La Chambre à brouillard
Partie 1
1
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Or il advint que, débutant dans le métier, voici plus de trente ans, le jeune Oleg pris en chasse par deux policiers se défaussa de son butin en le fourrant dans les bras d’un quidam croisé sur le trottoir.
Par réflexe, je dissimulai le sac de la vieille sous un pan de ma gabardine.
Blanc comme neige désormais, le fugitif plaqué au sol eut beau jeu de rouler les deux flics dans la poudreuse avant de me rejoindre à l’angle de la rue.
– Oleg a maintenant une dette envers toi, demande-lui ce que tu voudras, se présenta-t-il, parlant de lui à la troisième personne comme le font ceux qui n’avouent jamais mais n’hésitent pas à balancer.
Et nous cherchâmes un troquet où dilapider la retraite de Séraphine Duflot, quelques misérables billets qu’elle escomptait sans doute convertir en ronron pour son chat et qui furent plus miraculeusement changés en vin.
Il n’y a un dieu que pour les ivrognes.
– On a plus vite fait de rouler sous la table que sur l’or, plaisanta Oleg qui débutait aussi dans la carrière d’humoriste et recueillait déjà ses propres rires, c’était encourageant.
L’idée nous vint au cours de la soirée de reproduire de sang-froid ce scénario improvisé.
Oleg dépouillerait les grands-mères à l’arraché.
Je marcherais à contresens avec ma tête de premier communiant.
Et j’enfouirais les millions sous les plis de mon aube.
Amen.
Ce n’était pas très glorieux, d’ailleurs je ne m’en vante pas, mais j’avais à cette époque grandement besoin d’argent.
Mes parents, rats cupides, ne se saignaient que pour mes études, mon loyer et mes dépenses courantes.
Ils ne me donnaient rien pour vivre.
L’un arrache, l’autre planque.
Les plans les plus simples sont les plus efficaces.
Les bandits de cinéma s’introduisent dans les banques par les égouts sans froisser la tôle de leur hélico. Nous méprisions ces subtilités.
L’un arrache, l’autre planque.
La troisième glapit dans l’indifférence générale.
Notre petite entreprise florissait.
Mais le printemps aussi dans les jardinières municipales et je commençais à crever de chaud dans ma gabardine.
Aussi, le plus souvent, ne portais-je rien dessous, ce qui aurait sans doute pu exciter aussi la justice, lorsqu’enfin nous fûmes appréhendés, si mon avocat n’avait si rigoureusement démontré que les chefs de recel et d’exhibitionnisme s’annulaient par le fait.
Je fus relaxé.
Et l’on me restitua mon effet personnel.
Oleg, en revanche, chez lequel furent découverts trente-trois sacs à main, écopa d’un an de prison ferme, son avocat moins éloquent n’ayant su convaincre les juges que cette collection, dépourvue de tout caractère crapuleux, révélait le double traumatisme d’un garçon privé dès l’âge de vingt ans de l’affection de sa grand-mère paternelle (toujours en vie dix ans plus tard, d’ailleurs, mais qu’il ne visitait en effet jamais dans son hospice) et dont l’autre, prétendument maternelle, l’avait gavé durant toute son enfance de chaussons aux pommes et de sucres d’orge alors qu’il n’aimait que le pain sec et les torgnoles.
Oleg glissait sur une mauvaise pente.
La prison fut une chance pour lui. Il en profita pour reprendre ses études et combler ses lacunes.
Se perfectionna si bien en effet dans l’art du saucissonnage que, trois mois seulement après son incarcération, il ligotait deux gardiens avec les lambeaux de ses draps.
Progressa si bien dans l’art de l’escalade qu’il enjamba comme il eût fait de la clôture d’un verger les quatre murs d’enceinte du centre pénitentiaire.
S’améliora si bien dans l’art du vol de voiture que l’automobile sur laquelle il chut devint sienne aussitôt et démarra en trombe.
Maîtrisa si bien l’art de la cavale qu’il galope encore.
Enfin développa si bien ses talents dans tous les arts regroupés sous la formule générique et désespérément peu exhaustive pourtant des crimes et délits que la moitié de la ville fut bientôt sous sa coupe – l’autre moitié restant aux mains des affairistes dûment patentés – et qu’il peut se vanter d’être aujourd’hui le plus grand importateur de marchandises non visées par les douanes.
– J’ai tant de sang sur les mains que les stigmates de la sainteté ne tacheraient pas mieux mes manchettes, aime-t-il à dire.
Ses progrès dans l’art de la rigolade n’étant pas moindres que dans tous les autres, comme on voit.
Le moment me semble venu de lui demander d’acquitter sa dette.
Ce moment, pour être franc, je l’ai souvent cru arrivé déjà : cent fois, j’ai eu la tentation de lui rappeler sa promesse et de solliciter son intervention.
Liste incomplète des services et sévices auxquels je songeai afin de délivrer Oleg de sa dette.
– À la volée dans la terre meuble semer le jardinier qui coupa ras mon daphné odora, me privant pour trois années de ma plus grande volupté en ce monde voué à la putréfaction.
– Saboter les freins de l’automobiliste qui me traita de pignouf parce que je n’étais pas breton.
– Énucléer le propriétaire du clébard dont les aboiements ruinèrent ma villégiature antiboise et conséquemment les projets que je m’étais promis d’élaborer pour le monde en faisant la sieste sous le mimosa.
– Convaincre la jeune A. de reconsidérer plus lascivement sa position à mon égard.
– Faire avaler sa langue à ce bavard (fréquente occurrence).
– Adoucir sous mes pieds la pente du mont Turluron.
– Calmer les flots sous la coque du Sans-Peur.
– Écraser ce moustique ou cette mouche (fréquente occurrence).
– Émincer des amandes pour ma truite.
– Ôter ce passant du trottoir où nous n’allons de toute évidence pas pouvoir nous croiser sans heurt.
– Justifier ma condition d’épave dans la conflagration universelle.
À chaque fois, je me suis opportunément retenu.
Il eût été stupide de sacrifier pour si peu les profits que je pouvais escompter d’un serment aussi solennel.
Je me félicite aujourd’hui de mon abnégation.
Car j’ai besoin d’Oleg pour retrouver la trace du disparu. Seul, je ne le pourrai pas.
Quelquefois, il me semble pourtant sentir sa présence toute proche. Je me retourne vivement. Le feuillage tremble, en effet.
Je m’approche à petits pas.
Un merle s’essore et pique vers le ciel. Le calme revient dans le buisson.
La haie ne bouge pas plus qu’au passage de la reine.
L’arbre est l’inébranlable pilier sur lequel repose le ciel.
Toute la campagne se fige dans la routine de la saison.
C’est le nom inscrit sur la boîte aux lettres secrète d’Oleg dans le hall de ce vieil immeuble promis à la démolition, déjà vidé de la moitié de ses habitants. Les voisins de palier – que serait l’existence sans l’entraide et la solidarité, sans le souci que chacun a d’autrui ? – découvrent mutuellement leurs cadavres quelques mois ou quelques années seulement après leur trépas et alertent alors les services concernés qui les ensevelissent dans des linceuls à glissière et les évacuent en direction du crématorium.
Jamais ne s’éteint le feu sacré qui réchauffe les membres de la communauté humaine.
Souvent je me demande pourquoi tant de beaux esprits désespèrent de leurs frères.
Pourquoi ils se tournent vers Dieu.
N’est-ce pas Dieu, pourtant, le Grand Indifférent ?
N’est-ce pas lui qui découvre nos âmes mortes par hasard, bien longtemps après leur extinction dans la déréliction la plus complète et alors qu’il est beaucoup trop tard pour leur porter secours ?
Madame veuve Cloquet exista bel et bien.
Cloquet lui-même, prénommé Yves, évolua pour de bon dans un temps révolu, s’éprit de Marguerite, de dix-sept ans sa cadette, ça crée des liens, qui lui donna et se fit offrir une fille unique, Janine, laquelle se fait appeler Jeanne, il faut la comprendre, et céda à Oleg pour un bon prix – la vie sauve et pas un sou de moins – l’appartement de sa mère quand celle-ci à son tour trépassa.
En mémoire de Marguerite, afin que ne meure pas tout à fait l’esprit du lieu, pour lui garder une âme, Oleg, qui a rarement de telles délicatesses, adopta ce nom de veuve Cloquet pour sa correspondance criminelle et n’eut donc pas à changer collée sur la boîte aux
lettres.
L’appartement lui sert de pied-à-terre.
Il a tout laissé en l’état et fait siens les napperons de la vieille avec simplicité.
Il serait temps d’en finir avec les clichés relatifs aux garçonnières.
On y fait surtout du canevas et du tricot.
C’est ici aussi qu’Oleg se planque quand le harcèlement policier l’oblige à fuir ses plus somptueuses résidences.
Nul autre abri n’est aussi sûr pour lui.
Un mystérieux informateur le dénonça à la police quand il se cachait chez Crusoé.
Oleg fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.
Le Prix Nobel de la discipline.
La blague est de lui.
Toute créature vivante doit s’accommoder de sa condition de proie et organiser sa cavale en conséquence. Oleg est juste mieux informé de cette loi universelle que la plupart de ses semblables. C’est néanmoins sa seule ressemblance avec un suricate.
Arrêté à trois reprises, il n’a jamais passé plus de six mois en prison.
J’ai dit un mot de sa première évasion. Pour préparer la seconde, il s’offrit les services d’un avocat de sa taille et de sa corpulence qui se résigna aux quelques retouches chirurgicales nécessaires pour faire de lui son exact sosie.
Décollement des lobes d’oreilles.
Substitution de l’adjectif épaté à l’adjectif aquilin, concernant son appendice nasal.
Exorbitation plus flagrante et émerveillée de ses globes oculaires.
Renfoncement des pommettes.
Puis on se demande pourquoi il faudrait attendre des années ces rides et ridules dont une lame fine habilement maniée vous gratifie en quelques secondes.
L’opération fut réalisée sans anesthésie par deux hommes de poing d’Oleg dans un parking souterrain, après la tombée de la nuit.
Il n’était pas nécessaire d’y voir très clair.
Quand on dispose parmi ses intimes de portraitistes si remarquables, il serait bien sot de dilapider son or dans une clinique brésilienne, non ? s’enquit plus tard Oleg auprès de moi.
J’acquiesçai. Les questions d’Oleg n’appellent pas de réponses négatives.
On ne peut pas se tromper.
Donc, maître Montségur se présenta au parloir, échangea sa veste avec celle d’Oleg qui put quitter les lieux comme l’autre était venu, les mains dans les poches, une serviette sous le bras.
Le soir même, comme promis, la petite Aurélie Montségur retrouvait sa maman.
Sa description des ravisseurs resta vague (un roux frisé avec l’accent pakistanais, un moustachu affligé d’une cicatrice entre le nez et la lèvre), en sorte que le soir même, comme promis, un livreur lui rapporta sa poupée, laquelle demeurant muette à son tour – hormis un maman maman répété en boucle pour simuler un grave traumatisme – reçut quelques jours plus tard par la poste son ruban bleu et ses petits souliers, comme promis.
Des brutes si rustiques qu’elles n’avaient qu’une parole.
Sa troisième évasion fut la plus spectaculaire puisque Oleg, après avoir cousu cinq draps ensemble avec un fil de tégénaire et fixé cette toile à une panière à linge à l’aide de ficelles à rôti récupérées dans les poubelles du réfectoire, usa d’extincteurs modifiés comme moyen de propulsion et s’essora dans cet aérostat depuis la cour de la prison, sous l’œil ahuri des gardiens.
Et les applaudissements des détenus.
Selon une version légèrement différente de la même histoire, Oleg aurait plutôt pris en otage l’aumônier de la centrale en le menaçant avec le couvercle tranchant d’une boîte de cœurs de palmiers.
Il se fit ouvrir toutes les portes et prit la fuite avec la voiture du curé dont la clé était restée sur le contact et qui se trouva soudain pourvu des fonds nécessaires à l’installation dans l’église de son village natal d’un carillon jouant à chaque heure et à pleins tubes la guillerette mélodie des Cloches de Corneville, ce qui eut pour effet d’accélérer l’exode de la population et permit au saint homme d’acquérir pour une bouchée de pain guère plus étouffe-chrétien que n’importe quelle autre hostie les habitations désertées.
Et de créer en ces lieux la secte dont le projet lui était venu en même temps que sa vocation – à la puberté –, ouverte à toute personne dotée d’une foi candide.
D’un compte en banque bien garni.
Et d’une progéniture gracile non souillée encore par le péché de chair.
Mais, rassurons-nous, il n’entrait pas dans les intentions du bon père d’organiser un suicide collectif comme celui qui décima la secte des lecteurs de romans postmodernes, il y a dix ou vingt ans.
Ma bien chère Marguerite,
J’ai toqué sans succès à ton huis. Voudrais-tu me retrouver à 10 heures, lundi en 8, au Comptoir des colonies ? Nous prendrons le thé en devisant du vieux temps, qui ne fut pas si heureux puisque, alors que nous avions la jambe bien tournée, les jupes nous tombaient jusqu’aux pieds ?
Toto corde,
Ton Armande
C’est le code.
Je retrouverai donc Oleg comme indiqué, mardi à 23 heures aux Nuits de Chine et, pour le thé, il sera ambré et vieilli en fût de chêne.
Je compte sur sa meute de beagles pour lever mon lièvre, plutôt lapin en l’occurrence.
Les sbires d’Oleg, comme on le suppose, grouillent dans les bas-fonds, mais ces rats savent aussi brosser leur poil hirsute et arranger leur queue pelée en catogan pour évoluer avantageusement dans les hautes sphères.
La même trogne couturée qui grimace dans la ruelle se plisse de mille sourires pincés dans les raouts mondains et les salons en enfilade des ministères.
Pour obtenir le titre si convoité d’Ennemi public no 1, pontifie Oleg, il convient d’avoir des relations et des appuis dans la police.
Quand au son du cor s’ébranle une chasse à courre, il a toujours des hommes parmi les rabatteurs.
Une de mes filles a l’oreille du président, affirme encore Oleg qui sait donc aussi manier la métaphore, ou serait-ce une métonymie, avec toute la délicatesse de l’hypocrisie la plus doucereuse.
C’est parfait du moins jusqu’au rire qui souligne la belle figure de style d’un trait un peu épais.
En somme, tout mouvement suspect ou simplement inhabituel dans l’ordre des réalités parvient à sa connaissance.
Il doit savoir à tout moment où sont mobilisées les forces de sécurité afin de porter ses coups dans leur dos.
Quelquefois même à la base du crâne.
Dépourvu de ressources, privé des nutriments que je lui fournissais – chichement, certes, afin de le garder affûté et de ne pas dilapider mes avoirs –, mon sujet ne manquera pas de se signaler d’une manière ou d’une autre à la vigilance d’Oleg.
Inévitablement, il va causer des désordres.
Comportement déviant, socialement intolérable et potentiellement fauteur de troubles, je cite les conclusions de mon premier diagnostic.
Impossible cependant d’anticiper ses réactions. Va-t-il se terrer dans quelque cache en attendant que je me lasse ou tenter de s’arranger du monde en faisant profil bas ?
Mais comment passerait-il inaperçu ?
Il est si loin de ses bases, de son territoire, coupé de ses repères et de ses réflexes.
Je redoute plutôt des accès de rage et de violence.
De pernicieuses infiltrations.
Traqué, il se montrera dangereux.
Tout à la fois j’appréhende ces exactions, ces crimes, et je les espère.
Ainsi je retrouverai sa trace.
Ne suis-je pas son maître ? Que va-t-il trouver loin de moi ?
Sinon un destin funeste, précocement scellé par la mort ?
Moi seul, je connais ses besoins.
Je sais comment le saisir sans lui arracher une patte.
Sans y laisser l’auriculaire non plus.
J’imagine son errance en zigzag, son effroi d’être partout incongru, inintelligible, indéchiffrable. La panique qu’il partage avec tous les êtres qu’il croise et la violence qui s’ensuit inévitablement.
Combat de part et d’autre perdu d’avance.
Je suis sûr qu’il regrette son panier, sa balle.
Même le trouble et méphitique bouillon de culture dans lequel je le laissai mariner de longs jours, son âcreté certainement lui manque, son acidité, comme il se sentait vivre là-dedans.
Bourgeonner.
Croître dans des directions inconnues.
Expérimenter des états nouveaux, liquide, gazeux.
Pulvérulent !
Le voici réduit à lui-même, suffocant dans son œuf de pierre, ramené à ses médiocres desseins originels.
Or nous savons à quels fourvoiements ces desseins l’ont conduit.
Quel prix nous aussi nous avons payé en conséquence.
Avec moi, il allait faire mieux, il allait revoir ses ambitions à la hausse, il avait l’étendue du ciel au-dessus où se déployer, de bord à bord. Il allait prendre de l’envergure et enfin donner sa mesure.
Le voici tout rétracté dans un coin sombre, attaqué par le doute.
Il s’est caché sous une pierre. Il attend la mort dans la tombe.
Son goitre faseye à tous les souffles.
Sa tige ploie.
Son genou flanche.
Il a le groin en tire-bouchon.
Une barbe de mousse le mange tout entier.
Les regards glissent sur lui sans le comprendre, sans le voir peut-être.
Il se perd dans les ombres.
Il se cherche dans les brumes.
Le vent lui vole sa plainte.
Est-il trop tard déjà ?
.........................
Oh là ! Je ne tiens pas à jour mes registres, moi. Une semaine, deux peut-être, que je néglige ce journal.
Donc : Marguerite – on se comprend – fut fidèle à notre rendez-vous.
Le thé nous mit en joie.
Elle me promit son aide – et nous serions quittes, pas vrai ?
Sûr, je lui ai répondu. Tu retrouves le sujet, tu me le ramènes et j’efface l’ardoise.
Une poignée de mains là-dessus.
On choque les tasses.
On crache au sol.
Cochon qui s’en dédie, saigné et dépecé, rillettes et saucissons.
Entre vieux amis du milieu, cet engagement suffit.
Puis une copie du contrat fut déposée chez maître Fabien, huissier de justice.
Oleg a pris les choses en mains.
Je trompe l’attente en sifflotant.
Je me cuisine des œufs brouillés (colombe et faucon).
Je pêche dans la Briance l’écrevisse à la bouteille (il convient d’abord de vider celle-ci : je sais où).
Je relâche mes cerfs-volants.
Je me remets à la toupie (où en étais-je ?).
Je fais des réussites en me battant régulièrement aux échecs.
J’ôte la mie de ma tartine.
Je compte mes pas (souvent je me trompe et je dois revenir en arrière).
Afin de pimenter ma vie sexuelle, je varie les positions (en retournant mon magazine pornographique).
J’ai pris un bain.
Je vais au port regarder les bateaux.
Puis au parc pour cueillir un rameau de buis dont je ne me lasse pas de cloquer les petites feuilles vernies (il n’y a pour le pouce d’autre jouissance en ce monde).
J’entretiens aussi la douleur nerveuse, diffuse, qui parfois fuse dans mon genou gauche en pesant sur ma jambe pour la réveiller. C’est exister.
Pour la même raison, je retarde le plus possible le soulagement de la miction.
Il faut s’y résoudre pourtant et, en effet, il me semble que tout ce que je contenais se dissout dans le bouillonnement, tout mon être cède enfin, repris par la nécessité, emporté par le jet dru, très haut et très loin.
Se dessine dans l’air vide une trajectoire impérieuse.
Je sais donc encore faire preuve de décision et de rigueur, quand il le faut.
Ces forces pourraient être mieux employées, bien sûr.
Elles le seront dès que j’aurai remis la main sur lui.
Oleg et sa meute sont sur ses traces.
En attendant, nous allons reprendre calmement l’histoire depuis le début.
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