
Guerre et révolution
Près de deux ans, la guerre a ensanglanté l’Extrême-Orient. Des milliers de réservistes russes, arrachés à leurs familles, montaient avec résignation dans les wagons, le désespoir au cœur ou avec une bravoure de parade suscitée par l’eau-de-vie. Ils croisaient les mutilés qu’on ramenait, partis jeunes et robustes. Pourquoi cela, demande Tolstoï au premier chapitre, pourquoi s’en vont-ils là-bas ?
Rois, ministres et fonctionnaires vivent d’une vieille superstition, celle des grands États qui assureraient le bonheur. Ceux qui en souffrent y croient autant, tous fiers de leur sujétion à la Russie, à la France, à l’Allemagne. Là où les politiciens ne prévoient qu’un changement de régime, Tolstoï lit dans la défaite russe le commencement de la désagrégation de l’État, puis celui de la disparition de « toute la civilisation soi-disant chrétienne ». Traduction de E. Halpérine-Kaminsky, Fasquelle, 1906.




