Le calendrier de Vénus
Chapitre IV
Dans le Drawing room de Miss Georgina, j'ai relu par deux fois, avec la plus grande attention, cette singulière annonce du New-York times.
Une dame, ayant divorcé deux fois, et ayant constaté par
expérience combien ces sortes de séparations sont cruelles,
désirerait convoler une troisième fois. Son nouveau mari
pourrait lui en faire endurer beaucoup, et être certain qu'elle ne
se séparerait pas de lui.
Ecrire aux initiales J. C. W., 31, Wall street, New-York. Il sera
répondu par un envoi immédiat de photographie.
La dame qui fait l'objet de cette annonce est grande, forte, et
soulève volontiers de lourds fardeaux à bras tendu. Dents
éclatantes de blancheur. Complexion tendre.
On demande un gentleman de quelque fortune, élégant,
distingué, petit et blond; on le préférerait dans le commerce des
huiles minérales.
Ecrire par lettre affranchies.
Miss Georgina, accoudée derrière le fauteuil, pendant cette lecture faite à haute voix, riait de ce joli rire guttural spécial aux anglaises, et dont la fraîcheur et la vibration argentine rappellent le son des clochettes dans l'air pur du matin.
Cela n'est point si ridicule, hasardai-je, en conservant un sérieux très britannique, je vois même toute la poétique future des convenances matrimoniales, dans cette hardie déclaration de la dame New-Yorkaise...., et je répétais en scandant les mots, comme pour bercer un rêve d'avenir: «Dents éclatantes de blancheur, complexion tendre..... On le préférerait dans le commerce des huiles minérales!» What a Pity! soupira Miss Georgina qui ne riait plus,—mais toujours pensif sur le fauteuil et pour énerver cette naïve nature blonde et rose, je lisais de nouveau avec une affectation réelle: un gentleman de quelque fortune, petit et blond! Hélas! Miss, je ne suis ni blond, ni petit; elle est grande, forte et soulève volontiers de lourds fardeaux;... volontiers! C'est l'idéal, et mon Byronisme en tressaille!