Conscience et quanta
Le contexte
L’avènement de l’ère informatique a eu ce curieux effet que tous les chercheurs travaillant de près ou de loin à construire un modèle de la conscience humaine se sont vu soudainement affligé d’une forme particulièrement sévère de myopie : le computomorphisme.
Tout portait à croire en effet que l’équation était simple : 4 milliards et demi de neurones équivalaient peu ou prou à 4 milliards et demi de transistors et tout le reste n’était qu’affaire de connectique, de programmation ou de littérature.
On a donc pensé qu’il suffirait de comprendre la structure du réseau de connexion interneural pour élucider ce qui n’était plus après tout qu’une mécanique − certes un peu complexe, mais néanmoins déterminée.
L’analogie était tentante et l’on peut comprendre que tant de brillants esprits se soient laissé obnubiler par ce miroir aux alouettes, doré de mythologie, et qui laissait entrevoir la possibilité proprement démiurgique de construire une conscience artificielle.
Il n’en demeure pas moins que la démarche scientifique de toute une génération de chercheurs s’en est vue irrémédiablement faussée.
Plus de modèle, plus d’édifice fragile et inventif que l’on puisse soumettre au feu de l’expérimentation, guère plus d’efforts non plus pour élucider la biologie moléculaire du neurone : il suffisait de tâtonner un peu sur de toujours plus puissantes machines et un être nouveau, doué de conscience, finirait bien par surgir ex machina pour expliquer à ses créateurs de pur hasard par quel miracle il pense ! Résultats : néant.
Des centaines de chercheurs de par le monde restent suspendus aux écrans de leurs simulations désespérément muettes, sans voir combien leur travail tient davantage de la quête alchimique que de la science.
Il est plus que temps de revenir à une démarche humaine et d’échaffauder de nouveaux modèles qui rendent véritablement compte de notre faculté d’intellection.
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Neurones et quanta
Le physicien anglais Roger Penrose a émis une hypothèse cohérente et falsifiable dont les implications bouleversent toutes les conceptions communes, et ouvrent de vastes perspectives tant scientifiques que philosophiques. C’est sans aucun doute la base la plus prometteuse sur laquelle se puisse édifier un modèle de la conscience à l’échelle macroscopique, et c’est ce que nous nous proposons de faire sur un mode très informel.
Examinant la structure histochimique du neurone, Penrose s’aperçut que le cytoplasme de celui−ci renfermait une très grande quantité de structures microscopiques : les neurotubules et les neurofilaments. Ceux−ci, composants du cytosquelette, ont classiquement pour rôle de maintenir la cohésion de l’édifice
Le contexte 4 cellulaire − un échaffaudage, en somme. Mais comment expliquer l’abondance de ces fibres et leur disposition longitudinale tout à fait spécifique ?
Ici s’inscrit l’hypothèse de Penrose : le diamètre et la structure moléculaire de ces fibres les rendent susceptibles d’être le siège d’un phénomène de cohérence quantique à grande échelle.
vue de la région centrale d'un neurone
Les molécules de tubuline constituant ces fibres sont susceptibles d’accepter deux configurations spatiales correspondant à deux états énergétiques différents. Ces deux configurations peuvent se trouver en état de superposition quantique instable avant de se réduire instantanément ( OR : objective reduction ) à une configuration donnée. Cela à l’échelle d’une fibre, puis d’une cellule, puis de régions entières de l’encéphale qui se trouvent alors placées en état de cohérence quantique délocalisée, avant de choisir instantanément, de manière orchestrée, une configuration déterminée (Orch OR : orchestrated objective reduction ).
Le contexte 5