Corpus Propheta

Matt Verdier · Chapitre 3 sur 3

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Corpus Propheta

Epilogue

 

 

Demville, Dimanche 3 juin 2074

 

Il faisait bon, un soleil rouge terminait sa course sur les toits du quartier. La lune s’appropriait le monde. Environ 18h30.

Un mélange de fumets commençait à se diluer dans l’air, tandis que des gosses jouaient encore dans l’allée de verdure qui traversait les blocs de maisons. Une mère appela l’un d’eux pour qu’il rentre. La tête blonde bougonna.

Pas l’ombre d’un tourment.

Une voiture grise se gara devant le 13 de la rue Doha Baxton. Le conducteur coupa le moteur et attendit quelques secondes, le temps de jeter un coup d’œil alentour. Le groupe de mômes passa devant le véhicule. Des éclats de rires, un ballon qui frappe le sol, puis de nouveau le silence. Le gars les laissa filer et sortit, casquette vissée sur la tête, capuche de sweat-shirt relevée. Son cœur battait à tout rompre. Il cherchait ses mots depuis plusieurs jours mais, rien à faire, il n’en trouvait pas d’assez convaincant. Seule solution pour lui : être clair, aller droit au but. D’un pas rapide il emprunta le chemin de granit qui menait à la porte d’entrée du 13 et frappa trois coups.

Silence.

De l’autre côté, en fond, un dialogue de dessin-animé.

La poignée de la porte bougea. Elle bougea encore, comme s’il s’agissait pour la personne qui l’actionnait d’un geste complexe. Le ventail s’ouvrit enfin sur le visage d’une fillette belle comme le jour, perdue au milieu d’une jungle de boucles brunes. Une seconde, puis ses grands yeux bleus s’arrondirent. Elle recula de trois pas avant d’appeler :

— Papa !

Le gars souriait, il y mettait tout son cœur, mais son accoutrement inquiétait la petite. Elle le connaissait, pourtant. Elle le connaissait tellement bien.

La voix d’un homme retentit depuis l’intérieur : — Nelma, je t’ai déjà dit de ne pas ouvrir la porte. Si ça frappe tu m’appelles…

Vincent Montalescot apparut dans l’angle de l’entrée, un torchon à carreaux sur l’épaule. Il s’arrêta net.

La gamine fit demi-tour et courut retrouver les hologrammes colorés de Disney Channel. Le biographe sonda l’intérieur de la capuche, décrypta les traits du visiteur en une fraction de seconde puis :

— Mark ? Qu’est-ce que tu fous là ? Je te croyais en Italie…

Allenster passa le seuil et referma rapidement derrière lui, avant de baisser sa capuche et d’ôter sa casquette. Il se frictionna le crâne et admit, l’air embarrassé :

— En fait, je dois sûrement m’y trouver. J’veux dire, en Italie... Montalescot plissa les yeux, circonspect.

— Une bière ?

L’autre accepta d’un hochement de tête, puis ils se dirigèrent vers la cuisine. Vincent sortit deux bouteilles du réfrigérateur, les décapsula et en posa une sur le bar. Il but une lampée avant de retourner à ses fourneaux. Omelette jambon-champignons. En fait, il avait toujours été le même. Que ce fut avant ou après le drame de sa vie, le détachement faisait partie de lui.

Mark s’envoya une rasade et tenta une nouvelle fois d’attirer l’attention de son acolyte. Le rire de Nelma résonna en fond. Un rire plein de vie.

— Je suis vraiment en Italie, et il faut que je te parle.

— Euh… non, là t’es à Demville, mon pote.

Putain de pauvre mec borné !

Comment lui dire ? Comment tout déballer ? Devait-il vraiment le faire ? Oui, il n’avait pas le choix. L’Histoire ne devait pas se répéter. Surtout pas. C’était pour cela qu’il était revenu, pour cela qu’il s’était servi d’une capsule en douce, juste après s’être remis de cette foutue balle dans l’abdomen. Il inspira, s’envoya une deuxième gorgée de mousse et se lança :

— Tous les ans tu envoies Nelma en France passer deux semaines chez ton père, je me trompe ?

Il sentit monter la pression d’un cran. Un vrai cran. Son jumeau répondit par un regard compris.

— L’année prochaine son avion va s’écraser. Et, s’il te plait, arrête de m’appeler « mon pote ». Je suis ton frère et on descend de Jésus Christ…

Il y avait été un peu fort, mais l’effet sembla prendre. Montalescot suspendit son geste au dessus de la poêle à frire. Il se retourna. Doucement.

— Répète ?

— Il faut que je te parle.

FIN

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Note de l’auteur et remerciements

Plus de trois ans se sont écoulés depuis le début de cette aventure. Quarante-deux mois, pour être précis, et presque autant de phases traversées. Le Corpus Propheta est mon premier roman et je le considère comme la plus grosse gifle de ma vie. De celles qui vous réveillent en vous laissant un goût de sang dans la bouche. Une sensation que je ne peux exprimer sans évoquer le vide profond qui m’habite à l’heure où j’écris ces mots. Un vide que je dois combler coûte que coûte par une nouvelle entreprise. J’ai besoin de m’y remettre. Maintenant, tout de suite, car l’équipée sauvage que vous tenez entre vos mains n’est pas une fin, c’est un monumental shoot d’adrénaline qui m’aura marqué au fer rouge. Une expérience interdite.

Évidemment, le Corpus ne serait rien sans les personnes qui m’ont accompagné durant ce périple. Je pense d’abord à ma femme, qui a toujours su m’encourager et me redonner la confiance dont j’avais besoin. Sa lecture fut des plus précieuses. Merci également à Séverine pour ses conseils et son œil de lectrice aguerri. À mon père pour son enthousiasme des premières heures, à Vincent et Kenny McCarthy pour leur amitié sans faille et les semi-remorques de conneries qu’ils déposent chaque jour sur le trottoir de mon existence. Ils font souvent contrepoids avec l’obscurité des instants d’écriture. Merci aussi à Cécile et Jo’ pour leur bienveillance et leur affection. À Julien, photographe hors pair, pour la réalisation de la couverture. Les morts des Catacombes peuvent le remercier d’ainsi magnifier leur éternité. À tous ceux qui m’ont encouragé et entouré durant cette aventure, ils sont mon équilibre. Sans le savoir, ils nourrissent le fleuve dans lequel je puise ma substance.

Un merci un peu particulier, enfin, qui se perdra probablement dans le vent. Mais peu importe. Il s’adresse à un certain Jérôme qui, loin de s’en douter, m’a énormément inspiré le personnage de Vincent. Même gueule d’ange cabossé, même refus catégorique d’intégrer les lignes du front. Montalescot t’en sera éternellement reconnaissant.

Pour terminer, je voudrais apporter une précision concernant ma vision du temps, telle que je l’aborde dans ce roman. Conduire un tel ouvrage sans la moindre approche mathématique est un exercice risqué, auquel je me suis prêté en ayant conscience des interrogations qu’il pourrait susciter. Le temps n’est rien de plus qu’une équation sans limite, et c’est pour cette raison précise que j’ai décidé de l’aborder d’une manière aussi clair que possible. Sans calcul, sans théorie, laissant libre cours à l’essence même du voyage temporelle. Alors, si mon approche vous laisse songeur, sachez que mon but n’est pas ici de vous éclairer, mais bien de vous faire réfléchir sur les possibilités que nous offre la matière du Monde…

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