L’Ampoule n°4 - Énigmes et Labyrinthes
2 Les doutes de la communauté scientifique
« Personne ne rencontre Moralès, lui réponditil péremptoirement. Moralès vous désigne, ou alors il vous ignore. Mais en aucun cas ce n’est vous qui le choisissez ! » Cette dédaigneuse réponse, pleine de froideur définitive, fit frissonner l’exproviseur, qui repensa aux histoires qu’il avait entendu colporter sur le compte du Porc. Dans son collège, on racontait qu’il recevait les élèves dans son bureau et les attachait à des sangles de dossiers le long des étagères. On disait qu’il les abreuvait d’histoires sur Pinochet, tout en leur demandant de s’enduire les parties de colle… Il lui était trop difficile de se rappeler ces histoires sordides, qu’il avait toujours prises pour fausses.
Il suivit la piste que lui avait donnée Knut de la Vega. Dans les flancs du mont Osorno, on prétendait qu’une cavité avait été creusée, par les coulées de lave de l’éruption de 1906, et que celleci permettait de cheminer jusque dans les profondeurs du volcan, où une caverne en surplomb abritait les réunions du théoricien néonazi. Là, selon les pires rumeurs, le professeur (accompagné de ses sbires) donnait des messes noires et des cérémonies sacrificielles, au cours desquelles ils précipitaient les corps de jeunes indiens Mapuches dans le brasier. L’entrée en question devait cependant demeurer toujours mystérieuse pour le proviseur à la retraite, qui déambula toute une journée parmi les crevasses qu’avait occasionnées l’ancienne éruption, au beau milieu d’un torrent à la couleur vert émeraude qui bondissait parmi les éboulis de roche noire et les scories. Dans son dos, sans qu’il s’en rendît compte, des hommes à la solde de Moralès le surveillaient déjà… Il ne vit pour sa part que des promenades, des chemins balisés par le professeur luimême, et quelques touristes se frayant un chemin parmi ses symboles scabreux et les traces d’excréments projetés par leurs chiens.
Au bout du compte, son séjour s’achevant, il finit par admettre qu’il avait probablement imaginé beaucoup de choses à propos de Moralès. L’homme n’était sans doute pas le monstre qu’on lui avait décrit. Il lui restait cependant une dernière chose à vérifier avant de s’en convaincre, un dernier cas de conscience, à propos de ces accidents survenus sur la route en lacets qui montait au volcan. Un matin, il loua une vieille Mercedes au poste frontière le plus proche et partit en direction des chemins de la montagne. Il ne savait pas que les agents du poste frontière connaissaient bien Moralès, ni que depuis la vaste baie vitrée de sa véranda donnant sur le lac, Knut de la Vega l’observait en train de s’en aller. Les abords du lac de Osorno étaient déserts, comme à l’accoutumée. La vieille Mercedes effectua quelques virages sur les chemins en vrille du vieux volcan, dont les pentes neigeuses ressemblaient à la barbe d’un sage endormi.