La Dame en noir - Tome I
VII L’oncle et la Nièce
VII
L’ONCLE ET LA NIÈCE
À Longereau, petite ville entre Châtillon-sur-Seine et Semur, à peu près à une égale distance des deux sous-préfectures, Marie Sorel avait appris l’état de couturière. Elle était déjà une assez bonne et assez habile ouvrière, à quinze ans et demi, lorsqu’elle eut le malheur de perdre sa mère.
Sa tante et marraine, sœur cadette de Claudine Sorel, établie à Paris, vint assister aux obsèques de sa sœur, s’intéressa à l’orpheline et la décida, sans trop de peine, à la suivre à Paris.
La tante Marie Gallot était couturière ; ça se trouvait bien pour la jeune fille ; elle demeurait, rue Montorgueil, tout près des halles, et travaillait chez elle, à son compte.
Elle n’occupait que deux ouvrières, trois quand l’ouvrage pressait ; à trois ou à quatre, avec deux apprenties, c’était assez de mains pour contenter les clientes de Mme Gallot, qui n’avaient jamais à attendre trop longtemps une robe ou un manteau.
Marie Sorel, travaillant chez sa tante, était sûre de ne jamais manquer d’ouvrage.
Après avoir vu comment sa filleule travaillait, Mme Gallot lui avait dit :
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– Ma mignonne, tu n’es pas encore une fine ouvrière ; mais tu es intelligente, adroite, pleine de bonne volonté, cela viendra ; dans deux ans je n’aurai plus rien à t’apprendre. Pour le moment, tu gagneras trois francs par jour ; je te re-tiendrai deux francs pour ta nourriture, ton coucher, ton blanchissage et t’acheter les choses dont tu auras besoin. Le reste, tu le placeras à la fin de chaque mois à la caisse d’épargne. Ces petites sommes réunies viendront un jour grossir ta dot.
Mme Gallot n’était pas riche ; malgré tout le mal qu’elle se donnait, et Dieu sait si elle frimait, c’était avec beaucoup de peine qu’elle arrivait à joindre les deux bouts. Et cepen-dant, depuis douze ans qu’elle était mariée, elle avait beau-coup, beaucoup travaillé, et elle travaillait toujours rude-ment, mais peut-être pas avec la même ardeur. Quand on voit qu’on n’arrive à rien, que la position ne s’améliore pas, qu’on n’est pas plus avancé que le premier jour, le courage finit par s’émousser.
Néanmoins Mme Gallot se levait tôt, se couchait tard et passait souvent des nuits entières. Coûte que coûte, il fallait qu’elle fît honneur à ses affaires. Pour avoir du crédit, il faut payer régulièrement, aux dates fixées, les factures des four-nisseurs. Le crédit perdu, c’est le travail prêt à manquer.
Une maîtresse couturière est toujours obligée de faire à sa clientèle, en marchandises, des avances assez considé-rables. Or, il lui faut le crédit, si elle n’a pas dans la main l’argent pour acheter le fil, les boutons, les rubans, la passe-menterie, parfois les étoffes et mille autres choses.
Mme Gallot, en se mariant, était mal tombée, elle avait amené, comme on dit, un mauvais numéro. Joseph Gallot, ouvrier serrurier, faisait le lundi et le mardi, travaillait mal le
– 96 – mercredi, guère mieux le jeudi et le vendredi et commençait, dès le samedi, à fêter le dimanche. C’était un mange-tout. Joueur et ivrogne, coureur, libertin, il passait son temps dans les cabarets ou les maisons mal famées du quartier.
Il n’apportait jamais un sou dans le ménage ; loin de là, il prenait à sa malheureuse femme tout ce qu’elle cherchait à économiser. Quand elle lui refusait l’argent que souvent elle n’avait pas, il la battait comme plâtre.
C’était un misérable à qui la mort aurait dû depuis long-temps tordre le cou. Mais il semblait qu’aucune maladie ne pût l’atteindre ; il était solide comme un roc et avait une san-té de fer.
Cependant la présence de la jeune fille dans la maison le força à observer une certaine retenue. La jeunesse, la gentil-lesse, la beauté, la race, la distinction, la candeur de Marie lui imposaient. Sans le vouloir, sans rien faire pour cela, elle exerçait sur lui une sorte de domination.
Plus rarement Joseph Gallot rentrait ivre ; il allait moins au cabaret, travaillait un peu plus et ne passait plus des nuits en immonde compagnie : hommes véreux de toutes les caté-gories, femmes de mauvaise vie.
Les querelles, les scènes de violence entre la femme et le mari étaient moins fréquentes.
– Vraiment, se disait la femme, j’ai été bien inspirée lorsque je me suis décidée à amener ma filleule à Paris. Grâce à sa douce influence, elle a transformé Joseph, il de-vient meilleur, les choses vont de mieux en mieux.
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Gallot n’avait que quarante ans, la couturière pensait qu’il pouvait encore se corriger de ses défauts, de ses vices, qu’il n’était pas trop tard.
Ne peut-on pas, à tout âge, revenir à de meilleurs senti-ments ? C’étaient les mauvaises fréquentations qui l’avaient perdu. Du moment qu’il se retirait de ce milieu impur, de toute cette pourriture, il était sauvé.
Alors, en travaillant tous les deux, avec de l’ordre, de l’économie, on pourrait encore arriver à quelque chose, amasser une petite aisance pour les vieux jours.
Ils n’avaient pas d’enfant ; la petite resterait avec eux, ils la marieraient aussi convenablement que possible et, plus tard, elle serait leur héritière.
Mme Gallot ne craignait point de voir le serrurier se mettre en travers de ses combinaisons, car il semblait avoir pris la jeune fille en grande affection. En effet, bien qu’il ne lui parlât que rarement, il la traitait avec beaucoup de dou-ceur et même avec une sorte de déférence, ce qui contrastait avec sa rudesse habituelle.
Tout allait donc bien, aussi bien que possible dans ce ménage dont la paix avait été troublée pendant si longtemps.
Malheureusement on ne peut compter sur rien, et l’avenir a des imprévus qui mettent à néant les plus beaux projets.
Marie Sorel était depuis quinze mois à Paris et était de-venue, ce qu’avait voulu sa tante, une fine ouvrière. Aussi bien que la maîtresse couturière, elle savait prendre les me-sures, faire essayer une robe, un manteau et donner à un vê-
– 98 – tement l’élégance, la grâce, le chic, ce que veut avant tout la femme qui s’habille et sait s’habiller.
Elle était très aimée de la clientèle, à cause de sa grande douceur, de sa patience, et, très souvent, c’était elle que l’on demandait.
Un jour, par suite d’un refroidissement, Mme Gallot dut s’aliter. Une fluxion de poitrine se déclara et se compliqua bientôt d’une pneumonie aiguë. En vain les meilleurs soins furent donnés à la malade par le médecin appelé auprès d’elle en toute hâte et par la jeune fille qui passait les nuits à son chevet. Le septième jour, elle mourut.
Ce fut une grande douleur pour Marie Sorel, qui sentit se rouvrir les cruelles blessures faites à son cœur par la mort de son père et de sa mère.
Elle remarqua que Gallot prenait la chose très philoso-phiquement, c’est-à-dire qu’il n’était pas beaucoup désolé de la perte de sa femme.
Cependant, un instant avant l’enlèvement de la bière, il eut un mouvement que la jeune fille put prendre pour la ma-nifestation d’une douleur profonde.
Il la prit dans ses bras, et la tenant fiévreusement serrée contre sa poitrine, il s’écria :
– Ma chère petite, ma chère petite !
Marie avait senti sur son front les lèvres brûlantes du serrurier et surpris un regard étrange. Elle n’ajouta à cela au-cune importance et l’impression ne fut que passagère.
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Le lendemain de l’enterrement, les ouvrières et appren-ties ayant encore ce jour de congé, l’oncle et la nièce étaient seuls au logis.
– Marie, qu’allons-nous faire ? demanda Gallot.
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– Je ne sais pas, répondit-elle tristement, je ne suis rien ici.
– Vous n’êtes rien ici ! répliqua-t-il vivement, mais vous êtes tout ici, au contraire, tout. Je pense que vous ne songez pas à me quitter.
– Je n’en ai pas l’intention ; si je m’éloignais de vous, c’est que vous le voudriez.
– Mais je ne le veux pas ; loin de là. Marie, je vous de-mande de considérer la maison comme la vôtre.
– Je suis prête à suivre vos conseils, mon oncle, et à ac-cepter ce que vous déciderez.
– Eh bien, j’ai décidé qu’il n’y aurait rien de changé ici. Si je ne vous avais plus, ma chère Marie, je ne sais pas trop ce que je deviendrais, et si vous manquiez à la maison, il n’y aurait plus qu’à congédier les ouvrières et à fermer la porte aux clientes. J’ai pensé à bien des choses depuis trois jours, et je me suis dit que ce que j’avais de mieux à faire était de vous proposer une association.
– Je suis bien jeune, mon oncle, pour être placée à la tête d’une maison.
– Vous êtes jeune, c’est vrai, mais vous êtes capable ; vous savez diriger le travail, commander et vous faire obéir. Depuis quelque temps ne remplaciez-vous pas déjà ma femme ? Vous savez acheter, distinguer la qualité des étoffes, vous êtes au courant de toutes les modes ; vous avez acquis l’amitié des clientes et elles ont en vous, maintenant, la plus grande confiance. Votre tante avait le désir de vous voir lui succéder ; eh bien, je tiens compte de ce désir, en vous de-mandant, en vous priant de vous mettre à la tête de la mai-
– 101 – son. La clientèle a beaucoup augmenté, elle augmentera en-core et l’association que je vous offre sera très fructueuse. Vous prendrez, si vous voulez, les deux tiers, les trois quarts des bénéfices.
– Nous n’en sommes pas là encore, mon oncle ; dans tous les cas, je saurai me contenter d’une rémunération con-venable.
– Sur ce point, ma chère Marie, vous me permettrez de faire comme je l’entendrai. Nous verrons. Enfin, c’est dit, vous acceptez ?
– Je vous suis dévouée, mon oncle, comme je l’étais à ma tante ; vous pouvez compter sur ma bonne volonté.
– Marie, vous êtes un ange, la plus adorable jeune fille qui existe au monde ! s’écria-t-il avec une sorte d’enthousiasme, pendant que son regard ardent enveloppait la jeune fille.
Dirigée, conduite par Marie Sorel, la maison de couture entrait sérieusement dans une ère de prospérité. Les clientes se montraient satisfaites, et l’on s’apercevait peu du vide laissé par Mme Gallot.
La jeune fille avait quelques milliers de francs provenant de l’héritage de ses parents, elle les mit dans la maison. C’était cette avance de fonds, si nécessaire dans toute indus-trie, que Mme Gallot n’avait jamais pu faire.
Le serrurier était devenu causeur, sa langue s’était déliée comme par enchantement. Autant il avait été renfermé en lui-même, morose, taciturne, autant il était maintenant ex-pansif, jovial. Il aimait à causer avec Marie et le soir, après le départ des ouvrières, il lui tenait compagnie beaucoup plus
– 102 – longtemps qu’elle ne l’aurait voulu ; elle avait besoin de son repos ; à dix-sept ans on dort si bien et d’un si bon sommeil !
Il prenait avec elle des familiarités auxquelles elle n’attachait aucune importance, mais qu’une autre moins naïve et plus défiante aurait trouvées choquantes. Il la pre-nait dans ses bras, il l’embrassait et parfois, sans en avoir l’air, comme par mégarde, il se permettait des attouche-ments dont la jeune fille étonnée s’effarouchait, sans se sen-tir cependant trop effrayée. Sa pensée était trop éloignée du mal pour seulement le soupçonner.
Lui, saturé de luxure, mais sachant contenir ses désirs érotiques, tant il craignait que l’objet de ses convoitises bes-tiales ne lui échappât, poursuivait son œuvre lentement, mais avec autant de résolution audacieuse que de prudence.
Quand son œil hardi, étincelant de volupté, s’arrêtait sur la jeune fille et que, en même temps, son rictus de satyre ré-vélait sa sensualité, Marie lui trouvait un air singulier et se sentait intimidée, troublée ; du reste, il ne pouvait pas la re-garder sans la faire rougir, sans lui faire baisser les yeux. Pourquoi ? Elle n’aurait pas su le dire. C’était chez elle une impression indéfinissable, une crainte vague, un malaise étrange, peut-être quelque chose comme le sentiment de la pudeur offensée.
Donc, Joseph Gallot s’avançait avec la circonspection, la prudence du reptile, ayant soin de bien tâter le terrain avant de faire un nouveau pas en avant.
Mais il n’était pas homme à se consumer dans l’énervement d’une trop longue attente.
Il en vint bientôt à lui tenir des propos qui frisaient l’indécence, mais que, heureusement, elle ne comprenait
– 103 – pas, à lui parler avec des sous-entendus dont le sens lui échappait. Assurément, elle se serait indignée, irritée, révol-tée si elle avait deviné les intentions de son oncle et interpré-té ses paroles comme il le désirait.
Toutefois elle voyait bien que Gallot était inconvenant et n’avait pas pour elle le respect qu’on doit à la femme, surtout à la jeune fille.
Elle mettait cette crudité de paroles sur le compte de la mauvaise éducation, de la liberté de langage des gens d’atelier, hommes et femmes. Plus d’une fois, avec ses ou-vrières, n’avait-elle pas été obligée de couper court à des discours d’une légèreté révoltante ?
Peu de temps après le décès de sa tante, elle avait com-pris – une intuition de femme – que pour empêcher les gens du voisinage de jacasser, et dans l’intérêt de sa réputation, elle ne devait pas vivre seule avec son oncle. Elle décida qu’une des apprenties, jeune fille de quatorze ans, à laquelle elle s’était attachée, serait nourrie et logée dans la maison.
Gallot avait d’abord fait la grimace, mais voyant que Marie voulait cela absolument, il avait laissé faire.
L’appartement se composait de cinq pièces, non compris la cuisine : une petite salle à manger, un petit salon, la chambre à coucher de Gallot, celle de Marie ; l’autre pièce, autrefois un grand salon, était devenue l’atelier de couture.
La bonne couchait dans un cabinet au sixième, sous le toit.
On aurait pu, chaque soir, dresser le lit de l’apprentie dans l’atelier. C’était l’idée du serrurier, mais Marie ne la partagea point. Faire un lit le soir, le défaire le matin, serait
– 104 – un trop grand dérangement et une perte de temps ; sans compter les accidents qui pourraient arriver aux étoffes je-tées sur les tables, aux robes accrochées à des patères.
Elle fit mettre dans sa chambre le lit de l’apprentie.
Elle était loin de se douter, alors, qu’elle se mettait en garde contre de criminelles tentatives, et que c’était une gar-dienne qu’elle plaçait près d’elle.
Plus tard, quand elle commença à trouver étranges les manières de Gallot, elle prit l’habitude, chaque soir, en se retirant dans sa chambre de s’enfermer à deux tours de clef.
Il est bon de dire qu’un incident avait motivé cette me-sure.
Un soir, le serrurier était entré dans la chambre des jeunes filles au moment où, complètement déshabillées, elles se mettaient au lit. Sous le regard courroucé de sa nièce, il invoqua un prétexte futile ; mais, en réalité, il avait voulu sa-tisfaire une ignoble curiosité. Et il s’était retiré confus, mais ayant la rage au cœur, obéissant à un geste impérieux de Marie.
Deux mois se passèrent assez tranquillement, la nièce n’ayant pas trop à se plaindre de son oncle qui, depuis une quinzaine, se montrait plus réservé dans ses paroles.
Il s’était aperçu que les susceptibilités de la jeune fille s’éveillaient, qu’elle se tenait sur la défensive, et il s’efforçait de lui enlever sa défiance, tout en se préparant à commettre le monstrueux attentat qu’il méditait.
Un jour, à l’occasion de la fête de son père, la jeune ap-prentie obtint de Marie la permission d’aller voir ses parents et de dîner en famille. Elle partit à quatre heures de l’après-
– 105 – midi et devait rentrer au plus tard à neuf heures et demie. Ses parents demeuraient loin de la rue Montorgueil, en haut de Belleville. Marie lui avait donné de l’argent pour prendre l’omnibus et même, au besoin, un fiacre.
Mais Gallot avait vu la mère de l’apprentie et lui avait dit :
– Ma nièce et moi nous sommes invités à un bal donné par la corporation des serruriers ; nous irons à ce bal et y resterons jusqu’à une heure avancée de la nuit. Votre fille n’a pas besoin de rentrer ce soir, gardez-la à coucher et vous nous la renverrez demain dans la matinée.
La mère, enchantée de pouvoir garder sa fille, remercia Gallot, qui se frottait les mains et se disait :
– Tout va bien.
Attenant à la chambre de Marie, il y avait un cabinet noir qui servait en même temps de débarras et de garde-robe. Au fond, il existait une porte étroite condamnée depuis longtemps, laquelle s’ouvrait autrefois sur le couloir qui sé-parait la salle à manger du salon et conduisait à la cuisine. Cette porte condamnée était fermée par un verrou aussi rouillé que la serrure, qui n’avait plus de clef ; de plus, elle avait été clouée à l’intérieur et barricadée par un porte-manteau aux patères duquel Marie suspendait ses robes, ses jupons et autres effets d’habillement.
Dès la veille, en l’absence de sa nièce, qui s’était absen-tée pour divers achats, le serrurier avait arraché le verrou de la porte, enlevé les clous, fait jouer la serrure et disposé le porte-manteau de façon à pouvoir ouvrir du dehors, sans bruit, par une légère poussée seulement.
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À sept heures, le soir dont nous parlons, les ouvrières étant parties, Marie se mit à table avec son oncle. Le repas fut presque silencieux ; Gallot se plaignait d’un violent mal de tête, disant qu’il se coucherait de bonne heure.
Tout de suite après avoir mangé, Marie retourna à l’atelier, laissant dans la salle à manger son oncle, qui se préparait à allumer sa pipe.
La jeune fille avait une robe à achever, commande pres-sée, et elle allait travailler, en attendant l’apprentie.
À neuf heures, on sonna à la porte de l’appartement. La bonne alla ouvrir et vint bientôt trouver Marie pour lui re-mettre une dépêche.
Cette dépêche disait :
« Gardons Hélène – couchera chez nous. – Rentrera de bonne heure demain.
« Femme LAURET. »
Inutile de dire que cette dépêche, libellée par Gallot dans la journée, avait été remise par lui à un camarade qui devait la porter au bureau télégraphique de Belleville, à l’heure voulue.
Marie fut seulement un peu contrariée. Elle comprenait que les parents de l’apprentie, un jour de fête, aient voulu avoir plus longtemps leur enfant avec eux.
Peu après, Gallot parut à la porte de l’atelier.
– J’ai entendu sonner, dit-il, est-ce la petite qui vient de rentrer ?
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– Non, répondit Marie, c’est une dépêche de Mme Lauret que je viens de recevoir ; elle me prévient que sa fille ne ren-trera que demain matin.
– Ah ! fit le serrurier avec hypocrisie, il y a vraiment des gens qui en prennent à leur aise.
– On ne peut pas leur en vouloir, ni à Hélène, de se don-ner la joie d’être ensemble.
– Du moment que vous n’êtes pas mécontente de cela, je n’ai plus rien à dire. Bonsoir, Marie.
– Bonsoir, mon oncle.
Gallot se retira.
La jeune fille travailla encore une heure. La robe était achevée, prête à livrer à la cliente.
La bonne, ayant de son côté terminé son ouvrage, était montée à son sixième.
Marie sortit de l’atelier, traversa le petit salon, et, n’entendant aucun bruit dans la chambre de son oncle, elle se dit :
– Il dort.
Elle rentra chez elle, s’enferma comme d’habitude, se déshabilla, se mit au lit, souffla sa bougie et, un quart d’heure après, s’endormit d’un profond sommeil.
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