La ville qui n'aimait pas son roi
Chapitre 3
Pour Henri de Bourbon, l’année 1588 s’ouvrait sur de meilleurs auspices que les deux précédentes. Par l’éclatante victoire de Coutras, le roi de Navarre avait brisé la fatalité qui voulait que les protestants soient toujours battus sur les champs de bataille. La honteuse défaite de Jarnac était effacée.
Mais surtout, il était enfin reconnu chef incontesté des protestants du royaume, cette communauté que les pasteurs avaient longtemps voulu transformer en Provinces-Unies dont il n’aurait été que le lieutenant-général. Les princes de sang l’avaient tous rejoint, ou lui avaient prêté allégeance. Condé et ses deux frères, le comte de Soissons et le prince de Conti, s’étaient placés sous ses ordres. Quant au duc de Montpensier, autre Bourbon d’une branche éloignée, il l’avait assuré de son soutien. Le duc de Montmorency, un des derniers grands barons du règne précédent, était un de ses plus solides alliés. Enfin, une importante partie de la vieille noblesse du royaume de France comme les La Rochefoucauld, les Turenne, ou encore les Châtillon, le reconnaissaient comme chef naturel et héritier du trône.
Certes, en face, le roi de France lui faisait toujours la guerre, mais c’était une guerre qu’il conduisait mollement et les derniers fidèles du roi, qu’on appelait les politiques, conseillaient à Henri III de ménager son cousin Bourbon et même de s’allier à lui. Avec la mort du duc de Joyeuse, le plus ligueur des membres de la cour avait disparu. Le marquis d’O, le duc d’Épernon, le duc de Retz, le maréchal de Biron ou le maréchal de Matignon, et même le duc de Nevers, tous étaient prêts à accepter un jour Navarre comme roi, pour peu qu’il se convertisse.
Cependant le Béarnais avait encore de nombreux adversaires. Les plus puissants étaient les Lorrains, c’est-à-dire le duc de Guise, ses deux frères le duc de Mayenne et le cardinal de Guise, sa sœur la duchesse de Montpensier, et ses cousins : les ducs d’Elbeuf et d’Aumale. Les Lorrains disposaient de troupes bien équipées et de milliers de mercenaires payés par l’Espagne qui disait vouloir défendre le catholicisme et imposer la sainte Inquisition, mais qui cherchait surtout à démembrer la France.