La petite femme de la mer

Camille Lemonnier · Chapitre 15 sur 23

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La petite femme de la mer

Chapitre VII

LA CHANSON DE LA QUENOUILLE

Filez, quenouille! Les fuseaux d’hiver—là-haut filent de la neige,—le moulin dans le vent file de la farine.—Mon cœur comme une araignée file la toile bise,—mon cœur file les lins de ma cornette de veuve.—Filez, filez, quenouille!

En Palestine, l’homme avec le roi est parti.—Ils ont emporté le soleil à leurs étendards.—Je suis comme un champ sous le givre,—l’hiver maintenant neige sur mes épaules.—Je suis comme un champ où parmi la neige—est restée enfoncée la charrue.—Filez, quenouille!

L’homme pendant les adieux—m’a dit: Ils ont cloué Notre Seigneur sur la croix!—Ils lui ont percé le flanc de leurs lances!—Alors les rameaux verdoyaient, la rosée—sur la lande brillait comme les pleurs de Notre Seigneur!—Les rameaux n’ont plus reverdi,—l’hiver filait de la neige.—J’ai filé toute seule dans l’âtre,—les lins de mon agonie. Filez, quenouille!

Quelle est cette femme?—La mienne avait des cheveux blonds—comme les froments mûrs.—Dites, savez-vous ce qu’elle est devenue?—L’homme est revenu et ne m’a pas reconnue,—portez-moi sur le lit et me couchez dans le suaire,—lequel j’ai tissé avec mes cheveux gris.

Filez, filez, quenouille!