La contrée osbcure

David Vann · Chapitre 2 sur 3

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La contrée osbcure

Note de L’auteur

 

 

MON grand-père, Royal Ivory Vann (1904-1991) était dentiste dans

une petite ville des États-Unis et n’a jamais évoqué ses origines

cherokees. Mais il soignait les Amérindiens de la région,

gratuitement ou par un système de troc, et il ne semblait chez lui

que dans notre ranch de Goat Mountain où nous allions chasser, et

où il dormait à même le sol. Il me construisait de petits moulins à

eau dans le ruisseau et m’a raconté un jour l’histoire d’un enfant

sauvage né dans les ots, créé par le sang des cerfs que nous vidions

là.

Bien plus tard, quand j’ai lu le mythe de la création cherokee qui

met en scène l’Enfant Sauvage et son frère, j’ai été frappé par

l’évidence. Tout ce que j’ai appris par la suite de mon héritage

cherokee s’est produit avec le même étonnement. Quelle surprise de

lire mon propre nom, David Vann (1800-1863), également celui du

Secrétaire de la Nation Cherokee à l’époque de la Piste des Larmes,

le déplacement forcé au cours duquel vingt-cinq pour cent du peuple

Cherokee perdit la vie. Quelle surprise encore de voir le même nom

que mon père, James Vann, celui d’un Cherokee né en 1766, le plus

riche que la tribu ait jamais connu, un homme terri ant qui nit

assassiné par ses semblables. Nous descendons tous de Wah Li Vann

(~1746-1837), mon aïeule dont il reste très peu de traces écrites.

Dans ce roman, je remonte le temps jusqu’au premier contact

entre les Cherokees et les conquistadors espagnols, cinq cents ans

plus tôt, sans doute parce que j’ai vécu à Tallahassee en Floride

lorsque j’étais professeur à FSU. C’est dans la région de Tallahassee

que les Apalachees opposèrent une résistance farouche à de Soto. Je

suis resté très dèle aux événements et aux détails historiques,

décrits dans l’ouvrage de Charles Hudson, Knights of Spain, Warriors

of the Sun : Hernando de Soto and the South’s Ancient Chieftains,

publié en 1997 et auquel je dois beaucoup. Mais j’ai aussi enjolivé le

récit et j’ai fait subir à de Soto une n qu’il mérite bien davantage.

J’aurais aimé que mon grand-père me raconte d’autres histoires.

Quand j’étais étudiant à Stanford à la n des années 1980, je passais

du temps au Native American Cultural Center, je suis allé au célèbre

Stanford Powwow et dans des huttes de sudation, mais l’héritage se

transmet de façon plus intime et personnelle, et il me manque tant

de récits comme celui de l’Enfant Sauvage. Après le suicide de mon

père, mon grand-père a plus ou moins cessé de parler à qui que ce

soit, et tout ce qu’il aurait encore pu transmettre a été

dé nitivement perdu.

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