Le cycle patibulaire
Communion Nostalgique
(TRANSPOSITION D'UN AIR CONNU)
Oui, s'est bien là le procédé
inconscient
qui caractérise mes propres
écrits: l'amour de ce que l'on fait,
cette intensité de sentiment qui
frissonne
sous des phrases en apparence
banales, cette nature de peintre
flamand qui fait que tout ce que
notre
plume touche, prend l'aspect et la
couleur d'un tableau....
H C '
sa biographie 21 juillet 1881.
S'il n'existe point de mal comparable à la nostalgie, qu'on se représente ce supplice: endurer l'exil dans son propre pays. Cette peine, que ne connaîtront jamais les inconscients bâtards et les papillons cosmopolites, ronge et dévore, comme une consomption morale, beaucoup d'altières et nobles âmes, seuls enfants légitimes de la patrie.
Le poète Barthélemy Welaan fut un de ces patients. Qui n'a connu ce Flamand endurci et militant dont la tête majestueuse et inquiétante tenait à la fois du mufle léonin et de la hure du sanglier? En ses derniers jours, lorsque personne de son entourage ne se doutait encore de la fin prochaine de ce lutteur, il nous confessa ou plutôt il nous permit de deviner, à travers sa superbe enveloppe physique, le mal incurable qui devait arrêter les battements de son cœur. Son état critique transpira dans une circonstance solennelle que j'essaierai de rapporter avec une piété digne de cette grande mémoire.
Nous étions quatre à cinq artistes, réunis chez lui par les hasards de la rencontre, qui discutions, rompions des lances, entassions force paradoxes, déraisonnions avec prodigieusement d'esprit.
Le vieux Welaan, indulgent, l'œil vif, la main caressant sa longue barbiche de patriarche, prenait plaisir à ces passes d'armes, lorsque l'un de nous, assez épris d'exotisme, commit l'imprudence de jeter, en l'accolant à une épithète dédaigneuse, le nom d'Henri Conscience parmi notre carnage de réputations usurpées.
Tudieu! il eût fallu voir se redresser notre hôte. C'en était fait de l'étourdi dénigreur, tant d'indignation ardait dans les prunelles grises du poète! Mais son poing ne tomba que sur la table. Il y eut un tintinabulement de verres à bière, et les dernières syllabes d'une de ces formidables malédictions thioises mugirent comme un tonnerre lointain. Un simple éclair de chaleur: la foudre n'éclata pas. Le large front irrité de Welaan reprit sa gravité sereine et un peu mélancolique des horizons septentrionaux. Puis, presque repentant de cette velléité de violence, se rendant compte des égards qu'il devait à l'inexpérience de son juvénile interlocuteur, il l'interpella sur un ton de triste reproche où perçait comme de la compassion:
—Henri Conscience! Ne blasphémez pas ce nom, jeune homme! Vous ignorez l'œuvre de ce génie, de ce bon génie de notre Flandre.
Notre intrépide, mais un peu téméraire ami, ne se tint point pour battu:
—Pardon, mon cher maître. J'ai lu des traductions de ce grand homme. Minces! ses romans! Troubadours et pleurnichards. Beaucoup de bleu et de vert quelconques; pas l'ombre de coloris local. Ni terroir, ni racines. Ses paysages: des boîtes de Nurenberg; ses personnages: d'impersonnels fantoches taillés dans le même buis et au même couteau par les pensionnaires des Centrales; ses amoureux: de radieux béats de keepsakes.
—Ah! les traductions! Voilà les conséquences de la traduction! interrompit Welaan. Tenez, voulez-vous avoir une idée de l'œuvre de Conscience, de l'esprit de l'œuvre?
Ce disant, il alla vers sa bibliothèque et en retira une plaquette aussi usée, aussi jaunie que le paroissien d'une dévote indigente.
Rikke-Tikke-Tak! Voici qui convient. Quelques pages suffiront pour ma démonstration. Je ne verserai pas dans l'erreur—pour rester poli —que je reproche aux traducteurs français de Conscience, en traduisant phrase par phrase et mot par mot la médullaire prose flamande. Non, je transposerai cette nouvelle à votre intention; je vous la raconterai telle que je la sens, je vous la ferai lire entre les lignes à l'aide d'équivalents français.... L'épreuve vous convient-elle?
Tous, sans en excepter le blasphémateur, nous protestâmes de notre curiosité et, à la façon d'un prédicateur s'inspirant d'un texte évangélique, Welaan consulta les premières pages du livre et commença, lentement, presque en psalmodiant:
—Dans un site quiet et amorti de Campine, entre deux villages que le conteur appelle Desschel et Ralleghem, se dresse une ferme qui ne dirait rien au passant non initié. Sous son revêtement de plantes grimpantes, la façade percée de deux fenêtres glauques offre la physionomie d'une aïeule qui sommeille, cligne des yeux, dodeline du chef derrière les dentelles de ses coiffes. La porte-charretière s'ouvre sur l'étable où des vaches luisantes ruminent, dans un clair obscur mordoré; les poules picorent les restes de la pâtée du chien de garde; une perchée de pigeons couronne le toit de glui et, dans l'air vif, le purin s'évapore comme une cassolette.
Le bonnet d'une fille de ferme paraît au-dessus de la haie et bat des ailes comme un grand papillon blanc. La voix rude d'un gars se mêle au cahot d'un attelage qui roule vers la ferme, toujours prêt à s'enliser dans le sable. Êtres et choses font relativement peu de bruit, ne se mouvent que lentement, comme à regret, et la nuit réduit facilement cette activité dérisoire, à un silence absolu....
Immense, la plaine investit la borde solitaire:
C'est d'abord un courtil planté de pommiers avares, puis des pacages bourbeux où s'épanche un avorton de ruisseau escorté de quelques aulnes; alors seulement commencent les garigues, les sablons tachés de genêts d'or, les nappes de bruyères vineuses, le tout trempé dans une atmosphère toujours humide, dans des vapeurs d'opale qui se dégradent à l'infini.
Aux premières années du règne de Napoléon le Grand, de fort grand matin, il y avait toujours dans la chambre principale de la ferme une intéressante jeune fille aux yeux presque trop grands et trop noirs pour un visage si allongé.
Assise dolente, devant son rouet, elle chantonnait un refrain dont le rhythme fougueux et les paroles martiales contrastaient étrangement avec la voix chétive de la fileuse:
Ric-tic Attaque
Ric-tic Atout!
Hauts les bras!
Chauds les fers!
Francs les coups!
Ric-tic! Atout!...
Régulièrement, en descendant à son tour, la fermière gourmandait sa servante, une enfant abandonnée, une orpheline, et non contente d'exploiter son malheur, de l'outrer comme une bête de somme, la mégère s'oubliait jusqu'à la molester.
Il advint que le chien aveugle fut trouvé mort de vieillesse un matin dans sa niche. Du coup, l'avare bazine imputa cette crevaison à la négligence de la pauvre Lena et pour châtier la prétendue coupable, elle imagina de lui faire remplir l'office de la brute:
—Ah! fainéante bourrique! Tu as laissé mourir de faim le pauvre Spits! Eh bien, pour t'apprendre, c'est toi qui le remplaceras et au lieu de t'endormir sur ton rouet, tes pattes feront tourner le moulin à battre le beurre!
Pour la première fois, la passive Lena regimbe. C'est trop d'ignominie à la fin! Devant cette résistance imprévue, la fermière écume de colère, s'élance sur la rebelle, la renverse, la roue de coups. La victime se laisse traîner sur la dalle, inerte, trop faible pour se défendre mais trop fière aussi pour se plaindre, et prête à mourir plutôt que de consentir à cette abjection.
—Allons, au moulin, la chienne! Tu y passeras.... Dussé-je t'y pousser à coups de fouet.
Mais soudain un troisième personnage se précipite dans la pièce et dégage la victime en empoignant vigoureusement la fermière par le bras.
C'est Jan, le jeune baes, le fils unique de la veuve Daelmans: un solide blondin de dix-sept ans, tête ronde, physionomie à la fois douce et volontaire, des yeux bleus pleins de foi, des narines où palpite l'espérance, des lèvres débordant de charité; la chair musclée, les membres épais et solides; toute sa personne attachante dans sa gauchérie même et dans sa saine frustesse.
Il était en train d'atteler son cheval à la charrue et le bruit de cette tuerie l'a rejoint dans la cour.
—N'avez-vous pas honte, ma mère! dit-il en s'empressant de relever Lena. Écoutez bien, je suis las de ces horreurs et c'est la dernière fois que je vous menace: si jamais vous levez encore la main sur cette pauvresse, je vous abandonne; oui, je le jure....
Il va s'engager par un terrible serment, mais Lena lui met la main sur les lèvres: «Merci, Jan, fait-elle, c'est fini à présent!»
Et, sans ajouter une plainte, elle se rend à l'étable, détache la génisse, et la mène, le long du fossé, vers le pâturage.
A l'endroit où la bruyère inculte rejoint les prairies marécageuses, se trouve un renflement de terrain planté d'un hêtre. Lena s'assied au pied de l'arbre, lâche la longe de la bête, et machinalement, ses lèvres rythment le refrain bizarre:
Hauts les cœurs!
Chauds les fers!
Francs les coups!
Les heures de la matinée s'écoulent sans qu'elle s'en inquiète. Elle oublierait de manger si Jan, son protecteur, ne lui apportait quelques aliments.
Depuis longtemps ils se voient tous les jours ainsi, en tête à tête, assis côte à côte sur ce tertre, échangeant de naïves confidences.
Le jeune paysan la trouvant encore toute bouleversée des avanies du matin, prend ses mains dans les siennes et s'efforce de la consoler: «Oh non, Lena.... Tu ne souffriras plus. Ma mère m'a promis de ne plus te toucher.... Moi, je travaillerai un jour pour toi.... Mon affection rachètera les torts des miens.... Patiente donc, pour l'amour de moi.... Sache bien que si tu te laissais mourir on me coucherait bientôt, à côté de toi, au cimetière.... Ah! j'aurais tant de choses à te dire, mais je ne sais par quoi commencer. Je ne comprends rien moi-même à ce que je ressens. Mon cœur bat si vite!... Comme si j'étouffais.... Tiens, ce matin encore, en te voyant échevelée et toute meurtrie, j'aurais voulu avoir mille bouches pour te faire une robe de mes baisers, une robe balsamique qui aurait transformé les mauvais traitements de ma mère en autant de suaves caresses!... Et même maintenant je voudrais t'envelopper tout entière comme l'air tiède qui tremble autour de nous.... Oh! ne t'effraie pas.... Il m'en faut moins pour être heureux: Presser de temps en temps tes mains, te frôler au passage, entendre seulement ta voix, te regarder et rester seul sans rien dire, sans bouger, auprès de toi....
—Et moi, cher Jan, j'endurerais toutes les haines de la terre à condition de garder ta seule affection.... Crois-moi, ce n'est pas seulement la scène de ce matin qui me rend triste aujourd'hui.... Les champs semblent pleurer sur moi, et me parlent de séparation....
Quelques heures plus tard, un colonel de l'armée française chevauchait botte à botte avec son aide de camp à travers les landes de Desschel, lorsque tout à coup il arrêta son cheval en donnant des signes de la plus violente émotion. Au milieu du silence vespéral, une voix de femme s'élevait doucement et dans ce que chantait cette paysanne, le colonel venait de reconnaître un refrain que lui-même entonnait autrefois, en manœuvrant le soufflet, en battant l'enclume, en étampant allègrement les fers des roussins, car ce soldat de fortune avait exercé jadis à Westmalle le métier de maréchal ferrant.
En ces temps lointains, la présence d'une gentille fillette, suivant avec une filiale admiration les nobles et plastiques travaux du forgeron, et répétant, après lui, le refrain martial, achevait de lui donner du cœur à l'ouvrage. Mais le ferme travailleur perdit sa femme, et de chagrin se mit à boire, négligea son métier lucratif, mécontenta la clientèle, si bien que la forge périclita et qu'un jour les gens de justice mirent dehors le pauvre rafalé et son enfant. Il se vendit à un recruteur et rejoignit l'armée du premier consul, après avoir remis, avec l'argent de la prime, sa petite fille à des voisins.
Plusieurs années s'écoulèrent. Déjà gradé, l'épaulette à la manche et la croix des braves sur la poitrine, Karel Van Milghem revint au pays pour reprendre son cher dépôt, mais ses voisins avaient quitté Westmalle, et personne ne savait ce qu'ils étaient devenus, eux et la fillette confiée à leurs soins.
Longtemps l'infortuné père parcourut les Pays-Bas, s'informa de sa Monique dans les bourgades les plus reculées, interrogea les passants, visita vainement les orphelinats et les asiles. Toujours leurré, toujours déçu, sans se laisser décourager, il reprenait ses recherches à chaque trêve que lui accordait l'infatigable conquérant, son maître. Pour endormir sa préoccupation bourrelante, il se battait comme un lion, se complaisait dans les dangers et les entreprises les plus surhumaines, et, par une amère ironie du destin, plus son désespoir augmentait et plus la vie lui devenait à charge, plus il rencontrait de prospérités et d'honneurs.
Vous aurez deviné que le colonel Van Milghem reconnaît sa chère enfant dans le souffre-douleur de la bazine Daelmans. Naturellement, il emmène sur le champ sa fille à Paris et pour Jan Daelmans, Lena est aussi bien que morte.
C'était une intrigue jusque-là fort banale et fort anodine; très peu de chose, en somme, que cette idylle de Jan et de Lena....
—La Fille du Régiment, en néerlandais!... risqua l'incorrigible plaisant.
Barthélemy Welaan ne l'entendit pas ou du moins fit semblant de ne pas l'entendre, en homme certain d'avoir le dernier mot.
—Une liaison d'enfants, rien de plus, aurait-on pu croire—continua le conteur. Quelque cœur que vous accordiez à un paysan, encore n'est-ce là qu'un cœur de rustaud, enveloppé d'une membrane trop rude pour que des peines aussi subtiles que le mal d'amour accèdent à ce viscère! Le rural florissant a perdu son amie, la belle affaire! Il se consolera bientôt en lutinant une autre femelle. Ce gros soupirant a fait son devoir; admettons même qu'il ait montré plus d'humanité et de chevalerie que ses pareils, mais pour cette raison même, nous n'en attendons pas davantage. Et je trouve très naturel qu'en fumant et labourant sa terre, en s'évertuant du matin au soir, le jeune homme oublie cette amourette et que le passé idyllique pâlisse devant les soucis du présent et du lendemain; en un mot qu'à l'âge d'homme, las de son platonisme, la sève se montrant plus exigeante, notre robuste camarade, plus copieux, plus monté en ton, s'apparie honnêtement, sans répugnance et sans phrases, à une ronde pataude de sa paroisse, diligente et sanguine comme lui....
Que vous connaissez mal, alors, nos paysans de Campine! Il en alla tout autrement de Jan Daelmans et son cas n'est pas exceptionnel dans ce pays d'imaginatifs.
Oui, depuis le départ de Lena, la chanson du joyeux ferrant de Wesmalle hanta le jeune baes de la ferme Daelmans. Et, pour lui, ce chant ne fut pas le refrain sans conséquence que le roulier sifflote machinalement en entrechoquant ses sabots et auquel il n'attache pas plus de signification qu'à la fleur cueillie au bord de l'accotement et dont il mâchonne la tige par désœuvrement et qu'il rejette avec la même indifférence dans l'ornière. Jan Daelmans fut complètement possédé par cet air.
Comme autrefois Lena, il se lève avant les autres pour se trouver seul dans la grande chambre. Il s'éternise devant le rouet et l'escabeau abandonnés par la pâle fileuse. Peut-être attend-il que le rouet s'anime aux notes du refrain coutumier?
Mais on marche au-dessus de sa tête dans la soupente. Avant que sa mère le surprenne, il s'empare d'une houlette et s'esquive rapidement. Il va,—toujours comme l'absente,—le long de l'aunaie, au bord de la douve où s'abreuvait la génisse, il atteint le monticule où Lena s'asseyait, où il la rejoignait en cachette au milieu du jour, il se laisse choir à plat ventre sous le hêtre, et, redressé sur ses coudes, il embrasse longuement des yeux la morne varenne, jusqu'à ce qu'il batte des paupières, et qu'il revoie la désirée à travers le brouillard d'impérieuses larmes. Le susurrement des insectes, le friselis des feuilles lui chante le refrain fatidique. Alors, il s'enfonce le visage dans l'herbe, et se bouche les oreilles auxquelles la torturante mélodie bourdonne comme une guêpe maligne, mais il a beau faire, ses sanglots mêmes rythment l'air fatal, et sa poitrine s'abaisse et se soulève convulsivement à ces notes martelées.
La crise nerveuse passée, il se relève, fait un effort pour s'éloigner, mais ses pieds restent comme attachés à cette place. Il enfonce alors la houlette dans le sol, croise les bras sur le manche, repose le menton sur les poings et demeure ainsi, immobile, en arrêt, les yeux interrogeant la grand'route sur laquelle il vit décroître la chaise de poste emportant Lena.
La nuit le trouverait planté à la même place si une jeune paysanne, sa sœur, dépêchée par leur mère, ne venait le surprendre. La gamine s'est approchée de façon à ne pas être aperçue; sournoisement elle se glisse derrière lui, elle lui frappe l'épaule le plus rudement qu'elle peut. Il sursaute et ne répond que par la plainte sourde d'un malade touché à l'endroit endolori.
Alors, avec la cruelle joie d'une cadette autorisée à faire la leçon au grand frère, elle lui rabâche les doléances qu'elle entend proférer chaque jour par leur mère:
—Jan! Jan! Sois donc raisonnable.... Elle est vraiment jolie la vie que tu mènes. Penses-tu que notre pain cuise pendant que tu comptes les nuages qui passent! Depuis trois mois te voilà presque aussi fou que l'était cette paresseuse pièce qui partit avec ce soldat, son soi-disant père.... Ah! tu copies fidèlement ses lubies, à cette sorcière!... Comment tout cela va-t-il finir? Fi, Jan, à ta place je serais honteux! Notre mère garde le lit et c'est à peine si tu songes à elle. Veux-tu donc conduire la ferme à sa ruine, nous mettre tous trois sur la paille, et toi, finir à Gheel?
Sans écouter cette litanie, docile, il marche devant elle, pour regagner le logis, toujours plongé dans ses divagations, toujours taciturne....
—Hélas, cette blanche sorcière aux yeux noirs s'est vengée de nous sur le jeune baes, gémit la maisonnée.
—Ah! que n'ai-je tué la malfaisante pecque! glapit la fermière.
Ils recourent au curé du village pour rappeler le malade à la raison.
A son tour le pasteur surprend le gars sur la butte du hêtre et lui reproche son apathie inquiétante. Comme Jan ne s'émeut pas plus de ce prêche que des giries de la famille, le pasteur s'impatiente et lui montrant le hêtre:
—Mais, malheureux garçon, tu veux donc que ta mère accomplisse sa menace et que, pour te guérir, elle abatte cet arbre de malheur!
Le jeune homme n'a fait qu'un bond, et secouant rudement le bras du prêtre:
—Abattre cet arbre! Que venez-vous de dire? Ah! que personne ne s'avise d'y toucher, car aussi vrai qu'il y a un bon Dieu, la même cognée assommerait le hêtre et le bûcheron!
Mais se repentant de cet accès de révolte, une réaction subite l'agenouillant aux pieds de son pasteur, il se débonde, se soulage comme un pénitent au confessionnal:
—Après le départ de Lena, je voulus l'oublier, oh! bien sincèrement. Hélas! la plainte du soc retournant la dure me répétait son nom. Dans la grange mes fléaux cadençaient le désolant refrain de la fileuse. Le ramage des oiseaux s'ingéniait à imiter sa voix....
Et comme le prêtre l'engage à quitter ces lieux hantés par le souvenir de la fille pâle, à partir pour Malines, à faire une retraite au séminaire.
—Jamais! s'exclame Jan, jamais je ne me résignerais à cet exil.... Vous souvenez-vous de mon voyage dans les pays wallons, de cette absence de huit jours à laquelle me condamnaient les intérêts de la ferme? Ah! vous ne saurez jamais la torture que j'endurais!
Libre de retourner au pays, chez nous, je marchais tout un jour et encore une pleine nuit, sans prendre de repos. O! le trop ineffable moment où l'odeur des brûlis me surprit, apportée par la brise matinale! Je dus m'arrêter, ma respiration s'embarrassait, je chancelai éperdu, enivré, oui, littéralement saoul. Et plus je humais l'incomparable arome, plus ma poitrine se gonflait, plus mes oreilles bourdonnaient, plus je me sentais défaillir. M'étant engagé dans le premier bois de sapins, ce fut une autre béatitude. Je tombai à genoux comme à l'église, je remerciai Dieu à haute voix—j'ai dû crier comme un fou—de m'avoir accordé cette grâce sans pareille: retrouver mon beau pays. Et le rouge soleil levant parut s'avancer vers moi pour me communier!... Croirez-vous qu'en découvrant la première touffe de bruyère je sois tombé dessus comme un affamé, et que l'ayant cueillie, avide, safre, je l'aie portée à mes lèvres. Que dis-je? je l'ai mangée avec délices, uniquement afin de rapprocher davantage de mon cœur et de mêler à mon sang la plante tant adorée!... Et, arrivé ici, ne pensez pas que je me sois rendu directement à la ferme.... Je courus d'abord reconnaître ce hêtre et ces buissons de genévriers.... Je leur parlai, je les étreignis, je les arrosai de mes larmes, comme si j'avais eu affaire à des chrétiens comme nous.... Ah! tout cela à cause d'elle.... Et c'est alors que vous me proposez de m'exiler pour six ans!... Non, mon père; jamais, jamais, jamais!»
A ce passage, Barthélemy Welaan s'arrêta et passa la main devant ses larges orbites comme pour en éloigner une mouche importune; mais oserait-il me garantir, le rude homme, que du même geste il ne cueillit pas une larme perlant à la pointe de ses cils hirsutes, comme tremble une goutte de rosée à la barbe des seigles? D'ailleurs, pourquoi nous en défendre; nous suffoquions tous et, plus encore que les autres, le blond mondain, celui que nous surnommions Fortunio. Appuyé contre la paroi, le visage caché dans ses mains, il se détournait de nous pour sangloter à son aise. Cette page amoureusement patriale exaspérait, intensifiait toutes les poignantes tendresses, les facultés aimantes contenues en nos âmes et remuait en nous des fibres que nous ne nous connaissions plus.
Le narrateur se remit le premier, et alors, presque radieux de notre émotion, radieux à la façon des vagues ensoleillées, il poursuivit, mais en consultant de moins en moins le texte original, improvisant, décrivant de mémoire, avec une exaltation augurale:
—Entretemps, la riche Monique, entièrement au bonheur d'avoir retrouvé son père, recouvrait, à Paris, les forces et la santé. Entreprise par des maîtres habiles, la jeune vachère s'était dégrossie. Bientôt elle put assister aux bals et aux réceptions. Sa robuste beauté flamande, alliée à une grâce et à un charme naïfs, en firent une des reines de la cour impériale. Jan Daelmans lui-même aurait à peine reconnu dans cette grande brune, rieuse, mutine, presque provocante, épanouie comme une rose thé, sa liliale et dolente amie d'enfance.
Mais, brusquement, la métamorphose s'arrêta et, par gradations insensibles, ce regain de santé, cette exubérance s'amortirent, cette turbulence, cette joie de vivre se calmèrent, et, dès le second hiver, son ancien penchant à la rêverie reparut, penchant discret, petits airs penchés que l'Ossian de Macpherson allait mettre à la mode et qui paraient Lena d'un nouveau montant.
Aux accords de la musique de bal, emportée dans le tourbillon de la danse, elle demeurait subitement distraite, perdait la mesure, s'arrêtait sur place. Au milieu d'un entretien aimable et frivole elle oubliait de répondre à son interlocuteur, le regardait sans le voir avec une étrange obstination, et, interpellée, rendue au sentiment du salon où elle se trouvait et des cavaliers qui lui faisaient leur cour, elle semblait se réveiller, sortir d'un rêve, choir de quelque ciel. Elle-même était la première à rire de ses évagations. Mais elle cachait la nature de ces «absences». Peut-être ne se rendait-elle pas compte des influences qui l'arrachaient à son milieu et à son nouvel entourage. Ces retours en arrière furent très vagues, très inoffensifs en commençant:
En pleine assemblée mondaine surgissait le grand hêtre ombreux, isolé dans les sablons. Ce n'étaient plus les pas cadencés des danseurs et les soupirs des archets qui faisaient frémir et vibrer le cristal des girandoles, ce n'était plus des vétérans en uniformes chamarrés qui se confondaient en révérences devant d'éblouissantes maréchales: la brise passait dans la lande, éparpillant la poudre d'or des genêts, et les bruyères frissonnaient, frileuses et parfumées.
Monique, ou plutôt Lena, revoyait-elle le hêtre et le mamelon, hantés comme ils l'étaient depuis son départ, par la figure pitoyable d'un jeune rustre qui tendait vers elle ses mains terreuses et la conjurait de ses prunelles humides? Mais plus d'une fois, au moment où un glorieux muscadin en habit bleu barbeau à boutons d'or, cravaté de dentelles, venait l'engager cérémonieusement à la danse, la fière demoiselle s'emparait de ces mains formalistes avec une avidité fiévreuse, les pressait énergiquement dans les siennes, dévisageait avec une persistance étrange le cavalier très interloqué; puis, déçue, sans s'excuser de sa méprise, le repoussait brusquement et se hâtait de quitter la fête.
De passagères et anodines qu'elles étaient, ces visions devinrent de plus en plus fréquentes et redoublèrent d'intensité. Sous cette obsession, Monique prit en horreur la vie brillante où elle s'était jetée avec une sorte de frénésie, bouda les cercles aristocratiques, s'abstint de paraître à l'Opéra et à la Comédie-Française, et rechercha, comme en son enfance, la solitude et le recueillement. A présent, elle demeurait de longues heures dans le coin le plus sombre de ses appartements où, assise à la fenêtre, ses yeux suivaient le vol des nuages chassés vers le Nord. Et ses lèvres, s'entr'ouvrant sous l'action d'une occulte puissance, murmuraient le refrain rythmique de la blanche fileuse d'autrefois.
Peu à peu sa carnation d'opulente rose thé se fondit, s'effaça pour faire place à la pâleur liliale et diaphane; ses yeux parurent de nouveau trop grands et trop noirs pour son blanc et mince visage.
Le général Van Wilghem, qui n'avait que combattu mollement les dispositions bizarres de son enfant gâtée, finit par reconnaître la gravité du mal, et sur l'avis des médecins, songea à marier sa fille avec son aide de camp, vaillant et loyal garçon qu'il chérissait à l'égal d'un fils et qui portait depuis longtemps à la fantasque héritière un amour aussi ardent et aussi inépuisable que sa bravoure.
Consultée, la jeune fille déclara à son père qu'elle n'éprouverait jamais pour ce soldat d'élite qu'une affection toute fraternelle. D'ailleurs, elle prétendait ne ressentir aucun malaise; elle ne convenait pas de la peine sourde et implacable que révélaient ses pâles couleurs.
Enfin, un jour que son père éploré était parvenu à l'émouvoir, à force de supplications, elle lui avoua, avec la pudeur d'une vierge qui trahit son secret d'amour, son désir impérieux, inéluctable, de revoir la Campine.
Le voyage, décidé sur le champ, ajourné malheureusement par les événements politiques, finit par s'accomplir. Il était grand temps: l'état de la malade empirait à vue d'œil.
Les frontières flamandes sont franchies: ils atteignent Anvers, une berline les conduit à leur nouvelle demeure, un de ces nobles et superbes hôtels de la place de Meir déserté par un patricien proscrit sous la Terreur. Au moment où la voiture s'engage dans l'allée cochère du palais, Monique jette un grand cri. Le général l'interroge avec anxiété:
—Oh! ce n'est rien, mon père.... Mes yeux ont rencontré ceux d'un mendiant, posté contre une borne, et telle était l'expression obstinée de ses regards, qu'ils me traversaient le cœur; si j'ai crié, c'est que ce pauvre ressemblait à Jan Daelmans.... Mais ce n'est pas lui, j'en suis certaine à présent....
La faiblesse et la fatigue de Monique empêchent les voyageurs de poursuivre leur voyage jusqu'en Campine. La moindre aggravation du mal la tuerait.
Le père, assis auprès de la malade, épie, l'âme ulcérée, les ravages de la consomption sur cet idéal visage.
Obstinément, la jeune fille ne sort de ses longues prostrations que pour fredonner d'une voix très douce, presque éteinte, le fatidique couplet du maréchal ferrant. Même pendant son sommeil, les syllabes mortelles persécutent ses lèvres.
—Toujours cette chanson! Elle alimente ta tristesse, chère enfant; tu m'aimes donc bien peu que tu persistes à te faire du mal.... Ah! si tu voulais!...
Et, de nouveau, son père la conjure d'épouser l'aide de camp.
—Non, je vivrai libre... je ne veux appartenir à personne.... Laisse-moi rester comme je suis ou plutôt redevenir ce que j'étais, mon père!
Il insiste. Lorsqu'ils habiteront Desschel, dans leur natale Campine, quelle jouissance pour elle, de parcourir la contrée élue, en compagnie d'un époux digne de son rang et de ses perfections... de visiter à deux le hêtre favori, les genévriers bizarres, tous ces objets qu'elle ne cesse d'évoquer et qu'elle pourra palper de ses mains ferventes!
—Oh! oui, père, que ce serait un grand bonheur! Mais le compagnon que tu me recommandes n'est pas un fils de notre Campine!... Comprendrait-il la chanson suggestive du grillon? L'ombre et les murmures des sapins ont-ils présidé aux ébats de son enfance? L'infini de la plaine et son incommensurable horizon ne sembleraient-ils pas monotones à ce nomade et capricieux enfant des monts, avide de déplacements et d'aventures....
Elle s'interrompt.
Elle a changé de couleur, son teint s'est subitement avivé, un sourire extatique s'épand sur ses lèvres frémissantes. Elle joint les mains, lève les yeux au ciel. Elle semble un de ces anges de marbre, immobiles sur les tombes; elle est blanche, elle est belle, mais sa beauté fait mal.
Quelle musique plonge la malade dans ce ravissement?
Le général prête l'oreille à son tour.
Et de la rue, sous les fenêtres, monte très distinctement jusqu'à eux le refrain hallucinant, modulé avec un accent de mélancolie et de tendresse indéfinissables par une voix d'homme jeune, un peu rauque, un peu étranglée.
Quoi, toujours cette chanson maudite! Une nouvelle dose de l'implacable poison qui lui reprend sa fille! Puis, n'est-ce pas de l'humble origine du général Van Wilghem que se moque l'impudent refrain!
Furieux, le vétéran sonne ses laquais et leur ordonne de lui amener, de gré ou de force, le maraud qui les nargue et les persécute de son abominable complainte.
Le pauvre hère que la valetaille empoigne et traîne non sans le rudoyer devant le maître, n'est autre que le mendiant loqueteux que la malade entrevit par la portière de la voiture.
En reconnaissant, non sans peine, dans cette apparition lamentable, l'ancien protecteur de sa petite Monique, la colère du général tombe brusquement; il recule consterné, presque honteux de son humeur:
—Vous, Jan Daelmans! Vous, dans cet état!... Vous, réduit à ce point!... Ah! c'est mal de ne pas avoir songé à vos amis! Que ne nous informiez-vous de votre dénuement? N'êtes-vous pas notre créancier pour la vie?
Et, s'approchant d'un meuble, il fouille dans les tiroirs: on entend bruire des pièces d'or.
De l'or à Jan Daelmans! De l'or à ce féru d'amour? Vous n'y songez pas, général! Il désirait simplement vous confesser le secret de sa vie, et dire ensuite, avant de partir pour de bon, un suprême adieu à son amie d'enfance:
Ah! général, ces insultantes largesses le chassent plus brutalement que ne pourraient le faire vos estafiers! Et Jan se traîne, le cœur brisé, vers la porte.
Mais cette crispante épreuve a vaincu les dernières hésitations de Monique. Impossible de se contraindre plus longtemps! Mue par une force surnaturelle, elle se précipite pour couper la retraite au paysan et s'affaisse devant lui en s'écriant: «Reste! Reste!..» avec un accent qui révèle au jeune homme une passion au moins aussi ardente que celle qu'il lui porte.
Cette minute ineffable le paie largement de son long purgatoire.
Le père a compris, et, pantois, sourcilleux, ne sait encore à quoi se résoudre.
Alors, entraînant son Jan, elle tombe, avec lui, aux pieds du vieux soldat, et elle le conjure avec des paroles et des accents qui réduiraient en fleuves de larmes les montagnes de granit:
—O père, pardon!... Retenez-le ou j'expire! C'était ce Jan, lui seul, toujours lui, que je voyais et que je regrettais, et que je voulais.... C'est son absence qui me tuait.... Il est mon frère, mon doux protecteur, mon bien-aimé! O Dieu, il s'en irait une seconde fois, je ne l'aurais retrouvé que pour le perdre à jamais! N'est-ce pas que vous ne voulez pas qu'il parte, mon père?... Voyez, Jan me sauve, Jan me rend la vie; donnez-le moi... donnez-le moi!...
Et, se relevant, sans attendre la réponse du père, Lena se précipite éperdue dans les bras du paysan. Le cœur sous les haillons, le cœur sous les dentelles, battent l'un contre l'autre. Des regards, comme jamais n'en échangèrent les plus violents possédés d'amour, se disent l'accablant infini de leur mutuel désir.
En les voyant accolés, haletants, oppressés, si amoureux qu'ils en râlent, si jeunes, si beaux, si émaciés, si pâles, tristes pénitents d'amour, épuisés par le plus cruel des jeûnes, le général sent fléchir son orgueil et sa volonté. Pauvres êtres! Ils sont tellement à bout de forces que s'il disait non, en ce moment, ils expireraient dans les bras l'un de l'autre.
C'en est fait. Deux larmes lentes et lourdes comme le givre qui s'égoutte des branches chenues, au premier rayon printanier, tombent lentement sur sa moustache de grognard, et, tout autre consentement lui restant dans la gorge, il ouvre des bras paternels à Jan Daelmans.
Après quelques minutes de poignant silence, Barthélemy reprit avec plus d'onction encore:
L'histoire de Jan Daelmans et de Monique Van Wilghem, cette idylle passionnée symbolise pour moi, les amours du Flamand et de la Flandre.
Un jour la Flandre candide s'enfuit au bras d'un tuteur puissant qui l'étourdit dans les fêtes, la grise de luxe, la leurre d'une apparente félicité, et rêve de l'unir au Welche. D'abord, l'appétissante et plantureuse héritière prend goût à ces distractions, à ces passe-temps frivoles, à ces déduits superficiels. Heureuse et fière de ces hommages, de ces adulations, de ce changement survenu dans son existence jusqu'alors laborieuse et guerrière, traversée de périls, pleine de luttes et d'héroïsme, la fille préférée de la Germanie semble renier son origine et son passé. Mais un jour, la chanson des terribles ferrants de Gand et de Bruges, des virils communiers, des Klauwaerts, grands tombeurs de Welches, lui remonte aux lèvres:
Hauts les bras!
Chauds les fers!
Francs les coups!
Elle se réveille. La nostalgie lui étreint le cœur: elle se consume en regrets et en désirs. Elle halète après son simple et rude compagnon d'enfance; il lui tarde de se régénérer dans ses viriles étreintes, de n'appartenir qu'à lui.
De son côté, l'ami féal rappelle aussi, de toute la force de ses farouches tendresses, l'inconstante et désirable créature.
En vain, pour le guérir de cet amour inextinguible, des conseillers timorés et de sang rassis ont-ils voulu le consacrer au service du Seigneur et l'arracher aux félicités profanes.
—Oublie ton ingrate Flandre, lui ont suggéré ces conseillers, tourne tes regards vers Rome. N'aie plus de Patrie en dehors de l'Église. Applique-toi cette parole évangélique: «Ma Patrie n'est pas de ce monde!»
Mais, efforts stériles! Paris n'agit pas avec plus d'influence sur la Flandre que Rome n'a d'action sur le Flamand. On a beau parler une langue étrangère autour d'elle, la parer d'ornements hybrides, l'affubler d'une toilette d'emprunt, tenter de la défigurer peu à peu, exiger d'elle le mépris de son ancienne condition, à certaines heures, de plus en plus fréquentes, la Flandre se rappelle ses travaux, ses victoires, et va jusqu'à regretter son long martyre.
Entretemps, furieux de n'avoir pu l'attacher immuablement à Rome, les conseillers du Flamand l'expulseront de son bien, le voueront au vagabondage et à la mendicité. Et seuls les pauvres gens, les braves cœurs du peuple, les humbles femmes prendront pitié du gueux flamand qui se consume d'amour pour sa Flandre!
Jusqu'au jour où elle te sera rendue, ta brune Patrie, ô mon féal garçon, mon blond Germain aux yeux bleus! Jusqu'au jour promis où, à ta vue, la Flandre aussi exposée que toi aux séductions et aux convoitises de l'étranger, la Flandre qui rompit les chaînes fleuries de la France comme tu tins en échec la Rome pontificale, jettera ce cri rédempteur: O Dieu! rends-le moi, lui seul peut me sauver!
Puisse le Ciel écouter alors cette prière et vous réunir pour jamais, ô Frère, ô Patrie!
Le vieux Welaan prononça ces derniers mots avec une exaltation prophétique. Chacun de nous dit amen, à cette patriale invocation.
Et, comme à Jan Daelmans, il me sembla que le soleil natal—mais un soleil couchant—venait de me communier....