La Conspiration Des Milliardaires - Tome I

Gustave Le Rouge et Gustave Guitton · Chapitre 11 sur 23

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La Conspiration Des Milliardaires - Tome I

CHAPITRE XI De New York à Londres

CHAPITRE XI

 

 

De New York à Londres

 

Comme toutes les villes américaines, New York n’a pas d’histoire. À peine a-t-elle un siècle d’existence. Ce n’en est pas moins à présent, avec son million et demi d’habitants, une des premières capitales du monde, et en tout cas, la ville maritime la plus importante des États-Unis.

On y chercherait vainement ces vieux monuments, ces an-tiques églises qui, dans nos cités européennes, ont gardé le charme du passé. À New York, une maison centenaire est une curiosité. Tout y est neuf et construit à la hâte, mathématique-ment.

Les avenues, tracées au cordeau et portant des numéros en guise de noms, interminablement monotones, sont bordées de maisons de douze et quinze étages, d’immenses hôtels, de banques, de monuments sans style et sans élégance.

Une foule affairée, muette et renfrognée, se hâte vers ses occupations. Des hommes d’affaires, des inventeurs, des indus-triels, marchent à grandes enjambées pour économiser un peu de ce temps qui est de l’or.

Des bicyclettes, des tramways électriques, des motocycles sillonnent la ville en tous sens.

Par-ci, par-là, un jeune homme flâne en regardant les de-vantures des boutiques ; c’est sans doute quelque Européen.

 

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Bâti sur les eaux fangeuses de l’Hudson, le quai des transa-tlantiques bourdonne de l’animation des continuels départs.

Accessible au moyen d’un large plancher de bois garni de balustrades, le London attend, sous pression, le moment proche de lever l’ancre.

À bord, c’est un remue-ménage indescriptible, entremêlé d’appels, de coups de sonnettes. On se presse, on se bouscule. Les passagers, les colis, les malles, s’engouffrent dans le paque-bot. On embarque les derniers vivres frais. Des hommes font la chaîne et se passent de mains en mains des sacs cachetés de cire rouge. Y en a-t-il ! C’est la correspondance que, plusieurs fois par semaine, l’Amérique expédie en Europe.

Tout en surveillant l’embarquement de ses malles, Ned Hattison se promenait silencieusement. Il réfléchissait aux der-nières paroles de son père, après cette scène violente où il avait voulu le forcer d’épouser miss Aurora. Il s’estimait plutôt heu-reux que sa résistance lui eût suggéré l’idée de l’envoyer en Eu-rope. C’était satisfaire son plus intime désir.

Beaucoup moins fanatique et yankee que son père, le jeune ingénieur n’avait pas les mêmes illusions sur la véritable valeur de savants américains.

Son intelligence lucide et le jugement impartial qu’il portait sur chaque fait l’avaient amené à constater que, si ses compa-triotes excellaient dans l’art de perfectionner, de rendre pra-tiques les découvertes ; en revanche, toutes les nouvelles théo-ries, toutes les idées étaient dues aux savants européens.

Aussi, n’avait-il pas pour le Vieux Monde le mépris de son père. Il s’attendait à y rencontrer des hommes érudits, et s’en réjouissait.

 

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Plus encore que Londres, où il allait passer tout d’abord quelque temps, Paris l’attirait, non pour ses lieux de plaisir cé-lèbres dans le monde entier, mais pour les richesses de ses mu-sées, et la foule de savants et d’inventeurs qui se presse aux cours de ses facultés.

De plus, on parlait beaucoup depuis quelque temps, de la découverte d’une nouvelle torpille. Il pourrait, sur les lieux, re-cueillir de précieux renseignements.

La sirène du London se mit à rugir pour annoncer le dé-part. Ned Hattison gravit le plan incliné et gagna l’arrière du pont réservé aux passagers de première classe.

Il s’accouda au bastingage et regarda au loin les maisons aux toits rouges de la ville qu’il allait quitter.

Tout à coup, comme l’on commençait à enlever les passe-relles, il aperçut sur le quai Tom Punch, rouge, échevelé, se ruant vers le paquebot dans une galopade désespérée qui se-couait son gros ventre comme un paquet de gélatine.

Il était temps. À peine Tom Punch avait-il mis le pied à bord, que les échelles tombèrent. Les amarres furent larguées. On arbora le drapeau étoile de l’Union au mât de misaine. À la corne se déployait le pavillon britannique.

Sous l’impulsion de ses formidables machines actionnant non seulement ses hélices, mais aussi les pompes, les monte-charges et les dynamos produisant l’électricité, le London file rapidement. Bientôt les côtes plates de Long-Island s’effacent. La terre américaine n’est plus qu’une ligne grise à l’horizon.

 

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Encore tout en sueur et s’épongeant le front avec un grand mouchoir à carreaux, Tom Punch était venu retrouver Ned Hat-tison.

– Comment, s’écrie celui-ci ; mais qu’y a-t-il donc de nou-veau ? Est-ce que mon père aurait changé d’idée ?

– Non, non, il n’y a rien du tout, répond Tom. Nous allons toujours en Europe ; c’est moi qui ai demandé à vous accompa-gner. Je m’ennuyais à Chicago au point de ne plus prendre goût à rien. Je devenais l’ombre de moi-même.

– Ah ! ah ! fait l’ingénieur, amusé par la naïveté de ce gros homme. Et alors ?

– Alors, du service de M. Boltyn je passe au vôtre, si toute-fois vous n’y voyez pas d’inconvénient.

– Oh ! aucun, dit Ned en haussant les épaules d’un air in-différent.

– Comme cela, reprend le majordome d’un air entendu, je ne sors presque pas de la famille. M. Boltyn continue à me payer mes gages ; et je rentrerai à son service quand nous revien-drons, avec une provision de recettes culinaires européennes. Nous travaillerons chacun de notre côté.

– Oui, mon garçon. C’est cela.

Et le jeune homme éclata de rire.

Le ciel est beau, la mer tranquille. Une brise légère caresse le visage des passagers qui se promènent sur le pont.

Il y en a de tous les pays.

 

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Une famille anglaise, le père, la mère, trois filles et un grand jeune homme rasé, marchent silencieusement, les poches pleines de guides et l’appareil photographique en bandoulière, en se drapant dans leur laideur et leur respectabilité. – Des Ita-liens, maigres et bronzés, discourent avec de grands gestes. – Des Suédois aux yeux clairs et aux cheveux de filasse. – Des Yankees, enrichis dans le commerce des guanos ou de la marga-rine, et qui, le portefeuille gonflé de bank-notes, vont apprendre aux Européens comment l’on dépense les dollars.

Tom Punch les examine en les gratifiant de réflexions sau-grenues. Malgré ses préoccupations, Ned Hattison rit aux éclats.

Voici une jeune américaine aux yeux bleus, aux lèvres roses, qui s’en va faire toute seule son tour d’Europe.

De tous côtés on se présente, on lie connaissance, on s’arrange pour passer le plus agréablement possible le temps de la traversée.

La cloche du paquebot sonne pour annoncer le repas du soir. À part quelques voyageurs novices, victimes du mal de mer, tout le monde se retrouve dans la salle à manger.

Tom Punch a lié connaissance avec un gros Allemand qu’il stupéfie par la facilité avec laquelle il engouffre les pâtés et les rôtis.

Après le dîner, les uns retournent sur le pont fumer un ci-gare en humant la brise marine ; les autres, dans le salon, enta-ment des parties. Un jeune Français tient le piano. On chante, on organise de petits concerts.

Lorsque la mer est calme, cela va tout seul, mais souvent un coup de roulis inattendu éparpille magistralement les pions des joueurs de dames et d’échecs, et fait perdre l’équilibre au

 

– 162 – chanteur qui, les bras au ciel, en reste au moment le plus pathé-tique.

On rit, on rétablit ses positions. La soirée passe ainsi. Puis tout le monde regagne sa couchette.

– Allons, se disait Ned, en éteignant la lampe Edison de sa cabine, ce Tom Punch m’a l’air d’un brave garçon malgré ses mauvaises habitudes d’ivrognerie. Enfin, il faut prendre les hommes comme ils sont. C’est plus pratique que d’essayer de les changer.

Les journées au large sont monotones. S’il fait beau temps, on s’installe sur le pont avec des fauteuils de rotin ; on cause, on se raconte qui l’on est, où l’on va. Les heures passent devant la double perspective du ciel et de la mer. Les mouettes, les goé-lands voltigent sur la cime écumeuse des vagues. Le spectacle est si grandiose que les plus prosaïques des passagers s’oublient à le contempler.

Voici deux jours qu’on a quitté New York. Le temps change tout à coup. Une brume intense cache le soleil ; une pluie fine se met à tomber. L’air devient plus froid. On pénètre dans les brouillards de Terre-Neuve.

La sirène mugit de minute en minute. Sans se préoccuper des abordages possibles, le London s’enfonce, à toute vapeur, à travers ces murailles de brume grise et opaque qui empêchent de rien distinguer à vingt mètres de distance.

En haut d’un mât, un matelot est en vigie, chargé de signa-ler à grands cris le navire qu’il pourrait apercevoir. Hélas ! ces précautions sont souvent bien inutiles. Parfois, avant qu’on n’ait pu rien distinguer à travers ces brouillards que la lumière élec-trique elle-même ne réussit pas à percer, une coque surgit, comme une apparition, et l’abordage se produit. Lancés à des

 

– 163 – vitesses fantastiques, les navires pénètrent l’un dans l’autre, s’écrasent avec fracas. Quelques minutes après, la mer a tout recouvert de son linceul mouvant.

Au danger de ces rencontres, se joint celui des icebergs qu’on distingue à peine au loin, couronnés de neige, et voguant à la dérive.

Revêtus de manteaux imperméables, Ned et Tom Punch se promènent sur le pont déserté.

– Ces blocs de glace, explique l’ingénieur, ont parfois plu-sieurs kilomètres de long et s’enfoncent sous l’eau d’une hauteur au moins égale à cinq ou six fois celle qui émerge. Chaque an-née, ils se détachent des banquises du pôle, et après un voyage de plusieurs mois, viennent se fondre dans les eaux tempérées de ces parages.

– By God ! fait Tom, en regardant instinctivement le capi-taine qui, sur la dunette, surveille l’étroit horizon, quelle capilo-tade cela doit faire lorsqu’ils rencontrent un paquebot !

Le navire traverse maintenant une cohue de petits bâti-ments aux voiles déguenillées, de barques sordides montées par des marins en suroîts goudronnés. Ce sont les pêcheurs de mo-rues.

Allongés sur le bord de leurs coquilles de noix, ils jettent leur ligne, et la retirent sans cesse.

Dur métier que le leur. Normands, Bretons, Danois, Sué-dois ou Islandais, ils ont laissé leur patrie et leur famille pour affronter, pendant six mois, des dangers incessants et le rude climat de ces régions à la fois humides et glaciales.

 

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Combien partent qui ne reviendront jamais ! Ils saluent de leurs vivats le transatlantique, qui passe en déchirant l’air de son sifflet strident. Bientôt, ils ont disparu.

Le ciel se couvre de plus en plus, et devient presque noir. La mer roule des vagues gigantesques qui se précipitent à l’assaut du London, retombent en cascades mugissantes, et viennent par moments balayer le pont.

Tom Punch regagne précipitamment sa cabine.

– Voilà, se dit-il, un voyage qui commence bien mal. S’en aller comme cela, à l’aveuglette, traverser un brouillard épais comme une compote de suie… Pourvu qu’il n’arrive pas de ca-tastrophe !

Ned Hattison est resté seul à contempler le spectacle des éléments déchaînés. Il se cramponne à un paquet de cordages.

Le roulis augmente de plus en plus. Le paquebot se penche en craquant, puis se redresse sur la cime d’une montagne d’eau gigantesque, pour replonger de nouveau. La sirène fonctionne sans interruption ; on sent la trépidation des machines chauf-fées à haute pression.

Étouffé par le vent glacial qui passe en sifflant lugubrement dans la mâture, mouillé jusqu’aux os, malgré son manteau im-perméable, Ned dut se résigner, lui aussi, à quitter son poste d’observation.

Les parages que le bâtiment traversait à ce moment méri-tent bien le nom de « Trou du Diable », que lui ont donné les marins. C’est l’endroit où les courants qui descendent du pôle se brisent, se confondent avec ceux qui montent des tropiques. La mer y est constamment agitée.

 

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La salle à manger était déserte, tous les passagers s’étant fait servir dans leurs cabines.

Lorsque l’ingénieur y pénétra, seul, un personnage assez étrange pour que nous esquissions sa physionomie, commençait à prendre son repas.

Inscrit sous le nom d’Olivier Rolandson, il se donnait comme touriste anglais, et occupait la cabine voisine à celle de Ned.

Long, maigre, une figure osseuse et glabre, les yeux cachés derrière des lunettes fumées, il était toujours, quel que fût le temps, vêtu d’un complet à carreaux, et portait, suspendu à une courroie, un petit sac qui ne le quittait jamais. Les allures mys-térieuses, le silence qu’il observait toujours intriguaient le jeune homme. Plusieurs fois, alors qu’accoudé aux bastingages, il cau-sait avec Tom Punch, il l’avait aperçu, immobile, à quelques pas d’eux, et semblant regarder la mer avec attention.

Ne trouvant pas pour le moment d’autre explication, Ned le considérait comme un original.

Après un salut correct, le jeune ingénieur prit place à la même table que l’inconnu.

Retenus pas des cordes à violon, les plats et les bouteilles tremblaient à chaque coup de tangage. On entendait, au-dehors, la pluie tomber à grosses gouttes.

Tout en faisant honneur d’assez bon appétit aux plats que lui présentait un maître d’hôtel en habit, et que Tom Punch, retenu dans sa cabine par une indisposition, avait trouvés détes-tables, l’ingénieur sentait, derrière les lunettes fumées, le regard du mystérieux personnage fixé sur lui.

 

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« Mais, que peut-il bien avoir à me regarder avec cette per-sistance ? » se disait-il.

Il ne prolongea pas son repas, et regagna sa cabine en ré-fléchissant.

Les allures du pseudo-touriste ne lui disaient rien de bon. Il se promit de le surveiller et de se tenir sur ses gardes.

Le lendemain matin, le temps était complètement changé. À peine si quelque lambeau de brume flottait encore dans l’air transparent. Le soleil jetait de timides rayons, caressant de re-flets éclatants la crête des flots apaisés. Le London filait en se balançant mollement ; de nouveau les fauteuils de rotin firent leur apparition sur le pont.

L’Océan, d’un bleu verdâtre, étendait jusqu’à l’infini ses so-litudes majestueuses.

Parfois seulement un brick, un trois-mâts passaient à l’horizon. On naviguait en ce moment dans la région des grandes profondeurs, à cinq ou six mille mètres au-dessus des paysages sous-marins.

En se promenant parmi les groupes de passagers qui cau-sent, fument ou lisent à l’ombre d’une tente de toile, Ned Hatti-son pense à ses dernières expériences de Skytown, au prodi-gieux bateau-plongeur qu’il doit construire à son retour, d’après les plans de l’Aurora.

Il s’arrête, tire de son portefeuille un cahier couvert de cal-culs, et s’absorbe quelques instants.

Involontairement il se retourne.

 

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L’homme aux lunettes fumées est immobile à quelques pas de lui, et l’observe attentivement.

Un éclair de colère passe dans les yeux du jeune homme. Son premier mouvement est de se précipiter ; mais il se retient à temps.

« Non, se dit-il, soyons prudent. Il est inutile de faire un esclandre. »

Il remit tranquillement en place son portefeuille, et s’éloigna pour aller prévenir Tom Punch de ce qui se passait.

Celui-ci était en grande conférence avec le maître d’hôtel. Il faisait magistralement le procès de la cuisine du bord, et venait sans doute de lui enseigner une méthode à lui pour préparer le rosbif ou le plum-pudding, car il s’écriait à haute voix :

– Faites comme je vous dis, vous aurez quelque chose de mangeable, au lieu de votre cuisine de portefaix. C’est comme votre…

En voyant s’avancer vers lui son nouveau maître, il s’interrompit, abandonna le cuisinier, qui n’en fut sans doute pas fâché, pour aller au-devant de Ned Hattison.

– Écoute-moi, fit l’ingénieur ; il se passe ici quelque chose de singulier. Je crois que je puis avoir confiance en toi ; j’ai vou-lu te prévenir.

– Mais assurément ; si vous avez besoin de moi, vous savez que…

– Non, ce n’est pas cela. As-tu observé cet Anglais à lu-nettes qui porte un sac de voyage ?

 

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– Oui, oui, celui qui est toujours sur nos talons ? C’est un drôle de personnage.

– Ah ! tu as remarqué, toi aussi ? Bien. Je me méfie sérieu-sement de lui. Fais donc attention de ne laisser échapper au-cune parole relativement au but de notre voyage en Europe. C’est tout ce que je voulais te dire.

– Oh ! vous pouvez être tranquille, s’écria Tom Punch. Quand je le veux, je suis aussi muet que Joë, le nègre de votre père.

La journée se passa sans autres incidents. Le soleil se cou-cha dans une mer d’or liquide, illuminant de longs reflets san-glants les eaux calmes de l’Atlantique.

Quoi qu’il en fût de ses intentions, l’énigmatique passager avait paru comprendre la méfiance qu’il inspirait. Il ne se mon-tra plus qu’à de rares intervalles pendant le reste de la traversée.

Le temps continuait à être beau.

Un matin – il y avait neuf jours qu’on était au large –, Ned Hattison et Tom Punch venaient de monter sur le pont. Armé d’une lorgnette marine, l’ingénieur observait l’horizon.

– Ah ! s’écria-t-il tout à coup, j’aperçois la terre anglaise. Nous sommes bientôt arrivés.

– Ce n’est pas trop tôt, répondit le majordome. Pour ce qu’il y a de confortable sur ces bateaux anglais !

Et il faisait une moue significative, indiquant quelle piètre estime il avait pour ces steamboats, où l’on ne faisait même pas la cuisine à l’électricité.

 

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Quelques heures après, le London s’engageait dans la Ta-mise, à travers une forêt de mâts.

Des voiliers, des vapeurs à charbon, noirs comme des monstres infernaux, des péniches, des paquebots, des yachts de plaisance, montaient et descendaient avec de longs sifflements monotones.

La ville se rapprochait, avec sa coupole de fumée, ses mai-sons brunes et ses quais, où grouille une foule de manœuvres et de miséreux en quête de quelque travail ou d’un verre de gin.

La vieille tour de Londres se découpait à l’horizon.

Des docks immenses s’étendent le long du fleuve. Le tran-satlantique aborde le long d’un quai de bois, au milieu d’un nombre incalculable de bâtiments de toutes formes et de toutes les nationalités.

– Ouf ! fait Tom Punch, en se retrouvant avec Ned sur la terre ferme ; je commençais à m’ennuyer à bord ; et puis mes jambes s’engourdissaient singulièrement.

Les deux Yankees hèlent un cab et, laissant leurs bagages aux soins d’un commissionnaire, jettent une adresse au coach-man.

À peine se sont-ils mis en marche que, surgissant à son tour, l’homme aux lunettes fumées, le mystérieux passager du London, saute précipitamment dans une autre voiture et dit au cocher, en montrant le cab qui s’éloigne :

– Suivez-les à distance. Lorsqu’ils s’arrêteront, vous vous arrêterez aussi.

 

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Il baisse les vitres et se dissimule dans l’intérieur du véhi-cule.

C’est l’heure de la sortie des ateliers. Les rues sont encom-brées. Un véritable flot humain dévale le long des trottoirs et se hâte vers le home.

De place en place, de grandes boutiques ; des bars, où se presse, s’entasse une foule sans cesse renouvelée. Derrière des comptoirs d’étain, des garçons affairés servent les consomma-teurs qui boivent debout, d’un trait, et s’en vont.

Après quelques instants de course à travers les faubourgs tumultueux, aux rues étroites, aux maisons noires et délabrées, le cab de Ned Hattison déboucha dans une large avenue, dans le quartier de Piccadilly, et s’arrêta peu après devant un somp-tueux hôtel.

Ned et Tom Punch pénétrèrent dans un vestibule, décoré de glaces et de plantes vertes.

En même temps qu’eux, la seconde voiture s’était arrêtée. Au bout d’un moment, le personnage qui paraissait tant s’intéresser aux deux Américains, passa précautionneusement la tête par la portière et nota rapidement le numéro de l’hôtel.

Ceci fait, il donna une adresse au cocher.

Bob Weld, détective politique au service de l’Angleterre, se

faisait conduire au Foreign Office 6 pour y rendre compte de sa dernière mission en Amérique.

 

6 Ministère des Affaires étrangères.

 

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