Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449
s'éleva dans un sermon prononcé en présence…
s'éleva dans un sermon prononcé en présence de la reine contre le
luxe excessif et les désordres des dames de la cour. Admis à
prêcher devant le roi, il attaqua avec une égale violence les
exactions de ceux qui étaient à la tête des affaires. Fidèle
adhérent des Armagnacs, il fit partie de la députation envoyée,
au commencement de l'année 1412, par les princes confédérés
auprès du roi d'Angleterre afin de négocier une alliance,
députation qui, dans son passage à travers le Maine, fut
poursuivie et arrêtée par le bailli de Caen, lequel s'assura de
leurs personnes et envoya à Paris leurs lettres et instructions.
La gravité du fait motiva une réunion extraordinaire du conseil à
Saint-Pol, sous la présidence de Charles VI: il y fut procédé à
l'examen des papiers saisis, et le chancelier de Guyenne donna
lecture d'un «petit advisement» sur le gouvernement, de la
composition de frère Le Grant, trouvé au milieu de ces documents.
(Cf. Monstrelet, Juvénal des Ursins et le Religieux de
Saint-Denis.)
- Item, le jeudi XIIe jour de novembre, oudit an, fut mené le faulx traistre Colinet de Pisex, lui VIIe, es halles de Paris, lui estant en la charrette sur ung aiz plus hault que les autres, une croix de fust en ses mains, vestu comme il fut prins, comme ung prestre. En telle maniere fut mis en l'eschauffaust et despoullié tout nu, et lui coppa on la teste à lui VIe, et le VIIe fut pendu, car il n'estoit pas de leur faulce bande. Et ledit Colinet, faulx traistre, fut despecé les quatre membres, et à chascune des maistres portes de Paris l'un de ses menbres pandu, et son corps en ung sac au gibet, et leurs testes es halles sur six lances, comme faulx traistres qu'ilz estoient; car on disoit tout certainement[137] que ledit Colinet, par sa faulce et desloyaute traïson, fist dommaige de plus de IIm lyons[138] en France, sans plusieurs bonnes gens qui estoient avec lui, qu'il fist tuer les uns, les autres rançonner, les autres emmener en tel lieu que en ouy puis nouvelles, puis fist-on maintes justices.
[137] Ms. de Paris: mesmement.
[138] Ici, un mot est resté en blanc dans le manuscrit de Paris.
- Ce pendent, alla monseigneur de Guienne et de Bourgongne devant Estampes[139] qui estoit de la bande, et y furent par plusieurs jours, tant que par miner, que par assault, ilz se rendirent au roy à sa voulenté. Et fut prins le cappitaine nommé Bourdon, lequel fut mené en prinson en Flandres, et depuis ot sa paix. Puis refut prins ung autre chevalier de la bande, nommé messire Manssart du Bois[140], ung des beaux chevaliers que on peust veoir, lequel ot la teste couppée es halles de Paris, et de sa force de ses espaulles, depuis qu'il ot la teste couppée, bouta le tronchet si fort qu'à pou tint qu'il ne l'abaty, dont le bourreau ot telle freour, car il en mouru tantost après six jours, et estoit nommé maistre Guieffroy. Après fut bourrel Cappeluche, son varlet.
[139] Au témoignage de Monstrelet (t. II, p. 222), les ducs de
Guyenne et de Bourgogne partirent de Paris le 23 novembre, tandis
que suivant l'Itinéraire de Jean Sans-Peur dressé par M. Gachard,
le duc de Bourgogne aurait quitté Paris vers le 20 novembre et
aurait séjourné du 20 au 27 à Corbeil où se trouvait le duc de
Guyenne; d'après une lettre de rémission d'avril 1412 (Arch.
nat., JJ 166, fol. 118), ce ne fut que le 5 ou 6 décembre «qu'ils
entreprindrent le voyage d'aler à Estampes.» Louis de Bosredon,
sénéchal de Berry, chargé de défendre cette place, opposa une
vigoureuse résistance et ne se rendit qu'à la dernière extrémité;
quoique Juvénal des Ursins prétende qu'il ne fut point considéré
comme prisonnier et qu'il n'eut aucune rançon à payer, il est
constant que le duc de Bourgogne le fit mener au château de Lille
en compagnie d'autres seigneurs et ne le relâcha que moyennant
bonne finance. (Chronique des Cordeliers, p. 214.)
[140] Mansart du Bois est compté au nombre des chevaliers de
renom faits prisonniers à Saint-Cloud par le duc de Bourgogne,
qu'il avait imprudemment défié peu de mois auparavant; enfermé au
Châtelet, il n'en sortit que pour aller au dernier supplice. A la
sollicitation de ses amis, on lui avait promis sa grâce s'il
consentait à prêter serment au duc de Bourgogne; mais il refusa
en disant «qu'il n'avoit fait chose pour laquelle il deust avoir
remission.» (Juvénal des Ursins.) Onze ans auparavant, plus
heureux que dans cette circonstance, il avait obtenu des lettres
de rémission pour le meurtre involontaire d'un berger qui lui
avait répondu arrogamment un jour où il était sorti dans la
campagne préoccupé par l'indisposition «d'une sienne fille malade
de la boce.» (Arch. nat., JJ 155, fol. 42 vº.) Mansart du Bois
fut décapité et son corps pendu à Montfaucon, ce qui a fait dire
au Religieux de Saint-Denis que ce seigneur fut pendu (t. IV, p.
593).
[1412.]
- Et en cedit an fut fait connestable de France le conte de Sainct-Paul, nommé messire Galleren[141], et alla en la conté d'Alençon; et là estoit messire Anthoine de Craon, lequel devoit avoir journée au conte d'Alençon, lequel n'osa oncques venir, si s'en revint ledit connestable. Et en revenant le cuida ruyner et[142] destruire le signeur de Gaucourt qui avoit bien en sa compaignie mil hommes d'armes, mais par la grace de Dieu ledit Gaucourt et ses gens furent desconffys honteusement; et en furent tuez bien vic, et bien cent noyez, et bien cinquante des plus gros prins, mais Gaucourt eschappa par bon cheval[143]. En icellui temps se firent plusieurs escarmouches, dont on ne fait nulle mencion, car on ne faisoit rien à droit, pour les traistres dont le roy estoit tout advironné[144].
[141] Waleran de Luxembourg, comte de Ligny et de Saint-Pol,
nommé grand-maître des eaux et forêts en 1402 et grand bouteiller
de France le 29 octobre 1410, reçut en 1411 le gouvernement de
Paris et l'épée de connétable de France au lieu de Charles
d'Albret, déchu de ses fonctions comme rebelle.
[142] Les mots «ruyner et» manquent dans le ms. de Rome.
[143] L'événement militaire auquel le chroniqueur fait allusion
dans ce paragraphe est la bataille de Saint-Remy-du-Plain, gagnée
le 10 mai 1412 par le connétable de Saint-Pol sur les Orléanais
commandés par le sire de Gaucourt (Cf. Monstrelet, t. II, p.
249).
[144] Rien ne saurait mieux refléter l'état des esprits à cette
époque profondément troublée que le curieux langage tenu contre
le roi par un certain Jacques Mestreau, roi d'armes de Champagne,
langage qui fut considéré comme séditieux et qui valut à son
auteur un emprisonnement au Châtelet de Paris. Mestreau «estant
surprins de vin ou autrement mal conseillié,» s'écriait: «Où sont
les proudommes chevaliers de ce royaume? Ne pevent ilz trouver
bon accord entre nosseigneurs?» Et, ajoutent les lettres royaux
auxquelles nous empruntons ces détails, «aussi a peu dire que les
seigneurs de nostre sang estoient mal conseilliez de ce qu'ilz
mettoient les Angloiz en ce royaume, pour ce qu'ilz pourroient
destruire le pays, et que s'eust esté prouffitable chose que
Jehan nostre oncle de Berry, feust venu à Paris pour trouver et
mettre aucun bon remede en ce royaume et mettre bon accord entre
les seigneurs dessusdiz. Et avec ce semblablement a peu dire que
nous estions en adventure de faire ainsi en France comme on avoit
fait en Angleterre, se Dieu n'y pourveoit et que on y mist
remede, laquelle chose il entendoit estre que les seigneurs de ce
royaume se rebelleroient à l'encontre de nous et nostre couronne;
et que on avoit osté de nostre Conseil les bons proudommes qui
desja s'en estoient alez, comme le sire de Blarru, le sire de
Torcy et autres, et que nous estions mal conseilliez, et qu'il
n'avoit nulz proudommes entour nous, et que ceulx qui se sont
armez à l'encontre de nous feroient de nous ainsi que l'en avoit
fait en Angleterre.» (Rémission de février 1412; Arch. nat., JJ
166, fol. 11 vo.) Vers le même temps, un habitant de Senlis fit
entendre ces «maugracieuses parolles»: «On savoit bien que ce
s'estoit du roy, et qu'il ne faisoit raison ne justice et qu'il
se gouvernoit par ce faulx traiste.» (Arch. nat., Z{1a} 5, fol.
336 rº.)
-
En l'an IIIIc et XII, VIe jour de may, ce mist le roy sur les champs, avecques lui son aisné filx le duc de Guienne, le duc de Bourgongne et plusieurs autres, et allerent droit en Ausserre, là furent aucuns jours. De là se departirent et allerent assegier la cité de Bourges en Berry, où estoit le duc de Berry, anxien de bien pres de IIIIxx ans, oncle dudit roy de France, maistre et menistre de toute traïson de ladite bande, cruel contre le menu peuple autant que fut oncques tirant sarasin, et aux siens comme aux autres; pourquoy il estoit assiégé.
-
Et sitost que ceulx de Paris sceurent que le roy estoit en la terre de ses ennemis, par commun conseil ilz ordonnerent les plus piteuses processions qui oncques eussent esté veues de aage de homme: c'est assavoir, le penultime jour de may oudit an, jour de lundi, firent procession ceulx du Palais de Paris, les ordres mendians et autres[145], tous nuds piez, portans plusieurs sainctu[ai]res moult dignes, portant la saincte vraye croix du Pallays, ceulx de Parlement, de quelque estat qu'ilz fussent; tous deux et deux, quelques xxxm personnes après avecques, tous nuds piez.
[145] Voici l'itinéraire de cette procession: les Jacobins, les
Carmes et les Bernardins, tous nu-pieds et portant la vraie
croix, allèrent à Saint-Martin-des-Champs par la rue Saint-Denis
et revinrent par la rue Saint-Martin à la Sainte-Chapelle. (Arch.
nat., X{1a} 4789, fol. 278 vº.)
-
Le mardy derrenier jour de may, oudit an, partie des parroisses de Paris firent procession, et leurs parroissiens autour de leurs parroisses: tous les prestres revestuz de chappe ou de sourpeliz, chascun portant ung sierge en sa main et reliques, tous piez nudz; la chasse sainct Blanchart, de sainct Magloire, avecques [bien] iic petiz enfens devant, tous piez nudz, chascun cierge ou chandelle en sa main; tous les parroissiens qui avoient puissance, une torche en leur main, tous piez nudz, femmes et hommes.
-
Le mercredi ensuivant, premier jour de juing, oudit an, en la forme et maniere du mardi, fut faite la procession.
-
Le jeudy ensuivant fut le jour du Sainct Sacrement; la procession fut faicte comme on a accoustumé.
-
Le vendredi ensuivant, IIIe jour de juing, oudit an, fut faicte la plus belle procession[146] qui oncques fut gueres veue; car toutes les parroisses et ordres, de quelque estat qu'ilz fussent, allerent tous nuds piez, portant, comme devant est dit, saintu[ai]re ou cierge en habit de devocion, du commun plus de XLm personnes avecques, tous nuds piez et à jeun, sans autres secrettes abstinances, bien plus de IIIIm torches allumées. En ce point allerent portant les sainctes reliques à Sainct-Jehan en Greve; là prindrent le precieulx corps Nostre Seigneur, que les faulx juifs boullirent[147], en grant pleur, en grans lermes, en grant devocion, et fut livré à IIII evesques, lesquelx le porterent dudit moustier à Saincte-Geneviefve, à telle compaignie du peuple commun, car on affirmoit que ilz estoient plus de LII mil; là chanterent la grant messe moult devottement, puis rapporterent les sainctes reliques où ilz les avoient prinses, à jeun.
[146] Il s'agit d'une procession générale du clergé de Notre-Dame
à Sainte-Geneviève, ainsi décrite par le greffier Nicolas de
Baye: Le clergé, accompagné de nombre de bourgeois et
bourgeoises, tous nu-pieds, est «alé quérir corpus Domini à
Saint-Jean en Greve, ouquel fu fait le miracle des Billettes, et
puiz fu porté à Nostre-Dame, et l'atendi la court à la porte du
Palaiz et de là à Nostre-Dame et de Nostre-Dame à
Saincte-Genevieve.» (Arch. nat., Xia 1479, fol. 203 vº.)
[147] Ms. de Paris: voulurent, avec une demi-ligne laissée en
blanc.
- Le sabmedi ensuivant IIIIe jour dudit moys, oudit an, toute l'Université, de quelque estat qu'il fust, sur peine de privacion, furent à la procession, et les petiz enffens des escolles, tous nuds piez, chascun ung cierge allumé en sa main, aussi bien le plus grant que le plus petit, et assemblerent en celle humilité aux Mathurins[148], de là s'en vindrent à Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers, portant tant de sainctes reliques que sans nombre; là chanterent la grant messe, puis revindrent à cueur jeun.
[148] Ms. de Paris: Augustins.
-
Le dimenche ensuivant, Ve jour dudit moys, oudit an, vindrent ceulx de Sainct-Denis en France à Paris, tous piez nudz, et apporterent sept corps saints, la saincte oriflamble, celle qui fut portée en Flandres, le sainct clou, la saincte couronne que deux abbez portoient, acompaignez de XIII banieres de procession; et à l'encontre d'eulx alla la parroisse Sainct-Huitace pour le corps sainct Huitace, qui estoit en l'une desdictes chasses, et s'en allerent droit au Palays de Paris [tous]; là dirent la grant messe en grant devocion, puis s'en allerent.
-
La sepmaine ensuivant, tous les jours [firent] moult piteuses processions chascun à son tour, et les villaiges d'entour Paris semblablement venoient moult devottement, tous nuds piez, priant Dieu que par sa saincte grace paix fust refourmée entre le roy et les signeurs de France, car par la guerre tout France estoit moult empirée d'amis et de chevance, car on ne trouvoit rien au plain païs qui ne lui portoit.
-
Item, le lundy ensuivant, VIe jour dudit moys de juing[149], oudit an, allerent ceulx de Sainct-Martin-des-Champs, avecques eulx plusieurs parroisses[150] de Paris et du villaige (sic), tous nudz piez, acompaignez comme devant de luminaire et de reliques, à Sainct-Germain-des-Prez. Là dirent la grant messe en grant devocion, et les autres parroisses allerent aux Martirs et là chanterent la grant messe, et ceulx de Saincte-Katherine-du-Val-des-Escolliers vindrent chanter la grant messe à Sainct-Martin-des-Champs.
[149] Ce jour, un coup de tonnerre d'une violence extrême
retentit soudainement à Paris; le greffier du Parlement est le
seul qui ait pris soin de noter cette perturbation atmosphérique:
«Hic subito et nullis aut paucis indiciis previis, insonuit
tonitru horridius quam unquam auditum fuerit hominum memoria.»
(Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 281 rº.)
[150] Ms. de Paris: processions.
-
Item, les mardi et mercredi, VIIe et VIIIe jours dudit moys, oudit an, fist on procession, les parroissiens autour de leurs parroisses.
-
Item, le jeudi IXe jour dudit moys, oudit an, furent plusieurs parroisses, acompaignées de tres grant peuple d'eglise et de commun, tous nuds piez, à grant reliquiaire et luminaire, et en ce point allerent à Boullongne-la-Petite; là firent leur devocion et dirent la grant messe, puis s'en revindrent.
-
Item, le vendredi ensuivant, Xe jour dudit moys, oudit an, fut faicte une procession generalle, une des plus honnourables que on eust oncques veue: car toutes les eglises, colleges et parroisses y furent tous, nudz piez, et tant de peuple que sans nombre, car le jour de devant avoit esté commandé que de chascun hostel y fust une personne. Et pour celle devote procession plusieurs parroisses des villaiges d'entour Paris y vindrent en grant devocion et de moult loing, comme de plus de quatre grosses lieues, comme de par delà Villeneufve-Sainct-George, de Mongisson[151] et d'autres villes voisines, et vindrent à toutes les reliques dont ilz porent finer, tous nuds piez, tres anxiens hommes, femmes grosses et petiz enfens, chascun cierge ou chandelle en sa main.
[151] Montgeron, cant. de Villeneuve-Saint-Georges
(Seine-et-Oise).
-
Les sabmedi et dimenche, XIe et XIIe jours dudit moys, oudit an, on fist procession commune autour des parroisses.
-
Le lundi, XIIIe jour dudit moys, oudit an, vindrent ceulx de Sainct-Mor-des-Fossez acompaignez de XVIII banieres, des reliques tres grant foison, vingt croix, tous piez nudz, à Nostre-Dame de Paris chanterent la grant messe.
-
Le mardi ensuivant, le XIIIIe jour dudit moys, oudit an, allerent ceulx de Paris en procession à Sainct-Anthoine-des-Champs, là dirent la grant messe.
-
Le mercredi ensuivant, XVe jour dudit moys, oudit an, fut faicte [une] procession autour des parroisses.
-
Le jeudi ensuivant, XVIe jour dudit moys, oudit an, firent les parroisses de Paris les processions aux Martirs et à Montmartre; là chanterent la grant messe.
-
Le vendredi ensuivant, allerent à Sainct-Denis en France, c'est assavoir Sainct-Paul et Sainct-Huytasse, les gens tous nudz piez; là dirent la grant messe[152].
[152] Ces processions parisiennes, qui mettaient en mouvement des
milliers de personnes, ne se faisaient pas toujours avec le
recueillement désirable et donnaient parfois lieu à des scènes de
désordre. Nous trouvons, en ce qui concerne la procession de
Saint-Denis, un exemple d'autant plus curieux qu'il fait entrer
en scène la famille le Goix: «La femme J. des Oches, fille Thomas
le Goix, et la femme Guillaume le Goix, qui estoient alées avec
autres à la procession à Saint-Denis,» furent battues et
injuriées par un individu que l'abbaye de Saint-Denis réclama
comme son justiciable, malgré l'opposition des offensés, lesquels
se fondant sur la qualité d'officiers du roi qui leur
appartenait, prétendaient que le cas était privilégié (Arch.
nat., X{1a} 4789, fol. 294 rº).
- Et tant comme on fist ces processions, ne fist jour qu'il ne pleust tres fort[153], que les trois premiers jours. Pour vray ceulx de Meaulx vindrent à Sainct-Denis, et de Pontoise et de Gonnesse, et de par delà vindrent à Paris en procession.
[153] Le greffier du Parlement, plus explicite que notre auteur,
parle ainsi de la température de ces diverses journées: «Mercredi
XV juin, a fait moult grant froit, et a tombé pluies qui ont
succédé à grant chaleur hative qui estoit cheue par horribles
tonnerres.--«Venredi XVIIe jour de juin, cedit jour et toute la
nuit a aussy fort venté que fist passé a X ans.» (Arch. nat.,
X{1a} 1479, fol. 204, 205.)
-
Le sabmedi ensuivant firent ceulx de Chastellet, tous grans et petiz, procession.
-
Le dimenche ensuivant, procession aux parroisses.
-
Le lundi ensuivant, Sainct-Nicolas, Sainct-Saulveur, Sainct-Laurens allerent à Nostre-Dame de Boulongne-la-Petite, en la maniere que dit est devant, le jeudi IXe jour de moys.
-
Tretout le temps que le roy fut hors de Paris, firent ceulx de Paris et ceulx des villaiges d'entour procession[154], comme devant est dit, et alloient chascun jour par ordre en procession aux pellerinaiges de Nostre-Dame entour Paris, comme au Blanc-Mesnil[155], comme au Mesche[156] et aux lieux plus renommez de devocion.
[154] Pendant tout ce mois et le mois suivant, le clergé de
Paris, avec un zèle infatigable, fit procession sur procession:
ainsi, il y eut le 22 juin procession à Saint-Marcel; le 4
juillet, procession de la Sainte-Chapelle à Saint-Denis; le 13
juillet, ce fut à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, où l'on
porta la vraie croix et le chef de saint Louis (Arch. nat., X{1a}
1479, fol. 205, X{1a} 4789, fol. 298, 300).
[155] La chapelle du Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise, canton de
Gonesse) est mentionnée dans le compte des menus plaisirs
d'Isabeau de Bavière pour les années 1416-1417 (Arch. nat., KK
49, fol. 29). Cette reine, «pour faire faire une quinzaine de
Nostre-Dame,» y envoya un pèlerin avec un cierge de cire pesant
quinze livres.
[156] Sur la requête du curé et des paroissiens de Creteil, une
confrérie fut instituée en la chapelle de Notre-Dame du Mesche,
par lettres patentes de Charles VI, rendues au mois d'août 1394,
accompagnées d'une bulle pontificale et d'une lettre pastorale de
l'évêque de Paris (Arch. nat., Y2, fol. 203 vº). Pendant tout le
XVe siècle, la chapelle en question resta en faveur auprès des
fidèles. On voit même le Parlement, par un arrêt du 23 décembre
1486, infliger comme pénitence un pèlerinage, nu-pieds, jusqu'en
l'église et chapelle de N.-D. du Mesche (Arch. nat., X{2a} 51).
- Et fut vray que le sabmedi, XIe jour dudit moys de juing[157], ariva le roy de France, avec son oust devant la cité de Bourges en Berry, et quant ilz furent devant, ilz assaillirent la ville moult asprement, et les Arminaz se deffendirent moult fort, mais moult furent agrevez; si demanderent triefves[158], si furent données deux heures non plus. Ung pou avant que les treves furent faillies, yssirent hors les faulx traistres à grant compaignie, cuidant trayr et sourprendre noz gens qui point ne s'en gardoient; mais l'avangarde les reculla moult asprement, et si ferirent en eulx si cruelment que tous les firent flatir jusques aux portes, et là furent de si pres hastez les traistres que le sire de Gaucourt conduisoit, que en la place en demoura plus de VII{XX} hommes de nom, tous mors, et foison prins[159], lesquelx recognurent qu'ilz cuidoient emmener le roy par force et tuer le duc de Bourgongne, mais Dieu les en garda celle foys; puis passèrent plusieurs jours sans aucun assault.
[157] Les manuscrits portent «IIIe jour», ce qui ne concorde ni
avec la chronique ni avec les événements.
[158] Les trêves auxquelles le chroniqueur fait allusion furent
conclues le mercredi 14 juin; dans la sortie que tentèrent les
assiégés ce jour-là, ils perdirent environ 120 des leurs, entre
autres Guillaume Bouteiller, qui avait été fait prisonnier à
l'assaut de Saint-Cloud avec Mansart du Bois et relâché peu après
(Monstrelet, t. II, p. 275).
[159] Ms. de Paris: Tous mors et frissons.
-
Ce pendent eulx rendirent ceulx du chastel de Sansserre, lesquelx avoient fait moult de grief en l'ost, car au commencement du siege, par ceulx là et par autres, pain y estoit si cher que ung homme n'eust pas esté saoul de pain à ung repas pour III solz p., mais tantost après, [par] la grace de Dieu, il vint assez de vivres; et si estoient bien en l'ost plus de L mil hommes à cheval, sans ceulx de pié qui estoient grant foison.
-
Item, vers la fin de juillet, quant tout le pauvre commun, et de bonnes villes et de plat païs furent tous mengez, les ungs par tailles, les autres par pillaige, ilz firent tant que ilz firent traicter au jeune duc de Guienne, qui aisné filx du roy estoit et qui avoit espousée la fille au duc de Bourgongne, tant qu'il leur accorda par faulx traistres privez[160] qui estoient entour le roy, qu'ilz les feroit [tous] estre en la bonne paix du roy, et ainsi le fist il, qui [que] le voulsist veoir; car chascun estoit moult agrevé de la guerre pour le grant chault qu'il faisoit; [car on disoit que de aage de homme qui fust, n'avoit on veu faire si grant chault[161] comme il faisoit], et si ne plut point [depuis la sainct Jehan Baptiste], qu'il ne fust deux jours en septembre. Si furent les Arminaz si grevez qu'ilz estoient comme tous desconfiz par tout le royaulme de France[162], quant ce faulx conseil traicté fut ainsi machiné, et fut ordonné qu'ilz vendroient tous en la cité d'Aussoirre.
[160] Ms. de Paris: princes.
[161] Le lundi 15 août 1412, la chaleur fut si forte qu'au dire
d'un contemporain «en issant des églises ou maisons et à venir en
rue sembloit que l'on venist à la bouche d'un four chaut, tant
estoit l'air eschauffé» (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 321 rº).
[162] Les mots «de France» manquent dans le ms. de Rome.
- En ce temps furent plusieurs communes, comme de Paris, de Rouen et de plusieurs autres bonnes villes[163] ........................ devant eulx et gaingnerent tantost la ville, et moult tuerent de gens du plain païs, que tous se rebellerent en tout le païs de Beausse, car ilz avoient tant de paine et de charge de gens d'armes, qu'ilz ne savoient ausquelz obeir. Si se tindrent [aux] Arminaz qui là estoient les plus fors, pour le temps que la malle guerre commença. Et quant lesdictes communes vindrent à Dreux, ilz les trouverent si rebelles qu'ilz les tuerent tous, et les faulx traistres Arminaz gens d'armes[164], qui les devoient secourir, s'enfouirent au chastel de ladicte ville et laisserent tuer les pauvres gens. Et puis furent assegez de noz gens de commun si asprement qu'ilz ne se poaient plus tenir, quant ung chevalier, qui estoit [maistre] gouverneur desdictes communes, comme faulx traistre, fist laisser l'assault, et print grant argent des Arminaz, et fut du tout de la bande. Et si disoit on que c'estoit ung des bons de France, et ne se savoit on en qui fier, car il mist noz gens en tel estat qu'i leur convint partir à mynuyt pour eulx en venir à Paris, ou autrement eussent esté touz tuez par les faulx traistres et autres gentilzhommes, qui tant les hayoient qui ne les povoient souffrir, pour ce qu'ilz besongnoient si bien; car qui les eust creuz, ilz eussent nettoié le royaulme de France des faulx traistres en mains d'ung an, mais aultrement ne pot estre, car nul proudomme ne fust escouté en ce temps. Et pour ce fust faicte paix du tout à leur gré, qui que le voulsist voir, car le roy estoit touzjours malade, et son aisné filz ouvroit à sa voulenté plus que de raison, et creoit les jeunes et les folz; si en faisoient lesdiz bandez tout à leur guise. Et fist on par[165] la joie d'icelle paix les feuz avau Paris. Le premier sabmedi d'aoust mil iiiic et xii et le premier mardi de septembre, fut criée parmi Paris à trompettes[166].....
[163] Cette phrase tronquée termine le folio 21 vº du ms. de
Rome. Bien que la main d'un annotateur du XVIe siècle ait signalé
l'absence d'un nombre indéterminé de feuillets, nous ne pensons
pas que cette lacune puisse être considérable. Il y est
évidemment question de la participation au siège de Dreux des
bourgeois de Paris, sous la conduite du capitaine des
arbalétriers André Roussel et de l'échevin Jean de l'Olive (Voy.
Juvénal des Ursins, p. 477). La même lacune existe dans le ms. de
Paris.
[164] Les mots: «gens d'armes» manquent dans le ms. de Rome.
[165] Le ms. de Rome donne une leçon fautive «et fist on que la
joie.»
[166] D'après le Religieux de Saint-Denis (t. IV, p. 723), le
traité d'Auxerre fut publié, dans les carrefours de Paris, le 12
septembre; mais, dès le 27 août, le Parlement en avait été
officiellement avisé par le premier président Henri de Marle à
son retour d'Auxerre, et des processions générales furent faites
à l'occasion de la paix le lundi 29, de Notre-Dame à
Sainte-Geneviève (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 202, 212).
- Mais il fut autrement, car il fut mis es carrieres de Nostre-Dame-des-Champs[167]..... Et le penultieme jour dudit moys, oudit an, vint le roy au Boys de Vincennes[168], et le duc de Bourgongne à Paris[169], et allerent les bourgoys au devant par commandement.
[167] Ce passage incomplet, dont le sens est fort obscur, se
trouve dans le ms. de Rome, en tête du fol. 22 vº.
[168] Les mots «de Vincennes» manquent dans le ms. de Rome.
[169] Jean Sans-Peur accompagnait le duc de Guyenne, qui fit son
entrée à Paris ayant le comte de Vertus à ses côtés et derrière
lui les ducs de Bourgogne et de Bourbon (Cf. le Religieux de
Saint-Denis et Juvénal des Ursins).
- Item, le mardi XXVIIe jour de septembre, jour sainct Cosme et sainct Damien, fut despendu par nuyt du gibet [de Paris Jehan] de Montaigu, jadis grant maistre d'ostel du roy, lequel avoit eu la teste couppée pour ses demerites, et fut porté à Marcoussis[170], aux Celestins, lesquelz il avoit fondez en sa vie.
[170] Les château et seigneurie de Marcoussis, échus par
confiscation à Louis, duc de Guyenne, puis au duc de Bavière,
constituèrent le douaire de Catherine d'Alençon lors de son
mariage avec le frère de la reine Isabeau (Arch. nat., JJ 167,
fol. 164). Quant aux fondations faites par le grand maître en
faveur du monastère qu'il avait construit, elles furent
confirmées par lettres royaux d'août 1410 et de mai 1414
(Ibid., JJ 165, fol. 223 rº, JJ 168, fol. 49).
- Item, le dimenche XXIIIe jour d'octobre ensuivant, entra le roy à Paris, et fut faicte à sa venue la plus grant feste et joye du commun, qu'on avoit veue passé avoit XII ans, [car petiz et grans] bassinoient; et vint avecques le roy le duc de Bourbon, et le conte de Vertus, nepveu, et plusieurs autres, et furent avec le roy à Paris, moult amez du roy et du commun qui avoit grant joie de la paix que on cuidoit qu'ilz tenissent bonnement, et ilz ne tendoient que à la destrucion du roy et especialment de la bonne ville de Paris et des bons habitans.
[1413.]
- Et firent tant par leur maulvais malice, pour mieulx venir à leur maleureuse intencion, que plusieurs qui bonnement amoient et avoient amé le roy et le prouffit commun, furent du tout de leur malvaise et faulce intencion, comme le frere de la royne de France, Pierre des Essars prevost de Paris, et plusieurs autres, et par especial ledit prevost qui ce povoit venter que prevost de Paris, puis cent ans devant, n'avoit eu aussi grant grace que ledit prevost avoit et du roy et du commun. Mais si mal se porta qu'il convint qu'il s'en fouist[171], lui et plusieurs des autres des plus grans, comme le frere de la royne, duc de Baviere, le duc de Bar Edouart, Jaques de la Riviere, et plusieurs autres chevaliers et escuiers; et fut en la fin de fevrier mil IIIIc et XII, et demoura la chose plusieurs jours, aussi comme se on les eust oubliez.
[171] Pierre des Essarts quitta précipitamment Paris au mois de
mars 1413, après la découverte du complot tramé par un de ses
serviteurs qui devait s'emparer du pont et de la tour de
Charenton, mais il fut assez mal avisé pour y revenir vers le
milieu du mois suivant.
- Et ce pendant l'Université, qui moult amoit le roy et le commun, fist tant par grant diligence et grant sens qu'ilz orent tous ceulx, par escript, de la maldicte et faulce traïson, et la greigneur partie de tous les grans en estoient, tant gentilz comme villains. Et quant l'Université, par grant cure, orent mis en escript especialment tous ceulx qui povoient nuire, ce pendent revindrent les dessusdiz qui fuiz s'en estoient, et firent les bons varletz, et brasserent ung mariaige de la femme au conte de Mortaing[172], qui mort estoit, au frere de la royne, duc de Baviere, et estoit leur maleureuse intencion de faire leurs nopces loing et de emmener le roy, pour estre maistres de Paris et en faire toute leur voulenté qui moult estoit malvaise. Et l'Université qui tout savoit ce, le fist savoir au duc de Bourgongne et au prevost des marchans[173] qui avoit nom Andriet d'Espernon[174], né de Quinquenpoit, et aux eschevins[175]. Si firent tantost armer la bonne ville et clercs devantdiz, comme parurent[176], et ceux s'enfuirent ou chastel de Sainct-Anthoine et là se bouterent par force. Et le frere de la royne fist le bon varlet, et servoit le roy aussi comme s'il n'en sceust rien, et ne se mut oncques d'avec le roy.
[172] Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre, mort dans
l'expédition de Bourges, se maria en secondes noces avec le duc
Louis de Bavière qui, le 4 mars 1413, en considération de ce
mariage, reçut le comté de Mortain (Arch. nat., JJ 167, fol.
163). Le 29 septembre 1413, la reine Isabeau donna en outre à son
frère la valeur de 2000 écus en vaisselle d'or qui devait lui
être offerte le jour de ses noces (Ibid., KK 48). Le roi de
Navarre s'était engagé, de son côté, à remettre aux futurs époux
une somme de 50,000 francs, mais il ne tint pas sa promesse, car
le duc de Bavière et sa femme lui intentèrent, à ce sujet, une
action au Parlement (avril 1414, Arch. nat., X{1a} 4790, fol. 62
vº).
[173] «Prevost des marechaulx,» d'après les mss. de Rome et de
Paris.
[174] André d'Épernon, et non d'Éperneuil, comme l'appelle le
Religieux de Saint-Denis, changeur à Paris, était fils de Jacques
d'Épernon, bourgeois de Paris, établi dans le quartier
Saint-Germain-des-Prés, où il occupait la maison des Trois
Corbillons, dans la censive de l'abbaye (Arch. nat., LL 1037,
fol. 57, 74). Après le décès de Jacques d'Épernon, sa veuve,
Jeanne, vint demeurer chez son fils. André d'Épernon succéda, le
mercredi 16 mars 1413, à Pierre Gencien «qui lors estoit absent»
et prêta serment le même jour entre les mains du duc de Guyenne
(Arch. nat., KK 1009, fº 1); il prit une part active à l'émeute
cabochienne qui força la Bastille pour s'emparer de la personne
de Pierre des Essarts. En sa qualité de changeur, André avait été
chargé, en 1411, de la levée d'un subside consenti en faveur de
la ville de Paris, pour laquelle il donna quittance d'une somme
de 1,000 liv. t. reçue du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1479, fol.
182 vº). Après l'échec du parti populaire à Paris, il fut
dépossédé, le 9 septembre 1413, de la prévôté des marchands au
profit de Pierre Gencien, et disparut un moment de la scène
politique. On le retrouve le 11 avril 1418, à la séance
solennelle du Parlement où le président de Vailly exposa, à son
retour de Montereau, le résultat des négociations ouvertes avec
le duc de Bourgogne (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 133). Le 10
août suivant, il fit partie de la députation parisienne envoyée
auprès du Dauphin pour le prier d'adhérer au traité de paix
(Religieux de Saint-Denis) et figure, le 26 août, parmi ceux qui
prêtèrent serment au duc de Bourgogne. Il reparaît comme changeur
du trésor en 1421 et 1422 (Arch. nat., KK 33), et comme trésorier
des guerres en 1428 (Ibid., X{1a} 1480, fol. 400 vº); mais il
n'existait plus au mois de juin 1431 (Ibid., Y 5231, fol. 40).
[175] Les échevins alors en fonctions étaient Jean de Troyes,
Jean de l'Olive, Robert de Belloy et Garnier de Saint-Yon, les
trois premiers élus le 20 février 1412, le dernier nommé le 23
octobre suivant au lieu de Denis de Saint-Yon, décédé en
septembre (Arch. nat., KK 1009, fol. 1).
[176] Passage inintelligible dans le ms. de Paris; le scribe,
n'ayant pu lire le texte qu'il avait sous les yeux, s'est borné à
reproduire les mots avec leurs abréviations.
-
Tantost après fut la ville armée, et assegerent [ledit chastel] et jurerent que jamais ne s'en partiroient tant que les eussent prins par force; et quant ceulx qui dedens le chastel estoient virent tant de gens et si esmeus, si se rendirent vers le soir au duc de Guienne et de Bourgongne, qui en respondirent, ou les gens de Paris les eussent tous despeciez, car ilz estoient bien xxiiii mil. Lors furent prins bien et estroictement et menez au Louvre, et fut le Ve jour de may mil IIIIc et XIII, jour de vendredi. Et ledit prevost demoura dedens Sainct-Anthoine encore IIII ou VI jours après, et fut allé querre et admené au Louvre environ l'eure de mynuit, et là fut emprinsonné.
-
Et la sepmaine de devant l'Ascencion fut la ville de rechief armée, et allerent en l'ostel de Sainct-Paul, où le frere de la royne estoit, et là le prindrent, voulsist ou non, et rompirent l'uys de la chambre où il estoit, et prindrent avecques lui XIII ou XIIII, que dames, que damoiselles, qui bien savoient la malvaistié[177], et furent tous menez au Louvre[178] pelle melle. Et si cuidoit ledit frere de la royne le lendemain espouser sa femme, mais sa chance tourna contre sa voulenté.
[177] Ce fut non le 12 mai, comme le dit Juvénal des Ursins, mais
le mardi 22 mai qu'Hélion de Jacqueville, à la tête des
cabochiens armés, envahit l'hôtel Saint-Pol et s'assura de la
personne du duc de Bavière. Pendant que ce prince se voyait
emprisonné en la «tour delez le Louvre» (Arch. nat. X{1a} 1479,
fol. 256), Catherine de Villiers, Bonne Visconti, Isabeau
Maréchal, Marguerite Aubin, Isabeau des Barres, dames d'honneur
de la reine, étaient emmenées à la conciergerie du palais. Le
même jour on arrêta pour les conduire à la conciergerie: Renaud
d'Angennes, chambellan du dauphin et autrefois son gouverneur,
Jean de Nielle, chancelier du dauphin et de la reine depuis le 14
mars, Charles de Villiers, Raoul Cassinel et Conrad Bayer,
maîtres de l'hôtel de la reine, Jean Picard, son secrétaire, Jean
de Nantouillet, Enguerran de Marcognet et plusieurs autres
seigneurs attachés à la maison du roi et à celle du duc de
Guyenne.
[178] Le château du Louvre avait alors pour capitaine Renaud
d'Angennes, qui touchait 1200 livres de gages; mais le prévôt des
marchands et les échevins, auxquels le roi avait «baillié la
garde de toute la forteresse de Paris,» détenaient non-seulement
les clefs des portes Saint-Honoré et de Montmartre, mais encore
celle de la «grosse tour qui est devant le Louvre,» où fut
enfermé le duc de Bavière. Un certain Guillaume de Cologne,
investi du soin de garder cette tour, fut l'objet de soupçons et
dépossédé de son office (Arch. nat., X{1a} 4789, fol. 272, 430
rº, 435 vº).
-
Le mercredi, vigille de l'Ascencion, derrain jour de may, oudit an IIIIc et XIII, fut amené ledit prevost, du Louvre au Palais, en prinson.
-
Et cedit jour, fut nommé le pont de la Planche de Mibray le pont de Nostre-Dame[179], et le nomma le roy de France Charles, et frappa de la hie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son aisné filz après, et le duc de Berry et de Bourgongne, et le sire de la Trimoullie[180], et estoit heure de dix heures de jour au matin.
[179] La construction du pont Notre-Dame, commencée au mois de
mai de l'année 1413, était décidée dès la fin de l'année
précédente. La propriété de la rivière de Seine, depuis le vieux
pont jusqu'à l'île Notre-Dame, appartenant à l'abbaye de
Saint-Magloire (Arch. nat., X{1a} 4793, fol. 172), la ville de
Paris dut préalablement transiger avec cette maison; aux termes
d'un acte du 23 décembre 1412, un accensement des travers et
largeur de la Seine fut fait au prévôt des marchands et aux
échevins pour la construction d'un pont de douze toises de large
avec l'espace de cinq toises au-dessus du pont et de trois toises
au-dessous (Ibid., K 950, no 11). En juillet 1414, c'est-à-dire
un peu plus d'une année après la pose du premier pieu, Charles VI
permit au prévôt des marchands de parfaire le pont commencé
au-dessus du grand pont «en venant du lieu de la Planche *de
Mibray à la place Saint-Denis-la-Chartre» et concéda les revenus
à provenir des maisons, moulins et habitations qui seraient
édifiées sur ce pont (Arch. nat., K 950, no 12). Vers la fin de
1414, l'œuvre était en bonne voie, comme en témoigne une
délibération capitulaire, qui autorisa le prévôt des marchands et
les échevins, représentés par Robert Louvet, clerc de la ville, à
disposer de l'île Notre-Dame pour y descendre et y faire
travailler plusieurs grosses pièces de bois destinées au nouveau
pont (Ibid., LL 215, fol. 13). A la même époque, on s'occupait
aussi de dégager les abords du pont; le 10 octobre fut achetée,
de Pierre Auberée, tanneur, une maison sise en la rue de la
Tannerie, au coin de la ruelle des Planches de Mibray, et qu'on
devait démolir pour «faire l'entrée et le chemin» du pont
Notre-Dame (Ibid., K 495{8}, fol. 35). L'œuvre nouvelle
touchait alors à son achèvement, car, le 16 janvier 1415, le
prévôt des marchands demanda au chapitre la concession, pour une
année, de la pointe de l'île Notre-Dame, afin d'y construire les
maisons que la ville se proposait d'édifier sur le nouveau pont
(Ibid., LL 215, fol. 29, 30). Le pont Notre-Dame n'était pas
établi dans des conditions de solidité et de durée désirables,
car dès l'année 1440, des réparations étaient devenues
nécessaires «pour obvier à la démolicion et destruccion dudit
pont» et par arrêt du 13 février 1440, à l'occasion d'un procès
entre le chapitre et la Ville, le Parlement affecta à ces
réparations une somme de 600 l. prise sur les deniers «yssans des
moulins.» (Ibid., X{1a} 1482, fº 134.)
[180] Probablement Georges de la Trémoille, grand chambellan de
France, que le duc de Bourgogne sauva de la fureur populaire en
1413.
-
Et en cedit moys de may print la ville chapperons blancs, et en firent bien faire de III à IIII mil, et en print le roy ung, et Guyenne et Berry et Bourgongne, et avant que la fin du moys fust, tant en avoit à Paris, que tout partout vous ne veissez gueres autres chapperons, et en prindrent hommes d'eglise et femmes d'onneur marchandes qui atout vendoient les denrées.
-
Item, le Xe jour du moys de juing mil IIIIc et XIII, jour sainct Landry, vigille de la Penthecoste, fut mené messire Jaques de la Riviere[181], chevalier, et Symonnet Petit-Meny[182], escuier; eulx deux furent prins au Palais du roy, et de là trainez [jusques] es halles de Parys, c'est assavoir Jaques de la Riviere, car il estoit mort et ce estoit tué d'une pinte plaine de vin, dont il s'estoit feru sur la teste si grant cop qu'il ce cassa le test et la cervelle. Et ledit Symonnet fut trainé jusques à la Heaumerie[183] et là mis en la charrette sur ung ais assis, une croix en sa main, le mort trainé jusques es halles, et là orent les testes couppées. Et dirent à la mort que de eulx deux ce avoit esté la plus belle prinse qui eust esté faicte pour le royaulme, passé avoit xx ans, et iceulx avoient esté prins au chastel de Sainct-Anthoine, comme devant est dit.
[181] Seigneur d'Auneau, fils de Bureau de la Rivière et de
Marguerite, dame d'Auneau et de Rochefort. Ses biens furent
saisis, mais sa mère en obtint mainlevée le 6 septembre 1413. Il
courut plusieurs versions sur sa mort, les uns admettant
l'hypothèse d'un suicide, les autres penchant pour un assassinat
dans la prison (Cf. Monstrelet, édit. Douët d'Arcq, t. II, p.
370).
[182] Simon du Mesnil, dit le Jeune, écuyer tranchant du duc de
Guyenne; sa veuve obtint, le 17 août 1413, restitution de ses
biens qui avaient été confisqués (Arch. nat., JJ 167, fol. 249).
[183] La rue de la Heaumerie conduisait de la rue de la
Vieille-Monnaie à la rue Saint-Denis.
- Item, le jeudi ensuivant, ung autre nommé Colin de Brie[184], escuier, fut prins oudit lieu comme devant est dit, et prins au Palays, trayné comme Symonnet devant dit, et couppé sa teste es halles, de ladicte bande, tres plain de tyrannie, tres laide et cruelle personne, et recognut plusieurs traïsons, car il avoit eu pencée de faire [de par] le prevost de Paris[185]; car il cuida trahir ceulx du pont de Charenton, et là fut prins, à tout finance qu'il cuidoit faire passer pour ledit prevost, qui cuidoit passer par ledit pont celle nuyt.
[184] Colin de Brie, ancien page du roi, que Monstrelet et
Saint-Remy appellent plus exactement Thomelin de Brie.
[185] Un blanc après ce mot dans le ms. de Paris.
- Item, le premier jour de juillet mil IIIIc et XIII, fut ledit prevost prins dedens le Palays, trayné sur une claye jusques à la Heaumerie ou environ[186], et puis assis sur ung ais en la charrette, tenant[187] une croix de boys en sa main, vestu d'une houppelande noire dechicquetée[188] fourrée de martres, unes chausses blanches, ungs escafinons noirs en ses piez, en ce point mené es halles de Paris, et là on lui couppa la teste, et fut mise plus hault que les autres [plus] de trois piez. Et si est vray que, depuis qu'il fut mis sur la claie jusques à sa mort, il ne faisoit touzjours que rire, comme il faisoit en sa grant majesté, dont le plus des gens le tenoient pour vray foul; car tous ceulx qui le veoient plouroient si piteusement que vous ne ouyssiez oncques parler de plus grans pleurs pour mort de homme, et lui tout seul rioit, et estoit sa pencée que le commun le gardast de mourir. Mais il avoit en sa voulenté, s'il eust plus vesqu, de trahir la ville et de la livrer es mains de ses ennemis, et de faire lui mesmes tres grans et cruelles occisions, et piller et rober les bons habitans de la bonne ville de Paris, qui tant l'aymoient loyaulment; car il ne commandoit rien qu'ilz ne feissent à leur povoir, comme il apparoit qu'il avoit prins si grant orgueil en soy, car il avoit assez offices pour six ou pour huit[189] filx de contes ou de bannerez. Premierement, il estoit prevost de Paris, il estoit grant bouteillier[190], maistre des eaues et des forestz; grant general cappitaine de Paris, de Cherebourgs, de Montargis; grant fauconnier, et plusieurs autres offices, dont il cuillyt si grant orgueil et laissa raison, et tantost fortune le fist mener à celle honteuse fin. Et saichez que, quant il vit qu'il convenoit qu'il mourust, il s'agenoulla devant le bourel, et baisa ung petit ymaige d'argent que le bourel avoit en sa poictrine, et lui pardonna sa mort moult doulcement, et pria à tous les signeurs que son fait ne fust point crié tant qu'il fust décollé, [et on lui octroya.]
[186] Le prévôt fut traîné sur une claie attachée à la queue
d'une charrette depuis le palais «jusques devant l'ostel de la
Coquille en la grant rue Saint-Denis,» et de là mis sur cette
charrette, conduit aux halles sous bonne escorte et décapité en
vertu d'un jugement rendu par commissaires (Arch. nat., X{1a}
1479, fol. 247 vº).
[187] Ms. de Rome: «ies tout jus» au lieu de «tenant.»
[188] Ms. de Paris: d'échiquier.
[189] Ms. de Paris: cinc.
[190] Pierre des Essarts, pourvu le 21 juillet 1410 de la charge
de grand bouteiller de France, en remplacement du comte de
Tancarville, fut institué souverain maître et réformateur des
eaux et forêts le 5 mars 1411. En ce qui concerne l'office de
grand fauconnier du roi, s'il faut s'en rapporter au P. Anselme
(Hist. généal. de la maison de France, t. VIII, p. 750), Des
Essarts ne semble pas en avoir été titulaire, même
temporairement, Eustache de Gaucourt ayant rempli les fonctions
de grand fauconnier depuis l'année 1406 jusqu'à sa mort, survenue
en 1415. On voit dans les remontrances présentées par
l'Université, en février 1412, que Pierre des Essarts recevait
6000 francs par an pour la capitainerie de Cherbourg, 2000 francs
pour celle de la ville et du château de Montargis et pareille
somme pour celle d'Évreux (Religieux de Saint-Denis, t. IV, p.
755). Suivant Monstrelet (t. II, p. 318), il aurait été capitaine
de Nevers et non pas d'Évreux. Après la fin tragique du prévôt de
Paris, ses biens furent naturellement confisqués, mais Marie de
Ruilly, sa veuve, en obtint la restitution le 5 août 1413 (Arch.
nat., JJ 167, fol. 269); toutefois, le château et la seigneurie
de la Motte-Tilly, dont il prenait le titre, restèrent entre les
mains du roi qui les donna, en décembre 1420, à Jean de Puligny,
garde de ses joyaux (Ibid., JJ 172, fol. 22 vº). Lorsque les
circonstances le permirent, la veuve de Pierre et ses héritiers
demandèrent la révision de son procès (Ibid., X{1a} 1480, fol.
50).
-
[Ainsi fut décollé] Pierre des Essars, et son corps mené au gibet et pendu au plus hault. Et devant environ deux ans, le duc de Breban, frere du duc de Bourgongne, qui veoit bien son oultraigeux gouvernement, lui dist en l'ostel du roy: «Prevost de Paris, Jehan de Montagu a mis XXII ans à soy faire coupper la teste, mais vrayement vous n'y en mettrez pas trois»; et non fist il, car il n'y mist que deux et demy despuis le mot, et disoit on par esbatement parmy Paris que ledit duc estoit prophete vray disant.
-
Item, vers la fin dudit moys, recommencerent ceulx de la maldicte bande à venir pres de Paris, comme autresfois avoient esté, et vuyderent ceulx des villaiges d'entour Paris tout ce qu'ilz avoient et l'amenerent à Paris. Et lors fut fait ung traité pour faire la paix[191] et devoit estre fait à Pontoise, et y alla le duc de Berry le XXe jour dudit moys, jour saincte Marguerite, et le duc de Bourgongne le lendemain vigille de la Magdeleine. Et là furent environ dix jours pour cuider faire la paix, et firent tant qu'elle fut oncques faicte, ne eust esté aucunes demandes que lesdiz bandez demanderent, qui estoient inraisonnables, car ilz demandoient aucuns de ceulx de Paris pour en faire leur plaine voulenté, et autres choses touchans vengence tres cruelle, laquelle chose ne leur fut point accordée. Mais à celle fin que la paix ne teinst, ceulx qui de par le roy y estoient allez firent tant que lesdiz bandez envoyerent à sauf-conduit leurs embassadeurs avecques la compaignie de Berry et Bourgongne, et ceulx de Paris, pour parler au roy à bouche, et entrerent le jour sainct Pierre, premier jour [du moys] d'aoust ensuivant, qui [fut] au mardi, et parlerent au roy à bouche tout à leur volenté, qui leur fist faire tres bonne chere[192]. Quant est des demandes et des responces, je me tays, car trop longue chose seroit, mais bien scay que ilz demandoient touzjours à leur povoir la destrucion de la bonne ville de Paris et des habitans.
[191] Voici, d'après des sources authentiques, la marche suivie
pour les négociations: Les ambassadeurs du roi se rencontrèrent
d'abord à Ivry-la-Chaussée avec ceux des princes du sang et
s'entretinrent à Verneuil avec les princes en personne. Le
rapport qu'ils adressèrent à la suite de ces entrevues fut
l'objet d'une communication faite au Parlement par le chancelier,
le jeudi 13 juillet. L'un des points stipulés dans les premiers
pourparlers portait que les seigneurs «estans à Verneuil se
trairoient à Vernon qui seroit mis sous la main du roi de
Sicile», que les ducs de Berry et de Bourgogne se rendraient à
Mantes et qu'il serait fait choix d'une place intermédiaire pour
entrer en conférences. Les princes du sang envoyèrent leurs
députés à Pontoise où se trouvaient les ducs de Berry et de
Bourgogne, et le vendredi 28 juillet, ces députés, que nomme le
Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 96), présentèrent leurs
propositions dont le texte, sous forme de cédule développée par
Guillaume Seignet et accompagnée d'un projet de traité
(tractatus Pontisare), fut communiqué au Parlement le 2 août.
La cour, appelée à donner son avis, déclara que la cédule était
«bonne, juste et nécessaire» et qu'il fallait conseiller au roi
de la recevoir (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 249 et seq.). Le
même jour, le chapitre de Paris tint une séance solennelle où
siégèrent l'évêque de Paris, les abbés de Saint-Victor et de
Saint-Magloire ainsi qu'un grand nombre de personnages
ecclésiastiques, et donna son adhésion pleine et entière au
traité, ratifiant en quelque sorte la décision prise dans sa
séance du 12 juillet, où il s'était déjà prononcé en faveur de la
conclusion de la paix (Ibid., LL 215, fol. 179, 187).
[192] L'exactitude de cette assertion ne nous semble pas
démontrée, au moins en ce qui touche la date indiquée par
l'auteur du journal; car, s'il faut en croire le Religieux de
Saint-Denis (t. V, p. 120), le duc de Berry ayant manifesté
l'intention de conduire auprès du roi les ambassadeurs des
princes, sur le refus opposé par le duc de Bourgogne, il fut
décidé qu'ils resteraient à Beaumont-sur-Oise. Ce témoignage est
corroboré par celui du greffier du Parlement qui, rendant compte
de la séance du 3 août, rapporte que les ambassadeurs attendaient
à Beaumont la réponse à leurs propositions (Arch. nat., X{1a}
1479, fº 251 et s.).
- Item, le jeudi IIIe jour dudit moys d'aoust, fut l'Université de Paris à Sainct-Paul demander congié au roy de proposer le lendemain certaines choses qui moult estoient proufitables pour la paix du royaulme; laquelle chose leur fut octroiée[193]. Et le lendemain, jour de vendredi, quatriesme jour d'aoust, comme se le dyable les eust conseillez, proposerent tout au contraire de ce qu'ilz avoient devant conseillé par plusieurs foys, car leur premiere demande fut que on meist hors tous les prisonniers qui de la traïson, dont Pierre des Essars et messire Jaques de la Riviere et Petit-Menil avoient eu les testes coppées[194], estoient droit maistres et menistres,--et estoient le duc de Baviere, frere de la royne de France, messire Edouart, duc[195] de Bar, le sire de Boyssay et deux de ses filz[196], Anthoine des Essars[197] frere dudit Pierre des Essars, et plusieurs autres, lesquelx estoient emprinsonnez au Louvre, au Palays et au Petit-Chastellet,--en après, que [tous ceulx] qui contrediroient leurs demandes touchant la paix, fussent tous habandonnez, leurs corps et leurs biens. Après, assés autres demandes firent ilz, et ne proposerent point [pour] la paix de ceulx qui avoient gardé à leur povoir la ville de Paris et qui avoient esté consentans d'emprinsonner les devantdiz prinsonniers pour leurs demerites. Et si savoient ilz bien que tous les bandez les hayoient jusques à la mort. Iceulx hayz estoient maistre Jehan de Troyes[198], mire juré de la ville de Paris, concierge du Palays, deux de ses filx, ung nommé Jehan le Gouayz et ses deux filx[199], bouchers, Denisot Caboche[200], Denisot de Saint-Yon[201], tous deux bouchers, ledit Caboche cappitaine du pont de Charenton, ledit de Saint-Yon cappitaine de Sainct-Cloud. Iceulx estoient en la presence, quant le propos fut octroié, qui leur sembla moult dure chose, et s'en vindrent tantost en l'ostel de la ville, et là assemblerent gens, et leur monstrerent comment la paix qui estoit traictée n'estoit point à l'onneur du roy, ne du duc de Bourgongne, ne au prouffit de la bonne ville ne des habitans, mais à l'onneur desdiz bandez, qui tant de foys avoient menty leur foy. Mais, jà pour ce, le menu commun qui ja estoit assemblé en la place de Greve, armez touz à leur povoir, qui moult desiroient la paix, ne vouldrent oncques recevoir leurs parolles, mais ilz commencerent touz à une voix à crier: «La paix! la paix! et qui ne la vieult, si se traie au lieu senestre, et qui la vieult se traie au costé dextre.» Lors se trairent tous au costé dextre, car nul n'osa contredire à tel peuple.
[193] Pareille démarche fut faite le même jour par le premier
président du Parlement. Le lendemain le Parlement, la Chambre des
comptes et le chapitre de Notre-Dame se joignirent à l'Université
et furent reçus à dix heures du matin, dans la grande cour de
l'hôtel Saint-Paul, où un maître en théologie, Ursin de
Tarevande, porta la parole au nom de l'Université et conclut en
faveur de la paix.
[194] Ms. de Paris: tranchées.
[195] Le mot «duc» manque dans le ms. de Rome.
[196] Robert de Boissay, chambellan du roi; l'un de ses fils,
Jean de Boissay, maître des requêtes de l'hôtel (Religieux de
Saint-Denis, t. V, 21, 45), était aussi, depuis 1408, chanoine de
Notre-Dame (Arch. nat., LL 213, fol. 88). Un fils de Robert de
Boissay est indiqué comme chambellan du dauphin, le 22 fév. 1413
(Ibid., X{1a} 1479, fol. 49).
[197] Antoine des Essarts, écuyer, valet tranchant, garde de
l'épargne et de la librairie du roi, est du nombre des officiers
visés dans les remontrances que l'Université adressa au roi, en
1412, au sujet de la dilapidation des deniers royaux, et sa
gestion fut qualifiée de «povre gouvernement» (Monstrelet, t. II,
p. 315). Il fut véhémentement soupçonné par le duc d'Orléans
d'avoir trempé dans la mort de son père (Arch. nat., X{1a} 1479,
fol. 161 vº). Le 20 novembre 1411, Antoine des Essarts remplaça
Thibaud du Méseray en qualité de concierge du Palais et conserva
ce poste un peu plus d'une année. Arrêté en même temps que son
frère le prévôt, il échappa à la mort grâce à ses amis; c'est
alors qu'il fit ériger dans l'église Notre-Dame de Paris la
statue de saint Christophe (Chronique des Cordeliers, p. 216). Il
avait épousé la fille de Jean Noble, «espicier et varlet de
chambre du roi» (Arch. nat., KK 31-32, fol. 59).
[198] Jean de Troyes, chirurgien juré du roi dès l'année 1397,
fut alors mêlé à une affaire criminelle où il était partie
plaignante pour «bateures et navreures» que lui avait faites sur
le grand pont un individu armé (Arch. nat., X{2a} 12, fol. 20);
il figure en 1412 parmi les juges établis contre les Armagnacs
(Ibid., X{1a} 1479, fol. 212 vº) et devint ensuite échevin. On
sait le rôle actif qu'il joua dans les événements de l'année
1413, principalement comme orateur des factieux. Frappé, après
l'échec de son parti, par une sentence de bannissement (Douët
d'Arcq, Choix de pièces inédites, t. I, p. 367), il se réfugia
en Flandre, auprès du duc de Bourgogne, et ne revint à Paris
qu'en 1418, à la suite des Bourguignons; réintégré dans
l'échevinage, il prêta serment à Jean Sans-Peur, le 25 août 1418,
et fut nommé, avec Jacques de Rouen, «commissaire sur le fait de
la réformacion.» (Arch. nat., X{1a} 1480, fol. 156.) Il mourut
avant la fin de 1424, comme le montre un procès relatif à la
succession de sa femme Jeanne, morte en 1421 (Ibid., X{1a}
1480, fº 302 vº; X{1a} 4793, fº 393; X{1a} 4794, fº 15 vº). Le
fougueux chirurgien laissa sept fils et sept filles. L'un de ses
fils, Digne, devint notaire au Châtelet; le plus connu est Henri
de Troyes, qui exerça la même profession que son père. Il paraît
en 1425 comme chirurgien juré du Châtelet dans un procès intenté
par les chirurgiens de Paris à la corporation des barbiers (Arch.
nat., X{1a} 64, fol. 164). Quant aux filles de Jean de Troyes,
Jeanne épousa successivement Guillaume Lommoy, procureur du roi
au Châtelet, et Nicolas Chaon; Jacquette fut mariée à Nicolas
l'Estoffé, qui prêta serment au duc de Bourgogne, le 26 août
1418; Jeannette fut femme de Colinet de Neuville, qui, bien que
banni en 1413, devint plus tard receveur des aides et échevin;
enfin, Philippote convola avec un chevalier de renom, Morelet de
Bethencourt (Arch. nat., X{1a} 64, fol. 65 vº).
[199] Thomas le Gouays, ou plutôt le Gois, boucher de la
boucherie Sainte-Geneviève, avait trois fils: Guillemin ou Guiot,
Guillaume et Jean. GUILLEMIN ou GUIOT le Gois participa à
l'incendie du château de Bicêtre et fut tué à la fin de l'année
1411 en combattant avec le comte de la Marche les garnisons
orléanaises du Puiset et de Janville; son corps fut enterré à
Sainte-Geneviève de Paris (Juvénal des Ursins, p. 473). GUILLAUME
le Gois, dit le Jeune, eut l'entreprise de la «boucherie et
poullailerie de madame de Brabant,» comme on le voit par le
procès qu'il intenta à son associé, en 1411 (Arch. nat., X{1a}
4789, fº 88 rº); la même année le roi lui fit don de tous les
biens de Guillaume de Calleville, son chambellan rebelle (Arch.
nat., JJ 168, fol. 71 vº). Banni le 12 décembre 1413, il se
retira en Artois, auprès du duc de Bourgogne (Chronique des
Cordeliers, p. 219). A partir de ce moment, Guillaume mena une
existence assez accidentée: en 1419, il fut fait prisonnier au
château de Chilly et conduit à Montlhery par les Armagnacs
(Ibid., JJ 171, fol. 61 vº; X{1a} 4792, fol. 168). Sa détention
ne fut pas de longue durée; en août 1420, il plaidait avec la
dame de Chevreuse au sujet de l'administration de la terre de
Montrouge (Ibid., X{1a} 4792, fol. 239 vº). Il mourut de 1421 à
1423 et sa veuve se remaria avec Pierre l'Escuier. La maison à
trois pignons qu'il possédait dans la rue de la Boucherie, au
mont Sainte-Geneviève, resta entre les mains de sa femme (Arch.
nat., X{1a} 1480, fº 377 vº; X{1a} 4796, fº 86, 102 vº, 294;
X{1a} 4797, fº 120). JEAN le Gois, qui attacha son nom au néfaste
traité de Troyes (Cousinot, p. 178), passa par les mêmes
vicissitudes que son frère; un instant concierge du château du
bois de Vincennes, il sut réparer les disgrâces du sort par son
dévouement à la cause anglaise qui récompensa largement ses
services et lui confia, dès l'année 1419, les importantes
fonctions de gouverneur général des finances. (Cf. Longnon,
Paris pendant la domination anglaise, p. 39 et 70.)
[200] Simonnet le Coutellier, dit Caboche, écorcheur de la grande
boucherie, le même, selon toute apparence, que Simon Caboche,
dont l'oncle Jean Caboche, religieux de Cîteaux, avait ouvert en
1412, sans l'autorisation du chapitre de N.-D., une école dans la
paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois (Arch. nat., LL 214, fol.
41, 43). Il se réfugia en Flandre et son expulsion fut promise
par le duc de Bourgogne au roi de France (Religieux de
Saint-Denis, t. V, p. 385). On le revit à Paris lors des
sanglantes journées d'août 1418 (Juvénal des Ursins, p. 543).
[201] Il faut lire ici «Chaumont,» car il s'agit non de Denis de
Saint-Yon, mort en 1412, mais de Denisot de Chaumont, écorcheur
en la grande boucherie, et non pelletier, comme le veut
Saint-Remy (t. I, p. 75). Investi de la garde du pont de
Saint-Cloud, Denisot eut aussi mission de lever, avec plusieurs
de ses pareils, un emprunt forcé sur la bourgeoisie de Paris
(Religieux de Saint-Denis, t. V, 63); il fut banni le 12 décembre
1413 (Douët d'Arcq, Choix de pièces inédites, t. I, p. 367),
quitta la capitale en même temps que Caboche, les Gois et les
Saint-Yon (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257) et revint en 1418,
témoin le serment qu'il prêta le 25 août à Jean Sans-Peur.
- Cependent le duc de Guienne et le duc de Berry ce misdrent au chemin pour venir en Greve; mais, quant ilz furent devant l'ostel d'Anjou[202], on ne les osa oncques laisser entrer en Greve pour paour que aucune mocion de peuple ne se feist, et s'en allerent au Louvre, et en osterent le duc de Bar et le duc de Baviere à trompettes, et à aussi grant honneur furent admenez, comme s'ilz venissent de faire le plus bel fait c'om puist faire en ce monde de sarazinesmie ou d'autre part. Et en venant querre les prinsonniers dessusdiz, c'est assavoir, le duc de Baviere, le duc de Bar et autres qui estoient au Louvre, ilz encontrerent le duc de Bourgongne qui s'en alloit à Sainct-Paoul et de ce ne savoit riens. Si fut moult esbahy quant on lui dist la chose; toutesvoyes il dissimula celle foys, et alla avecques eulx au Louvre, regardant faire l'exploit devantdit. Après ce fait ilz revindrent au Palays et crioit-on: «Nouel!» partout où ilz passoient. Audit Palays estoit le sire de Boyssay, deux de ses enfans (et) Anthoine des Essars, qui furent tous delivrez plainement, qui que le voulsist veoir, fust tort ou droit. Et tantost le duc de Guienne, qui ouvroit à voulenté, habandonna le corps et les biens de tous ceulx qui savoit bien qui avoient causé de les emprinsonner. Pour lors estoit concierge du Palays[203] maistre Jehan de Troyes devant nommé, et là demouroit; mais après l'abandonnement, en mains de heure que on ne seroit allé de Sainct-Nicolas à Sainct-Laurens, l'ostel dudit de Troyes fut tout pillié et desnué de tous biens, ses serviteurs prins, menez en diverses prinsons. Le bonhomme soy sauva le mieulx qu'il pot, et tous les autres par tel party, c'est assavoir, les Gouais, les enffens dudit de Troyes, les enfans Sainct-Yon[204] et Caboche, et plusieurs autres, qui la bonne ville s'estoient avancez de garder à leur povoir; mais fortune leur fut si perverse à celle heure que, se ilz eussent esté trouvez, fut des gentilz ou du commun[205], ilz eussent esté tous despeciez, et si ne savoit on pourquoy, fors que on disoit qu'ilz estoient trop couvoiteux. Or voy on com peu de fiance partout, car le jour de devant ilz eussent peu, s'ilz eussent voulu, faire assembler la ville de Paris en une place. Ainsi leur advint par fureur de prince, par murmure de peuple, et furent tous leurs biens mis en la main du roy; ainsi fust.
[202] L'hôtel d'Anjou, situé dans la rue de la Tixeranderie,
occupait tout l'espace compris entre cette rue, la rue du Coq, la
rue de la Verrerie et celle des Coquilles; en 1421, il fut
délivré à Laurent des Bordes par les commissaires des
confiscations (Sauval, t. III, p. 289).
[203] L'office de concierge du Palais était fort ambitionné à
cause des avantages considérables qui y étaient attachés:
indépendamment du logement, des profits des étaux, des jardins et
de 400 livres de gages, le concierge du Palais prélevait chaque
année sur les merciers, sous forme d'étrennes, la somme de 25
écus d'or et une bourse brodée (Sauval, t. III, p. 275). Les
prédécesseurs de Jean de Troyes furent Thibaud du Méseray, qui
occupa le poste en question de 1402 à 1411 (Arch. nat., X{1a}
1478, fol. 55 rº); Antoine des Essarts, reçu le 20 novembre 1411
à l'emploi vacant par suite de la résignation de Thibaud du
Méseray (Ibid. X{1a} 1479, fol. 150). Ce fut vers le mois de
mars de l'année 1413 que Jean de Troyes remplaça A. des Essarts
(Ibid., X{1a} 4789, fº 410 rº), qui rentra en fonctions cinq
mois plus tard; en 1416, deux prétendants à ce poste, Jean
Jouvenel et David de Brimeu, plaidaient devant le Parlement,
Jouvenel affirmant que ledit office lui avait été donné le 4 août
1413, tandis que la reine Isabeau réclamait de son côté la
conciergerie que le roi lui avait cédée le 25 février 1413
(Ibid., X{1a} 4791, fº 22, 25). Un arrêt du 22 janvier 1417 fit
rentrer la conciergerie du Palais dans le domaine royal et décida
qu'à l'avenir elle serait confiée à «aucune bonne personne» aux
gages anciens de 3 sous par jour et d'un muid de blé par an
(Ibid., X{1a} 1480, fol. 79).
[204] Jean, Garnier et Robert de Saint-Yon, bouchers de la grande
boucherie de Paris. On trouvera plus loin, sous l'année 1436, une
note spéciale à Jean de Saint-Yon. Quant à Garnier (ou Garnot) de
Saint-Yon, l'un des meneurs les plus actifs de la conspiration de
1413, on le voit déjà, en décembre 1408, emprisonné à la
Conciergerie, se faire réclamer comme clerc non marié par
l'évêque de Paris (Arch. nat., X{1a} 4788, fol. 283, 288). Ce fut
lui, et non Jean, comme tendrait à le faire croire Juvénal des
Ursins, qui devint échevin après la mort de Denis de Saint-Yon.
Adjoint aux commissaires chargés d'instruire le procès des
prisonniers armagnacs, il fut banni le 12 décembre 1413 et se
retira avec son frère Jean auprès du duc de Bourgogne (Chronique
des Cordeliers, p. 219). Il rentra après le triomphe des
Bourguignons et prêta serment à Jean Sans-Peur, le 24 août 1418;
en 1419 il devint garde de la librairie royale du Louvre. Pendant
les dernières années de l'occupation anglaise, Garnier, alors
l'un des élus sur le fait des aides (Ibid., Z{1a} 10, fol. 8
vº), assista, avec son frère Jean, aux assemblées où furent
concertées les mesures que réclamait la sécurité de la capitale
(Ibid., X{1a} 1481, fol. 112 vº). Après la reddition de Paris à
Charles VII, il fut expulsé par le connétable de Richemont; mais,
bientôt rappelé, il fut admis, avec Jacques de Saint-Yon, à
prêter serment de fidélité au roi, sans être tenu à fournir
caution ni à se renfermer en son hôtel (Ibid., X{1a} 1482, fol.
4 vº).--Robert ou Robin de Saint-Yon, marchand boucher et
monnoyer du serment de France, paraît s'être adonné exclusivement
aux affaires de son commerce, fort étendu d'ailleurs, et c'est à
ce seul point de vue qu'il se trouve mentionné à diverses
reprises: en 1414, dans le registre de la prévôté de Paris, pour
contestation relative à l'achat de bœufs; en 1420, plaidant avec
les fermiers du poisson, aux Halles (Ibid., X{1a} 4792, fol.
252 rº); il s'occupait aussi du commerce des vins (Ibid., X{1a}
64, fol. 70) et reçut sa part des biens confisqués (Longnon,
Paris pendant la domination anglaise, p. 68).
[205] Ms. de Paris: «trouvez par des gens du commun.»
- Advint après, que le duc de Guienne et les autres vindrent à Sainct-Paoul, et changerent, ce propre jour de vendredi, le prevost de Paris, qui estoit allé en Picardie pour le roy, [et] estoit nommé le Borgne de la Heuse, et la baillerent à ung des serviteurs au duc d'Orleans mort, qui estoit breton, et estoit nommé Tanneguy du Chastel[206]. Ilz changerent deux des eschevins[207] et misdrent deux autres, c'est assavoir, Perrin Oger[208], changeur, Guillaume Cirasse[209], charpentier, qui avoient renommée d'estre de la bande; ilz laisserent Andry d'Espernon prevost des marchans, pour sa tres bonne renommée.
[206] D'après Juvénal des Ursins (p. 489), le gouvernement de la
prévôté de Paris fut alors confié à messire Tanneguy du Chatel et
à messire Bertrand de Montauban, «deux vaillans chevaliers.»
[207] Trois des échevins appartenant à la faction cabochienne,
Jean de Troyes, Garnier de Saint-Yon et Robert du Belloy furent
remplacés le 17 août 1413 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1 vº) par
Pierre Auger, Guillaume Cirasse et Jean Marcel; un seul membre de
l'ancien échevinage conserva ses fonctions jusqu'au mois
d'octobre 1415 (Ibid., X{1a} 4792, fol. 233; KK 495{3} fol.
48).
[208] Pierre Oger ou Auger, notable bourgeois de Paris, chargé,
en 1411, par le prévôt de Paris, de garder l'abbaye de
Saint-Denis, que Robinet Fretel, chevalier picard, n'avait pu
préserver du pillage, s'acquitta de cette mission avec succès et
garantit le monastère de tout dommage pendant trois semaines
(Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 567). Le poste d'échevin,
auquel il fut appelé lors de la réaction de 1413, fut la juste
récompense des services signalés qu'il rendit à la tête des
habitants du quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois (Cf. Juvénal
des Ursins, p. 488, Cousinot, Geste des nobles, p. 149). Le 28
janvier 1415, il fut mis en possession, par la prévôté de Paris,
d'une rente de 40 s. avec les arrérages sur une maison de la rue
des Arcis (Arch. nat., Y 5228, fol. 32 rº). Il mourut avant
l'année 1430, laissant une veuve, Catherine la Remonde (Ibid.,
X{1a} 4796, fol. 293; X{1a} 68, fol. 51 vº).
[209] Guillaume Cirasse était un charpentier huchier de Paris,
fort habile en son métier, si l'on en juge par les travaux dont
l'exécution lui fut confiée. En 1404, il fit les armoires du
greffe en la Tournelle du Parlement (Arch. nat., X{1a} 1478, fol.
299 rº). En 1413, il travailla pour le duc de Berry et lui
fournit entre autres «parties de son mestier» une couchette
garnie de marches destinée à la chambre qu'occupait ce prince à
l'hôtel de Giac (Ibid., KK 250, fol. 75 vº). On connaît par
Juvénal des Ursins (p. 487, 488) le rôle considérable joué par
Cirasse, alors quartenier de la porte Baudoyer et du cimetière
Saint-Jean, lors des troubles de l'année 1413, et la réponse
énergique qu'il fit aux bouchers dans l'assemblée tumultueuse du
2 août. Appelé au poste d'échevin, il se rendit, le lundi 7 août,
au Parlement en compagnie de Jean Jouvenel, avocat du roi, et de
J. le Bugle, procureur de la ville de Paris, et invita la Cour à
suspendre ses plaidoiries «afin d'obvier à plusieurs entreprises
et empeschemens que plusieurs pertourbleurs de la paix se
pourroient efforcer de faire» (Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 257).
Dans l'exercice de ses fonctions d'échevin, Guillaume Cirasse fut
à même de rendre service à plus d'un haut personnage, témoin la
gratification de cent écus d'or que lui alloua le duc de Berry,
le 4 janvier 1414, en considération «des bons et agreables
services et plaisirs qu'il en avoit reçu» (Arch. nat, KK 250,
fol. 34). Nommé prévôt des marchands le 12 septembre 1417, il
assista en cette qualité à la séance tenue par le Parlement le 8
avril 1418, séance où le président Jean de Vailly exposa le
résultat des négociations ouvertes avec le duc de Bourgogne
(Ibid., X{1a} 1480, fol. 133 vº). Destitué par les
Bourguignons, il demeura étranger aux agitations de la politique.
Il possédait une «masure» rue Neuve-Saint-Merry, citée dans des
lettres de mai 1427 (Ibid., JJ 174, fol. 90), c'est le seul
immeuble que nous lui connaissions.
- Item, ilz firent les deux ducz devantdiz, de Baviere et de Bar, cappitaines, l'un de Sainct-Anthoine et l'autre du Louvre; et autres, de Sainct-Cloud, du pont de Charenton firent cappitaines, tous haynneux[210] du commun.
[210] Ms. de Paris: anciens.
- Item, le sabmedi ensuivant, fist cerchier autour de Paris pour trouver aucuns [des gouverneurs] devantdiz, mais nul n'en trouva; et ce jour fut [crié] que on meist[211] des lanternes par nuyt.
[211] Ms. de Paris: fut ce qu'on n'eust.
- Item, le dimenche ensuivant, vie jour d'aoust mil IIIIc XIII, fut criée la paix par tous les carrefours de Paris[212], et que nul ne se meslast de chose que les signeurs feissent, et que nul ne feist armée, si non par le commandement des quaterniers, et cinquanteniers ou diseniers.
[212] Suivant le Religieux de Saint-Denis (t. V, p. 136), la
publication de la paix conclue entre les princes eut lieu le 8
août; vers la même époque, Tanneguy du Châtel, assisté de
Remonnet de la Guerre, fit enlever et porter au Louvre, ainsi
qu'à la Bastille, toutes les chaînes des rues de Paris, ordonna
aux bourgeois de remettre leurs armes et défendit même le port de
«bastons invasibles et deffensables» (Saint-Remy, t. I, p. 154,
Monstrelet, t. II, p. 458, Chronique des Cordeliers, p. 220).
- Item, le mercredi ensuivant, fut fait sire Henry de Marle[213] chancelier de France, et fut [depposé] maistre Huystace de l'Estre[214] qui l'avoit esté environ deux moys, et l'avoit esté fait par les bouchers devant diz, et avoient depposé messire Ernault de Corbye[215], qui bien avoit maintenu l'office plus de trente ans.
[213] Henri le Corgne, dit de Marle, quatrième président du
Parlement le 29 janvier 1393, premier président le 22 mai 1403
(Arch. nat., X{1a} 1478, fº 112 vº), fut élu chancelier de France
au scrutin, le 8 août 1413, par 44 voix contre 26 données à Simon
de Nanterre, 6 à J. de Saulx, chancelier de Bourgogne, et 18 à
Arnaud de Corbie (Ibid., X{1a} 1479, fol. 257).
[214] Eustache de l'Aître, maître des requêtes de l'hôtel du roi
dès 1399, président en la Chambre des comptes en novembre 1410
(Arch. nat., X{1a} 1479, fol. 137), est cité parmi les juges
institués contre les Armagnacs (Ibid., fol. 212 vº); il occupa
le poste de chancelier, auquel l'avait appelé la faction
cabochienne, «par environ ung mois, et fut depoincté» le 3 ou 4
août 1413 (Ibid., fol. 257). Banni en vertu de sentence
prononcée au Châtelet le 14 mai 1414, il trouva un refuge auprès
du duc de Bourgogne (Chronique des Cordeliers, p. 219). En
décembre 1415, Jean Sans-Peur l'envoya en ambassade à Paris avec
Jean de Toulongeon; ces députés, logés à la Sirène, rue de la
Harpe, furent gardés à vue jusqu'au retour des ambassadeurs du
roi (Juvénal des Ursins, p. 527). Après la surprise de Paris et
le massacre des Armagnacs, Eustache de l'Aître recueillit la
succession de Henri de Marle, et, comme chancelier de France,
présida la réouverture du Parlement, le 25 juillet 1418 (Arch.
nat., X{1a} 1480, fol. 139); mais la mort surprit le nouveau
chancelier, le 14 juin 1420, au moment même où il venait
d'obtenir l'évêché de Beauvais. Voici en quels termes le greffier
Fauquembergue relate cet événement: «Mardi, XVIIIe jour de juin
(1420). Ce jour, vindrent nouvelles ou Palais de la mort et
trespas de maistre Eustache de l'Aître, chancelier de France,
esleu evesque de Beauvès, qui le venredi precedent estoit
trespassé epidimié ou dyocese de Sens, ou service et en la
compaignie du roy; et le jour precedent avoit esté dit et relaté
communement en Paris que l'election dudit de l'Aître avoit esté
confermée par le pape, qui lui a plus cousté que proufité.
_Utinam proficiat ad salutem anime, cui misericorditer parcat
Deus, justus judex misericors in sempiternum._» (Arch. nat, X{1a}
1480, fol. 217 vº.)
[215] Arnaud de Corbie, reçu premier président du Parlement le 2
janvier 1373, succéda, en 1388, à Pierre de Giac en qualité de
chancelier; il exerça donc ces fonctions pendant environ
vingt-cinq ans, comme en témoigne le greffier du Parlement,
d'après lequel le grand âge d'Arnaud de Corbie,--il avait alors
près de 88 ans,--empêcha seul sa réélection.
- Et fut cappitaine de Paris[216] le duc de Berry le vendredy ensuivant. Et ce jour revint le prevost, c'est assavoir le Borgne de la Heuse, et fut remis en sa prevosté, et l'autre, voulsist ou non, depposé. Et ainsi ouvroit fortune à la vollée en ce royaulme, [et] qu'il n'y avoit ne gentil, ne autre qui sceust quel [estat] estoit le meilleur: les grans s'entrehayoient[217], les moyens estoient grevés par sussides, les tres pouvres ne trouvoient où gaigner.
[216] Le duc de Berry remplaça, dans la charge de capitaine de
Paris, Hélion de Jacqueville, l'un des principaux meneurs de la
sédition cabochienne, lequel se trouvait à Montereau dans
l'attente des événements et se hâta de gagner les états du duc de
Bourgogne (Monstrelet, t. II, p. 399).
[217] Ms. de Paris: les grans seigneurs hayoient.
- Item, le XVIe jour d'aoust oudit an, furent murées la porte Sainct-Martin [et celle du Temple], et fist si chault que les raisins d'entour Paris estoient presque bons à vendenger[218] en icellui temps.
[218] Ms. de Paris: presque tous à vendenge.
-
Item, le XXIIIe jour dudit moys d'aoust, fut despendu le devantdit prevost et Jaques de la Riviere, et furent mis en terre benoiste par nuyt, et n'y avoit que deux torches, car on le fist tres celéement pour le commun, et furent mis aux Maturins.
-
Item, la IIIe[219] sepmaine d'aoust ou environ, furent commencez hucquez[220] par ceulx qui gouvernoient, où il avoit foison feulles d'argent, et en escript d'argent: «le droit chemin», et estoient de drap vyollet, et avant que la fin d'aoust fust, tant en avoit à Paris que sans nombre, et especialment ceulx de la bande, qui estoient revenus, à cens et à milliers la portoient. Et lors commencerent à gouverner, et misdrent en tel estat tous ceulx qui s'estoient meslez du gouvernement du roy et de la bonne ville de Paris, et qui y avoient mis tout le leur, que les ungs s'enfuyoient en Flandres, autres en l'Empire ou oultre mer, ne leur challoit où, mais se tenoient moult eureux quant ilz povoient eschapper comme truans, [ou comme] paiges, ou comme porteurs d'afeutreure[221], ou en autre maniere, quelle que ce fust, et nul si hardy d'oser parler contre eulx[222].
[219] Ms. de Paris: quatriesme.
[220] Ces casaques violettes, en étoffe de deux tons, avec une
grande croix blanche et la devise en question, richement garnie
de perles, furent inaugurées, le 31 août, à l'entrée des princes,
par les prévôt des marchands, échevins et bourgeois de Paris
(Cousinot, Geste des nobles, p. 150, Juvénal des Ursins, p.
490).
[221] «Porteurs d'asentienne,» leçon du ms. de Paris, ne présente
aucun sens, tandis que «porteurs d'afeutrure» s'explique
aisément; il s'agit de vendeurs d'objets de harnachement.
[222] Ms. de Paris: «Comme eulx.»
- Item, celle dicte sepmaine, s'en alla le duc de Bourgongne hors de Paris[223] et fist le mariaige de une de ses filles, comme on disoit, mais de ce n'en estoit.
[223] Jean Sans-Peur prolongea son séjour à Paris jusqu'au 22
août; suivant l'itinéraire publié par M. Gachard (_Archives de
Dijon_), il se trouvait le 23 à Pont-Sainte-Maxence, le 27 à
Douai et le 29 à Lille.
- Item, le vendredi XVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, fut osté le corps du faulx traistre Colinet de Pisieux du gibet, et ses iiii menbres des portes, qui devant avoit vendu le pont de Sainct-Cloud; et neantmoins [il] estoit mieulx digne d'estre [ars ou] baillé aux chiens que d'estre mis en terre benoiste, sauf la chrestienté[224], mais ainsi faisoient à leur voulenté les faulx bandez.
[224] Ms. de Paris: parenté.
- Item, le jour sainct Mathieu ensuivant, [fut] deffermée la porte Sainct-Martin qui avoit esté murée par commandement des bandez, et par eulx fut faicte desmurer, qui ainsi gouvernoient tout, ne nul n'en osoit parler. Et environ X ou XII jours [devant] fut desposé le prevost des marchans, c'est assavoir Andriet d'Espernon, et y fut remis Pierre Gencien[225], qui moult avoit esté contraire au menu commun, et s'en estoit fouy par ses faiz avecques les bandez, qui le remirent en son office, fut tort ou droit.
[225] Pierre Gentien, l'un des fils de Jean Gentien, receveur
général des aides sous Charles V, et de Jeanne la Gentienne dite
la Baillete, fut deux fois prévôt des marchands, la première du
20 janvier 1412 au 16 mars 1413, la seconde du 9 septembre 1413
au 10 octobre 1415 (Arch. nat., KK 1009, fol. 1), et remplit
pendant près de vingt années (1399-1418) les fonctions de général
maître des monnaies. Le bruit public l'accusa d'avoir altéré le
poids et le titre des espèces d'or et d'argent, de concert avec
Pierre des Essarts et Michel de Lailler; c'est ce qui ressort des
remontrances adressées au roi par l'Université en février 1412.
Mais cette imputation, dont la faction cabochienne se fit une
arme pour lui enlever une première fois la prévôté des marchands,
ne paraît point justifiée: en tout cas, le retrait de la prévôté
en 1415 n'eut point le caractère d'une disgrâce, car Pierre
Gentien conserva non seulement le poste de général des monnaies
jusqu'au 28 mai 1418 (Arch. nat., Z{1b} 2), mais encore fut nommé
trésorier de France (Ibid., X{1a} 4793, fol. 99).
-
Item, le XXVe jour de septembre mil IIIIc et XIII, demistrent le Borgne de la Heuse de la prevosté de Paris, et firent[226] prevost de Paris ung de leur bande nommé Andri Marchant[227]. En conclusion, il ne demoura [oncques] nul officier du roy que le duc de Bourgongne eust ordonné, qui ne fust osté ne depposé, sans leur faire aucun bien; et faisoient crier la paix aux sabmediz es halles, et tout le plat païs estoit plain de gens d'armes de par eulx. Et firent tant par placebo qu'ilz orent tous les greigneurs[228] bourgoiz de la ville de Paris de leur bande, qui par semblant avant avoient moult amé le duc de Bourgongne pour le temps qu'il estoit à Paris, mais ilz se tournerent[229] tellement contre lui qu'ilz eussent mis corps et chevance pour le destruire lui et les siens; ne personne, tant fust grant, n'osoit de lui parler que on le sceust, qu'il ne fust tantost prins et mis en diverses prinsons, ou mis à grant finance ou banny. Et mesmes les petiz enfans qui chantoient aucunes foiz une chançon[230] qu'on avoit faicte de lui; où on disoit: