pourquoi, tandis que nous songeons à abandonner notre sol natal, des étrangers arrivent constamment chez nous, qui réussissent et y font souche. Ne serait-ce pas, demande-t-il avec raison, que nous ne savons pas nous contenter de peu, que nous dépensons plus que nos moyens ne nous le permettent ? À Bourbon, où il y a moins de luxe, on vit plus heureux et on ne parle guère d’émigrer.
« Ne nous laissons pas tromper par de vains mirages, n’affaiblissons pas, par de nouvelles déperditions, notre pays déjà malade. »
Trop d’émigrants ! – On lit dans le Courrier de Mada-gascar du mardi 17 mars, les deux notes qui suivent :
« Par le dernier courrier, nous avons débarqué un grand nombre de passagers venus de tous les points du globe, princi-palement de la Réunion et de Maurice. Nous souhaitons à tous la bienvenue ; mais, vu les difficultés de l’heure présente, nous
– 56 – craignons bien que la plupart d’entre eux ne soient obligés de regagner sous peu leur pays d’origine.
« Les logements sont très rares à Tamatave, ce qui élève les loyers à des prix exorbitants ; les hôtels sont pleins, et si les nouveaux venus ne bâtissent eux-mêmes, comment pourront-ils-se loger ? »
*
* *
« Le Peï-Ho, des messageries maritimes, venant de France, est arrivé à Tamatave lundi matin. Il a relevé mardi matin pour la Réunion et Maurice, remportant beaucoup de passagers, déjà dégoûtés de Madagascar ».
II. RÉUNION
Un volontaire de la Réunion. – Le Petit Journal du 1er janvier nous raconte, peut-être sans le vouloir, comment on a procédé à l’enrôlement des volontaires de la Réunion pour la guerre de Madagascar. Nous lui laissons la parole :
Le conseil de guerre s’est réuni ce matin, 31 décembre, pour juger le nommé Laravine, soldat de deuxième classe au bataillon des volontaires de la Réunion, accusé de désertion à l’intérieur en temps de paix et de dissipation d’effets militaires.
Laravine, né à Salazie en 1868, s’est engagé volontairement à la Possession. Invité par le lieutenant de gendarmerie Poincet, président des débats, à s’expliquer sur les faits qui lui sont re-prochés, ce pauvre diable, qui ne brille pas précisément par une intelligence de première classe, fait la déclaration suivante que nous reproduisons presque textuellement :
« Je ne savais pas du tout ce que je faisais en m’engageant. J’étais au Dos-d’Âne, lorsqu’on est venu avec de la musique, des tambours nous parler de nous engager. On nous a dit que nous aurions des concessions de terre à Madagascar, que nous se-
– 57 – rions bien vêtus. Puis, comme j’étais un peu saoul, j’ai fait comme les autres, je suis venu à Saint-Denis. Là on nous a fait encore boire. Puis j’ai été à la caserne ; on m’a donné un cos-tume et des souliers, ça m’écorchait les pieds, on m’a puni, on m’a fait faire du peloton, c’était très dur ; alors je suis parti de la caserne. Comme je m’étais engagé volontairement, j’ai cru que je pouvais m’en aller volontairement.
– Vous ne saviez pas que vous étiez déserteur ? demande le président à l’accusé.
– Non, je suis parti comme je suis venu. Je me suis engagé parce qu’on disait que nous n’aurions pas la guerre. Si j’avais su que nous irions là-bas et qu’il y aurait la guerre, je ne me serais pas engagé.
– Et votre vareuse que vous avez vendue deux francs cin-quante centimes ?
– Je croyais que c’était notre Maire qui nous avait fait ca-deau de ce vêtement, comme on nous avait fait d’autres ca-deaux. Alors, comme je n’avais pas le sou, je l’ai vendu. Le képi, je l’ai jeté dans une rivière.
Comme on le voit, la défense de Lamine est d’une naïveté trop grande pour qu’on ne le croie pas sincère.
Le Commissaire du gouvernement, dans un bref réquisi-toire, très modéré, du reste, demande l’application de l’article 310 du Code de justice maritime.
Le défenseur plaide l’inconscience de son client et de-mande l’indulgence du Conseil.
Le Conseil se retire pour délibérer et revient apportant un verdict d’acquittement à l’unanimité.
Envahissement des Chinois. – Le nombre des Chinois à la Réunion augmente tous les jours. Le Petit Journal publie à ce sujet l’information suivante (13 mars) :
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« Le nombre de nos commerçants créoles diminue de plus en plus, alors que celui des boutiquiers chinois suit une progres-sion constamment ascendante. Il suffit, pour se rendre à l’évidence, de parcourir les différents quartiers de la ville. À chaque coin de rue et sur tous les points de la cité, à la Petite-Île, au Butor, au Chaudron, etc., on n’aperçoit plus guère que des boutiques tenues par des Chinois. Les Indiens eux-mêmes qui, en raison de leur sobriété excessive sous le rapport des be-soins matériels, se contentent d’un maigre bénéfice, ont dû cé-der le pas aux Célestes et se retirer devant leur flot de plus en plus envahissant. »
Nossi-Vé et le commerce de la côte Sud-Ouest.
M. G. de Raulin a publié dans la Revue maritime du mois d’avril une étude fort documentée sur le commerce de Nossi-Vé et de la côte Sud-Ouest de Madagascar (30 pages in-8°). L’auteur a divisé son travail en cinq parties : le pays, les habi-tants, les productions, le commerce et enfin la conclusion. La conclusion de l’auteur, qui a visité lui-même cette région l’an dernier, est que Tuléar, mouillage excellent, sûr et commode en tout temps, est appelé à être le futur grand port, le point capital de cette partie de Madagascar.
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L’AFFAIRE DE MADAGASCAR 1
M. Gabriel Hanotaux a fait paraître sur l’affaire de Mada-gascar, ou plutôt il a groupé en quelques cents pages, tout ce qui avait trait aux affaires diplomatiques de Madagascar. L’œuvre est divisée en trois parties distinctes : l’introduction, sur la-quelle nous allons revenir et qui mérite notre attention à de multiples points de vue ; puis les extraits du Livre jaune, ex-traits dans lesquels nous voyons reproduites les correspon-dances de MM. Larrouy et Le Myre de Vilers. Ces divers docu-ments commencent le 25 juin 1891. Plus loin, nous trouvons la correspondance du ministre des affaires étrangères avec le gé-néral Duchesne et M. Ranchot. Au point de vue documentaire, ce volume est fort bien complété par l’exposé fait à la Chambre le 13 novembre 1894 par le ministre des affaires étrangères, par les discours prononcés au Sénat et à la Chambre des députés et, couronnant enfin l’édifice, la dépêche du gouvernement au gé-néral Duchesne affirmant la victoire de nos trois couleurs, flot-tant sur le palais de la Reine.
Il n’est pas d’un mince intérêt de pouvoir suivre tout ce qui a trait à cette affaire de Madagascar, et c’est le très grand avan-tage que nous procure le livre de M. Hanotaux. On voit avec quelle justesse et quelle sagesse ces instructions étaient données et quelle saine direction pouvaient avoir nos affaires étrangères sous la direction de ce diplomate.
Nous sommes heureux de pouvoir écrire aujourd’hui qu’on va revoir, au quai d’Orsay, un ministre qui a si remarquable-ment su déjà affirmer notre autorité au dehors et conduire nos affaires diplomatiquement.
1 Librairie Calmann-Lévy, 1 vol. de 380 pages. Prix : 3 fr. 50.
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Il s’agit pourtant en ce moment, non du ministre des af-faires étrangères, mais de M. Gabriel Hanotaux. La troisième partie du volume est l’étude parue dans la Revue de Paris du 1er janvier 1896. Je n’effleurerai même pas le sujet ; le Bulletin du Comité de Madagascar, dans son numéro du 15 février, en donnait d’importants extraits et nous nous exposerions à des redites inutiles.
Le point frappant de l’œuvre, parce que l’auteur y affirme bien sa personnalité, c’est l’introduction, où M. Hanotaux ex-pose ses idées sur le régime politique et administratif sous le-quel sera placée notre nouvelle possession. Il blâme ce régime mal défini qu’on prolonge indéfiniment et il voit peu à peu, grâce à ces hésitations, les bonnes volontés se décourager ; le commerce et les capitaux abandonner peu à peu la partie.
Voici comment l’auteur synthétise en quelques lignes, de-vant l’opinion, les projets qu’il avait nourris, pour notre nou-velle possession :
« Ce que nous avions rêvé, ou plutôt le programme que nous nous étions tracé, nous avons voulu le rendre clair aux yeux du public. Il nous a paru que, pour cela, le plus simple était de rassembler dans un recueil unique les documents épars en divers endroits, où il se trouve exposé. »
Ces documents – et voilà qui a sa grande importance main-tenant – prouveront que le gouvernement, qui a demandé aux Chambres les crédits nécessaires pour procéder à la prise de possession de l’île, avait arrêté d’avance un système politique et administratif complet, se tenant dans toutes ses parties, que ce système avait été mûrement élaboré par les hommes les plus compétents, qu’il a été accepté et appliqué – provisoirement, du moins – par le général Duchesne et M. Ranchot ; s’il ne l’est plus aujourd’hui, c’est qu’une résolution prise à Paris a modifié de fond en comble, en même temps que les formules du traité, les conditions de notre établissement dans la grande île afri-caine.
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M. Hanotaux se met donc à l’abri de responsabilités qu’il n’a pas encourues et continue en donnant ses idées sur la con-quête de Madagascar. Il résume celles-ci en quelques mots em-pruntés aux actes diplomatiques : « Le protectorat avec toutes ses conséquences. Nous n’avions d’autre intention, écrivait le ministre des affaires étrangères, que d’assurer, d’une manière incontestée, la situation d’État protecteur qui appartient à la France ». Puis plus loin, toujours dans le même document : « Il serait impolitique de froisser, sans nécessité, les mœurs, les in-térêts, les préjugés des populations indigènes ».
Après avoir indiqué comment le protectorat fonctionnait, l’auteur développe les motifs pour lesquels il eût désiré voir du-rer cette période du protectorat avec ses conséquences.
Il divise sa thèse en deux parties :
1° Au point de vue malgache ;
2° Au point de vue français.
« Qui ne voit, dit-il, que cette terre de Madagascar ne de-mande qu’à vivre d’une vie jeune, hardie, souple et libre, entrant de plain-pied après des hostilités si courtes et une pacification si facile et si prompte, dans la civilisation moderne ? Mais qui ne sent aussi qu’il serait véritablement désastreux d’alourdir ce frêle avenir, plein d’espérance, du bagage pesant de législation et de réglementation dont vingt siècles d’histoire ont surchargé notre vieille France romaine et centralisée ».
Plus loin il déplore de voir Madagascar – ce pays encore sauvage, avec beaucoup de naïvetés et peu d’ordre évidemment – soumis de gaieté de cœur aux lenteurs des bureaux de la mère patrie.
« Ah ! Dieu ! a-t-on assez réfléchi à ce que serait, pour la grande île, un régime qui, sous quelque forme qu’il se présentât, serait comme une sorte de rattachement aux administrations de la métropole ? Vous cherchez pour Madagascar une organisa-tion souple, ductile, experte à se plier aux difficultés, à les ré-
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C’est lui qui colonisera, dit M. Hanotaux, qui présidera à la naissance, à l’instruction, au mariage, à la vie ; c’est lui qui plan-tera les jalons dans les propriétés, expropriera, affermera, loue-ra ; c’est lui enfin qui récompensera, punira, encouragera, frap-pera surtout, car il est inflexible. Et tout cela il le fera au moyen d’un fil télégraphique qui ne reçoit les dépêches que moyennant dix francs le mot. Du fond de l’étroit bureau où tant de compé-tence et de puissance sont accumulées, il tiendra dans sa main l’avenir d’un pays grand comme la France ; et, par-dessus le marché, cette besogne l’ennuiera horriblement.
Et l’auteur en revient toujours à son même point de départ, à ce qu’il avait rêvé pour Madagascar… Sa définition est abso-lument juste lorsqu’il dit que le protectorat n’engage que le pays soumis, dégage la mère patrie, et, en assurant nos droits, limite nos devoirs et nos responsabilités.
En un mot, l’Affaire de Madagascar est d’un intérêt incon-testable et tous ceux qui s’occupent de l’avenir de notre grande île africaine, y trouveront à la fois le dogme et le document, l’un complété par l’autre.
Nous espérons en outre, puisque nous avons la bonne for-tune d’avoir de nouveau M. Hanotaux comme ministre des af-faires étrangères, qu’il saura réparer une bonne partie du mal fait par le précédent Cabinet et accomplir cette œuvre de salut avec le concours de son intelligent collègue des colonies, l’honorable M. André Lebon.
H. L. A.
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