Histoire de France Tirée de Ducoudray

O. B. (Ovando Byron) Super · Chapitre 18 sur 29

Pages du PDF

Histoire de France Tirée de Ducoudray

Chapitre X

LOUIS XI (1461-1483)

 

Charles VII mourut en 1461 et eut pour successeur son fils, Louis XI.

A cette époque des changements importants ont lieu en Europe et dans le monde. Un peuple nouveau s’établit à l’orient de l’Europe, les Turcs qui se sont emparés de Constantinople (1453). Les peuples chrétiens ne se sont point soulevés à cette nouvelle: le temps des expéditions religieuses, des croisades est bien fini. Les nations ne songent qu’à se constituer, à s’organiser, malheureusement aussi à s’entre-déchirer, et l’époque des grandes ligues, des guerres européennes va s’ouvrir. Ce qui valait mieux, les Portugais et les Espagnols indiquaient de nouvelles routes au commerce et découvraient de nouvelles terres. Les premiers avaient achevé, en 1497, sous la conduite de Vasco de Gama, de faire, par mer, le tour de l’Afrique et montraient la route des Indes. Christophe Colomb, savant navigateur génois, avec trois navires que lui avaient donnés les souverains de l’Espagne, Ferdinand et Isabelle, découvrit en 1492 un nouveau monde auquel on a injustement donné le nom d’un autre navigateur florentin, Amerigo Vespucci, l’Amérique.

Il semblait que Dieu, par une seconde création, eût doublé l’étendue du monde habitable. On se précipitait vers ces contrées parées d’une végétation brillante, riches de bois précieux et de mines d’or et d’argent. Le commerce prit un rapide essor, la condition des fortunes changea, car jusqu’alors la terre avait été la seule richesse.

La science se développait en même temps, grâce à la découverte de l’imprimerie. Gutenberg, né à Mayence, mais qui travailla le plus souvent à Strasbourg, était parvenu (de 1440 à 1446) à graver en métal des lettres mobiles qu’il assemblait ou séparait à volonté; il composait ainsi des mots, des phrases, des pages entières; puis pressant ces pages imbibées d’encre sur du papier, il les reproduisait autant de fois qu’il voulait. Un copiste ne pouvait écrire à la fois qu’un seul livre. Grâce à l’imprimerie, dès que le livre était composé avec des lettres en métal, on pouvait le reproduire, en peu de temps, par milliers d’exemplaires.

Le premier livre sorti des presses de Gutenberg était une Bible datée de 1456. L’imprimerie devait être l’instrument le plus puissant pour le progrès de la science humaine. Des temps nouveaux commençaient: les temps modernes, ceux qui durent encore aujourd’hui. Les progrès dont nous sommes témoins ont pour point de départ ces importants changements qui se produisirent au quinzième siècle et qui rendirent l’homme plus libre de sa raison, plus hardi dans ses pensées comme dans ses entreprises, plus soucieux du bien-être et de l’équité. La science étendait son esprit, doublait ses moyens d’action et allait lui permettre de rendre moins misérable sa condition terrestre.

La politique aussi allait changer. Le premier roi des temps modernes est Louis XI, de sombre renommée, mais qui, malgré ses fourberies et ses cruautés, avança singulièrement l’unité politique de la France.

=Louis XI.=—Louis XI est le premier type, quoique peu flatteur, du roi moderne; il se fie à l’intelligence plus qu’à la force corporelle. Il est tout l’opposé des chevaliers. Ayant grandi au milieu des trahisons et des révoltes, il ne crut qu’à une seule force, celle de la ruse. Dépourvu de conscience, mais superstitieux à l’excès, il attachait à son chapeau des images de la Vierge et des saints en plomb ou en étain: il les prenait ou les baisait, quelque part qu’il se trouvât, si soudainement quelquefois qu’on l’aurait pris pour un insensé. Il se faisait petit, s’entourait de petites gens, s’habillait pauvrement et s’affranchissait de tout cérémonial.

Louis XI (c’est là ce qui le relève de ses faiblesses et de ses perfidies) prenait au sérieux son métier de roi: actif, infatigable, il travailla sans cesse à étendre, à organiser son royaume, se fit craindre comme personne avant lui.

Dès les premières années, les nobles, mécontents de voir Louis XI, qui les avait flattés dans sa jeunesse, se tourner contre eux dès qu’il fut roi, commencèrent la guerre dite du Bien public (1465). Une bataille indécise se livra entre les coalisés que commandait Charles, fils du duc de Bourgogne, comte de Charolais, et l’armée royale à Montlhéry (près de Paris). Des deux côtés on se crut vainqueur, et des deux côtés il y eut des fuyards. Louis XI se hâta de négocier et promit à tous, et à chacun en particulier, provinces, honneurs, pensions. Les traités de Conflans et de Saint-Maur (près Paris), qui terminèrent cette campagne dérisoire, furent de honteux marchés.

Une première fois détruite, la féodalité avait été reformée par les rois eux-mêmes, qui avaient distribué à leurs enfants, aux princes de leurs maisons, de magnifiques seigneuries, des apanages. Ainsi s’étaient constituées les maisons de Bourbon, d’Anjou, d’Orléans, etc. Mais le grand danger pour les rois, c’était la puissance de la maison de Bourgogne. Le duc Philippe le Bon, mourut en 1467, et son fils, Charles le Téméraire, était l’orgueil même.

Charles se regardait comme supérieur à son cousin le roi de France, Louis XI, auquel il ne voulait pas rendre hommage. Autant celui-ci dédaignait le faste et les grandeurs, autant le duc de Bourgogne aimait à étaler son luxe et sa puissance. Ambitieux comme Louis XI, il n’avait ni sa patience ni sa souplesse, et plus sa témérité lui faisait éprouver de revers, plus il s’obstinait.

Louis XI pourtant commit bien des fautes. La guerre ayant recommencé entre lui et le duc de Bourgogne, il voulut négocier au lieu de combattre et, pour mieux gagner son ennemi, alla se mettre entre ses mains à Péronne où il demeura prisonnier et ne fut relâché qu’à de dures conditions (1468).

La guerre recommença. Le duc de Bourgogne courut aussitôt à Beauvais, espérant enlever la ville par surprise. Mais les habitants sont sur les remparts et se défendent: les femmes mêmes les aident. Déjà cependant des soldats bourguignons avaient escaladé la muraille et y plantaient leur étendard. Une jeune fille, Jeanne Laisné (on la nomma depuis Jeanne Hachette), s’élance, une hache à la main, saisit l’étendard et l’emporte en triomphe. Cet exemple héroïque ranime le courage des habitants, qui repoussent avec succès toutes les attaques. Charles se vit obligé d’entreprendre un siège régulier, puis, à l’arrivée des troupes royales, de se retirer. Loin d’abattre le puissant duc, les échecs ne font que piquer son orgueil. Il ne renonce pas à ses projets; au contraire, il les veut tous poursuivre à la fois: il rêve la conquête de la Lorraine, de l’Alsace, de la Suisse, afin de se faire ainsi un royaume. En même temps il rappelle les Anglais en France pour renverser Louis XI. Celui-ci, fidèle à son système d’éviter les batailles, achète la paix du roi d’Angleterre Édouard IV. Dès ce moment il n’a plus qu’à regarder son rival se heurter contre l’Allemagne, puis contre les montagnes de la Suisse. Charles est vaincu à Granson et à Morat (1476).

Après ces sanglantes défaites, Charles devient fou de fureur: il laisse croître sa barbe comme un sauvage, il s’enferme dans sa tente. Il apprend que la Lorraine s’est soulevée et que le duc René a repris sa capitale, Nancy. Il y court, malgré l’hiver, et périt dans un combat. On retrouva son corps à demi enfoncé dans la glace d’un ruisseau (1477).

Craint de tout le monde, Louis XI craignait lui-même tout le monde et s’enfermait dans son château de Plessis-lez-Tours, où des arbalétriers veillaient nuit et jour près des fossés avec ordre de tirer sur tout homme suspect qui approchait. Il semblait plutôt mort que vif, tant il était maigre; il faisait d’âpres punitions pour inspirer la terreur et de peur de perdre l’obéissance. Il avait soupçon de tout le monde, de son fils qu’il faisait étroitement garder, de sa fille, de son gendre. Il comblait de présents son médecin Coictier pour qu’il allongeât sa vie; il avait recours aux personnages renommés pour leur sainteté et fit venir d’Italie un ermite, saint François de Paule: il lui demandait la santé du corps plutôt que le repos de l’âme. «Le tout n’y fit rien, ajoute son historien Commines; il fallait qu’il passât par où les autres sont passés.»

Louis XI mourut en 1483, après avoir, dans ses dernières années, recueilli le riche héritage de la maison d’Anjou, c’est-à-dire le Maine, l’Anjou et la Provence.

Si Louis XI a laissé une sombre mémoire, il est juste de lui tenir compte de l’agrandissement du royaume, et surtout de la sécurité qu’il y rétablit. La sécurité ranima le commerce et Louis XI le facilita en améliorant les routes. Pour étendre son action sur les provinces les plus éloignées, il organisa les postes, d’abord des courriers qui ne servirent qu’à transmettre ses ordres, mais qui plus tard furent d’une grande utilité aux particuliers.