Le navire étoile

Edwin C Tubb · Chapitre 1 sur 18

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Le navire étoile

Chapitre Premier

 

Le Psycho-policier Jay West arriva tout juste à temps au quartier général pour assister au jugement d’un cas porté devant la cour de justice du Vaisseau. Comme à l’ordinaire, Gregson, président de la cour, faisait fonction de juge et, à part Kennedy et le préposé aux communications, il n’y avait personne d’autre dans le bureau. Jay sourit à l’employé, poussa du coude son collègue officier pour avoir de la place sur le banc et, avec un signe de tête vers la vitre qui les séparait de la salle du débat, il demanda :

— Que se passe-t-il ?

— Un cas de gaspillage, répondit Kennedy sans détacher son regard de la scène. Secteur quatre. Vous connaissez ?

— Non.

Jay regarda l’accusé qui, comme l’indiquait son short vert, était un jardinier encore célibataire. Ses membres minces et sa peau délicate montraient qu’il avait passé la plus grande partie de sa vie aux étages supérieurs, où la force de gravitation était faible. L’homme était nerveux et il écarquillait les yeux pour regarder l’aménagement de la pièce sommairement meublée. Il rappelait à Jay, qui l’examinait, un animal, un de ces animaux petits, bruns, impuissants, de la Terre lointaine. Un daim, peut-être ? À moins que ce ne fût un lapin ? Jay ne parvenait pas à s’en souvenir et il oublia la question en voyant Gregson se retourner sur son siège.

Le chef de la Psycho-Police était un homme grand, épais, dont les yeux noirs rivalisaient d’éclat avec le short élégant de son uniforme. Deux fois plus âgé au moins que l’accusé, il dominait la cour par la seule force de sa personnalité et, tandis qu’il se penchait un peu en avant par-dessus son large bureau, Jay le compara, lui aussi, à un animal. Un tigre… ou peut être un chat ? Il fronça les sourcils pour tâcher de se rappeler à quel moment et sur quelle bande il avait vu ces créatures et il prit mentalement note d’accorder plus d’attention, dorénavant, aux bobines éducatives. La voix de Gregson, qui lui parvenait par les micros, le fit se pencher en avant.

— Goodwin, laissait tomber Gregson d’un ton froid. Numéro 15/3479. Accusé de gaspillage criminel. Qui est l’accusateur ?

— Moi, Monsieur.

Un homme plus âgé, jardinier lui aussi, s’avança en traînant les pieds, un grand sac de plastique à la main.

— Je m’appelle Johnson, numéro 14/4562. Je suis chef jardinier du secteur quatre. J’ai surpris le jeune Goodwin ici présent en train de jeter toutes les émondes dans le vide-ordures destiné aux déchets inorganiques. Or nous mettons toujours le produit de la taille des plantes dans le vide-ordures destiné aux déchets organiques, en vue de la récupération. Si je ne m’en étais pas aperçu, elles auraient été brûlées et nous aurions tout perdu, sauf l’eau.

Gregson approuva de la tête.

— Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

— Je ne l’ai pas fait !

Le jeune homme s’humectait nerveusement les lèvres et son regard allait, plein de défi, de Gregson à son accusateur Johnson, de celui-ci à l’homme qui l’avait arrêté, pour revenir à celui qui était derrière le bureau. Gregson jeta un coup d’œil à l’officier.

— Les preuves ?

— Voilà, Monsieur.

Carter prit le sac des mains de Johnson et vint le vider sur le bureau. Un demi-kilo environ de feuilles bordées de brun et de tiges sèches fit un petit monceau de végétation sur la surface lisse. Il recula tandis que Gregson regardait le tas.

— Vous avez trouvé tout cela dans le vide-déchets inorganiques ?

— Oui.

Gregson se renversa dans son fauteuil en remuant d’un doigt nonchalant le monceau de feuilles. Il ne disait rien et, hormis le faible bruissement des feuilles et la douce vibration, presque imperceptible, des murs et du parquet métalliques, si légère et si habituelle qu’on ne le remarquait pas, le silence régnait dans la salle.

— Dévastation ! fit Kennedy avec dégoût. Gregson devrait l’envoyer droit aux convertisseurs.

— Vous pensez qu’il est coupable ? demanda Jay en fermant à demi les paupières pour regarder le visage pâle et transpirant de l’accusé.

— Que… commença Kennedy en haussant les épaules. Une voix, qui leur arrivait par les haut-parleurs, l’interrompit.

— Je ne l’ai pas fait, insistait Goodwin, désespéré. Je jure que je n’ai rien fait.

— Comment expliquez-vous que cette matière vitale ait été trouvée dans le vide-déchets auquel elle n’était pas destinée ? demanda Gregson d’une voix très douce.

— Je ne peux l’expliquer, Monsieur. À moins…

— À moins que quoi ?

— Johnson vieillit, Monsieur, lâcha Goodwin. Il a peur que je prenne sa place et il essaie de se débarrasser de moi.

— Je n’aurais pas jeté de la végétation dans le vide-déchets inorganiques, dit vivement Johnson. Je sais trop bien combien cette matière est précieuse pour commettre un tel crime. J’ai toute ma vie été jardinier, Monsieur, et je ne pourrais vraiment pas le faire.

— C’est une sérieuse accusation, dit Gregson qui ne paraissait pas avoir entendu la contre-accusation et la défense. Vous savez que le gaspillage est, après la mutinerie, le crime le plus haïssable. Ces deux crimes sont punis de mort.

Après un silence, il ajouta :

— Avez-vous quelque chose à dire avant que je prononce la sentence ?

— Je n’ai rien fait, répéta Goodwin désespéré. Je suis innocent.

— Pourquoi Gregson ne le soumet-il pas au test ? remarqua Jay avec dégoût. Quelques minutes sur le détecteur de mensonges auraient éclairci toute l’affaire.

Il ajouta, avec un regard sévère à l’adresse de Johnson :

— Voyez-le. Il mériterait l’enfer.

— Mieux vaut ne pas vous laisser entendre par Gregson, remarqua Kennedy. Il sait ce qu’il fait.

— Peut-être, mais je… Quoi ?

Jay avait été interrompu par le préposé aux communications.

— Un appel du secteur trois. C’est le vôtre, n’est-ce pas, Jay ?

— En effet, répondit celui-ci qui se leva pour s’approcher de l’opérateur. Qu’y a-t-il ?

— Un accident. Un homme mort à l’étage dix-neuf, secteur trois, cabine 427. L’appel vient d’un nommé Edwards. Il dit qu’il vous attend près de la cabine. Voulez-vous voir cela ?

Jay acquiesça et, laissant Kennedy les yeux toujours fixés sur la salle du tribunal, partit dans le Vaisseau.

Si Jay avait vu des fourmilières et des ruches, il aurait pu leur comparer le Vaisseau. C’était un énorme œuf métallique criblé d’étages concentriques, de cabines, d’ateliers, de salles de récréation, de fermes hydroponiques et de cuveaux de levures en culture pour la production des aliments, de cuisines et de réfectoires pour la préparation et la consommation de ceux-ci. Tout ce qui était essentiel à la vie était contenu dans la carcasse titanique, des jouets pour nouveau-nés jusqu’aux jardins pour le rafraîchissement de l’air. Toute cette incroyable masse tournait autour de son axe, créant une gravitation artificielle par la force centrifuge, gravitation qui augmentait rapidement à mesure qu’on se rapprochait de la coque extérieure, et qui disparaissait dans les régions centrales.

Il avait été construit par des hommes, non pas sur la Terre, ce qui aurait été impossible, mais dans l’espace, où ils l’avaient ajusté à partir de pièces préfabriquées halées de la planète par de puissantes fusées, ou prises sur Tycho, la nouvelle base lunaire. Pour cette construction, une montagne de métal avait été utilisée et, quand la coque fut achevée, on l’avait équipée de machines suffisamment puissantes pour éclairer un monde. On y avait emmagasiné des grains, des plantes, des provisions, du combustible, des animaux, des cultures, pour qu’un jour les colonisateurs fussent en mesure de mettre en valeur une nouvelle terre sous un soleil étranger.

Les Bâtisseurs avaient bien calculé. Enthousiasmés par la découverte de planètes autour de Pollux, soleil distant seulement de la Terre de trente-deux années-lumière, ils avaient résolu de briser la barrière qui leur interdisait le vol interstellaire. La vitesse à elle seule ne le permettait pas. Il n’y avait toujours aucun moyen de triompher des équations d’Einstein qui établissaient la vitesse de la lumière comme une limite infranchissable, mais on pouvait s’appuyer sur le temps. Ils avaient donc largué le Vaisseau en direction de Pollux avec une vitesse égale au dixième seulement de celle de la lumière. Ils espéraient que les descendants coloniaux originels pourraient réaliser ce que ceux-ci étaient incapables de faire eux-mêmes.

Cependant, c’est long, trois cents ans.

Le nom du vaisseau avait d’abord été oublié. Puis, le vaisseau était devenu le Vaisseau, avec une majuscule. La sensation de mouvement avait bientôt disparu aussi de sorte que, pour les habitants de ce monde, les cabines métalliques étaient devenues leur univers tout entier, statique, immuable, inaltérable. Ils vivaient et mouraient dans les limites closes de leur prison de métal et, à mesure que s’écoulait lentement le temps, le but même et l’objet de leur voyage étaient devenus vagues et légèrement irréels.

Mais les Bâtisseurs avaient bien établi leurs plans.

Edwards était de la quatorzième génération. Jay pouvait s’en rendre compte sans regarder la plaque d’identité que portait l’homme au poignet gauche. Il y avait en lui une certaine résistance, une calme solidité qui ne se trouvaient que chez les gens d’un certain âge. À la vue du short noir de l’officier, Edwards était sorti de sa cabine pour conduire celui-ci dans le couloir.

— Il est là, dit-il en s’arrêtant devant une porte. Je n’en ai encore rien dit à personne. J’ai appelé dès que j’ai vu ce qui s’était passé.

— Étiez-vous des amis ? demanda Jay qui n’entra pas dans la pièce immédiatement.

Le couloir était désert et l’endroit convenait autant qu’un autre pour une enquête préliminaire.

— Le connaissiez-vous bien ? ajouta-t-il.

— Assez bien. Il travaillait dans la levure et nous avons pour ainsi dire grandi ensemble. Je ne comprend pas, ajouta Edwards en hochant la tête. Hans a toujours été prudent, pas du tout le type à se mêler de ce qu’il ne connaissait pas. Je n’arrive pas à imaginer ce qui l’a poussé à faire cela.

Edwards jeta un coup d’œil dans le couloir qui se rétrécissait au loin en s’infléchissant un peu pour suivre l’alignement circulaire des cabines.

— Peut-être ferions-nous mieux d’entrer, suggéra Edwards.

Jay approuva et entra dans la cabine.

Sur le mort, il n’y avait que deux choses reconnaissables. Son short jaune et sa plaque d’identité. Le short indiquait que l’individu avait travaillé dans la levure et, la plaque, qu’il était de la quatorzième génération, qu’il s’appelait Hans Jenson et qu’il n’avait absolument pas le droit de faire ce qu’il avait apparemment fait. Les engins électriques étaient sous la surveillance des électroniciens et personne, en dehors de ceux-ci, n’avait le droit de détacher une plaque de protection pour toucher à ce qui se trouvait derrière. C’était pourtant ce qu’avait fait Hans, pour une raison inconnue et le résultat, c’était que le voltage considérable du courant l’avait calciné.

— Qu’est-ce que vous en dites ?

— Il semble que ce soit un accident, répondit Jay, prudent. Il a tripatouillé les connexions et a été brûlé pour sa peine.

Son regard fit le tour de la pièce, cabine normale de trois-mâts à deux couchettes.

— Partagiez-vous cette cabine ?

— Oui.

— Où étiez-vous quand cela s’est passé ?

— En bas, dans la salle de récréation. Hans et moi, nous regardions quelques films quand on l’a appelé. Je l’ai attendu puis, quand j’ai vu qu’il ne revenait pas, j’ai pensé qu’il était peut-être allé se coucher. Je suis entré ici et je l’ai trouvé dans cet état.

— Je vois. Combien de temps avez-vous attendu avant de quitter la salle de récréation pour le suivre ?

— J’ai attendu jusqu’à la fin du film, environ quinze minutes. Je ne crois pas que ce soit un accident, ajouta Edwards après avoir hésité.

— Quoi ?

— Je dit que ce n’est pas un accident, répéta Edwards avec entêtement. Je connaissais trop bien Hans pour croire jamais qu’il ferait quoi que ce soit de ce genre. Pourquoi l’aurait-il fait ? Il travaillait dans la levure, il n’aurait pas eu l’idée de tripatouiller dans les fils électriques. Et s’il l’avait fait, il en savait suffisamment sur le haut voltage pour ne toucher à rien.

— Vous croyez donc qu’il s’est suicidé ?

— Non. Je pense qu’il a été assassiné.

Jay soupira et, s’appuyant au mur, regarda Edwards. Contre son épaule, il sentit l’incessante vibration imperceptible dont le Vaisseau ne pouvait jamais entièrement se libérer. Un philosophe avait dit de cette vibration qu’elle était le chant vital du Vaisseau. Tant qu’on l’entendait, tout allait bien.

— Ainsi vous pensez qu’il a été tué, dit-il lentement. Qu’est-ce qui vous incite à le croire ?

— C’est simple. Hans n’aurait jamais enlevé cette plaque. Même s’il l’avait fait, il n’aurait pas touché à une connexion sous tension. Hans n’était pas un imbécile.

— C’était un vieillard, fit remarquer Jay. De la quatorzième génération. Les vieillards font quelquefois des choses déraisonnables.

— Hans était l’un des hommes les mieux constitués et les plus raisonnables que j’aie jamais connus. Ne me parlez pas d’âge, ajouta, Edwards avec un geste irrité de la tête. Je sais ce que je dis.

— Avez-vous quelque autre motif, en dehors de la connaissance que vous avez du mort, qui vous pousse à déclarer qu’il a été assassiné ?

Jay, tout en parlant, se redressait et se rapprochait de la chose brûlée qui gisait sur le sol. Edwards hésitait.

— Je n’en suis pas sûr, dit-il lentement. Où voulez-vous en venir ?

— Avait-il des ennemis ?

— Pas que je sache. Hans était très populaire dans le groupe levure. Il y a pourtant quelque chose.

— Quoi ?

— Ce jeune homme qui est venu l’appeler dans la salle de récréation. Je connais très bien les gens du secteur et je jurerais qu’il y était étranger. Cependant… J’ai l’impression, acheva Edwards, les sourcils froncés, après avoir hésité, que je le connais.

— Pourriez-vous le reconnaître ?

— Oui, mais ce n’est pas ce que je voulais dire. Je vous ai raconté que j’ai attendu un moment dans la salle de récréation et, qu’après un instant, je suis venu me coucher ici ?

— En effet.

— Eh bien, alors que je longeais le couloir, j’ai cru voir un homme sortir de cette pièce.

— Êtes-vous certain que c’était cette pièce ?

— Non, reconnut Edwards. Vous savez ce qu’il en est, elles sont toutes semblables et il se peut que l’homme soit sorti de la pièce contiguë, ou même de la suivante. Je ne peux donc pas le jurer, mais je peux affirmer que celui que j’ai vu était le même qui avait appelé Hans dans la salle de récréation.

— Et vous croyez qu’il a assassiné votre ami ?

— Que puis-je penser d’autre ? répondit Edwards qui évitait de regarder le tas carbonisé qui se trouvait sur le sol. Il a appelé Hans. Je l’ai vu quitter cette pièce ou, du moins, je crois l’avoir vu. Quand je suis arrivé ici, Hans était mort. Si cet homme s’est trouvé ici avec Hans, pourquoi donc n’a-t-il pas fait connaître l’accident, si c’en était un ? Et pourquoi Hans m’aurait-il brusquement quitté pour venir dans cette pièce enlever la plaque de protection et toucher à une connexion électrisée ? Rien de tout cela n’est logique, acheva Edwards en hochant la tête.

— Bien entendu que non, repartit Jay. Pourquoi quelqu’un aurait-il tué votre ami ? La chose est déraisonnable. Il s’agit d’un accident. Nous ne saurons peut-être jamais exactement pourquoi Hans voulait prendre la plaque, mais nous pouvons être certains qu’il n’avait pas l’intention de toucher à la connexion.

Jay s’agenouilla près du corps, mais comme on frappait à la porte, il leva les yeux.

— Qui est-ce ?

— L’équipe de la Récupération.

— Faites-les entrer.

Jay se releva. Deux hommes qui portaient le short olive du département Récupération pénétrèrent dans la pièce. Un ouvrier de l’Électronique les suivait. Son bleu éclatant mit dans la pièce une tache de couleur lorsqu’il se pencha sur la connexion découverte. Il grommela en essayant les fils, replaça la plaque de protection et, après avoir incliné la tête, se retira. Il n’avait pas regardé le mort. Les deux hommes aux shorts olive déplièrent un grand sac en plastique et, avec l’aisance d’une longue pratique, le glissèrent sur ce qui restait de Hans Jenson, le jetèrent par-dessus leurs épaules et se dirigèrent vers la porte.

— Où l’emmènent-ils ? demanda Edwards en regardant Jay.

La porte se referma derrière le groupe funèbre et leur fardeau informe. Jay haussa les épaules.

— Aux convertisseurs, vous le savez.

— N’allez-vous pas faire une autopsie ?

— La cause de la mort est évidente, dit-il. Électrocution par accident, et c’est ma conclusion officielle.

— C’est un assassinat, insista Edwards. Je vous dis que je connais trop bien Hans pour croire jamais que sa mort a été accidentelle.

— Quelle preuve avez-vous qu’elle ait été autre chose qu’un accident ? demanda Jay. Vous dites que vous avez vu un homme. Vous ne savez pas qui il est et vous croyez l’avoir vu sortir de cette pièce. Vous savez aussi bien que moi qu’il peut être sorti de n’importe laquelle d’une douzaine de pièces. Vous dites que vous le reconnaîtriez, mais vous ne savez pas si vous le connaissez. Quel genre de preuve est-ce là, Edwards ? Il m’en coûte de vous le rappeler, mais vous n’êtes plus tout jeune et il est bien possible que vous vous soyez trompé.

— Je ne me trompe nullement, répliqua Edwards. Toute cette affaire me paraît être une mise en scène.

— Est-ce que vous m’accusez de collusion avec un assassin ? fit Jay, sans élever la voix.

— Non, bien sûr que non.

— Vous reconnaissez donc avec moi que la mort de Jenson a été causée par un malheureux accident.

— Non, dit Edwards en hochant la tête et en évitant de rencontrer le regard de l’officier. Je ne peux pas le croire. Je connaissais trop bien Hans, il n’aurait jamais fait pareille chose.

— Vous êtes entêté, Edwards, jeta Jay avec impatience. Je dis que c’est un accident et cela devrait suffire. Je sais qu’un vieillard peut avoir une absence, faire une erreur stupide, quelque chose qui entraîne sa mort. Pourquoi ne pas s’en tenir là ?

— Je ne peux pas, dit Edwards en soutenant le regard des yeux bleus fixés sur lui. Ne me demandez pas pourquoi, je ne peux tout simplement pas. Hans était mon ami. Peut-être ne comprendrez-vous pas ce que cela signifie, mais je ne pourrai jamais croire qu’il était fou au point d’agir aussi imprudemment. Je vais chercher ce jeune homme qui l’a appelé, continua-t-il en serrant les poings, l’homme que je jurerais avoir vu quitter cette pièce. Je le reconnaîtrai et, quand je l’aurai trouvé, peut-être saurons-nous la vérité sur ce qui s’est passé ici.

— Je vois, dit Jay qui plaignait presque l’homme dont, la sincérité était évidente.

Mais, se rappelant son devoir, il soupira et saisit le bras d’Edwards :

— Je regrette, dit-il, mais vous allez m’accompagner.

— Pourquoi ? demanda Edwards en essayant de se dégager.

— Vous êtes un peu trop certain, pour mon goût, que Jenson a été assassiné. Pour que vous en soyez aussi sûr, il n’y a qu’une raison, c’est que vous l’ayez fait vous-même.

— Cela n’a pas de sens ! s’écria Edwards qui essaya encore de s’enfuir.

Mais il fit une grimace de douleur car Jay avait accentué sa pression.

— Il est impossible que vous croyiez cela, dit-il. Hans était mon ami, je n’aurais jamais eu même l’idée de le tuer.

— Peut-être, mais je pense qu’il est préférable de laisser la décision à Psycho.

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