Le karma est une femme
Let The Show Begin !
Vendredi. Isis a été comme une pile toute la journée. Cassie s’est auto coachée pour rentrer dans son personnage. Elle doit jouer à la meuf love, et se lover contre lui toute la soirée. Tout en ayant envie de lui mordre l’oreille jusqu’au sang, et de l’entendre hurler de souffrance. Une véritable Love Quinn pour le coup.
— T’es prête ? demanda Isis en débarquant dans la salle de bain. Wahou meuf t’es canon !
Cassie portait une robe d’été à fond noir, avec de petits imprimés fleuris jaunes. Le plus de cette robe c’est son côté échancré. Un décolleté en V, que l’on retrouve dans le dos. Pas de soutif là-dessous évidemment. Ses seins tiennent sans le moindre effort. Au niveau de sa taille, la robe est savamment découpée en forme de triangle pour accentuer la courbure de ses formes harmonieuses. Resserrée au niveau de la chute de reins, elle se termine par une coupe évasée, tout en légèreté, à l’image d’un tutu long de ballerine. Très sensuel, très Cassie. Elle porte des compensés marron caramel, avec des semelles en osier, pour rester dans le thème nature des motifs à fleurs. Un léger trait de liner noir met en avant ses grands yeux marron. Elle a pris soin de mettre du mascara waterproof. Pas de rouge à lèvres, sa bouche est déjà si bien dessinée que ce n’est même pas nécessaire pour qu’on ait envie de lui croquer les lèvres. Ses longs cheveux retombent en cascade sur ses épaules, et ses créoles en or apportent de la lumière à son visage. La perfection pour détruire un homme.
Elle regarde Isis, en lui lançant de son sourire d’Aphrodite :
— Que le spectacle commence.
19 h 45, elle frappe à la porte de Nathan.
— Wahou chérie ! T’es magnifique.
Elle entre et se serre contre lui. Sa tête posée sur son torse, elle entend les battements de son cœur. Elle aimerait tellement y planter un pieu.
— Merci mon doudou. Tu m’as tellement manqué tu sais ?
— Toi aussi ma puce.
Ils relâchent leur étreinte. Elle a envie de vomir.
— J’ai commandé des sushis comme tu m’as dit. Mais ils ont plein de monde, c’est vendredi. Ils ne vont pas nous livrer avant 21 h 45 ils m’ont dit. Ok j’avoue j’ai passé la commande sur le fil genre vers 19 heures.
— Oh mais ne t’inquiète pas, on est pas pressés. On a toute la nuit pour apprécier.
Il va se les foutre au cul ses sushis. Elle aura déjà débarrassé le plancher d’ici là.
— Tu nous mets des bougies chou ?
— Madame est d’humeur romantique ? Ça ne te ressemble pas dis donc, dit-il en souriant.
Elle se mordille la lèvre inférieure, et joue à l’ingénue. Elle baisse légèrement la tête, tripote nerveusement ses doigts.
— C’est vrai. Mais… je me disais que ça fait déjà plusieurs semaines qu’on se voit et… tu vois ?
— T’es trop mignonne ! T’as l’air toute chamallow. Non je vois pas, dis-moi ?
Chamallow ? Qu’il est niais. Pourquoi elle n’avait jamais vu qu’il était aussi niais ? Ah bah oui parce qu’elle était aveuglée par sa bite.
— Bah… je préfère que tu me dises direct si je fais fausse route, mais j’ai l’impression que notre relation a évolué nan ? Ça me coûte de te dire ça, mais moi je crois que bah… ah tu vois quoi.
— T’es piquée ?
Respire Cassie. Ne dérape pas.
— Hum, clairement…
Elle pose sur lui son regard de petite fille perdue.
— Ooooh ma belle ! Viens là !
Encore un câlin. Beurk. Elle s’extirpe tant bien que mal. Il la regarde, et elle voit dans ces yeux une vraie lueur.
— Je suis piqué aussi. Voilà c’est dit. Plus on passe de temps ensemble, et plus je m’attache à toi. Ouais, j’ai pas peur de te le dire, j’ai des sentiments pour toi Cassie. Et je pense que notre relation peut durer dans le temps. Profite pas de ce que je viens de te dire là pour faire de moi un canard s’il te plaît, ajouta-t-il ironiquement.
Et s’il était sincère ? Si c’était la première fois qu’il était infidèle parce qu’il est vraiment tombé love de Cassie ? Elle se sent perdue sur le coup. Et si Isis et elle avaient porté un jugement trop hâtif sur ce triangle amoureux ? Mais, l’image du selfie avec Sofia lui a traversé l’esprit. Son cœur a fermé sa gueule.
— Nan, je ne vais pas profiter de toi, banane ! Je suis contente qu’on soit sur la même longueur d’onde. J’ai tellement de chance de t’avoir dans ma vie Nat.
Son corps se crispe. Merde, elle aurait pas dû lui ressortir exactement les mêmes mots que l’autre. Mais il n’a pas l’air d’avoir tilté. Vraiment débile ma parole. Il lui prend la main et y dépose un baiser.
— C’est moi qui ai de la chance.
Elle lui sourit tendrement. Profite bien de ta chance, abruti. Ça va pas durer.
— Tu vas nous chercher des bougies ? Prends tout le stock, j’ai envie que ce soit féerique.
— Bien reçu madame. Je vais voir ça.
Il se dirige vers sa chambre. Elle attend qu’il soit à bonne distance et se précipite pour déverrouiller la porte d’entrée. Putain, ça va faire du bruit. Ce gros loquet de meeeeerde ! Elle regarde autour d’elle. La porte donne directement sur le bar. Elle a une idée. Elle va briser un verre pour couvrir le bruit. Mais putain va falloir être synchro de ouf. Elle inspire. Va chercher un verre dans le placard, et une bouteille d’eau fraîche au frigo.
— Je vais me servir un verre d’eau, t’en veux Nat ?
— Nan ça ira merci. J’ai presque fini de dévaliser le stock de bougies.
— Parfait !
Putain, faut qu’elle se grouille le cul. Elle ouvre la bouteille. Elle pose le verre à côté, genre elle était sur le point de se servir. Elle positionne le tout sur le bar, le plus à droite possible, pour être suffisamment proche de la porte et du verre. Ok meuf t’as qu’un seul essai. Une main sur la serrure, l’autre prête à faire glisser le verre. Elle le regarde et lui lâche un « désolée pour ça ». Elle le pousse et tourne la clé simultanément. Fiiiiou, heureusement qu’il est maniaque et que sa serrure est bien huilée, sinon ça aurait été un échec.
— Oh mince ! se lamente-t-elle.
Nathan accourt.
— Bah qu’est ce qui s’est passé, ça va ?
— Oui t’inquiète. Je suis maladroite comme d’hab. Le verre m’a échappé des mains. Je suis désolée.
— Mais nan, c’est rien, c’est qu’un verre. Fais attention à ne pas te blesser par contre. Bouge pas je vais chercher le balai.
Elle se baisse pour ramasser les dégâts, et se coupe le pouce. Fuck ! Elle saigne. Elle porte son pouce à sa bouche, instinctivement. Elle grimace.
— Tu t’es coupé chérie ? Je t’avais dit de me laisser faire. Fais voir.
Elle lui tend son pouce endolori.
— Ah merde, y’a un petit fragment coincé dedans. Attends je vais prendre ma trousse de soin, assieds-toi.
Infirmier prévoyant. Elle se sent envahie par une étrange sensation. Il est attentionné, prend soin d’elle et elle aime ça. Si elle se trompait ?
Son téléphone vibre sur la table basse en métal. Elle déteste cette table. Elle trouve qu’elle détonne complètement avec le reste de la déco. Et puis le métal c’est froid, c’est dur. Bref. Elle voit le texto d’Isis : Je suis en bas. Elle verrouille son portable. Nathan revient avec sa fameuse trousse. Il lui enlève l’éclat de verre, non sans peine.
— Ah c’était pas si petit finalement. C’était bien au fond en plus. Tiens fais pression avec le coton, s’il te plaît.
Elle obéit sans broncher.
— Ok voilà. C’est réglé.
Il lui a mis un peu d’antiseptique et lui a collé un pansement. Il y dépose un baiser.
— Ça devrait aller, tu vas t’en sortir, dit-il d’un ton moqueur.
— Ça pique, se plaint-elle en dramatisant.
Il rit de sa bêtise. Son rire lui est tellement communicatif.
Elle baisse les yeux et voit une petite tache de sang sur son jean.
— Mince, je t’ai saigné dessus !
— Hein ? Quoi ça ? Oh c’est que dal. Ça partira à la machine. Allez, bougies ?
— Bougies. Je te laisse faire, pas envie d’atterrir aux urgences ce soir !
Elle fait de l’humour, elle est vraiment dans son perso. Good. Elle met de la musique, un fond sonore éclectique. Du Damso, du Burna Boy, du Pix’L… Elle choisit de faire le DJ depuis son portable pour ne pas rater un message d’Isis.
Nathan et elle sont posés sur le divan, il est allongé, la tête sur ses cuisses, à fumer son bédo. Dans cette position, il ne voit pas l’écran du portable de Cassie. Parfait. Elle l’observe. Il a les traits fins mais très marqué de masculinité. Il a les yeux fermés et secoue légèrement la tête au rythme de la musique. Elle lui caresse le visage. Il entrouvre un œil. Il lui sourit. Elle se laisse porter par l’instant et passe la main dans sa grosse barbe épaisse, sur son cou, sur son dégradé parfait. Qu’il est beau. Pourquoi a-t-il fallu qu’il soit si canon ? Comment elle va faire pour en trouver un au moins aussi bien ? Pfff la flemme de chercher. En réalité, elle sait d’avance qu’elle ne trouvera pas. Pour elle, il est simplement parfait. Rien à jeter physiquement… Ouais mais pour le reste. Infidèle et menteur. Rien que ça, ça devrait suffire à briser la magie de son joli petit cul. Mais il est trop beau. Elle soupire. Si seulement il n’avait pas été aussi con. Elle perd la notion du temps. Elle change de son, et voit le texto d’Isis.
La meuf est chez elle, elle vient de publier une photo de son plat avec Netflix en arrière-plan. Feu sur le balcon.
Elle hésite. Elle le regarde intensément, comme pour percer à jour son âme. Est-ce qu’il mérite ce qui va lui tomber dessus ? Il lui a dit qu’il a des sentiments. Elle, elle en a, c’est officiel. Elle secoue, la tête : Sofia en a aussi. Ok feu.
— Babe, on va faire un tour sur le balcon, j’ai un peu chaud…
— Ouais bien sûr.
Il se lève, elle le regarde se diriger vers la baie vitrée. Il se retourne :
— Tu viens chérie ?
— J’arrive.
Elle se force à se lever et à rester naturelle. Il lui prend la main, et s’approche de la balustrade. Il lui facilite les choses. Elle repère la voiture d’Isis. Angle parfait. Elle tourne le dos à la route, enlace Nathan de ses bras autour de son joli cou. C’est le point de non-retour se dit-elle. Elle l’embrasse, passionnément. Elle met tout son cœur dans ce baiser. Elle sait que ce sera le dernier. Elle le savoure. Il est tendre, doux. Il lui mord la lèvre inférieure. La fixe, pose son front contre le sien et lui rend son baiser. Avec autant de force, autant de sentiments. Elle a le cœur gros. C’est la fin. Ils restent là enlacés. Ça lui a paru être quelques minutes, mais il faut croire qu’elle a perdu à nouveau la notion du temps. Le bruit de la porte qui s’ouvre. Nathan sort de leur bulle et se retourne. Il fait face à Sofia, le visage rougit de larmes. Cassie tachycarde, again. Il la lâche spontanément. Quel con ! Elle a donc pris la bonne décision. Elle brise le silence :
— Tu me présentes pas Nat ?
Il la regarde, interloqué.
— Bah alors t’as perdu ta langue ? Toi qui sais si bien l’utiliser quand t’as la tête entre mes cuisses.
Il comprend. Son visage se déforme et prend les traits de la haine :
— Putain Cassie ! T’es vraiment qu’une connasse !
Eh bien eh bien ! Voilà donc son vrai visage. Il se tourne vers Sofia, qui est comme paralysée. Isis déboule, téléphone en mode vidéo. Nathan la reconnaît mais ne prend même pas la peine de lui demander ce qu’elle fout là. Il voit très bien où elles veulent en venir ces connes. Il se concentre sur Sofia.
— Mon amour, c’est pas ce que tu crois.
— Ah ? Elle, elle a droit à un mon amour, lança Cassie d’un ton piquant.
— Ferme-la Cassie putain ! lui cria-t-il.
Quelle virulence ! Il s’approche de Sofia, ils sont séparés par la table basse.
— Amour, viens, on sort, on va parler de tout ça. C’est un coup monté tu le vois bien. Regarde l’autre qui filme. J’ai rien fais de mal, je te le jure. Je la connais à peine cette meuf.
Elle sort enfin de son mutisme :
— T’es qu’un gros con. Tu me prends pour une débile ?
Elle se tourne vers Isis :
— C’était toi la photo ? Et les captures d’écran ?
Isis, lui sourit :
— De rien, lui répond-elle.
Les captures d’écran ? Cassie fait le lien dans sa tête. Isis a fait des captures écrans de ses conversations avec Nat pour étayer la nature de leur relation. Bien ouéj baby bitch.
Elle lui lance un clin d’œil.
— Ça dure depuis combien de temps ? lança-t-elle à l’homme de la soirée.
— Deux mois, bientôt trois, répondit Cassie.
— Putain de merde, tu peux pas la boucler grosse conne ! s’égosilla Nathan.
— Pourquoi tu cries ? C’est le fruit de tes conneries tout ça Nat. Tu croyais vraiment que t’allais te foutre de ma gueule et t’en sortir indemne ? On ne me traite pas comme ça. Et elle non plus elle ne mérite pas que tu la traites comme ça.
Sofia pose son regard sur Cassie pour la première fois. Elle se sent étrangement comprise à cet instant précis. Solidarité féminine.
Nat tente de s’approcher d’elle. Il lève les mains en l’air, au niveau de son torse, comme pour montrer qu’il n’est pas armé, signe de non-danger. Il croit vraiment qu’il va l’avoir avec une communication non verbale aussi calculée ? Stupid boy. Elle le fixe avec une telle haine. Sa bouche tremble, son corps tremble. Il est près d’elle. Il la dégoûte. Il chuchote un tendre :
— Chérie, c’est moi. Tu me connais. Tu sais bien que je n’aurai jamais rien fait qui aurait pu te blesser.
Il lui prend les poignets, et lui sort un mielleux :
— Je t’aime plus que tout, t’es tout pour moi Sofia.
Elle explose. Littéralement ; et se met à crier. Isis et Cassie sursautent. Elle est complètement perchée cette nana ! Elles ne peuvent s’empêcher de pouffer de rire. Nathan reste immobile. Elle arrête de gueuler et essaie d’enlever ses poignets des grandes mains de Nat.
— Lâche-moi sale bâtard ! Lâche-moi ! Tu me dégoûtes !
Nathan resserre la pression de ses mains. Elle se débat.
— Putain mais lâââche-moi ! hurle-t-elle.
De tout son poids, et certainement de toute sa rage, elle le pousse. Le gros baraqué, du haut de son mètre quatre-vingt-dix vacille. Il recule et se prend les pieds dans quelque chose. Il s’étale lamentablement en arrière. Un bruit inconnu et sourd, puis le silence. Putain de table basse en métal. Nathan s’est fracassé le crâne sur l’angle de cette putain de table basse en métal. Sofia est sous le choc, elle se précipite vers lui et est stoppée dans son élan par Cassie.
— Ne le touche pas !
— Quoi ? Mais…
— Pousse-toi de là.
Elle la repousse et Sofia retombe assise, appuyée contre le divan, les jambes repliées et retenues par ses bras tremblants, regardant la scène comme si elle avait été dans un vilain cauchemar. Cassie retient ses cheveux en queue-de-cheval, et s’approche du visage de Nat. Elle colle son oreille au plus près de son nez.
— Il ne respire plus.
À nouveau, le silence. On entend simplement le son du téléphone d’Isis qui sonne la fin de la prise de vue.
— Oh mon Dieu je l’ai tué ? demande Sofia tout doucement.
— Euh… a priori oui, lui répond Cassie.
Elle commence à s’emballer et répéter à tue-tête et de plus en plus fort :
— Oh mon Dieu je l’ai tué ! Oh mon Dieu je l’ai tué ! Oh mon Dieu je l’ai tué !
Cassie se précipite vers elle et lui plaque sa main sur la bouche. C’est humide, et plein de morve, beurk.
— Ok ok on se calme. On respire meuf. Allez fais-le avec moi. Inspire, expire. Sans me moucher dessus de préférence. Inspire… Voilà. Tout va bien se passer, ok ? Je vais enlever ma main et tu ne vas pas te mettre à gueuler d’accord ?
Sofia secoua nerveusement la tête en signe d’obtempération.
— Cassie ? questionna Isis.
Elle l’ignore. Il faut qu’elle gère cette blonde cinglée. Elle ôte lentement sa main.
— Ok c’est super Sofia. Tout va bien se passer, ok ?
— Faut prévenir une ambulance, la police.
— On appelle pas une ambulance quand la personne est déjà morte. Et la police c’est pas du tout une bonne idée.
— Cassie ? questionna de nouveau Isis. Toujours sans réponse.
— Mais évidemment qu’il faut appeler la police, s’inquiéta Sofia. C’était un accident.
— Un accident. Un malencontreux accident, t’as raison. Mais on en est là parce que ma pote et moi avons tendu un piège à Nat. Ça pourrait clairement passer pour de la préméditation dans l’esprit mal tourné d’un flic misogyne.
— Mais nan. Elle a tout filmé. On le voit bien que je n’ai pas fait exprès, que… que… je ne voulais pas…
Elle se mit à sangloter.
Le son d’un fichier qu’on supprime.
— Effacée, renseigna stoïquement Isis.
Cassie lâcha un soupir de soulagement. Heureusement qu’Isis avait encore les pieds sur terre. Une folle de moins à gérer.
— Sofia, Isis a effacé la vidéo, tu entends ?
— Mais ?
Elle pleurait tellement qu’elle ne pouvait plus parler.
— Mais… c’était un accident.
Cassie était en train de perdre patience. Elle la prend par les épaules, la soulève et la tire vers le corps de Nat.
— Regarde ses avant-bras. Tu t’es débattu, et tu l’as griffé. Son ADN est sous tes ongles. Ça peut très bien passer pour des traces de lutte. Trois meufs, deux cocues. Et l’infidèle gisant la cervelle en bouillie au milieu du salon. Ils vont nous faire passer pour des hystériques de base ! Les journaux vont nous démonter. Un crime passionnel, un triangle amoureux qui dérape. Putain tu veux vraiment prendre ce risque ? !
À son tour, elle posa les yeux sur le cadavre frais de l’homme qu’elle était en train d’embrasser quelques minutes auparavant. Du sang. Une mare de sang s’est formée autour de sa tête. Il s’écoule lentement de l’angle de la table. Ce bruit sourd précédant le silence était celui d’os qui se brisent, d’un cerveau qui s’écrabouille contre du métal. Un bruit qu’elles n’oublieront jamais.
— Cassie ? questionna à nouveau Isis.
— Quoi putain Isis ?
— J’ai faim.
Sofia et Cassie se tournèrent vers Isis, l’air complètement ahurie. Elle se dirigeait vers le frigo.
— Meuf t’es sérieuse là ?
— J’ai envie de sucre, répondit-elle, sans pression aucune. Oh un pot de confiture de papaye. J’adore ! Il reste plus grand-chose mais ça fera l’affaire. Où sont les petites cuillères ?
Elles répondirent en chœur :
— Tiroir du milieu.
— C’est vraiment chelou ce que vous venez de faire, remarqua Isis en riant.
— Tu ne trouves pas que le fait de manger de la confiture de papaye avec un cadavre au milieu du salon c’est encore plus chelou ? demanda Cassie.
— Question de point de vue, répondit Isis en léchant sa cuillère, Dans quoi il s’est pris les pieds au fait ce con ?
— Mes compensées. Mais ça va elles ont rien.
— Nan mais vous êtes sans cœur ou quoi ? ! s’indigna Sofia. L’homme que j’aime vient de mourir sous mes yeux, par ma faute et vous êtes là à vous inquiéter pour votre estomac et vos chaussures ?
— L’homme que t’aimes me léchait la teuch dès que t’avais le dos tourné ma grande. Redescends de ton nuage rose bonbon. C’était un connard, menteur, manipulateur et infidèle. Ça aurait été quoi la suite ? Il aurait géré les deux bails en même temps pendant encore longtemps ? Il nous aurait mises en cloque toutes les deux et on se serait prêté nos tire-lait ?
— Je compte pas allaiter ni tirer mon lait, lâcha doucement Sofia.
— Moi non plus, mais c’est pas la question merde. C’était pour illustrer mes propos !
Et elle se mit à rire. Nerveusement. Suivie d’Isis. Sofia les observait, complètement dépassée. Elle se mit à se rouler en boule, près du corps de Nat. Le fou rire nerveux terminé, elles regardèrent cette pauvre fille, par terre, en larmes.
— Il lui faut un shoot d’eau de mélisse et de romarin, se moqua Isis.
— Faudrait plus que ça j’crois. T’acharne pas sur elle, on est toutes dans le même bateau. Et a priori, elle l’aimait vraiment.
— J’avoue. Regarde sa tête de dépressive là.
On frappe à la porte. Isis et Cassie sursautent. On frappe à nouveau. Une voix se fait entendre. C’est le livreur pour les sushis. Shit. Isis se dirige naturellement vers la porte.
— Attends, chuchote Cassie. Je vais y aller. Je suis plus grande que toi. Il y a moins de chance qu’il voit quoi que ce soit.
— Ouais t’as raison. Et en plus t’as un putain de décolleté.
Cassie prend une grande inspiration et s’exclame « J’arrive ! ». Elle entrouvre la porte, juste assez pour glisser sa poitrine dans l’interstice. Le livreur à l’air d’avoir tout juste dix-huit piges. Boutonneux et maigrichon. Et pas du tout discret. Ses yeux plongent directement dans le décolleté. Il bégaye un :
— Hum, c’est euh… la sushis, pour livraison.
— La sushis ? s’amuse Cassie.
— C’est euh déjà réglé madame, tenez.
— Merci. T’es trop chou. Bonne soirée.
Elle le gratifie de son sourire en coin et referme gentiment la porte. Elle pose le plateau près d’Isis.
— Tiens, régale-toi mais…
— Oui je sais, je te laisse les makis.
Sofia peinait à parler, mais réussi à sortir une phrase cohérente :
— Qu’est-ce qu’on va faire ? Je veux pas aller en prison.
— Personne n’ira en prison, la rassura Cassie. J’ai une idée, mais je vais avoir besoin de toi. J’ai une question à te poser.
— Vas-y.
— Tu sais jouer la comédie ?
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