Femmes Rêvées

Albert Ferland · Chapitre 10 sur 11

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Femmes Rêvées

La Chasseresse

Une femme est venue

Calme, en traversant l'ombre d'un tilleul,

Elle s'embellit d'un sourire

Quand elle me vit seul,

Et, parfumant l'air d'une odeur de myrrhe,

Elle vint s'asseoir près de moi

Ne cessant de sourire.

Puis elle m'offrit, vibrante d'émoi,

Le baiser de sa lèvre rose,

En s'inclinant sur moi,

Les cheveux flottants, la bouche mi-close.

 

La Chasseresse

J'aime à fantasier la sereine beauté

De cette virginale et blonde chasseresse

Que, telle qu'aux accents d'un sylvain redouté Fuyaient dans les roseaux les nymphes en détresse, En me voyant, furtif, près d'elle, en tapinois, Oeillader sa démarche altière, s'est enfuie Adorablement belle, à travers les grands bois, Un jour que le soleil souriait dans la pluie.

 

Chant des Pleureuses

Ayons comme les jours de la triste saison Nos heures de soleil et de mélancolie;

Autant qu'il nous est doux de rire à la folie, Qu'il nous plaise parfois de pleurer sans raison.

Pleurons, pleurons pleureuses que nous sommes Pleurons, pleurons, loin du regard des hommes, Pleurons quand la tristesse enténèbre nos yeux, Pleurons lorsque le coeur s'énamoure et s'ennuie; Que nos chagrins, pareils aux nuages des cieux, Se dissipent en pleurs comme ils tombent en pluie!

Qu'il est plaisant de voir, ainsi que brusquement S'ensoleille en avril l'azur après l'ondée,

Une pleureuse encor de larmes inondée

S'illuminer soudain d'un sourire charmant!

Pleurons, pleurons pleureuses que nous sommes Pleurons, pleurons, loin du regard des hommes, Pleurons quand la tristesse enténèbre nos yeux, Pleurons lorsque le coeur s'énamoure et s'ennuie; Que nos chagrins, pareils aux nuages des cieux, Se dissipent en pleurs comme ils tombent en pluie!

Dolentes et les yeux empreints de nonchaloir Sachons parfois, ainsi qu'à l'ombre des platanes Le coeur alangouri soupirent les sultanes, Même au doux mois des fleurs gémir et nous doloir.

Pleurons, pleurons pleureuses que nous sommes Pleurons, pleurons, loin du regard des hommes, Pleurons quand la tristesse enténèbre nos yeux, Pleurons lorsque le coeur s'énamoure et s'ennuie; Que nos chagrins, pareils aux nuages des cieux, Se dissipent en pleurs comme ils tombent en pluie!