L'Émigré
Lettre XXVI.
M E
C L .
J'avais entendu dire que la personne qui faisait les fleurs dont je vous ai parlé, avait eu en France de la fortune, et que la Révolution l'avait réduite à faire usage de ce talent pour vivre; mais j'étais bien loin de la soupçonner d'être une si grande dame. Elle vient quelquefois à Mayence, où elle a une amie, et elle y fait apporter des fleurs par la jeune fille que vous avez vue. Un jour j'allai chez elle, et comme elle était sortie, l'hôtesse me mena à la chambre de la Duchesse. Je la trouvai lisant un volume de V , un autre était
sur la table, et contenait Zadig ou la Destinée. Je lui dis qu'il y avait beaucoup de philosophie dans ce petit roman, et elle me répondit, il faut bien croire à une destinée qui se joue de tous les desseins des hommes, élève ce qui est bas et abaisse ce qui est élevé. Et elle cita à ce sujet ces vers que je la priai de m'écrire, et qu'elle me dit être de C .