Contes et légendes. 1re Partie

H. A. (Hélène Adeline) Guerber · Chapitre 1 sur 8 · partie 1/5

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Contes et légendes. 1re Partie

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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.

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CONTES ET LÉGENDES

 

1ÈRE PARTIE

PAR

H. A. GUERBER

 

AUTEUR DE “MYTHS OF GREECE AND ROME”

NEW YORK CINCINNATI CHICAGO

AMERICAN BOOK COMPANY

DÉDIÉ

 

À

 

Roger et Marguerite

 

PREFACE.

 

This little collection of Legends and Fairy Tales is intended merely as

an introduction to general French reading. The stories have been told as

simply as possible, with infinite repetition of the same words and

idioms to enable the pupil to obtain a good vocabulary almost

unconsciously. They have also been narrated as graphically as

practicable to arouse an interest in the plot, to stimulate curiosity,

and thereby induce the pupil to read to the end.

 

With the exception of the first tale of the series, for which I have

purposely selected the common nursery story, “The Three Bears,” I have

carefully avoided the tales which are most familiar, or have given them

in some unusual version, so that only by knowing the meaning of the

words the sense of the story can be obtained.

 

This method has been used with most gratifying results with pupils of

all ages either with or without the accompaniment of a grammar, and it

is very gradual, to facilitate rapid progress in the language.

 

Of course, the results to be achieved depend greatly upon the

instructor, but I have found that where daily lessons were the rule, the

pupils, at the end of a very short time, were able to read simple

histories and novels at sight with much pleasure and profit.

 

My own method, which, however, varies greatly according to the age and

the intelligence of the pupils, is, roughly outlined, as follows, taking

the first paragraph of this work as an example:

 

The first sentence is read plainly by the teacher or written on the

blackboard, and as these stories are intended to be used from the very

first lesson, each word is translated into English. Then the pupils read

the sentence in turn, supplying the translation of the words as they are

rapidly pointed out. A few moments’ work of this kind suffices with

average pupils to enable them to memorize the words so that they can

reproduce them verbally or in writing, when the book is shut or after

they have been rubbed off the board.

 

The next sentence is treated in the same way, the pupils translating the

words previously given and the instructor giving the meaning _of the new

words only_. Then making use of the first idiomatic expression “il y

avait,” an explanation is given, showing how it can be changed into the

interrogative form “y avait-il?” and the pupils are questioned rapidly

as follows, using only the words already mastered:

 

“Y avait-il un ours?”

 

“Y avait-il deux ours?”

 

“Y avait-il trois ours?”

 

“Y avait-il un grand ours?”

 

“Y avait-il un petit ours?”

 

“Y avait-il un ours de grandeur moyenne?”

 

The answers are all given in French, as quickly as possible, ere the

second sentence is written from memory.

 

Proceeding thus from sentence to sentence, more or less rapidly

according to the class, a stock of words is soon acquired, reading,

writing, and conversation become easy, and in a very short time the

pupils, encouraged to guess at the meaning of new words, become

entirely independent of vocabulary or dictionary. In concluding the

lesson, the story is told again by the teacher, quite rapidly, in the

usual conversational tone, or the pupils read or tell it aloud.

 

A vocabulary and a few notes have been added more as a matter of

convenience for any pupils who should miss a recitation than for

constant use, for the main object of this method is that the pupils

should have all the French they have learned at the tip of their

tongues. If this collection of stories helps to make the study of French

more of a pleasure and less of a bugbear than it has heretofore proved,

I shall feel that one part of my aim has been attained.

 

H. A. GUERBER.

 

TABLE DES MATIERES.

 

IÈRE PARTIE.

 

Les Trois Ours

Les Quatre Saisons

La Rose Mousseuse

Les Trois Souhaits

Le Chat et le Renard

Blanche-Neige

Les Trois Citrons

La Ville Submergée

Le Poisson d’Or

La Cabane au Toit de Fromage

Le Vrai Héritier

Yvon et Finette

Le Renard et le Loup

La Mauvaise Femme

Baba-Iaga

Les Nez

L’Hospitalité du Pacha

Les Deux Frères

Le Berger et le Dragon

Les Deux Aumônes

L’Amour d’une Mère

Le Cheveu Merveilleux

Un Conte de ma Mère l’Oie

Godefroi le Petit Ermite

Le Grain de Moutarde

 

CONTES ET LÉGENDES.

 

LES TROIS OURS.[1]

 

[Note 1: The original of this story is the common English nursery

tale, “The Three Bears and Little Silver Hair.”]

 

Il y avait une fois un, deux, trois ours: un grand ours, un ours de

grandeur moyenne, et un petit ours.

 

Les trois ours demeuraient dans une petite maison, dans une grande

forêt.

 

Dans la maison, il y avait trois lits: un grand lit pour le grand ours,

un lit de grandeur moyenne pour l’ours de grandeur moyenne, et un petit

lit pour le petit ours.

 

Il y avait aussi trois chaises: une grande chaise pour le grand ours,

une chaise de grandeur moyenne pour l’ours de grandeur moyenne, et une

petite chaise pour le petit ours.

 

Il y avait aussi trois assiettes et trois cuillères: une grande assiette

et une grande cuillère pour le grand ours, une assiette de grandeur

moyenne et une cuillère de grandeur moyenne pour l’ours de grandeur

moyenne, et une petite assiette et une petite cuillère pour le petit

ours.

 

Un jour le grand ours dit de sa grande voix: “J’ai faim.”

 

“Oui,” dit l’ours de grandeur moyenne de sa voix de grandeur moyenne,

“J’ai faim.”

 

Et le petit ours dit de sa petite voix: “Oui, oui, j’ai faim.”

 

Les trois ours firent la soupe. Alors ils versèrent la soupe dans les

trois assiettes. Ils versèrent une grande portion dans la grande

assiette pour le grand ours. Ils versèrent une portion de grandeur

moyenne dans l’assiette de grandeur moyenne pour l’ours de grandeur

moyenne, et une petite portion dans la petite assiette pour le petit

ours.

 

Alors le grand ours prit la grande cuillère, goûta la soupe et dit: “La

soupe est trop chaude.” L’ours de grandeur moyenne prit la cuillère de

grandeur moyenne, goûta la soupe et dit: “Oui, la soupe est trop

chaude,” et le petit ours prit la petite cuillère, goûta la soupe et

dit: “Oui, oui, la soupe est trop chaude.”

 

Alors le grand ours dit: “Allons nous promener dans la forêt.” “Oui,”

dit l’ours de grandeur moyenne, “allons nous promener dans la forêt;” et

le petit ours dit: “Oui, oui, allons nous promener dans la forêt.”

 

Les trois ours partirent. Ils laissèrent la porte de la maison ouverte,

et la soupe sur la table. Une petite fille passa. Elle vit la petite

maison, elle vit la porte ouverte, et elle vit la soupe sur la table.

Elle dit: “J’ai faim,” et elle entra dans la maison.

 

Elle prit la grande cuillère, goûta la soupe dans la grande assiette, et

dit: “Cette soupe est trop chaude.” Alors elle prit la cuillère de

grandeur moyenne, goûta la soupe dans l’assiette de grandeur moyenne, et

dit: “Cette soupe est trop froide.” Alors elle prit la petite cuillère,

goûta la soupe dans la petite assiette, et dit: “Cette soupe est

excellente.” La petite fille mangea toute la soupe.

 

Alors la petite fille dit: “Je suis fatiguée, où y a-t-il une chaise?”

Elle vit les trois chaises. Elle alla à la grande chaise, s’assit, et

dit: “Cette chaise n’est pas confortable.” Elle alla à la chaise de

grandeur moyenne, s’assit, et dit: “Cette chaise n’est pas confortable.”

Alors elle alla à la petite chaise, s’assit, et dit: “Cette chaise est

très confortable.” Alors la petite fille sauta de joie et la chaise se

cassa!

 

La petite fille dit: “J’ai sommeil, où y a-t-il un lit?” Elle vit les

trois lits. Elle alla au grand lit, se coucha, et dit: “Ce lit n’est pas

confortable.” Elle alla au lit de grandeur moyenne, se coucha, et dit:

“Ce lit n’est pas confortable.” Alors elle alla au petit lit, se coucha,

et dit: “Ce lit est très confortable,” et la petite fille s’endormit.

 

Quelques minutes après les trois ours arrivèrent. Le grand ours regarda

sa grande cuillère et sa grande assiette, et dit de sa grande voix:

“Quelqu’un est entré et a goûté ma soupe.” L’ours de grandeur moyenne

regarda sa cuillère de grandeur moyenne et son assiette de grandeur

moyenne, et dit de sa voix de grandeur moyenne: “Oui, quelqu’un est

entré et a goûté ma soupe,” et le petit ours regarda sa petite cuillère

et sa petite assiette, et dit de sa petite voix: “Oui, oui, quelqu’un

est entré et a mangé toute ma soupe.”

 

Le grand ours regarda sa grande chaise et dit de sa grande voix:

“Quelqu’un est entré et s’est assis sur ma chaise.” L’ours de grandeur

moyenne regarda sa chaise de grandeur moyenne, et dit de sa voix de

grandeur moyenne: “Oui, quelqu’un est entré et s’est assis sur ma

chaise.” Et le petit ours regarda sa petite chaise, et dit de sa petite

voix: “Oui, oui, quelqu’un est entré et a cassé ma petite chaise.”

 

Alors le grand ours regarda son grand lit et dit de sa grande voix:

“Quelqu’un est entré et s’est couché sur mon grand lit.” L’ours de

grandeur moyenne regarda son lit de grandeur moyenne, et dit de sa voix

de grandeur moyenne: “Oui, quelqu’un est entré et s’est couché sur mon

lit de grandeur moyenne.” Et le petit ours regarda son petit lit, et dit

de sa petite voix: “Oui, oui, une petite fille est couchée sur mon petit

lit.”

 

Les trois ours s’approchèrent: “Oh!” dit le grand ours, “cette petite

fille est jolie.” L’ours de grandeur moyenne dit: “Oh, oui, cette

petite fille est jolie,” et le petit ours dit: “Oh! oui, oui, cette

petite fille est très jolie.”

 

A cet instant la petite fille se réveilla. Elle vit le grand ours,

l’ours de grandeur moyenne, et le petit ours. Elle dit: “Oh! J’ai peur,”

et elle sauta du lit et partit vite, vite! “Oh!” dit le grand ours de sa

grande voix: “La petite fille a peur.” “Oui,” dit l’ours de grandeur

moyenne, “la petite fille a peur.” Et le petit ours dit: “Oui, oui, elle

a peur.”

 

La petite fille ne visita plus jamais la maison des ours.

 

LES QUATRE SAISONS.[2]

 

[Note 2: This is one of the most popular of the Bohemian folk

stories. It has been translated into many languages, and an elaborate

version of it can be found in Laboulaye’s “Fairy Book.”]

 

Il y avait une fois une petite fille. Cette petite fille demeurait dans

une jolie petite maison avec sa mère et sa soeur. La petite fille,

Claire, était bonne et très jolie. La soeur de la petite fille, Laure,

était méchante et laide. La mère était aussi méchante et laide. La mère

aimait Laure, mais elle n’aimait pas Claire.

 

Un jour la méchante fille dit à sa mère: “Ma mère, envoyez Claire à la

forêt cueillir des violettes. La mère répondit: “Des violettes, dans

cette saison! C’est impossible, ma fille, dans la forêt il y a

seulement de la neige et de la glace.”

 

Mais la méchante fille insista, et la mère dit à Claire: “Allez à la

forêt cueillir un bouquet de violettes pour votre soeur.” Claire regarda

sa mère avec surprise, et répondit: “Ma mère, c’est impossible! Dans

cette saison il y a seulement de la neige et de la glace dans la forêt.”

Mais la mère insista, et la pauvre Claire partit.

 

Elle alla à la forêt, chercha les violettes, et trouva seulement de la

neige et de la glace. La pauvre fille dit: “J’ai froid; où y a-t-il du

feu?” Elle regarda à droite, elle regarda à gauche, et elle vit un grand

feu à une grande distance. Elle alla à ce feu, et vit douze hommes assis

autour du feu.

 

Trois hommes avaient de longues barbes blanches et de longues robes

blanches; trois hommes avaient de longues barbes blondes et de longues

robes vertes; trois hommes avaient de longues barbes brunes et de

longues robes jaunes, et trois hommes avaient de longues barbes noires

et de longues robes violettes.

 

La petite fille s’approcha en silence, et elle vit qu’un des hommes à

barbe blanche avait un bâton à la main. Cet homme se tourna et dit:

“Petite fille, que cherchez vous dans la forêt?” La petite fille

répondit: “Monsieur, je cherche des violettes.” L’homme à barbe blanche

dit: “Ma pauvre petite fille, ce n’est pas la saison des violettes,

c’est la saison de la neige et de la glace. “Oui,” dit la petite fille,

“mais ma mère a dit: ‘Allez à la forêt cueillir un bouquet de violettes

pour votre soeur,’ et je suis forcée d’obéir.”

 

L’homme à barbe blanche regarda la petite fille un instant, et dit:

“Chauffez-vous, ma pauvre enfant.” Alors il prit son bâton, se tourna

vers un des hommes à barbe blonde, lui donna le bâton et dit: “Frère

Mai, les violettes sont votre affaire. Voulez-vous aider cette petite

fille?”

 

“Certainement,” répondit Frère Mai. Il prit le bâton et attisa le feu.

En un instant la glace disparut, et la neige aussi. La petite fille

n’avait plus froid, elle avait chaud. Un instant après elle vit que

l’herbe était verte, et bientôt elle vit beaucoup de violettes dans

l’herbe.

 

Alors Frère Mai se tourna vers elle et dit: “Ma chère petite fille,

cueillez un bouquet de violettes, aussi vite que possible, et partez.”

La petite fille cueillit un bouquet de violettes, dit: “Merci, mon bon

monsieur Mai,” et partit.

 

Frère Mai donna le bâton à l’homme à barbe blanche, il attisa le feu, et

en un instant les violettes et l’herbe avaient disparu, et la glace et

la neige étaient là comme avant.

 

La petite fille alla à la maison et frappa à la porte. La mère ouvrit la

porte et dit: “Avez-vous les violettes?” “Oui, ma mère,” répondit

Claire, et elle donna les violettes à sa mère. “Où avez-vous trouvé ces

violettes?” dit la mère. “Dans la forêt,” répondit Claire, “il y avait

beaucoup de violettes dans l’herbe.” La mère de Claire était très

surprise, mais elle ne dit rien.

 

Le lendemain la méchante fille dit à sa mère: “Ma mère, envoyez Claire à

la forêt cueillir des fraises.” “Des fraises, dans cette saison, c’est

impossible, ma fille,” répondit la mère. Mais Laure insista, et la mère

dit à Claire: “Allez à la forêt cueillir des fraises pour votre soeur.”

Claire regarda sa mère avec surprise, et dit: “Ma mère, c’est

impossible! Dans cette saison il y a de la glace et de la neige dans la

forêt mais pas de fraises.” Mais la mère insista, et la pauvre Claire

partit.

 

Elle alla à la forêt, chercha les fraises, et trouva seulement de la

neige et de la glace. La pauvre fille dit: “J’ai froid! où y a-t-il du

feu?” Elle regarda à droite et à gauche, et elle vit un grand feu à une

grande distance. Elle s’approcha de ce feu et vit les douze hommes.

 

Trois hommes avaient des barbes blanches et des robes blanches, trois

hommes avaient des barbes blondes et des robes vertes, trois hommes

avaient des barbes brunes et des robes jaunes, et trois hommes avaient

des barbes noires et des robes violettes.

 

La petite fille s’approcha et dit à l’homme à barbe blanche qui avait un

bâton à la main: “Monsieur, j’ai froid, voulez-vous me permettre de me

chauffer à votre feu?” “Certainement,” répondit l’homme. “Mon enfant,

que cherchez-vous dans la forêt dans cette saison?” “Des fraises,

monsieur.” “Des fraises,” répéta l’homme avec surprise, “ce n’est pas la

saison des fraises. C’est la saison de la glace et de la neige.” La

petite fille répondit: “Ma mère a dit, ‘Allez à la forêt cueillir des

fraises pour votre soeur,’ et je suis forcée d’obéir.”

 

Alors l’homme à barbe blanche donna son bâton à un des hommes à barbe

brune, et dit: “Frère Juin, les fraises sont votre affaire. Voulez-vous

aider cette petite fille?”

 

“Avec le plus grand plaisir,” répondit Frère Juin. Il prit le bâton et

attisa le feu. En un instant toute la neige et toute la glace avaient

disparu. La petite fille n’avait plus froid, elle avait chaud. Elle vit

l’herbe verte, et quelques minutes après elle vit beaucoup de fraises

dans l’herbe.

 

Alors Frère Juin se tourna vers elle et dit, “Ma chère petite fille,

cueillez vos fraises, vite, vite, et partez.” La petite fille cueillit

les fraises, dit: “Merci, mon bon monsieur Juin,” et partit.

 

Frère Juin donna le bâton à Frère Janvier. Il attisa le feu et en un

instant les fraises avaient disparu, et la neige et la glace étaient là

comme avant.

 

La petite fille retourna à la maison et frappa à la porte. La mère

ouvrit la porte, et demanda: “Où sont les fraises?” Claire donna les

fraises à sa mère. “Où avez-vous trouvé ces fraises?” demanda la mère.

“Dans la forêt;” répondit la petite fille, “il y avait beaucoup de

fraises dans l’herbe.” La mère était très surprise. Elle donna les

fraises à la méchante fille, qui les mangea toutes.

 

Le lendemain la méchante fille dit à sa mère: “Ma mère, envoyez Claire à

la forêt cueillir des pommes.” La mère dit: “Ma fille, il n’y a pas de

pommes dans la forêt dans cette saison.” Mais la méchante fille insista,

et la mère dit à Claire: “Ma fille, allez dans la forêt cueillir des

pommes pour votre soeur.” Claire regarda sa mère avec surprise et dit:

“Mais, ma mère, il n’y a pas de pommes dans la forêt dans cette saison.”

La mère insista, et Claire partit.

 

Elle regarda à droite et à gauche, mais elle ne trouva pas de pommes.

Elle avait froid, et dit: “Où y a-t-il du feu?” Dans un instant elle vit

le même feu et les mêmes hommes.

 

Elle s’approcha et dit à l’homme à barbe blanche qui avait le bâton à la

main: “Mon bon monsieur, voulez-vous me permettre de me chauffer à votre

feu?” L’homme répondit: “Certainement, ma pauvre enfant; que

cherchez-vous dans la forêt dans cette saison?” “Je cherche des pommes,

monsieur.” “C’est la saison de la neige et de la glace, ma pauvre

enfant, ce n’est pas la saison des pommes.”

 

“Oui, monsieur, mais ma mère a dit: ‘Allez chercher des pommes,’ et je

suis forcée d’obéir,” dit Claire.

 

Alors l’homme à barbe blanche prit son bâton, se tourna vers un des

hommes à barbe noire et dit: “Frère Septembre, les pommes sont votre

affaire. Voulez-vous aider cette pauvre petite fille?”

 

“Certainement,” répondit Frère Septembre. Il prit le bâton, attisa le

feu, et dans un instant la petite fille vit un pommier, tout couvert de

pommes. Alors Frère Septembre se tourna vers la petite fille, et dit:

“Ma chère petite fille, cueillez deux pommes, vite, vite, et partez.” La

petite fille cueillit deux pommes rouges, dit: “Merci, mon bon

monsieur,” et partit.

 

Frère Septembre donna le bâton à Frère Janvier, qui attisa le feu, et à

l’instant le pommier disparut, et les pommes rouges aussi, et la neige

et la glace étaient là comme avant.

 

La petite fille retourna à la maison, elle frappa à la porte. La mère

ouvrit la porte, et demanda: “Avez-vous les pommes?” “Oui, ma mère,”

répondit la petite fille. Elle donna les pommes à sa mère et entra dans

la maison. La mère donna les pommes à la méchante fille. La méchante

fille mangea les deux pommes, et demanda à Claire: “Ma soeur, où

avez-vous trouvé ces grosses pommes rouges?” “Dans la forêt, il y avait

un grand pommier tout couvert de pommes rouges,” répondit Claire.

 

La méchante fille dit à sa mère le lendemain: “Ma mère, donnez-moi mon

manteau et mon capuchon. Je vais à la forêt cueillir beaucoup de

violettes, de fraises, et de pommes.” La mère donna le manteau et le

capuchon à Laure, qui partit.

 

Elle alla dans la forêt, elle vit de la glace et de la neige, mais elle

ne vit pas de violettes. Elle ne vit pas de fraises, et elle ne vit pas

de pommes. Elle chercha à droite, elle chercha à gauche, en vain. Alors

elle dit: “J’ai froid, où y a-t-il du feu?” Elle regarda à droite et à

gauche, et vit le grand feu et les douze hommes, assis en silence autour

du feu.

 

Laure s’approcha, et l’homme qui avait le bâton dit: “Mon enfant, que

cherchez-vous dans la forêt dans cette saison?” “Rien,” dit la méchante

fille, qui était aussi très impolie.

 

Frère Janvier prit son bâton, attisa le feu, et dans un instant la neige

commença à tomber. La méchante fille partit pour aller à la maison, mais

en route elle tomba dans la neige et périt.

 

La mère dit: “Où est Laure?” Un moment après la mère prit son manteau et

son capuchon et partit pour chercher Laure. Elle chercha dans la forêt,

elle arriva aussi au grand feu et vit les douze hommes.

 

Frère Janvier dit: “Ma bonne femme, que cherchez-vous dans la forêt dans

cette saison?” “Rien,” répondit la mère, qui était aussi impolie.

 

Frère Janvier prit son bâton, attisa le feu, et à l’instant la neige

commença à tomber. La mère partit pour aller à la maison, mais en route

elle tomba dans la neige et périt aussi.

 

La bonne fille était seule dans la maison, mais douze fois par an elle

recevait la visite d’un des douze hommes. Décembre, Janvier, et Février

apportaient de la glace et de la neige; Mars, Avril, et Mai apportaient

des violettes; Juin, Juillet, et Août apportaient de petits fruits; et

Septembre, Octobre, et Novembre apportaient beaucoup de pommes. La

petite fille était toujours très polie, et les douze mois étaient ses

bons amis.

 

LA ROSE MOUSSEUSE.[3]

 

[Note 3: The story of the “Moss Rose” has been developed from the

following beautiful lines by Krummacher:—

 

“Weary of pleasure,

And laden with treasure,

The Angel of flowers

Had wandered for hours;

When he sunk to his rest

With his wings on his breast.

And the rose of the glade

Lent her beautiful shade,

To guard and to cover

The flower king’s slumber.

When the Angel awoke,

Then in rapture he spoke:

“Thou queen of my bowers,

Thou fairest of flowers,

What gift shall be mine,

And what guerdon be thine?”

 

“In guerdon of duty

Bestow some new beauty,”

She said, and then smiled,

Like a mischievous child.

In anger he started,

But ere he departed,

To rebuke the vain flower,

In the pride of her power,

He flung some rude moss

Her fair bosom across.

But her new robes of green

So became the fair queen,

That the Angel of flowers

Mistrusted his powers,

And was heard to declare

He had granted her prayer.

]

L’Amour alla un jour se promener dans la forêt. C’était un beau jour au

mois de Juin. L’Amour se promena longtemps, longtemps. Il se promena si

longtemps qu’il se trouva enfin fatigué, bien fatigué.

 

“Oh!” dit L’Amour, “je suis si fatigué!” Et L’Amour se coucha sur

l’herbe verte pour se reposer. Tous les petits oiseaux de la forêt

arrivèrent vite, vite pour voir l’Amour. L’Amour était si joli, si blanc

et rose. L’Amour avait de si jolis cheveux blonds et de si jolis yeux

bleus.

 

“Oh!” dirent tous les petits oiseaux de la forêt. “Regardez le petit

Amour! Comme il est joli! Comme il est blanc et rose! Quel joli Amour!

Quels jolis cheveux blonds! Quels jolis yeux bleus!”

 

Tous les oiseaux se perchèrent sur les branches et commencèrent à

chanter en choeur: “Quel joli petit Amour!”

 

Le petit Amour ferma ses jolis yeux bleus. Le petit Amour s’endormit. Il

s’endormit profondément.

 

Les petits oiseaux continuèrent à chanter, “Quel joli petit Amour!”

 

Alors le Soleil dit: “Les petits oiseaux de la forêt chantent tous:

‘Quel joli petit Amour!’ Où est ce joli petit Amour?” et le Soleil entra

dans la forêt pour chercher le joli petit Amour.

 

Le Soleil entra dans la forêt, et, guidé par le chant des petits

oiseaux, il arriva bientôt à la place où le joli petit Amour était

couché sur l’herbe verte.

 

“Oh!” dit le Soleil, “Quel joli petit Amour! Comme il est blanc et rose!

Quels jolis cheveux blonds! Quelle est la couleur des yeux de ce joli

petit Amour?”

 

Le Soleil était curieux, très curieux, mais la Rose qui était là dit:

“Non, non, Soleil, vous êtes curieux, très curieux, mais le joli petit

Amour dort. Partez, méchant Soleil, partez vite. L’Amour dort

profondément, et les petits oiseaux chantent. Partez!

 

“Oh non!” dit le Soleil. “Je veux voir quelle est la couleur des yeux de

ce joli petit Amour.”

 

“Non, non!” dit la Rose, et elle se pencha sur L’Amour, et elle le

protégea. La Rose protégea le petit Amour, et le Soleil, le Soleil

curieux, resta dans la forêt, et dit:

 

“Je veux voir la couleur des yeux de ce joli petit Amour. Je resterai

ici, dans la forêt, et quand l’Amour ouvrira les yeux, je serai content,

très content.”

 

Le Soleil resta dans la forêt, les oiseaux chantèrent, la Rose protégea

l’Amour, et l’Amour dormit profondément.

 

Enfin l’Amour ouvrit les yeux.

 

“Oh!” dit le Soleil, “j’ai vu la couleur des yeux de l’Amour. L’Amour a

les yeux bleus!”

 

“Mais oui!” chantèrent les petits oiseaux de la forêt: “L’Amour a les

yeux bleus!”

 

“Oui, certainement,” dit la Rose, “L’Amour a les yeux bleus!”

 

L’Amour regarda le Soleil, et dit: “Oh Soleil” pourquoi êtes-vous entré

dans la forêt?”

 

“Oh!” dit le Soleil, “j’ai entendu les oiseaux qui chantaient: ‘Oh, le

joli petit Amour’; et je suis entré dans la forêt pour vous voir.”

 

L’Amour dit au Soleil, “Oh Soleil, vous êtes curieux, très curieux.”

 

“Oui,” dit le Soleil, “je suis curieux, mais la Rose vous a protégé.”

 

“Merci! chère Rose,” dit le joli petit Amour, “merci, merci. Vous êtes

bien bonne, chère Rose, et vous êtes aussi belle que bonne. Quelle

récompense voulez-vous, chère Rose, vous qui êtes la plus belle de

toutes les fleurs?”

 

“Oh!” dit la Rose. “Donnez-moi un charme de plus!”

 

“Comment!” dit l’Amour, surpris. “Vous demandez un charme de plus.

Impossible! Je vous ai déjà donné tous les charmes. Je vous ai donné une

forme parfaite. Je vous ai donné une couleur charmante. Je vous ai donné

un parfum délicat. Je vous ai donné tous les charmes et toutes les

grâces, et vous demandez un attrait (charme) de plus. Ce n’est pas

raisonnable!”

 

“Oh!” dit la Rose, “raisonnable ou pas raisonnable, je vous demande un

attrait de plus, cher Amour. Je vous ai protégé. Récompensez-moi!”

 

L’Amour dit: “C’est impossible!” Mais la Rose insista. Enfin l’Amour, en

colère, dit: “Rose, vous êtes belle, vous êtes la plus belle des fleurs,

mais vous n’êtes pas sage (bonne).” Et l’Amour prit de la mousse. Il

jeta la mousse sur la Rose, et dit: “Vous ne méritez rien que cela!”

 

La Rose, couverte de mousse verte, parut plus belle que jamais, et la

Rose dit avec joie: “Merci, mon joli petit Amour! Merci, vous m’avez

donné une récompense. Vous m’avez donné une grâce de plus.” “Oui!” dit

l’Amour, surpris. “Je vous ai donné une grâce de plus!”

 

Le Soleil regarda la Rose, et dit aussi: “Mais oui! la Rose a une grâce

de plus.” Et tous les petits oiseaux chantèrent: “Mais oui, le joli

petit Amour a donné une grâce de plus à la Rose, à la plus belle des

fleurs.”

 

Et l’Amour partit en chantant aussi: “La Rose mousseuse est la plus

belle des fleurs. Elle est bonne aussi. Elle m’a protégé quand le Soleil

est arrivé pour voir la couleur de mes yeux qui sont bleus.”

 

Et depuis ce jour la Rose, cette coquette, a toujours porté un peu de

mousse verte.

 

LES TROIS SOUHAITS.[4]

 

[Note 4: Another version of this story can be found in “Les Contes

de Fées de Charles Perrault,” where it is entitled “Les Souhaits

Ridicules.”]

 

Il y avait une fois un homme qui était très pauvre. Il demeurait avec sa

femme dans une misérable petite maison. Tous les jours l’homme allait à

la forêt pour couper du bois. Un jour il était dans la forêt et dit: “Je

suis bien misérable! Je suis pauvre, je suis forcé de travailler tous

les jours. Ma femme a faim, j’ai faim aussi. Oui, je suis bien

misérable!”

 

A cet instant une jolie petite fée parut, et dit: “Mon pauvre homme,

j’ai entendu tout ce que vous avez dit. J’ai compassion de vous, et

comme je suis fée je vous accorderai trois souhaits. Demandez ce que

vous voulez, et vos trois souhaits seront accordés.”

 

La fée disparut après avoir parlé ainsi, et le pauvre homme resta tout

seul dans la forêt. Il était très content maintenant, et dit: “Je vais à

la maison. Je vais dire à ma femme qu’une fée m’a accordé trois

souhaits.”

 

Le pauvre homme alla à la maison, et dit à sa femme: “Ma femme, je suis

très content. J’ai vu une fée dans la forêt. La fée a dit: ‘Mon pauvre

homme, j’ai compassion de vous. Je suis fée, et je vous accorderai trois

souhaits. Demandez ce que vous voulez.’ Ma femme, je suis très content.”

 

“Oh oui,” dit la pauvre femme, “je suis très contente aussi. Entrez dans

la maison, mon cher ami, et nous parlerons ensemble de la fée et des

trois souhaits.”

 

“Certainement,” dit l’homme. Il entra dans la maison, s’assit près de la

table, et dit: “Ma femme, j’ai faim. Je propose de dîner. Pendant le

dîner nous parlerons ensemble de la fée et des trois souhaits.”

 

Le pauvre homme et la pauvre femme s’assirent près de la table et

commencèrent à manger et à causer (=parler) ensemble. Le pauvre homme

dit: “Ma femme, nous pouvons demander de grandes richesses.” “Oui,” dit

la femme, “nous pouvons demander une jolie maison.” L’homme dit: “Nous

pouvons demander un empire.” La femme répondit: “Oui, nous pouvons

demander des perles et des diamants en grande quantité.” L’homme dit:

“Nous pouvons demander une grande famille, cinq fils et cinq filles.”

“Oh,” dit la femme, “je préfère six fils et quatre filles.”

 

L’homme et la femme continuèrent ainsi, leur conversation, mais ils ne

pouvaient pas décider quels souhaits seraient les plus sages.

 

L’homme mangea sa soupe en silence regarda le pain sec, et dit: “Oh!

j’aimerais avoir une bonne grosse saucisse pour dîner.” Au même instant

une grosse saucisse tomba sur la table. L’homme regarda la saucisse avec

la plus grande surprise, la femme aussi.

 

Alors la femme dit: “Oh, mon mari, vous avez été très imprudent. Vous

avez demandé une saucisse seulement. Un souhait est accordé. Maintenant

il reste seulement deux souhaits.” “Oui,” dit l’homme, “j’ai été

imprudent, mais il y a encore deux souhaits. Nous pouvons demander de

grandes richesses et un empire.”

 

“Oui,” dit la femme, “nous pouvons demander encore de grandes richesses

et un empire, mais nous ne pouvons pas demander dix enfants. Vous avez

été si imprudent. Vous avez demandé une saucisse. Vous préférez une

saucisse, sans doute, à une grande famille.” Et la pauvre femme continua

ses lamentations et répéta si souvent: “Vous avez été très imprudent,”

que l’homme perdit patience et dit: “Je suis fatigué de vos

lamentations: je voudrais que cette saucisse fût pendue au bout de votre

nez!”

 

Un instant après la saucisse était pendue au bout du nez de la pauvre

femme. La pauvre femme était très surprise, et l’homme aussi. La femme

commença à se lamenter encore plus, et dit à son mari: “Ah, mon mari,

vous êtes bien imprudent. Vous avez demandé une saucisse, et maintenant

vous avez demandé que cette saucisse fût pendue au bout de mon nez.

C’est terrible. Deux souhaits sont accordés. Maintenant il reste

seulement un souhait!”

 

“Oui,” dit l’homme. “Mais nous pouvons demander de grandes richesses.”

“Oui,” dit la femme, “mais j’ai une saucisse pendue au bout du nez. Je

suis ridicule. J’étais jolie, maintenant je suis laide, et c’est de

votre faute!” et la pauvre femme pleura.

 

L’homme regarda sa femme, et dit: “Oh, j’aimerais que cette saucisse ne

fût pas ici.” À l’instant la saucisse disparut, et l’homme et la femme

étaient aussi pauvres qu’avant. La femme se lamenta, l’homme aussi, mais

les trois souhaits avaient été accordés, et l’homme se trouva obligé de

manger son pain sec.

 

Après le dîner il retourna à la forêt pour couper du bois. Il dit: “Je

suis bien bien misérable,” mais la fée n’arriva pas, et il resta

toujours pauvre. Il n’avait pas de richesses, il n’avait pas d’empire,

il n’avait pas de perles, il n’avait pas de diamants, il n’avait pas de

fils, il n’avait pas de filles, et il n’avait pas même une saucisse pour

son dîner.

 

Sa femme continua à pleurer, et elle disait tous les jours à son mari:

“Ah, si vous n’aviez pas été si imprudent, nous serions riches et

contents, et nous aurions une grande famille. Hélas! hélas!”

 

LE CHAT ET LE RENARD.[5]

 

[Note 5: A Russian folk story. The cat is considered a foreigner who

has just arrived from Siberia, while the fox, the bear, and the wolf are

quite at home in the forest.]

 

Un paysan avait un chat qui était très méchant et si désagréable que

tout le monde le détestait. Le paysan était fatigué de ce chat, et un

jour il le mit dans un grand sac. Le paysan porta le sac dans le bois

(la forêt), et quand il fut arrivé à une grande distance de la maison,

il ouvrit le sac, et le méchant chat sortit.

 

Le chat resta dans la forêt, où il trouva une petite cabane. Le chat

demeura dans cette cabane et mangea beaucoup de souris et d’oiseaux. Un

jour le chat alla se promener dans la forêt et rencontra Mademoiselle

Renard. Elle regarda le chat avec curiosité, et dit: “Mon beau monsieur,

qui êtes-vous? Que faites-vous dans la forêt?”

 

“Je suis le bailli de la forêt. Mon nom est Ivan. J’arrive de la Sibérie

pour gouverner cette forêt.”

 

“Oh,” dit Mademoiselle Renard. “Je vous prie, Monsieur le bailli de la

forêt, venez dîner avec moi.”

 

Le chat accepta l’invitation, et au dîner Mademoiselle Renard dit:

“Monsieur le bailli, êtes-vous garçon ou marié?”

 

“Je suis garçon,” répondit le chat.

 

“Et moi, je suis demoiselle. Monsieur le bailli, épousez-moi!”

 

Le chat consentit à ce mariage, qui fut célébré avec beaucoup de

cérémonie. Le lendemain du mariage, le chat dit à sa femme: “Madame

Renard, j’ai faim; allez à la chasse et apportez-moi un bon dîner.”

Madame Renard partit. Elle rencontra le loup, qui dit: “Oh ma chère

amie, je vous cherche depuis longtemps en vain. Où avez-vous été?”

 

“Chez mon mari, le bailli de la forêt, car je suis mariée!”

 

“Vous, mariée!” dit le loup avec surprise. “J’aimerais faire visite à

votre mari.”

 

“Très-bien,” dit Madame Renard, “mais comme mon mari est terrible, je

vous conseille d’apporter un agneau. Déposez l’agneau à la porte, et

cachez-vous; sans cela il vous dévorera.”

 

Le loup courut chercher un agneau pour le chat. Madame Renard continua

sa route. Elle rencontra l’ours. L’ours dit: “Bonjour, ma chère amie.

D’où venez-vous?”

 

“De la maison de mon mari,” répondit Madame Renard. “Mon mari est le

bailli Ivan.”

 

“Oh!” dit l’ours, “permettez-moi de faire visite à votre mari.”

 

“Certainement,” répondit Madame Renard, “mais mon mari a la mauvaise

habitude de dévorer tous les animaux qu’il n’aime pas. Allez chercher un

boeuf. Apportez-le-lui en hommage. Le loup apportera un agneau.”

 

L’ours partit; il alla chercher un boeuf. Il rencontra le loup avec un

agneau. Le loup dit: “Mon ami l’ours, où allez-vous?”

 

“Chez le mari de Madame Renard. Je lui porte un boeuf. Où allez-vous,

mon cher loup?”

 

“Je vais aussi chez le mari de Madame Renard. Je lui porte un agneau.

Madame Renard dit que son mari est terrible!”

 

Les deux animaux continuèrent leur route; ils arrivèrent bientôt près de

la maison du chat. Le loup dit à l’ours: “Allez, mon ami, frappez à la

porte, et dites au mari de Madame Renard que nous avons apporté un boeuf

et un agneau.”

 

“Oh non!” dit l’ours, “j’ai peur. Allez vous-même!”

 

“Impossible,” dit le loup, “mais voilà le lièvre, il ira pour nous.”

 

Le lièvre alla à la cabane. Le loup se cacha sous les feuilles sèches,

et l’ours grimpa sur un arbre.

 

Quelques minutes après Madame Renard arriva avec le chat, son mari.

“Oh!” dit le loup à l’ours. “Le mari de Madame Renard est très petit.”

 

“Oui!” dit l’ours avec mépris, “il est en effet fort petit!”

 

Le chat arriva. Il sauta sur le boeuf, et dit avec colère: “C’est peu,

très peu!” “Oh!” dit l’ours avec surprise; “il est si petit, et il a un

si grand appétit! Un taureau est assez grand pour quatre ours. Il est

terrible en effet!”

 

Le loup, caché sous les feuilles, trembla. Le chat entendit un petit

bruit dans les feuilles. Il pensa qu’une souris était cachée sous les

feuilles, et il courut et enfonça ses griffes dans le museau du loup. Le

loup pensa que le chat voulait le dévorer, et il partit vite, vite.

 

Le chat, qui avait peur du loup, sauta sur l’arbre.

 

“Oh!” dit l’ours. “Le chat m’a vu, il m’a vu, il va me dévorer!” Et

l’ours descendit rapidement de l’arbre et suivit le loup. Madame Renard,

qui avait tout vu, cria: “Mon mari vous dévorera, mon mari vous

dévorera!” L’ours et le loup racontèrent leurs aventures à tous les

autres animaux de la forêt, et tous les animaux avaient peur du chat.

Mais le chat et Madame Renard étaient très heureux, car ils avaient

beaucoup de viande à manger.

 

BLANCHE-NEIGE.[6]

 

[Note 6: This is the Russian version of the myth of the Snow Maiden,

which appears in the folk tales of all northern nations. Small at the

beginning of the season, the child’s rapid growth is emblematic of the

rapid increase of the cold, and her sudden disappearance in the woods is

typical of the melting of the last snows, which linger longest in the

dense forests where the sunbeams cannot penetrate.]

 

Il y avait un paysan appelé Ivan, sa femme se nommait Marie. Ces paysans

n’avaient pas d’enfants, et ils étaient très tristes. Un jour, en hiver,

le paysan était assis à la fenêtre. Il vit les enfants du village qui

jouaient dans la neige. Les enfants étaient très occupés. Ils faisaient

une bonne femme de neige.

 

Ivan dit à sa femme: “Ma femme, regardez ces enfants, ils s’amusent, ils

font une bonne femme de neige. Venez dans le jardin, amusons-nous à

faire une bonne femme de neige.”

 

Le paysan et sa femme allèrent dans le jardin, et la femme dit: “Mon

mari, nous n’avons pas d’enfants; faisons un enfant de neige.”

 

“Voilà une bonne idée!” dit l’homme. Et il commença à façonner un petit

corps, de petites mains, de petits pieds. La femme façonna une petite

tête et la plaça sur les épaules de la statue de neige.

 

Un homme passait sur la route; il les regarda un instant en silence,

puis il dit: “Dieu vous aide.”

 

“Merci,” dit Ivan.

 

“Le secours de Dieu est toujours bon à quelque chose,” répondit Marie.

 

“Que faites-vous donc?” demanda le passant.

 

“Nous faisons une fille de neige,” dit Ivan. Et en parlant ainsi il fit

le nez, le menton, la bouche et les yeux. En quelques minutes l’enfant

de neige était finie. Ivan la regarda avec admiration. Tout à coup il

remarqua que la bouche et les yeux s’ouvraient. Les joues et les lèvres

changèrent de couleur, et quelques minutes après il vit devant lui une

enfant vivante.

 

“Qui êtes-vous?” dit-il tout surpris de voir une enfant vivante à la

place de la petite statue de neige.

 

“Je suis Blanche-Neige, votre fille,” dit l’enfant, et elle embrassa

l’homme et la femme, qui commencèrent à pleurer de joie. Les parents

conduisirent Blanche-Neige dans la maison, et elle commença à grandir

très rapidement.

 

Toutes les petites filles du village arrivèrent chez le paysan pour

jouer avec la charmante petite fille. Elle était si bonne et si jolie.

Elle était blanche comme la neige, elle avait les yeux bleus comme le

ciel, sa longue chevelure dorée était admirable, et bien que ses joues

ne fussent pas aussi roses que celles des autres enfants du village,

elle était si douce que tout le monde l’aimait beaucoup.

 

L’hiver se passa très rapidement, et Blanche-Neige grandit si vite que

quand le soleil du printemps fit verdir l’herbe, elle était aussi grande

qu’une fille de douze ou treize ans. Pendant l’hiver Blanche-Neige

avait toujours été très gaie, mais quand le beau temps arriva elle était

toute triste. La mère Marie remarqua sa tristesse, et dit: “Ma chère

enfant, pourquoi êtes-vous triste? Êtes-vous malade?” “Non, je ne suis

pas malade, ma bonne mère,” répondit l’enfant, et elle resta tranquille

dans la maison.

 

Les petites filles du village arrivèrent et dirent: “Blanche-Neige,

venez avec nous, venez avec nous, nous allons au bois cueillir des

fleurs.”

 

“Voilà une bonne idée!” dit Marie. “Allez au bois avec vos petites

amies, mon enfant, allez et amusez-vous bien!”

 

Les enfants partirent. Elles allèrent au bois, elles cueillirent des

fleurs, elles firent des bouquets et des couronnes, et quand le soir

arriva elles firent un grand feu.

 

“Maintenant, Blanche-Neige, regardez bien et faites comme nous,”

dirent-elles, et elles commencèrent à chanter et à danser. Elles

sautèrent aussi l’une après l’autre à travers le feu.[7] Tout à coup

elles entendirent une exclamation: “Ah!” Toutes les petites filles

regardèrent, et un instant après elles remarquèrent que Blanche-Neige

n’était plus là.

 

[Note 7: Jumping through the fire is a vestige of heathenism.]

 

“Blanche-Neige, où êtes-vous?” crièrent-elles, mais Blanche-Neige ne

répondit pas. Les petites filles cherchèrent en vain, elles ne

trouvèrent pas leur petite compagne. Ivan, Marie et tous les paysans

cherchèrent aussi en vain, car la petite Blanche-Neige s’était changée

en une petite vapeur au contact du feu, et elle s’était envolée vers le

ciel d’où elle était venue sous la forme d’un flocon de neige.

 

LES TROIS CITRONS.[8]

 

[Note 8: One of the Austro-Hungarian folk tales. Different versions

of this story have been given, among others by Wratislaw, in his “Sixty

Folk Tales from exclusively Slavonic Sources,” and by Laboulaye in his

well-known “Fairy Book.”]

 

Il y avait une fois un prince beau comme le jour, riche et aimable. Le

roi, son père, désirait beaucoup de le voir marié, et tous les jours il

lui disait: “Mon fils, pourquoi ne choisissez-vous pas une femme parmi

toutes les belles demoiselles de la cour?” Mais le fils regardait toutes

les demoiselles avec indifférence, et refusait toujours de choisir une

femme. Enfin, un jour, fatigué des remontrances de son père, il dit:

 

“Mon père, vous désirez me voir marié. Je n’aime pas les demoiselles de

la cour. Elles ne sont pas assez jolies pour me plaire. Je propose de

faire un long voyage, tout autour du monde, si c’est nécessaire, et

quand je trouverai une princesse, aussi blanche que la neige, aussi

belle que le jour, et aussi intelligente et aimable qu’un ange, je la

prendrai pour femme, sans hésiter.”

 

Le roi était enchanté de cette décision, dit adieu à son fils, lui

souhaita un bon voyage, et le prince partit tout joyeux.

 

Il commença son voyage gaiement, et alla tout droit devant lui. Enfin il

arriva à la mer, où il trouva un beau vaisseau à l’ancre. Il s’embarqua

sur ce vaisseau, et quelques minutes après des mains mystérieuses et

invisibles levèrent l’ancre, et le vaisseau quitta rapidement le port.

Le prince navigua ainsi pendant trois jours. Alors le vaisseau arriva à

une île.

 

Le prince débarqua avec son cheval, et continua son voyage, malgré le

froid intense et la neige et la glace qui l’entouraient de tous côtés.

Le prince était surpris de se trouver déjà en hiver, mais il continua

bravement son chemin. Il arriva enfin à une toute petite maison blanche.

Il heurta (=frappa) à la porte, et une vieille dame, aux cheveux blancs,

ouvrit la porte.

 

“Que cherchez-vous, jeune homme?” demanda-t-elle.

 

“Je cherche une femme, la plus jolie au monde; pouvez-vous me dire où la

trouver?” répondit le prince.

 

“Non, il n’y a pas de femme pour vous dans mon royaume. Je suis l’Hiver,

je n’ai pas le temps de m’occuper de mariages. Mais allez visiter ma

soeur, l’Automne, elle vous trouvera peut-être la femme idéale que vous

cherchez.”

 

Le prince remercia la belle dame aux cheveux blancs, remonta à cheval,

continua son chemin et remarqua bientôt que la neige et la glace avaient

disparu, et que les arbres étaient tout couverts de beaux fruits. Il

arriva bientôt après à une petite maison brune, et frappa à la porte.

Une belle dame, aux yeux et aux cheveux noirs, ouvrit la porte, et

demanda d’une voix bien douce:

 

“Que voulez-vous, jeune homme, et que cherchez-vous ici dans mon

royaume?”

 

“Je cherche une femme,” répondit le prince sans hésitation.

 

“Une femme!” répéta la belle dame avec surprise. “Je n’ai pas de femme

pour vous. Je suis l’Automne, et je suis très occupée, je vous assure,

car j’ai tous les fruits à cueillir. Allez faire visite à ma soeur,

l’Été, elle aura peut-être le temps de s’occuper de vous et de vous

trouver une jolie femme.”

 

Le prince, ainsi congédié, continua son voyage. Il remarqua avant bien

longtemps que l’herbe était haute, que le feuillage était épais, et que

le blé était mûr. Il n’avait plus froid, au contraire il avait bien

chaud, et il fut très content d’apercevoir une petite maison jaune, à

peu de distance. Arrivé à la porte de cette petite maison, il heurta, et

une jolie femme, aux cheveux bruns et aux joues rouges, ouvrit la porte

en demandant:

 

“Que voulez-vous, jeune homme, et que cherchez-vous dans mon royaume?”

 

“Madame,” dit le prince avec la plus grande politesse, “j’ai eu

l’honneur de faire visite à vos deux soeurs, l’Hiver et l’Automne. Je

leur ai demandé de me trouver une femme, la plus jolie du monde, mais

elles sont trop occupées et m’ont envoyé chez vous. Pouvez-vous me

procurer la femme charmante que je cherche depuis si longtemps en vain?”

 

“Ah, mon prince,” répondit la belle dame aux cheveux bruns et aux joues

rouges, “je suis aussi fort occupée, et je n’ai pas le temps de vous

trouver une femme. Mais allez faire visite à ma soeur, le Printemps,

elle vous aidera certainement.”

 

Le prince la remercia et partit. Quelques minutes après il remarqua que

l’herbe était d’un vert plus tendre, que tous les arbres étaient

couverts de fleurs, et vit une petite maison verte, au milieu d’un

jardin, où il y avait une grande quantité de belles fleurs: des tulipes,

des jacinthes, des jonquilles, des violettes, des lilas, des muguets,

etc., etc.

 

Notre héros heurta à la porte de cette petite maison, et une dame aux

cheveux blonds et aux yeux bleus parut immédiatement. “Que

cherchez-vous, jeune homme,” demanda-t-elle?

 

“Je cherche une femme. Vos trois soeurs, l’Hiver, l’Automne et l’Été

étaient trop affairées pour m’en procurer une, mais j’espère bien que

vous aurez compassion de moi, et que vous me trouverez la personne

charmante que je cherche depuis si longtemps en vain.”

 

“Oui, mon prince, je vous aiderai,” répondit la jolie jeune femme.

“Entrez dans ma petite maison, asseyez-vous là, à cette petite table, et

je vous donnerai à boire et à manger, car vous avez sans doute bien faim

et bien soif.”

 

Le prince accepta cette invitation, entra, s’assit à table et mangea et

but avec plaisir. Quand il eut fini son repas, le Printemps lui apporta

trois beaux citrons, un joli couteau d’argent et une magnifique coupe

d’or, et dit:

 

“Prince, voici trois citrons, un couteau d’argent et une coupe d’or. Je

vous donne ces objets magiques. Quand vous arriverez tout près du

château de votre père, arrêtez-vous à la fontaine.

 

“Prenez ce couteau d’argent, coupez le premier citron, et au même

instant une belle princesse paraîtra. Elle vous demandera à boire. Si

vous lui donnez immédiatement à boire dans la coupe d’or, elle restera

avec vous et sera votre femme; mais si vous hésitez, même un instant,

elle disparaîtra, et vous ne la reverrez plus jamais.

 

“Si vous avez le malheur de la perdre, coupez le second citron, et une

seconde princesse paraîtra, qui vous demandera aussi à boire. Si vous ne

lui donnez pas immédiatement à boire, elle disparaîtra aussi.

 

“Alors vous couperez le troisième citron, une troisième princesse

paraîtra; elle demandera à boire, et si vous lui permettez de

disparaître, aussi, vous n’aurez jamais de femme, et vous n’en

mériterez pas, parce que vous aurez été trop stupide.”

 

Le prince écouta les instructions de la jolie dame avec beaucoup

d’attention; il prit le couteau d’argent, la coupe d’or et les trois

citrons, monta à cheval, et partit. Il passa à travers le royaume du

Printemps, de l’Été, de l’Automne, de l’Hiver, arriva au bord de la mer,

trouva le vaisseau, s’embarqua, et arriva au bout de trois jours, au

port où il s’était embarqué. Quelques jours après il arriva à la

fontaine près du château de son père.

 

Il descendit de cheval, prit les trois citrons et le couteau d’argent,

remplit la coupe d’or d’eau pure à la fontaine, et quand ces préparatifs

furent tous finis il coupa le premier citron d’une main tremblante. Au

même instant une princesse, belle comme le jour, se présenta devant lui,

et dit timidement: “Prince, j’ai soif, voulez-vous, s’il-vous-plaît, me

donner à boire?”

 

Mais le prince était si occupé à l’admirer, qu’il oublia la

recommandation du Printemps, et ne lui donna pas à boire. La princesse

le regarda un instant d’un air de reproche, et puis elle disparut. Le

prince, au désespoir, pleura et se lamenta. Il dit cent fois, au moins,

qu’il était bien stupide de laisser échapper une si belle princesse, et

enfin il se décida à couper le second citron.

Continuer : partie 2 sur 5