La vérité sur le prétendu Silphion de la Cyrénaïque
Avant-Propos
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Depuis la publication de la première édition de cette brochure (janvier 1876), deux faits très-importants se sont produits :
Le premier, c’est l’acceptation par tous des conclusions que nous avons formulées quant à l’_espèce_ de la plante qu’on appelle d’un nom qui n’est pas le sien.
Le second, c’est la négation absolue de la valeur thérapeutique du Silphium cyrenaïcum par le Dr Chartier, de Valenciennes, dont on invoquait si souvent le témoignage.
Nos conclusions sont péremptoires ; elles affirment que le Silphium cyrenaïcum du Dr Laval n’a rien de commun avec le silphion des anciens, et qu’il est tout simplement le thapsia garganica. Personne ne les a combattues, pas même MM. Derode et Deffès, les Pharmaciens homœopathes qui vendent le Silphium ; nous sommes bien certains qu’ils ne parleront plus, ni de la résurrection du silphion des Grecs, ni de fraude coupable à l’adresse de ceux de leurs confrères qui ont toujours considéré comme une seule et même chose la plante cyrénéenne et le Thapsia garganica.
Quant à la valeur thérapeutique du produit, nous faisions à la page 24 de notre 1re édition, dans l’intérêt de la science et de l’humanité, un appel public au témoignage du médecin de Valenciennes qui l’expérimentait en 1874, dans son hôpital, à l’instigation et sous les yeux du Dr Laval. MM. Derode et Deffès ont répondu par l’insertion dans un journal, d’une lettre que le Dr Chartier aurait écrite il y a deux ans et demi, au père d’un jeune homme qu’on disait être phthisique, et dans laquelle il faisait l’éloge du Silphium cyrenaïcum.
Mais, de son côté, le Dr Chartier nous adressait directement, en réponse à notre appel, une lettre décisive dont nous considérons comme un devoir de reproduire textuellement les principaux passages :
« MONSIEUR,
Je lis, à la page 24 de la très-intéressante brochure que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, un appel à ma modeste opinion. Je m’empresse de vous répondre :
Je crois que c’est bien moi qu’on a voulu désigner en invoquant les règlements militaires pour expliquer mon silence. Si j’ai mis ma position militaire en avant pour me taire, c’est parce qu’il ne me convenait pas de voir mon nom prononcé dans ce que, dès le début, je considérais comme une affaire de commerce. Mais, ce n’était pas la seule raison : des observations hâtivement interprétées ne me paraissaient nullement convaincantes ; et je suis de l’avis de M. Gervais, professeur d’anatomie comparée au Muséum, lorsqu’il disait au docteur Laval : Quand vous aurez cent observations toutes concordantes, recueillez-en cent nouvelles, et puis encore cent autres. Alors vous pourrez dire : PEUT-ÊTRE !
Ce n’est point mon cas ; car, si une singulière coïncidence, produite certainement par la constitution médicale régnante, a paru améliorer les phthisies traitées par le Silphium au début de mes expériences, j’ai bientôt dû reconnaître que ce n’était qu’un leurre … … … . .
Si je me dépars aujourd’hui de la réserve dans laquelle je m’étais renfermé, c’est que je ne veux pas qu’on se serve de mon nom pour répandre dans le public un remède qui, j’en ai la conviction, n’en est pas un, pas plus dans la phthisie, où je l’ai essayé, que dans les contusions et les entorses, où il a constamment échoué sous mes yeux, entre les mains du Dr Laval.
Veuillez agréer…
Dr CHARTIER,
Médecin en chef de l’hôpital militaire de Valenciennes. »
Les lecteurs peuvent sans peine, maintenant, juger la question qui nous occupe, tant au point de vue botanique, qu’au point de vue thérapeutique. Ils ont toutes les pièces sous les yeux.
F. HERINCQ.
DU SILPHION DES ANCIENS ET DU SILPHIUM CYRENAÏCUM DES MODERNES[1]
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Depuis quelque temps, on fait beaucoup de bruit autour d’une plante récoltée en Cyrénaïque, et qu’on a appelée Silphium Cyrenaïcum, mais dont le nom botanique est Thapsia silphium de Viviani, et mieux encore Thapsia garganica de Linné. Les gens du pays l’appellent Dirias ou Drias.
Les uns prétendent que c’est le fameux Silphion des Grecs, qui était employé à la fois comme épice et comme médicament ; d’autres répondent, avec tous les auteurs anciens, que le Silphion des Grecs a disparu dès le commencement de l’ère chrétienne, et que la plante en question est tout simplement le Thapsia garganica de Linné, qui est très-abondant en Algérie, en Espagne, en Italie, etc., que MM. Bertherand et Reboulleau ont fait connaître en 1857, et que le pharmacien Leperdriel exploite depuis longtemps à Paris (_emplâtre de Thapsia_). — Les uns parlent du Silphium cyrenaïcum comme s’il avait été découvert par le docteur Laval ; d’autres font remarquer que, s’il y avait découverte, le mérite en reviendrait à Della Cella, qui le rapportait de son voyage dans la Libye, en 1817. — Les uns annoncent bruyamment que le Silphium cyrenaïcum guérit la phthisie pulmonaire à tous les degrés, la phthisie laryngée, les angines catarrhales, la méningite tuberculeuse, etc. ; d’autres se montrent tout à fait incrédules à l’endroit de cette affirmation, et pensent qu’elle ne peut suffire pour arrêter l’attention des médecins sérieux.
Presque tous les travaux qui ont été publiés dans ces derniers temps sur ce sujet n’ont eu d’autre résultat que de le compliquer et de l’obscurcir, parce qu’ils n’avaient, comme base de discussion, que les écrits confus des auteurs anciens, et le dessin informe des médailles cyrénéennes.
Il est temps, croyons-nous, de porter la lumière sur cette question si débattue. Il est temps de dissiper les équivoques et de mettre à néant des assertions téméraires et des erreurs regrettables. C’est ce que nous nous proposons de faire dans ce travail, en appuyant nos opinions sur des preuves irréfutables tirées des nombreux et précieux matériaux rapportés tout récemment de la Cyrénaïque par notre collègue, M. Daveau, chef de la section des graines au Muséum d’histoire naturelle de Paris[2].