La San-Felice, Tome 08, Emma Lyonna, tome 4
Notification
A Son Excellence sir John Acton.
Sur ces entrefaites, le cardinal, ayant envoyé son frère à bord du Foudroyant, ne fut pas peu étonné de recevoir un billet de lui qui lui annonçait que l'amiral l'envoyait à Palerme pour porter à la reine la nouvelle que Naples était rendu selon ses intentions.
La lettre qui portait cette nouvelle se terminait par cette phrase:
«J'envoie tout à la fois à Votre Majesté, un messager et un otage.»
Comme on le voit, la récompense du dévouement ne s'était pas fait attendre.
Maintenant, que venait faire le frère du cardinal à bord du Foudroyant?
Il venait y rapporter, avec refus de l'imprimer et de l'afficher, cette note de Nelson, à laquelle, dans la situation des choses et après les promesses faites, le cardinal n'avait rien compris.
Voici cette note ou plutôt cette notification:
NOTIFICATION
«A bord du Foudroyant, 29 juin 1799, au matin.
»Horace Nelson, amiral de la flotte britannique, dans la rade de Naples, donne avis à tous ceux qui ont servi, comme officiers dans l'armée, ou comme officiers dans les charges civiles, l'infâme soi-disant république napolitaine, que, s'ils se trouvent dans la ville de Naples, ils doivent, dans le terme de vingt-quatre heures, pour tout délai, se présenter aux commandants du Château-Neuf et du château de l'Oeuf, se fiant en tous points à la clémence de Sa Majesté Sicilienne; et, s'ils sont hors de la ville à la distance de cinq milles, ils doivent également se présenter auxdits commandants, seulement, à ceux-ci, il est accordé le terme de quarante-huit heures;--autrement, ils seront considérés comme rebelles et ennemis de Sa susdite Majesté Sicilienne.
»HORACE NELSON.»
Mais, si étonné que fût le cardinal du billet de son frère, qui lui annonçait que milord Nelson l'envoyait à Palerme sans lui demander si c'était son bon plaisir d'y aller, il le fut bien davantage eu recevant cette lettre des patriotes:
A l'éminentissime cardinal Ruffo, vicaire général du royaume de Naples.
«Toute cette partie de la garnison qui, aux termes des traités, a été embarquée pour faire voile vers Toulon, se trouve à cette heure dans la plus grande consternation. Dans sa bonne foi, elle attendait l'exécution du traité, quoique peut-être, dans sa précipitation à sortir du château, toutes les clauses de cette capitulation n'aient pas été strictement observées. Maintenant, voici deux jours que le temps est propice pour mettre à la voile, et les approvisionnements ne sont pas encore faits pour le voyage. En outre, hier, nous avons vu, avec une profonde douleur, enlever, des tartanes, vers sept heures du soir, les généraux Manthonnet, Massa et Bassetti,--les présidents de la commission exécutive, Ercole et d'Agnese,--celui de la commission législative, Dominique Cirillo,--et plusieurs autres de nos compagnons, parmi lesquels Emanuele Borgo et Piati. Tous ont été conduits sur le bâtiment de l'amiral Nelson, où ils ont été retenus toute la nuit, et, finalement, où ils se trouvent encore maintenant, c'est-à-dire à sept heures du matin.
»La garnison attend de votre loyauté l'explication de ce fait et l'accomplissement loyal du traité.
»ALBANESE.
«De la rade de Naples, 29 juin 1799, six heures du matin.»
Un quart d'heure après, le capitaine Baillie et le chevalier Micheroux étaient près du cardinal, et celui-ci expédiait Micheroux à Nelson, en l'invitant à lui expliquer sa conduite, à laquelle il avouait ne rien comprendre, et en le suppliant, si son intention était celle qu'il craignait de deviner, de ne point faire une pareille tache non-seulement à son nom, mais encore au drapeau anglais.
Nelson ne fit que rire de la réclamation du chevalier Micheroux en disant:
--De quoi le cardinal se plaint-il? J'ai promis de ne pas m'opposer à l'embarquement de la garnison: j'ai tenu parole, puisque la garnison est embarquée. Maintenant qu'elle l'est, je suis dégagé de ma parole et je puis faire ce que je veux.
Et, comme le chevalier Micheroux lui faisait observer que l'équivoque qu'il invoquait était indigne de lui, le sang lui monta au visage d'impatience, et il ajouta:
--D'ailleurs, j'agis selon ma conscience, et j'ai carte blanche du roi.
--Avez-vous les mêmes pouvoirs de Dieu? lui demanda Micheroux. J'en doute.
--Ceci n'est point votre affaire, répliqua Nelson; c'est moi qui agis, et je suis prêt à rendre compte de mes actions au roi et à Dieu. Allez.
Et il renvoya le messager au cardinal, sans prendre la peine de lui faire une autre réponse et de voiler sa mauvaise foi sous une excuse quelconque.
En vérité, la plume tombe des mains de tout honnête homme forcé, par la vérité, à écrire de pareilles choses.