L'épreuve - Le "bagne" de la Légion

Henry Allainmat · Chapitre 2 sur 15

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L'épreuve - Le "bagne" de la Légion

Chapitre 1

 

— Disciplinaire Terrier, au rapport du lieutenant ! cria Loriot au matin du 29 octobre 1973.

Le caporal-chef, en treillis vert foncé, se tenait bien campé sur ses deux jambes écartées, le képi noir sur les yeux, les sourcils froncés, les poings posés sur les hanches, comme à chaque fois qu’il était fortement contrarié.

Marcel nettoya ses outils avec soin, puis il les rangea dans leur boîte métallique. Il prit dix mètres de recul au pas de gymnastique et se retourna pour contempler, avec un mélange de respect et de fierté, la haie intérieure qu’il venait de tailler en créneaux.

« Du bon boulot », pensa-t-il.

Le lieutenant Albertini l’attendait dans son bureau, détendu, souriant. Wolf, son berger allemand, semblait, pour une fois, se désintéresser de la situation.

— Terrier, tu t’es bien conduit ces derniers temps, tu peux faire tes valises. Tu pars aujourd’hui. On t’a affecté au 1er REC, à Orange. C’est un bon régiment et j’espère que tu lui feras honneur. Tu vois, tu es tiré de la merde. Tu peux dire merci à la Section d’Épreuve. Te voilà redevenu un vrai légionnaire. Content ?

— À vos ordres, mon lieutenant !

Quand il sortit du bureau d’Albertini, Marcel fila directement jusqu’à sa haie qu’il contempla une dernière fois. Elle lui appartenait cette haie. Il n’avait jamais éprouvé autant d’affection pour quelque chose.

Rentré dans le baraquement du groupe « rééducation », il plia soigneusement son paquetage, reprit dans le magasin d’habillement ses deux sacs marins et sa valise noire qui n’évoquèrent aucun souvenir en lui.

Neuf mois passés goutte à goutte. Neuf mois de bagne. C’était au commencement du monde.

Marcel allait embarquer dans la jeep qui devait le conduire à Bastia, où sa place avait été retenue sur le Fred Scamaroni quand Loriot s’approcha, suivi de Romero, d’Alban et de Dutertre.

— Alors, Terrier, tu nous quittes déjà ?

— Oui chef ! répondit évasivement Marcel.

Quelque chose l’inquiétait, mais il n’osait pas formuler une question.

— Content de partir ? continua Loriot.

— Oui chef ! Mais… Qui va tailler les haies à présent ?

— On trouvera bien un connard quelque part ! T’inquiète pas pour ça !

Le caporal-chef s’approcha davantage encore de Marcel. Il tenait ses mains dans son dos, comme s’il cachait quelque chose.

— Les autres cadres et moi-même, nous ne voulons pas te laisser partir sans te faire un petit cadeau. Un souvenir, le plus joli souvenir que tu puisses emporter de la Section disciplinaire, dit-il avec emphase après un clin d’œil complice à Romero et aux autres. Ferme tes jolis yeux et ouvre ta grande gueule !

Marcel obéit sans se poser d’autre question.

Loriot prit son élan, rejeta sa tête en arrière, se racla la gorge et cracha dans la bouche largement ouverte.

Les rires gras des cadres parvinrent très, très lointains à Marcel. Mais curieusement, sa mémoire s’en imprégna.

La jeep prit la route de Corte et les rires déments résonnèrent longtemps encore aux oreilles de l’ex-disciplinaire.

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