Légendes pour les enfants
Comment les cent pages et les cent…
XV
Comment les cent pages et les cent barons, tous montés et habillés de même, arrivèrent devant le roi de France au bois de Vincennes.
A la fin, les cent barons et les cent pages vinrent bien équipés et habillés. Ils étaient tous vêtus d’un velours brodé de fin or; leurs pourpoints étaient de satin cramoisi, magnifiques et bien en point; mais le roi était le plus beau de tous.
Il défendit à ses gens de dire qui il était, sinon qu’il avait nom Jean de Paris, et qu’il était fils d’un riche bourgeois qui avait laissé de grandes richesses après son décès.
Quand il sut que le roi d’Angleterre voulait partir de Paris, il se mit en route et tira son chemin par la Beauce[44], car il savait que le roi d’Angleterre voulait se diriger sur Bordeaux. Pour cela il prit les devants jusqu’à Etampes, en pleins blés, et là, étant averti que le roi d’Angleterre venait, il choisit les chemins écartés et chevaucha doucement avec deux cents chevaux grisons. Pour son armée, elle s’en allait par une route bien autre, afin que l’Anglais ne l’aperçût pas, et elle conduisait les chariots et les richesses de Jean de Paris. Quand le roi anglais arriva à Étampes[45], ses gens lui dirent que devant lui il y avait une compagnie de gens fort bien accoutrés, et qu’il serait bon d’y envoyer pour en avoir des nouvelles.
[Note 44: Plaine fertile en blé qui s’étend du côté d’Orléans et de Chartres, entre la Seine et la Loire.]
[Note 45: A mi-chemin entre Orléans et Paris.]
XVI.
Comment le roi d’Angleterre envoya un héraut pour savoir ce que c’était.
Quand le roi d’Angleterre entendit cela, il fit venir un héraut, lui ordonna d’aller voir cette compagnie, et lui enjoignit de s’enquérir qui était le seigneur et de le saluer de sa part. Incontinent le héraut partit et arriva près des Français. Il les vit chevaucher en belle ordonnance, et tous les chevaux pareils.
Enfin il prit courage, se mit en la garde de Dieu et vint jusqu’auprès des derniers, disant: «Dieu vous garde, messeigneurs. Le roi d’Angleterre, mon maître, qui vient après moi, m’envoie vers vous pour savoir qui est le capitaine de toute cette compagnie.
—Ami, dit l’un d’eux, c’est Jean de Paris, notre seigneur.
—Est-il ici? dit le héraut.
—Oui, dirent les Français; il chevauche un peu en avant de sa bande.
—Vous semble-t-il que je lui puisse parler?
—Vous pouvez lui parler si vous chevauchez légèrement.
—Comment le connaîtrai-je?
—Vous le connaîtrez à une petite baguette blanche qu’il tient à la main.»
Le héraut chevaucha au travers de la presse des cavaliers, tout ébahi de voir un tel triomphe; il se hâta, et, ayant aperçu celui qu’il demandait, il le salua en disant:
«Très-haut et puissant seigneur, je ne sais pas les titres par lesquels je vous peux honorer; aussi excusez-moi. Qu’il vous plaise du moins, mon très-redouté seigneur, d’apprendre que le roi d’Angleterre, mon maître, m’envoie à vous pour savoir quelles gens vous êtes; car il est bien près d’ici, en arrière, et désire aller en votre compagnie.»
Jean de Paris répondit:
«Mon ami, vous direz à votre maître que je suis son serviteur, et que s’il veut chevaucher légèrement, il pourra nous atteindre, car nous n’allons pas bien fort.
—Qui dirai-je que vous êtes?
—Mon ami, dites-lui que je m’appelle Jean de Paris.»
Le héraut ne l’osa plus interroger, craignant de lui déplaire, et il retourna vers son maître, tout étonné de ce qu’il avait vu. Il lui dit qu’ils étaient environ deux cents chevaliers et cent pages, tous d’un même habit et de même âge. «J’ai tant fait, ajouta-t-il, que j’ai parlé à leur maître et l’ai salué de votre part. Il m’a dit que son nom est Jean de Paris, et je n’ai pas osé l’interroger davantage. Sachez aussi qu’il n’y a pas de différence entre eux, sinon qu’il porte une baguette blanche en sa main et qu’il est merveilleusement beau par-dessus tous les autres.»