Les Cent Nouvelles Nouvelles, tome II
Par Monseigneur de Launoy.
LA XCVIIe NOUVELLE.
PAR MONSEIGNEUR DE LAUNOY.
Ilz estoient n’a guères une assemblée de bons compaignons faisans bonne chère en la taverne, et buvant d’autant et d’autel. Et quand ilz eurent beu et mangé, et fait si bonne chère que jusques à loer Dieu et aussi usque ad hebreos la plus part, et qu’ilz eurent compté et paié leur escot, les aucuns commencèrent à dire: «Comment nous serons festoyés de noz femmes, quand nous retournerons à l’ostel! Dieu scet que nous ne serons pas excommuniez: on parlera bien à noz barbes.—Nostre dame! dist l’un, je craing bien de m’y trouver.—Ainsi m’aist Dieu, dit l’autre, aussi fays je moy; je suis tout seur d’oyr la passion. Pleust à Dieu que ma femme fust muette! je buroye trop plus hardiment que je ne faiz.» Ainsi disoient trestous, fors l’un d’eulx qui estoit bon compaignon, qui leur alla dire: «Et comment, beaulx seigneurs, vous estes donc bien fort maleureux, qui avez chacun femme qui ainsi vous reprend d’aller à la taverne, et est tant mal contente que vous buvez? Par ma foy, Dieu mercy, la mienne n’est pas telle; car de boire que je face vous n’avez garde qu’elle en parle; mesmes, qui plus est, si je buvoie dix, voire cent foiz le jour, si n’est ce pas assez à son gré; bref, oncques je ne beu qu’elle n’eust voulu que j’eusse plus beu la moitié. Car quand je reviens de la taverne, elle me souhaitte tousjours le demourant du tonneau dedans le ventre, et le tonneau avecques; si n’esse pas signe que je boive assez à son gré?» Quand ses compaignons oyrent ceste conclusion, ilz se prindrent à rire et loèrent beaucop son compte, et sur ce s’en allèrent tous, chacun à sa chacune. Nostre bon compaignon qui le compte avoit fait s’en vint à l’hostel, où il trouva Pou Paisible sa femme toute preste à tanser, qui de si loing qu’elle le vit commença la souffrance accoustumée; et de fait, comme elle souloit, luy souhaitta le demourant du vin du tonneau dedans le ventre. «La vostre mercy, m’amye, dist il; encores avez vous meilleure coustume que les aultres femmes de ceste ville: elles enragent de ce que leurs mariz boivent ne tant ne quant, et vous, Dieu le vous rende, vouldriez bien que je beusse tousjours ou une bonne foiz qui tousjours durast.—Je ne sçay, dit elle, que je vouldroie, sinon que je prie à Dieu que tant vous buvez ung jour que vous puissez crever.» Comme ilz se devisoient ainsi doulcement comme vous oez, le pot à la porée, qui sur le feu estoit, commence à s’enfuyr par dessus, pource que trop aspre feu avoit; et le bon homme, voyant que sa femme n’y mettoit point la main, luy dist: «Et ne veez vous, dame, ce pot qui s’en fuit?» Et elle, qui encores rappaisée n’estoit, luy respondit: «Si faiz, sire, je le voy bien.—Or le haulsez donc, Dieu vous mecte en mal an!—Si feray je, dist elle, je le haulseray, je le mectz à xij. deniers.—Voire, dist il, dame, est ce la response? Haulsez ce pot, de par Dieu!—Et bien, dit elle, je le mectz à vij. sols; est ce assez hault?—Hen! hen! dist il, et par saint Jehan! ce marché ne se passera pas sans trois coups de baston.» Et il choisit ung gros baston et en descharge de toute sa force sur le doz de madamoiselle, en disant: «Ce marché vous demoure.» Et elle commence à cryer alarme, tant que les voisins s’i assemblèrent, qui demandèrent que c’estoit; et le bon homme racompta l’ystoire comme elle alloit, dont ilz rirent trèsbien de celle à qui le marché demoura.
LA XCVIIIe NOUVELLE.
PAR L’ACTEUR.
Es metes et marches de France avoit ung riche et puissant chevalier, noble tant par l’ancienne noblesse de ses predecesseurs comme par propres nobles et vertueux faiz. De sa femme espousée avoit une seule fille, trèsbelle et trèsadressée pucelle, eagée de xvj. à xvij. ans ou environ. Ce bon et noble chevalier, voyant sa dicte fille avoir attaint à l’eage habile et ydoine pour estre allyée et conjoincte par mariage, eut trèsgrande volunté de la donner à ung chevalier son voysin, trèsriche, non toutesfoiz noble de parentage comme de grosses richesses et puissances temporelles; avec ce aussi, eagé de lx. à quatre vingts ans ou environ. Ce vouloir rongea tant autour de la teste du père dont j’ay parlé, que jamais ne cessa jusques ad ce que les allyances et promesses furent faictes entre luy et sa femme, mère de la dicte pucelle, et le dit chevalier, touchant le mariage de luy avec la dicte fille, qui des assemblées, promesses et traictiez ne savoit rien, et n’y pensoit aucunement. Assez prochain de l’ostel d’iceluy chevalier père de la pucelle, avoit ung aultre jeune chevalier vaillant et riche moyennement, non pas tant de beaucop comme l’autre ancien dont j’ay parlé, qui estoit trèsardent et fort embrasé de l’amour d’icelle pucelle. Et pareillement elle, pour la vertueuse et noble renommée de luy, en estoit trèsfort enlassée, et combien que à dangier parlassent l’un à l’autre, car le père s’en doubtoit et leur ostoit et rompoit les moyens et voies qu’il povoit, toutesfoiz si ne les povoit il forclorre de l’entière et trèsloyale amour dont leurs deux cueurs estoient mutuellement entreliez et embrasez. Et quand fortune leur favorisoit tant que ensemble les faisoit deviser, d’aultre chose ne tenoient leurs devises que de pourpenser et adviser le moien par lequel leur souverain desir pourroit estre accomply par legitime mariage. Or s’approucha le temps que icelle pucelle deut estre donnée à ce seigneur ancien, et le marché et traictié luy fut par son père descouvert et assigné le jour qu’elle devoit espouser, dont ne fut pas pou courroussée; mais elle se pensa qu’elle y mectroit remède. Elle envoya vers son trèschier amy le jeune chevalier, et luy manda qu’il venist celéement le plus qu’il pourroit. Et quand il fut venu, elle luy compta les allyances faictes d’elle et de l’autre ancien chevalier, demandant sur ce conseil de tout rompre; car d’autre que de luy ne vouloit estre espouse. Le chevalier luy respondit: «M’amye trèschère, puisque vostre bonté se veult tant humilier que de moy offrir ce que je n’oseroie requerir sans trèsgrand vergoigne, je vous remercie; et, si vous voulez perseverer en ceste bonne volunté, je sçay que nous devons faire. Nous prandrons et assignerons ung jour en ceste ville bien acompaigné de mes amys et serviteurs, et à certaine heure vous rendrez en quelque lieu que me direz maintenant où je vous troveray seule. Vous monterez sur mon cheval et vous mainray en mon chasteau; et puis, si nous povons appaiser monseigneur vostre père et ma dame vostre mère, nous procederons à la consummacion de noz promesses.» La pucelle dist que c’estoit bien advisé, et qu’elle savoit comment s’i povoit convenablement conduire. Si luy dist que tel jour et telle heure venist en tel lieu où il la trouveroit, et puis feroit tout bien ainsi qu’il avoit advisé. Le jour de l’assignacion vint: si comparut ce bon jeune chevalier au lieu où l’on luy avoit dit, et où il trouva sa dame, qui monta derrière luy sur son cheval, puis picquèrent fort tant qu’ilz eurent eloigné la place. Quand ilz se trouvèrent aucun petit eloignez, ce bon chevalier, craignant qu’il ne traveillast sa trèschière amye, rompit son legier pas et fist espandre tous ses gens par divers chemins pour veoir se quelque ung les suyvoit, et chevauchoit à travers champs sans tenir voies ne sentiers le plus doulcement et debonnairement qu’il povoit, et chargea à ses gens qu’ilz se trouvassent ensemble tous à ung gros village qu’il leur nomma, où il avoit intencion de repaistre. Ce village estoit assez estrangé de la voye commune des chevaucheurs et chemineurs; et tant chevauchèrent les dits amans qu’ilz vindrent seuletz au dit village, où la feste generale se faisoit, à laquelle y avoit gens de toutes sortes et grand foison. Ilz entrèrent en la meilleur taverne de tout le lieu, et incontinent demandèrent à boire et à menger, car il estoit tard après disner, et la pucelle estoit trèsfort traveillée. Ilz firent faire bon feu et trèsbien appoincter à menger pour les gens du dit chevalier, qui n’estoient encores venuz. Guères n’eurent esté en leur hostellerie que veezcy venir quatre gros charruyers ou bouviers plus villains encores, et entrèrent baudement en cest hostel, demandans rigoreusement où estoit la ribauldelle que ung ruffien naguères avoit amenée derrière luy sur ung cheval, et qu’il failloit qu’ilz bussent avec elle et à leur tour la gouverner. L’oste, qui estoit homme bien cognoissant le dit chevalier, bien sachant que ainsi n’estoit que les ribauldz disoient, leur respondit gracieusement que telle n’estoit elle qu’ilz cuidoient. «Par cy, par là, dirent ilz, si vous ne la nous livrés incontinent, nous abattrons les huys et l’enmerrons par force et malgré vous deus.» Quand le bon hoste entendit et cogneut leur rigueur, et que sa doulce parolle ne luy prouffitoit point, il leur nomma le nom du chevalier, lequel estoit trèsrenommé ès marches, mais pou cogneu des gens, à l’occasion que tousjours avoit esté hors du païs, acquerant honneur et renommée glorieuse ès guerres et voyages loingtains. Leur dist aussi que la femme estoit une jeune pucelle parente au dit chevalier, laquelle estoit née et yssue de grand maison et noble parentage. «Helas! messeigneurs, vous povez, dist il, sans dangier de vous ne d’aultruy, estaindre et passer voz chaleurs desordonnées avecques plusieurs aultres qui, à l’occasion de la feste de ce village, sont venues et arrivées, et pour aultre chose non que pour vous et voz semblables. Pour Dieu, laissez en paix ceste noble fille, et mettez devant voz yeulx les grands dangiers où vous boutez, et ne soiez jà si presumptueux de cuider que le chevalier la vous laisse mener sans la defendre. Pensez, pensez voz vouloirs desraisonnables et le grand mal que vous voulez commectre à petite occasion.—Cessez vostre sermon, dirent les loudiers, tous alumez du feu de concupiscence charnelle, et donnez nous voye que la puissions avoir; aultrement vous ferons honte et blasme, car en publicque ycy nous l’amerrons, et chacun de nous quatre en fera son bon plaisir.» Les parolles finées, le bon hoste monta en la chambre où le chevalier et la bonne pucelle estoient, puis hucha à part le chevalier, à qui il compta la volunté des quatre villains enragez, lequel, quand il eut tout bien et constamment entendu sans estre guères troublé, descendit, garny de son espée, parler aux quatre ribaulx, leur demandant trèsdoulcement quelle chose il leur plaisoit. Et ainsi, rudes et malsades qu’ilz estoient, respondirent qu’ilz vouloient avoir la ribauldelle qu’il tenoit fermée en sa chambre, et que, si doulcement ne leur bailloit, ilz luy tolliroient et raviroient à son grand dommage. «Beaulx seigneurs, dist le chevalier, si vous me cognoissiez bien, vous ne me tiendriez pour tel qui maine par les champs les femmes telles que vous nommez ceste; oncques ne feiz telle folie, la Dieu mercy; et quand la volunté me seroit telle, que Dieu ne veille! jamais je ne le feroye ès marches dont je suis et tous les miens. Ma noblesse et la netteté de mon courage ne pourroient souffrir que ainsi me gouvernasse. Ceste femme est une jeune pucelle, ma cousine prochaine, yssue de noble maison; et je vois pour esbatre et passer temps doulcement, la menant avec moy, acompaigné de mes gens, lesquelx, jasoit qu’ilz ne soient cy presens, toutesfois viendront ilz tantost, et je les attens; et ne soiez jà si abusez en voz courages que je me repute si lasche que je la laisse villanner ne souffrir luy faire injure tant ne quant, mais la defendray aussi avant et aussi longuement que la vigueur de mon corps pourra durer et jusques à la mort.» Avant que le chevalier eust finé sa parolle, les villains plastriers luy entrerompirent en nyant premier qu’il fust celuy qu’il avoit nommé, pource qu’il estoit seul, et le dit chevalier ne chevauchoit jamais que en grand compaignie de gens. Pour quoy luy conseillèrent qu’il baillast la dicte femme, s’il estoit sage, ou aultrement luy tolliroient par force, quelque chose qui s’en puist ensuyr. Helas! quand le vaillant et courageux chevalier perceut que doulceur n’avoit point lieu en ses responces, et que rigueur et haulteur occupoient la place, il se ferma en son courage, et résolut que les villains n’aroient jà la joissance de la pucelle, ou il y mourroit en la defendant. Pour faire fin, l’un de ces quatre s’avança de ferir de son baston à l’huis de la chambre, et les aultres le suyrent, qui furent vaillamment reboutez du chevalier. Et ainsi se commença la bataille, qui dura assez longuement. Combien que les deux parties fussent dispareilles, ce bon chevalier vaincquit et rebouta les quatre ribaulx, et, ainsi qu’il les poursuyvoit chassant pour en estre au dessus, l’un d’iceulx, qui avoit ung glaive, se vira subit et le darda en l’estomac du chevalier et le percha de part en part, du quel cop incontinent cheut tout mort, dont ilz furent trèsjoieux. Ce fait, l’oste fut par eulx contraint de l’enfouir et mettre en terre ou au jardin de l’ostel, sans esclandre ne noise; aultrement ilz le menassoient tuer. Quand le chevalier fut mort, ilz vindrent hurter à la chambre où estoit la pucelle, à qui desplaisoit moult que son amoureux tant demouroit, et boutèrent l’huis oultre. Et si tost qu’elle vit les bourgois entrer, elle jugea tantost que le chevalier estoit mort, disant: «Helas! où est ma garde? où est mon seul refuge? Qu’est il devenu? Dont vient que ainsi me laisse seullette?» Les ribaulx, voyans qu’elle estoit ainsi troublée, la cuidèrent faulsement decevoir par doulces parolles, en disant que le chevalier estoit en une maison, et qu’il luy mandoit qu’elle y allast avec eulx, et que plus seurement s’i pourroit garder; mais riens n’en voult croire, car le cueur tousjours luy jugeoit qu’ilz l’avoient tué et murdry. Si commença à soy dementer et crier plus amèrement que devant. «Qu’est ce cy, dirent ilz, que tu nous faiz estrange manière? Cuides tu que nous ne te cognoissions? Si tu as suspeçon sur ton ruffien qu’il ne soit mort, tu n’es pas abusée: nous en avons delivré le païs. Pour quoy soies toute asseurée que nous quatre arons chacun ta compaignie.» Et, à ces motz, l’un d’eulx s’avance, qui la prent le plus rudement du monde, disant qu’il aura sa compaignie avant qu’elle luy eschappe, veille ne daigne. Quand la pouvre pucelle se voit ainsi efforcée, et que la doulceur de son langage ne luy portoit point de prouffit, leur dist: «Helas! messeigneurs, puis que vostre mauvaise volunté est ainsi tournée, et que humble prière ne la peut adoulcir ne ploier, au mains aiez en vous ceste honesteté que, puis qu’il fault que à vous je soie abandonnée, ce soit premièrement à l’un sans la presence de l’autre.» Ilz luy accordèrent, jasoit ce que trèsenvys, et puis luy firent choisir pour eslire celuy d’eulx quatre qui devoit demourer avec elle. L’un d’eulx, lequel elle cuidoit estre le plus begnin et doulx de tous, elle eleut; mais de tous estoit il le pire. La chambre fut fermée, et tantost après la bonne pucelle se gecta aux piez du ribaulx, en luy faisant pluseurs piteuses remonstrances, luy priant qu’il eust pitié d’elle. Mais tousjours perseverant en malignité, dist qu’il feroit sa volunté d’elle. Quand elle le vit si dur et obstiné, et que sa prière trèshumble ne vouloit exaulser, luy dist: «Or çà, puis qu’il convient qu’il soit, je suis contente; mais je vous supply que cloiez les fenestres, affin que nous soyons plus secrètement.» Il l’accorda bien envys, et, tantdiz qu’il les cloyoit, la pucelle sacqa ung petit cousteau qu’elle avoit pendu à sa cincture, se trencha la gorge et rendit l’ame. Et quand le ribauld la vit couchée à terre morte, il s’en fuyt avecques ses compaignons. Et est à supposer qu’ilz ont esté puniz selon l’exigence du cas piteux. Ainsi finèrent leurs jours les deux loyaux amoureux tantost l’un après l’autre, sans percevoir rien du joieux plaisir où ilz cuidoient ensemble vivre et durer tout leur temps.
LA XCIXe NOUVELLE.
PAR L’ACTEUR.
S’il vous plaist, vous orrez, avant qu’il soit plus tard, tout à ceste heure ma petite ratelée et compte abregé d’un vaillant evesque d’Espaigne, qui pour aucuns afferes du roy de Castille, son maistre, ou temps de ceste histoire, s’en alloit en court de Romme. Ce vaillant prelat, dont j’entens fournir ceste derreniere nouvelle, vint ung soir en une petite villette de Lombardie; et luy estant arrivé par ung vendredy assez de bonne heure, vers le soir, ordonna son maistre d’ostel le faire souper de bonne heure, et le tenir le plus aise que faire ce pourroit, de ce dont on pourroit recouvrer en la ville; car la mercy Dieu, quoyqu’il fust et gros et gras, et ne se donnoit de traveil que bien à point, si n’en jeunoit il journée. Son maistre d’ostel, pour luy obéir, s’en alla au marché, et par toutes les poissonneries de la ville pour trouver du poisson. Mais pour faire le compte bref, il n’en peut oncques recouvrer d’un seul lopin, quelque diligence que luy et son hoste en sceussent faire. D’adventure, eulx s’en retournans à l’ostel sans poisson, trouvèrent ung bon homme des champs qui avoit deux bonnes perdriz et ne demandoit que marchant. Si s’en pensa le maistre d’ostel que s’il en povoit avoir bon compte, elles ne luy eschapperoient pas, et que bonnes seroient pour dimenche, et que son maistre en feroit grand feste. Il les acheta et en eut bon pris. Il vint vers son maistre ses deux perdriz en sa main, toutes vives, grasses, et bien refaictes, et pas luy compta l’eclipse de poisson qui estoit en la ville, dont il n’estoit trop joyeulx. Et luy, dist: «Et que pourrons nous soupper?—Monseigneur, respondit il, je vous feray faire des oeufs en plus de cent mille manières; vous aurez aussi des pommes et des poires. Nostre hoste a aussi de bon fromage et bien gras: nous vous tiendrons bien aise. Ayez pacience pour meshuy, ung soupper est tantost passé; vous serez demain plus aise, si Dieu plaist. Nous yrons en la ville, qui est trop mieulx empoissonnée que ceste cy; et Dimenche vous ne povez faillir d’estre bien disné, car veezcy deux perdriz que j’ay pourveues, qui sont à bon escient bonnes et bien nourries.» Ce maistre evesque se fist bailler ces perdriz, et les trouva telles qu’elles estoient bonnes à bon escient; si se pensa qu’elles tiendroient à soupper la place du poisson qu’il cuidoit avoir, dont il n’avoit point; car il n’en peut oncques trouver. Si les fist tuer bien en haste, plumer, larder et mettre en broche. Lors le maistre d’ostel, voyant qu’il les vouloit rostir, fut esbahy et dist à son maistre: «Monseigneur, elles sont bonnes tuées, mais les rostir maintenant pour le Dimanche, il ne me semble pas bon.» Ledit maistre d’ostel perdoit son temps, car, quelque chose qu’il sceut remonstrer, si ne la voulut il croire: elles furent mises en broche et rosties. Le bon prelat estoit la plus part du temps qu’elles mirent à cuire tousjours present, dont son maistre d’ostel ne se sçavoit assez esbahir, et ne savoit pas bien l’appetit desordonné de son maistre qu’il eust à ceste heure de devorer ces perdrix, ainçois cuidoit qu’il le fist pour Dimenche les avoir plus prestes au disner. Lors les fist ainsi habiller, et quand elles furent prestes et rosties, la table couverte et le vin aporté, oeufz en diverses façons habillez et mis à point, si s’assit le prelat, et le benedicite dit, demanda les perdris avec de la moustarde. Son maistre d’ostel, desirant savoir que son maistre vouloit faire de ces perdriz, si les luy mist devant luy toutes venantes de la broche, rendantes une fumée aromaticque assez pour faire venir l’eaue à la bouche d’ung friant. Et bon evesque d’assaillir ces perdrix et desmembrer d’entrée la meilleure qui y fust; et commence à trencher et menger, car tant avoit haste, que oncques ne donna loisir à son escuier qui devant luy tranchoit qu’il eust mis son pain ne ses cousteaux à point. Quand ce maistre d’ostel vit son maistre s’attraper à ces perdris, il fust bien esbahy et ne se peut taire ne tenir de luy dire: «Ha, monseigneur, que faictes vous? Estes vous Juif ou Sarrazin, qui ne gardez aultrement le vendredy? Par ma foy, je me donne grand merveille de vostre faict.—Tais toy, tais toy, dist le bon prelat, qui avoit toutes les mains grasses et la barbe aussi de ces perdris; tu es beste, et ne sçais que tu dis. Je ne fays point de mal. Tu sçais et congnois bien que par parolles moy et tous les aultres prestres faisons d’une hostie, qui n’est que de bled et d’eaue, le precieux corps de Jhesu-Crist; et ne puis je donc pas, par plus forte raison, moy qui tant ay veu de choses en court de Romme, et en tant de divers lieux, savoir par paroles faire convertir ces perdriz, qui est chair, en poisson, jasoit ce qu’elles retiennent la forme de perdriz? Si fais, dya; maintes journées sont passées que j’en sçay bien la pratique. Elles ne furent pas si tost mises à la broche que, par les parolles que je sçay, je les charmé tellement que en substance de poisson se convertirent; et en pourriez trestous qui estes icy menger, comme moy, sans peché. Mais pour l’ymagination que vous en pouriez prendre, elles ne vous feroient jà bien; si en feray tout seul le meschief.» Le maistre d’ostel et tous les autres de ses gens commencèrent à rire, et firent semblant de adjouster foy à la bourde de leur maistre, trop subtilement fardée et colorée; et en tindrent depuis manière du bien de luy, et aussy maintesfoiz en divers lieux joyeusement le racomptèrent.
LA Ce ET DERRENIÈRE NOUVELLE.
PAR PHILIPE DE LOAN.
En la bonne, puissant et bien peuplée cité de Jannes, puis certain temps en çà, demouroit ung gros marchant plain et comblé de biens et de richesses, duquel l’industrie et manière de vivre estoit de mener et conduire grosses marchandises par la mer ès estranges païs, et specialement en Alixandrie. Tant vacca et entendit au gouvernement des navires, à entasser thesaur et amonceler grandes richesses, que durant tout le temps, jusques à l’eage de cinquante ans, qu’il s’y adonna depuis sa tendre jeunesse, ne luy vint volunté ne souvenance d’aultre chose faire. Et comme il fut parvenu à l’eage dessus dicte, ainsi que une foiz pensoit sur son estat, voyant qu’il avoit despendu tous ses jours et ans à rien aultre chose faire que cuillir et accroistre sa richesse, sans jamais avoir eu ung seul moment ou minute de temps ouquel sa nature luy eust donné inclinacion pour penser ou induire à soy marier, affin d’avoir generacion qui aux grans biens qu’il avoit à grand diligence et grand labour amassez et acquis luy succedast, et luy après luy les possedast, conceut en son courage une aigre et trèspoingnant doleur; et luy despleut à merveilles que ainsi avoit exposé et despendu ses jeunes jours. En celle aigre doleance et regretz demoura aucuns jours, pendant lesquelx advint que en la cité dessus nommée, les jeunes et petiz enfans, après qu’ilz avoient solennizé aucune feste accoustumée entr’eulx par chacun an, habillez et desguisez diversement et assez estrangement, les ungs d’une manière, les aultres d’aultre, se vindrent rendre en grant nombre en ung lieu où les publicques et accoustumez esbatemens de la cité se faisoient communement, pour jouer en la presence de leurs pères, mères et amys, affin d’en reporter gloire, renommée et loange. A ceste assemblée comparut et se trouva ce bon marchant, remply de fantasies et de souciz; et voyant les pères et les mères prendre grand plaisir à veoir enfans jouer et faire souplesses et apertises, aggrava sa doleur qu’il par avant avoit de soy mesmes conceu; et en ce point, sans les povoir plus adviser ne regarder, triste et pensif retourna en sa maison, et seulet se rendit en sa chambre, où il fut aucun temps faisant complainte en ceste manière: «Ha! pouvre maleureux veillart, tel que je suis et tousjours ay esté, de qui la fortune et destinée sont dures, amères et mal goustables! O chetif homme, plus que tous aultres recreant et las, par les veilles, peines, labours et ententes que tu as prins et porté tant par mer que par terre! Ta grande richesse et tes comblés thesors sont bien vains, lesquelx soubz perilleuses adventures, en peines dures et sueurs, tu as amassé et amoncelé, et pour lesquelx tout ton temps as despendu et usé, sans avoir oncques une petite et passant souvenance de penser qui sera celuy qui, toy mort et party de ce siècle, les possedera, et à qui par loy humaine les devray laisser en memoire de toy et de ton nom. Ha! meschant courage, comment as tu mis en non challoir ce à quoy tu devois donner entente singulière? Jamais ne t’a pleu mariage, fuy l’as tousjours, craint et refusé, mesmement hay et mesprisé les bons et justes conseilz de ceulx qui t’y ont voulu joindre affin que tu eusses lignée qui perpetuast ton nom, ta loange et renommée. O bien heureux sont les pères qui laissent à leurs successeurs bons et sages enfans! Combien ay je aujourd’huy regardé et perceu de pères estans aux jeuz de leurs enfans qui se disoient trèseureux, et jugeroient trèsbien avoir employé leurs ans si après leurs decès leurs povoint laisser une petite partie des grans biens que je possède. Mais quel plaisir, quel soulas puis je jamais avoir? Quel nom, quelle renommée aray je après la mort? Où est maintenant le filz qui maintiendra et fera memoire de moy, après mon trespas? Beney soit ce saint mariage par quoy la memoire et souvenance des pères est entretenue, et dont leurs possessions et heritages ont par leurs doulx enfans à eternelle permanence et durée!» Quand ce bon marchant eust longue espace à soy mesmes argué, subit donna remède et solucion à ses argumens, disant ces motz: «Or çà, il ne m’est desormais mestier, obstant le nombre de mes ans, tourmenter ne troubler de doleurs, d’angoisses ne de pensemens. Au fort, ce que j’ay fait par cy devant prenne semblance et comparaison aux oyselletz qui font leurs nidz et preparent avant qu’ilz y pondent leurs oeufz. J’ay, la mercy Dieu, richesses suffisantes pour moy, pour une femme et pour pluseurs enfans, s’il advient que j’en ye, et ne suis si ancien, ne tant deffourny de puissance naturelle, que je me doye soucier ne perdre esperance de non pouvoir jamais avoir generacion. Si me convient arrester et donner toute entente, veiller et traveillier, advisant où je troveray femme propice et convenable à moy.» Ainsi son long procès finant, vuida hors de sa chambre, et fist vers luy venir deux de ses bons soichons, mariniers comme luy, aus quelx il descouvrit son cas tout au plain, les priant trèsaffectueusement qu’ilz luy voulsissent aider à querir et trouver femme pour luy, qui estoit la chose du monde que plus desiroit. Les deux marchans, entendu le bon propos de leur compaignon, le prisèrent et loèrent beaucop, et prindrent la charge de faire toute diligence et inquisicion possible pour luy trouver femme. Et tantdiz que la diligence et enqueste se faisoit, nostre marchant, tant eschaudé de marier que plus ne povoit, faisoit de l’amoureux, cherchant par toute la cité entre les plus belles la plus jeune, et d’aultres ne tenoit compte. Tant chercha qu’il en trouva une telle qu’il la demandoit; car de honnestes parens née, belle à merveilles, jeune de XV ans ou environ, gente, doulce et trèsbien adrecée estoit. Après qu’il eut congneu les vertuz et doulces condicions d’elle, il eut telle affection et desir qu’elle fust dame de ses biens par juste mariage, qu’il la demanda à ses parens et amys, lesquelx, après aucunes petites difficultez qui guères ne durèrent, luy donnèrent et accordèrent. Et en la mesme heure luy firent fiancer et donner caution et seureté du douaire dont il la vouloit doer. Et si ce bon marchant avoit prins grand plaisir en sa marchandise, pendant le temps qu’il la menoit, encores l’eut il plus grand quand il se vit asseuré d’estre marié, et mesmement avec femme telle que d’en povoir avoir de beaulx et doulx enfans. La feste et solennité des nopces fut honorablement en grand sumptuosité faicte et celebrée; la quelle feste faillie, il, mettant en obly et non chaloir sa première manière de vivre, c’est assavoir sur la mer, fist trèsbonne chère et prenoit grand plaisir avec sa belle et doulce femme. Mais le temps ne luy dura guères que saoul et tanné en fut, car la première année, avant qu’elle fut expirée, print desplaisance de demourer à l’ostel en oysiveté et d’y tenir mesnage en la manière qu’il convient à ceulx qui y sont liez, se oda et tanna, ayant si grand regret à son aultre mestier de navyeur qu’il luy sembloit plus aysié et legier à maintenir que celuy qu’il avoit si voluntiers entreprins à gouverner nuyt et jour. Aultre chose ne faisoit que subtilier et penser comment il se pourroit en Alixandrie trouver en la façon qu’il avoit accoustumée, et luy sembloit bien qui n’estoit pas seulement difficille de soy tenir de navier, non hanter la mer, et l’abandonner de tous poins, mais aussi chose la plus impossible de ce monde. Et combien que sa volunté fust plainement deliberée et resolue de soy retraire et revenir à son dit premier mestier, toutesfois le challoit il à sa femme, doubtant qu’el ne le print à desplaisir; avoit aussi une crainte et doubte qui le destourboit et donnoit empeschemeut à executer son desir, car il cognoissoit la jeunesse du courage de sa femme, et luy estoit bien advis que s’il s’absentoit, elle ne se pourroit contenir; consyderoit aussi la muableté et variableté de courage femenin, et mesmement que les jeunes galans, luy present, estoient coustumiers de passer souvent devant son huys pour la veoir, dont il supposoit qu’en son absence ilz la pourroient de plus près visiter et par adventure tenir son lieu. Et comme il eut esté par longue espace poinct et aguillonné de ces difficultez et diverses ymaginacions, sans en sonner mot, et qu’il congneut qu’il avoit jà achevé et passé la plus part de ses ans, il mist à non challoir et femme et mariage et tout le demourant qu’il affiert au mesnage, et aux argumens et disputacions qui luy avoient troublé la teste donna brefve solucion, disant en ceste manière: «Il m’est trop plus convenable vivre que morir, et se je ne laisse et abandonne mon mesnage en brefz jours, il est tout certain que je ne puis longuement vivre ne durer. Lairray je donc ceste belle et doulce femme? Oy, je la lairray; elle ait doresnavant la cure et soing d’elle mesme, s’il luy plaist, je n’en veil plus avoir la charge. Helas! que feray je! Quel deshonneur, quel desplaisir sera ce pour moy s’elle ne se contient et garde chasteté. Ho! il me vault mieulx vivre que morir pour prendre soing pour la garder; jà Dieu ne veille que pour le ventre d’une femme je prende si estroicte cure ne soing; aultre loyer ne salaire ne recevroye que torment de corps et d’ame. Ostez moy ces rigueurs et angoisses que pluseurs seuffrent pour demourer avec leurs femmes; il n’est chose en ce monde plus cruelle ne plus grevant les personnes. Jà Dieu ne me laisse tant vivre que pour quelque adventure qu’en mon mariage puist sourdre, je m’en courrousse ne monstre triste. Je veil avoir maintenant liberté et franchise de faire tout ce qui me vient à plaisir.» Quand ce bon marchand eut donné fin à ces trèslongues devises, il se trouva avec ses compaignons navieurs, et leur dist qu’il vouloit encore une foiz visiter Alixandrie et charger marchandises, comme aultrefoiz et souvent avoient fait en sa compaignie; mais il ne leur declara pas les troubles qu’il prenoit à l’occasion de son mariage. Ilz furent tantost d’accord et luy dirent qu’il se feist prest au premier bon vent qui sourvendroit. Les navires et bateaulx furent chargez et preparez pour partir et mis ès lieux où il failloit attendre vent propice et oportun pour navyer. Ce bon marchant doncques, ferme et tout arresté en son propos, comme le jour precedent, se trouva seul après souper avec sa femme en sa chambre; il luy descouvrit son intencion et manière de son prochain voyage, et faindant que trèsjoyeux fust, luy dist ces parolles: «Ma trèschère espouse, que j’ayme mieulx que ma vie, faictes, je vous requier, bonne chère, et vous monstrez joyeuse, et ne prenez ne desplaisance ne tristece en ce que je vous veil declarer. J’ay proposé de visiter, se c’est le plaisir de Dieu, une foiz encore le pais d’Alixandrie, en la fasson que j’ay de long temps accoustumée, et me semble bien que n’en devez estre marrye, attendu que vous congnoissez que c’est ma manière de vivre, mon art et mon mestier, auquel moien j’ay acquis richesses, maisons, nom, renommée, et trouvé grand nombre d’amys et de familiarité. Les beaulx et riches vestements, aneaulx, ornemens, et toutes les aultres precieuses bagues dont vous este parée et ornée plus que nulle aultre de ceste cité, comme bien savez, ai je achatez du gaing et avantage que j’ay fait en mes marchandises. Ce voyage, doncques, ne vous doit guères ennuyer, et ne prenez jà desconfort, car le retour en sera bref. Et je vous promectz que si à ceste foiz, comme j’espoire, la fortune me donne eur, plus jamais n’y veil aller, je y veil prendre congé à ceste foiz. Il convient donc que prenez maintenant courage bon et ferme; car je vous laisse la disposicion, administracion et gouvernement de tous les biens que je possède; mais avant que je parte, je vous veil faire aucunes requestes. Pour la première, je vous prie que soiez joyeuse, tantdiz que je feray mon voyage, et vivez plaisamment, et si j’ay quelque pou d’ymaginacion que ainsi le facez, j’en chemineray plus lyement. Pour la seconde, vous savez qu’entre nous deux rien ne doit estre tenu couvert ne celé, car honneur, prouffit et renommée doivent estre, comme je tiens qu’ilz sont, communs entre nous deux, et la loange et honneur de l’un ne peut estre sans la gloire de l’autre, neant plus que le deshonneur de l’un ne peut estre sans la honte de tous deux. Or je veil bien que vous entendez que je ne suis si desfourni ni despourveu de sens que je ne pense bien comment je vous laisse jeune, belle, doulce, fresche et tendre, sans soulas d’homme, et que de plusieurs en mon absence serez desirée. Combien que je cuide fermement que avez maintenant nette pensée, courage chaste et honeste, toutesfoiz, quand je cognois quelz sont vostre eage et l’inclinacion de la secrète et mussée chaleur en quoi vous abundez, il ne me semble pas possible qu’il ne vous faille, par pure necessité et contraincte, ou temps de mon absence avoir compaignie d’homme, dont je ne suis, la Dieu mercy, en rien troublé. C’est bien mon plaisir que vous vous accordez où vostre nature vous forcera et contraindra; car je sçay qu’il ne vous est possible d’y resister. Veezcy doncques le point où je vous veil tresaffectueusement prier, c’est que gardez nostre mariage le plus longuement en son entiereté que vous pourrez. Intencion n’ay ne volunté aucune de vous mettre en garde d’aultruy pour vous contenir; mais veil que de vous mesmes aiez la cure et le soing et soiez gardienne. Veritablement, il n’est si estroicte garde au monde qui peut destourber n’empescher la femme oultre sa volunté à faire son plaisir. Quand doncques vostre chaleur naturelle vous aguillonnera et poindra par telle manière que pour vous contenir aurez perdu puissance, je vous prie, ma chère espouze, que à l’execution de vostre desir vous vous conduisiez prudentement et subtillement, et tellement qu’il n’en puist estre publicque renommée; et que, si aultrement le faictes, vous, moy et tous noz amys sommes infames et deshonorés. Si en fait doncques et par effect vous ne povez garder chasteté, au mains mettez peine de la garder tant qu’il touche fame et commune renommée. Mais je vous veil apprendre et enseigner la manière que vous devrez tenir en celle matère, s’elle survient. Vous savez qu’en ceste bonne cité a foison de beaulx jeunes hommes; entre eulx tous, vous en choisirez ung seul, et vous en tiendrez contente et assovye pour faire ce où vostre nature vous inclinera. Toutesfoiz, je veil que, en faisant l’election et le chois, vous aiez singulier regard qu’il ne soit homme vague, deshonneste et pou vertueux; car de tel ne vous devez accointer, pour le grand peril qui vous en pourroit sourdre. Car, sans nul doubte, il descouvreroit et publicqueroit à la volée vostre secret. Rien n’est tenu couvert, clos ne celé par telz gens ne leurs semblables. Doncques, vous elirez celuy que cognoistrez fermement estre sage et prudent, affin que, si le meschief vous advient, il mecte aussi grand peine à le celer comme vous. De ceste article vous requier je tresaffectueusement, et que me promectez en bonne et ferme leaulté que garderez ceste lecçon et retiendrez. Si vous advise que ne me respondez sur ceste matière en la forme et façon que soulent et ont de coustume les aultres femmes quand on leur parle telz propos comme je vous dy maintenant; je sçay leurs responses et de quelz motz sçevent user, qui sont telz ou semblables: «Hé! hé! mon mary, dont vous vient ceste tristèce, ce courage troublé? Qui vous a ainsi meu à ire? Où avez vous chargé ceste opinion cruelle plaine de tempeste? Par qu’elle manière ne comment me pourroit advenir ung si abhominable delict? Nenny! nenny! jà Dieu ne veille que je vous face telles promesses, à qui je prie qu’il permette la terre ouvrir qui me engloutisse et devore toute vive, au jour et heure que je n’y pas commettray, mais auray une seule et legère pensée à la commettre?» Ma chère espouse, je vous ay ouvert ces manières de respondre affin que vers moy n’en usez aucunement. En bonne foy, je croy et tiens fermement que vous avez pour ceste heure tresbon et entier propos, ou quel je vous prie que demourez autant que vostre nature en pourra souffrir. Et point n’entendez que je veille que me promettez faire et entretenir ce que je vous ay monstré et aprins, fors seulement ou cas que ne pourriez donner resistence ne bataillier contre l’appetit de vostre fraile et doulce jouvence.» Quand ce bon mary eut finé sa parolle, la belle, doulce et debonnaire sa femme, la face rosée, se print à trembler quand deut donner responses aux requestes que son espoux luy avoit faictes. Ne demoura guères, toutesfoiz, que la rougeur s’evanuyt, et print asseurance, en fermant et appuyant son courage de constance; et en ceste manière causa sa gracieuse response, combien que voix tremblant la pronunçast: «Mon doulx et tresamé mary, je vous asseure qu’onques ne fuz si espoventée, si troublée et evanuye de mon entendement, que j’ay esté presentement par voz parolles, quand elles m’ont donné la congoissance de ce que oncques je n’oiz ne aprins, voirement qu’oncques n’euz telle presumption que d’y penser. Et aultre opinion ou supposition ne puis de vous avoir fors que me querez et contendez traveiller et tenser, car vous cognoissez ma simplesse, jeunesse et innocence, qui est pour vous, ce me semble, non pas moins delict, mais tresgrand: certainement il n’est point possible à mon eage de faire ou pourpenser un tel meschief ou defaulte. Vous m’avez dit que vous estes seur et savez vraiment que, vous absent, je ne me pourroye contenir ne garder l’entiereté de nostre mariage. Ceste parolle me tormente fort le courage, et me fait trembler toute, et ne sçay quelle chose je doye maintenant dire, respondre, ne proposer à voz raisons, ainsi m’avez tollu et privé l’usage de parler. Je vous diray toutesfoiz ung mot qui viendra de la profondesse de mon cueur, et en telle manière qu’il gist vuidera il de ma bouche: Je requier treshumblement à Dieu et à joinctes mains luy prie qu’il face et commende ung abysme ouvrir où je soye gectée, les membres tous erachez, et tourmentée de mort cruelle, si jamais le jour vient où je doye non seullement commectre desloyauté en nostre mariage, mais sans plus en avoir une brève pensée de le commettre; et comment ne par quelle manière ung tel delict me pourroit advenir, je ne le sçaroye entendre. Et pource que m’avez forclos et seclus de telles manières de respondre, disant que les femmes sont coustumières d’en user pour trouver leurs eschappatoires et alibiz forains, affin de vous faire plaisir et donner repos à vostre ymaginacion, et que voiez que à voz commendemens je suis preste d’obeir, garder et maintenir, je vous promectz de ceste heure, de courage ferme, arresté et estable opinion, d’attendre le jour de vostre revenue en vraie, pure et entière chasteté de mon corps; et si que Dieu ne veille il advient le contraire, tenez vous tout asseur, et je le vous promectz, je tiendray la règle et doctrine que m’avez donnée en tout ce que je feray, sans la trespasser aucunement. S’il y a aultre chose dont vostre courage soit chargé, je vous prie, descouvrez tout et me commendez faire et accomplir vostre bon desir; aultre rien ne desire que de conjoindre noz deux vouloirs en ung, et de faire le vostre, non pas le mien.» Nostre marchant, oye la response de sa femme, fut tant joyeux qu’il ne se pouvoit contenir de plorer, disant: «Ma chère espouse, puisque vostre doulce bonté m’a voulu faire la promesse que j’ay requis, je vous prie que l’entretenez.» Le lendemain bien matin, le bon marchant fut mandé de ses compaignons pour entrer en la mer; si print congé de sa femme, et elle le commenda à la garde de Dieu, puis monta en la mer. Lors se misrent à cheminer et navyer vers Alixandrie, où ilz parvindrent en brefs jours, tant leur fut le vent propice et convenable, ou quel lieu s’arrestèrent longue espace de temps, tant pour delivrer leurs marchandises comme pour en charger de nouvelles. Pendant et durant lequel temps, la trèsgente et gracieuse damoiselle dont j’ai parlé demoura garde de l’ostel, et pour toute compaignie n’avoit que une petite jeune fillette qui la servoit. Et, comme j’ay dit, ceste belle damoiselle n’avoit que quinze ans, pour quoy, si aucune faulte fist, il semble qu’on ne le doit pas tant imputer à malice comme à la fragilité de son jeune eage. Comme doncques le marchant eust jà pluseurs jours esté absent des doulx yeulx d’elle, pou à pou il fut mys en obly. Et pour ce que sa doulceur, beaulté et gracieuseté singuliers estoient cogneues par toute la cité de longtemps, si tost que les jeunes gens sceurent du departement de son mary, ilz la vindrent visiter, laquelle au premier ne vouloit vuyder de sa maison ne soy monstrer; mais toutesfoiz, par force de continuacion et frequentacion quotidienne, pour le grand plaisir qu’elle print aux doulx et melodieux chans et armonie d’instrumens dont l’on jouoit à son huys, elle s’avança de venir veoir et regarder par les crevaces des fenestres et secretz treilliz d’icelles, par lesquelles povoit trèsbien veoir ceulx qui l’eussent plus voluntiers veue. En escoutant les chansons et dances, prenoit à la foiz si grand plaisir que amours esmouvoit son courage tellement que chaleur naturelle souvent l’induisoit à briser sa continence. Tant souvent fut visitée en la manière dessus dicte, qu’en la fin sa concupiscence et desir charnel la vaincquirent, et fut du dart amoureux bien avant touchée; et comme elle pensast souvent comment elle avoit, si à elle ne tenoit, si bonne habitude et opportunité de temps et de lieu, car nul ne la gardoit, nul ne luy donnoit empeschement pour mectre à execution son desir, conclut et dist que son mary estoit trèssage quand si bien luy avoit acertené que garder ne se pourroit en continence et chasteté, de qui toutesfoiz elle vouloit garder et tenir la doctrine, et avecques ce la promesse que faicte luy avoit. «Or me convient-il, dist elle, user du conseil de mon mary; en quoy faisant, je ne puis encourir crime aucun ne deshonneur, puis qu’il m’en a baillé la licence, mais que je n’excède les termes de la promesse que j’ay fait. Il m’est advis et il est vray qu’il me chargea, quand le cas adviendrait que rompre me conviendroit ma chasteté, que je eleusse homme qui fust sage, bien renommé et de grand vertu, et non aultre. En bonne foy, ainsi feray-je, mais que je puisse; en non trespasser le conseil de mon mary il me souffist largement. Et je tiens qu’il n’entendoit point que l’homme deust estre ancien, ains, comme il me semble, qu’il fust jeune, ayant autant de renommée en clergie et science qu’ung veil; telle fut la lecçon, ce m’est advis.» Es mesmes jours que se faisoient ces argumentacions pour la partie de nostre belle damoiselle, et qu’elle queroit ung sage jeune homme pour luy refroider les entrailles, ung trèssage jeune clerc arriva de son eur en la cité, qui venoit freschement de l’université de Bouloigne la crasse, où il avoit esté plusieurs ans sans retourner. Tant avoit vacqué et donné son entente à l’estude, que en tout le pays n’y avoit clerc de plus grant renommée; tous les magistratz et gouverneurs de la cité luy assistoient continuellement, et avecques aultres gens que grans clercs ne se trouvoit. Il avoit de coustume depuis sa venue, et jamais ne failloit, d’aller chacun jour sur le marché, à l’ostel de la ville, et au lieu où le parlement se faisoit, pour plaider les causes de pluseurs, se rendoit; or estoit sa droicte voie de son hostel au dit marché la rue où la maison de cele damoiselle estoit située et assise, et jamais ne povoit passer que par devant l’huys d’icelle maison, puis qu’il prenoit son chemin par la dicte rue. Il n’y avoit point passé cent foiz qu’il fut choisy et noté, et pleut trèsbien sa doulce manière et gravité à la damoiselle. Et combien qu’elle ne l’eust oncques veu exercer les faiz de clergie, toutesfoiz jugea elle tantost qu’il estoit trèsgrand clerc, mesmement qu’elle l’oyoit priser et renommer pour le plus sage de toute la cité. Auxquelz moyens elle le commença à desirer et ficha toute son amour en luy, disant qu’il seroit celuy, si à luy ne tenoit, qui luy feroit garder la lecçon de son mary; mais par quelle fàcon elle luy pourroit monstrer son grand et ardent amour et ouvrir le secret desir de son courage, elle ne savoit, dont elle estoit trèsdesplaisante. Elle s’advisa neantmains que, pource que chacun jour ne falloit point de passer devant son huys, allant au marché, elle se mettroit au perron, parée le plus gentement qu’elle pourroit, affin que au passer, quand il gecteroit son regard sur sa beaulté, il la convoitast et requist de ce dont on ne luy feroit refus. Pluseurs fois la damoiselle se monstra; combien que ce ne fust au paravant sa coustume, et jasoit ce que trèsplaisante fust et telle pour qui ung jeune courage devoit tantost estre esprins et alumé d’amours, toutesfoiz le sage clerc jamais ne l’apperceut, car il marchoit si gracieusement qu’il ne gectoit sa veue ne çà ne là. Et par ce moien la bonne damoiselle ne prouffita rien en la façon qu’elle avoit pourpensée et advisé. S’elle fut dolente et desplaisante, jà n’est mestier d’en faire enqueste, et plus pensoit à son clerc, et plus alumoit et esprenoit son feu. A fin de pièce, après ung tas d’ymaginacions que pour abreger je passe, conclut et determina d’envoier sa petite meschinette devers luy. Si la hucha et commenda qu’elle s’en allast demander la maison d’un tel, c’est assavoir de ce grand clerc, et quand elle l’aroit trouvé, où qu’il fust, luy dist que le plus en haste qu’il pourroit venist à l’ostel d’une telle damoiselle, espouse d’un tel; et que s’il demandoit quelle chose il plairoit à la damoiselle, elle luy respondist que rien n’en savoit, mais tant seulement qu’elle lui avoit dit qu’il estoit grand necessité qu’il venist. La fillette mist en sa memoire les motz de sa charge, et se partit pour querir celuy qu’elle trouva; ne demoura guères que l’en luy enseigna la maison où il mengeoit au disner, en une grande compaignie de ses amys et aultres gens de grant façon. Ceste fillette entra ens, et en saluant la compaignie s’adressa au clerc qu’elle queroit; et oyans tous ceulx de la table, luy fist son message bien et sagement, ainsi que sa charge le portoit. Le bon seigneur, qui cognoissoit de sa jeunesse le marchant dont la fillette luy parloit, et sa maison, mais ignorant qu’il fust marié ne qui fust sa femme, pensa tantost que, pour l’absence du dit marchant, sa dicte femme le demandoit pour estre conseillée en aucune grosse cause, comme elle vouloit; mais ne l’entendoit-il comme elle. Il respondit à la fillette: «M’amye, allez dire à vostre maistresse que incontinent que nostre disner sera achevé, je iray vers elle.» La messagère fist la response telle qu’il failloit et qu’on luy avoit dit, et Dieu sçait s’elle fut joyeusement recueillie de la marchande, que pour sa grand joye et ardent desir qu’elle avoit de tenir son clerc en sa maison, trembloit et ne savoit tenir manière. Elle fist baloiz courre par tout, espandre la belle herbe vert partout en sa chambre, couvrir le lit et la couchette, desployer riches couvertes, tappiz et courtines, et se para et atourna des meilleurs atours et plus precieux qu’elle eust. En ce point l’attendit aucun petit de temps, qui luy sembla long à merveilles, pour le grand desir qu’elle avoit. Tant fut desiré et attendu qu’il vint; et ainsi que elle l’appercevoit venir de loing, montoit et descendoit de sa chambre, aloit et venoit maintenant cy, maintenant là, tant estoit esmeue qu’il sembloit qu’elle fust ravye de son sens. En fin monta en sa chambre, et illec prepara et ordonna les bagues et joyaulx qu’elle avoit attains et mis dehors pour festoier et recevoir son amoureux. Si fist demourer en bas la fillette chambrière pour l’introduire et le mener où estoit sa maistresse. Quant il fut arrivé, la fillette le receut gracieusement, le mist ens et ferma l’huys, laissant tous ses serviteurs dehors, aux quelz il fut dit qu’ilz attendissent illec leur maistre. La damoiselle, oyant son amoureux estre arrivé, ne se peut tenir de venir en bas à l’encontre de luy, qu’elle salua doucement, le print par la main et le mena en la chambre qui luy estoit appareillée, et où il fut bien esbahy quand il s’i trouva, tant pour la diversité des paremens, belles et precieuses ordonnances qui y estoient, comme aussi pour la trèsgrande beaulté de celle qui le menoit. Si tost qu’il fut en la chambre entré, elle se seyt sur une scabelle, auprès de la couchette, puis le feist asseoir sur une aultre joignant d’elle, où ilz furent aucune espace tous deux sans mot dire, car chascun attendoit tousjours la parole de son compaignon, l’un en une manière, l’autre en l’autre: car le clerc, cuidant que elle luy deust ouvrir quelque matière grosse et difficile, la vouloit laisser commencer; et elle, d’aultre costé, pensant qu’il fust si sage que, sans luy declarer ne monstrer plus avant, il dust entendre pour quoy elle l’avoit mandé. Quand elle vit que manière ne faisoit pour parler, elle commença et dist: «Mon trèscher parfait amy et trèssage homme, je vous diray presentement quoy et la cause qui m’a meue à vous mander. Je cuide que vous avez bonne cognoissance et familiarité avec mon mary; en l’estat que vous me voyez icy m’a il laissée et abandonnée pour mener ses marchandises ès parties d’Alixandrie, ainsi qu’il a de long temps accoustumé. Avant son partement me dist que quand il seroit absent, il se tenoit tout seur que ma nature me contraindroit à briser ma continence, et que par necessité me conviendroit à converser avec homme. En bonne foy, je le repute ung trèssage homme, car de ce qu’il me sembloit adonc impossible advenir, j’en voy l’experience veritable, car mon jeune eage, ma beaulté, mes tendres ans, ne pevent souffrir que le temps despende et consume ainsi mes jours en vain; ma nature aussi ne se pourroit contenter. Et affin que vous m’entendez bien à plain, mon sage et bien advisé mary, qui avoit regart à mon cas, quand il se partit, en plus grande diligence que moy mesmes, voyant que comme les jeunes et tendres fleurettes se seichent et amatissent quand aucun petit accident leur survient, et contre l’ordonnance et inclinacion naturelle, par telle manière consideroit il ce qu’il m’estoit à advenir. Et voyant clèrement que se ma complexion et condicion n’estoient gouvernées selon l’exigence de leurs naturelz principes, guères ne luy pourroye durer, si me fist jurer et promettre que quand il adviendroit ainsi que ma nature me forceroit à rompre et briser mon entièreté, je eleusse ung homme sage et de haulte auctorité, qui couvert et subtil fust à garder nostre secret. Si est il que en toute la cité je n’ay sceu penser homme qui soit plus ydoine que vous, car vous estes jeune et sage. Or m’est il advis que ne me reffuserez pas ne rebouterez. Vous voiez quelle je suis, et si povez l’absence de mon bon mary supplier, car nul n’en sara parler; le lieu, le temps, toute opportunité nous favorisent.» Le bon seigneur, prevenu et anticipé, fut tout esbahy en son courage, combien que semblant n’en feist. Il prit la main dextre à la damoiselle, et de joyeux viaire et plaisante chère dist ces parolles: «Je doy bien donner et rendre graces infinies à madame Fortune, qui aujourd’uy me donne tant d’eur et me fait percevoir le fruit du plus grand desir que je povoye au monde avoir; jamais infortuné ne me veil reputer ne clamer quand en elle treuve si large bonté. Je puis seurement dire que je suis aujourd’uy le plus eureux de tous les aultres, car quand je conçoy en moy, ma trèsbelle et doulce amye, comment ensemble passerons nos jeunes jours joyeusement sans que personne s’en puist donner garde, je sengloutiz de joye. Où est maintenant homme qui est plus amy de Fortune que moy? Se ne fust une seule chose qui me donne ung petit et legier empeschement à mectre à excecucion ce dont la dilacion aigrement me poise et desplaist, je seroye le plus et mieulx fortuné de ce monde.» Quand la damoiselle oyt qu’il y avoit aulcun empeschement qui ne lui laissoit desployer ses armes, elle trèsdolente lui pria qu’il le declairast, pour y remedier s’elle povoit. «L’empeschement, dist il, n’est point si grand qu’en petit de temps n’en soie delivré; et, puis qu’il plaist à vostre doulceur le sçavoir, je le vous diray. Ou temps que j’estoie à l’estude à l’université de Boulongne la crasse, le peuple de la cité fut seduit et meu tellement que par mutemacque se leva encontre le seigneur; si fuz accusé avec les aultres, mes compaignons, d’avoir esté cause et moyen de la sedicion, pour quoy je fus mis en prison estroicte, ou quel lieu, quant je m’y trouvay, craignant perdre la vie, pource que je me sentoye innocent du cas, je me donnay et voué à Dieu, lui promettant que, s’il me delivroit des prisons et rendoit icy entre mes parens et amys, je jeusneroye pour l’amour de lui ung an entier, chascun jour au pain et à l’eaue, et durant ceste abstinence ne feroye peché de mon corps. Or ay je par son ayde fait la plus part de l’année, et ne m’en reste guères. Je vous prie et requier toutesfoiz, puis que vostre plaisir a esté moy elire pour vostre, que ne me changez pour autre, et ne vous veille ennuyer le petit delay que je vous donneray pour paracomplir mon abstinence, qui sera bref faicte, et qui pieçà eust esté faicte se je me eusse ozé fyer en aultry qui m’en eust peu donner aide, car je suis quitte de chacune jeusne que ung autre feroit pour moy comme se je le faisoye. Et pource que je perçoy vostre grande amour et confiance que vous avez fiché en moy, je mettray, s’il vous plaist, la fiance en vous que jamais n’ay ozé mettre en frères ne amis que j’aye, doubtant que faulte ne me feissent touchant la jeusne; et vous prieray que m’aidez à jeusner une partie des jours qui restent à l’acomplissement de mon an, affin que plus bref je vous puisse secourir en la gracieuse requeste que m’avez faicte. M’amye doulce et entière, je n’ay mais que soixante jours, lesquelz, se c’est vostre plaisir, je partiray en deux parties. Vous en aurez l’une et moy l’aultre, par telle condicion que sans fraude me promettrez m’en acquitter justement; et quant ilz seront acomplis, nous passerons plaisamment noz jours. Doncques, si vous avez la volunté de moy aider en la manière que j’ay dessus dit, dictes le moy maintenant.» Il est à supposer que la grande et longue espace de temps ne luy pleut guères; mais, pource qu’elle estoit si doulcement requise et qu’elle desiroit le jeusne estre parfaict et finé, pensant aussi que trente jours n’aresteroient guères, elle promist de les faire et acomplir sans fraulde ne sans deception ne mal engin. Le bon seigneur, voyant qu’il avoit gaigné sa cause, print congié de la damoiselle, luy disant que, puis que sa voie et chemyn estoit, en venant de sa maison au marché, de passer devant son huys, il la viendroit souvent visiter. Ainsi se partit; et la belle dame commença le lendemain à faire son abstinence, en prenant règle et ordonnance que durant le temps de son jeune ne mengeroit son pain et son eaue jusques après soleil couché. Quand elle eut jeuné trois jours, le sage clerc, ainsi qu’il alloit au marché à l’heure qu’il avoit acoustumé, vint veoir sa dame, à qui se devisa longuement; puis, au dire adieu, lui demanda si le jeune estoit encommencé; et elle respondit que oy. «Entretenez vous ainsi, dist il, et gardez la promesse que m’avez faicte.—Tout entièrement, dit elle; ne vous en doubtez.» Il print congé et se partit, et elle, poursuyvant de jour en jour en son jeune, gardoit l’observance en la façon que promis l’avoit, tant estoit de loyale et bonne nature. Elle n’avoit pas jeuné huit jours que sa chaleur naturelle commença fort à refroider, et tellement que force luy fut de changer habillemens, car les mieulx fourrés et empanés, qui ne servoient qu’en yver, vindrent servir au lieu des sangles et tendres qu’elle portoit avant l’abstinence entreprinse. Au quinziesme jour fut arrière visitée de son amoureux le clerc, qui la trouva si foible que à grand paine povoit elle aller par la maison; et la bonne simplette ne se savoit donner garde de la tromperie, tant s’estoit donnée à amours et mis son entente à perseverer à cel jeune, pour le joyeux et plaisant delict qu’elle attendoit seurement avoir avec son grand clerc, lequel, quand à l’entrer en la maison la vit ainsi foible, luy dist: «Quel viaire est ce là et comment marchez vous? Maintenant j’aperçoy que avez besoigné l’abstinence et comment. Ma trèsdoulce et seule amye, aiez ferme et constant courage; nous avons aujourd’huy achevé la moitié de nostre jeusne. Si vostre nature est foible, vaincquez la par roiddeur et constance de cueur, et ne rompez vostre loyale promesse.» Il l’ammonesta si doulcement qu’il luy fist prendre courage par telle façon qu’il luy sembloit bien que les aultres quinze jours qui restoient ne luy dureroient guères. Le xxve vint, auquel la simplette avoit perdue toute couleur et sembloit à demi morte, et ne luy estoit plus le desir si grand qu’il avoit esté. Il luy convint prendre le lict et y continuellement demourer, où elle se donna aucunement garde que son clerc luy faisoit faire l’abstinence pour chastier son desir charnel; si jugea que manière et façon de faire estoient sagement advisées, et ne povoient venir que d’homme bien sage. Toutesfoiz, ce ne la demeut point ne destourna qu’elle ne fust deliberée et arrestée d’entretenir sa promesse. Au penultime jour, elle envoya querir son clerc, qui, quand il la vit couchée au lict, demanda si pour ung seul jour qui restoit avoit perdu courage; et elle, interrumpent sa parole, luy respondit: «Ha! mon bon amy, vous m’avez parfectement et de bonne amour amée, non pas deshonnestement, comme j’avoie presumé de vous amer; pour quoy je vous tien et tiendray, tant que Dieu me donnera vie, mon trèschier et trèssingulier amy, qui avez gardé et moy aprins et enseigné à garder mon entière chasteté et ma chaste entièreté, l’onneur et la bonne renommée de moy, mon mary, mes parens et amys. Beneist soit mon cher espoux, de qui j’ay gardé et entretenu la leçon qui donne grand appaisement à mon cueur! Or çà, mon vray amy, je vous rends telles graces et remercie comme je puis du grand honneur et bien que m’avez faiz, pour lesquelx je ne vous saroie rendre ne donner suffisantes graces, non feroit mon mary, mes parens, ne tous mes amys.» Le bon et sage seigneur, voyant son entreprise estre bien achevée, print congé de la bonne damoiselle, et doulcement l’amonnesta qu’il luy souvint desoremais de chastier sa nature par abstinence et toutes les foiz qu’elle s’en sentiroit aguillonnée, par le quel moien elle demoura entière jusques au retour de son mary, qui ne sceut rien de l’adventure, car elle luy cela; si fist le clerc pareillement.
[Décoration]
NOTES.
TOME I.
P. xxj. Dans le manuscrit, la dédicace suit la table; mais j’ai adopté de préférence l’ordre des éditions imprimées.
P. xxij. De Dijon, etc. Cette date, qui me paroît une erreur évidente, est reproduite très exactement d’après le manuscrit; mais elle est d’une écriture un peu plus récente que celle du manuscrit lui-même, et d’une encre plus pâle. L’édition de Verard ne donne pas de date, mais l’éditeur (sans doute) a ajouté à la dédicace les mots: Et notez que par toutes les nouvelles où il est dit par monseigneur, il est entendu par monseigneur le Daulphin, lequel depuis a succédé à la couronne, et est le roy Loys unsiesme, car il estoit lors ès pays du duc de Bourgoingne. Voyez ce que j’ai dit à ce sujet dans l’Introduction.
P. xxvj. La dousiesme nouvelle. Il manque ici au manuscrit un cahier de quatre feuillets qui contenoit les titres des nouvelles 12e à 96e inclusivement; j’ai suppléé cette lacune d’après l’édition de Verard.
P. 1. La première nouvelle. Ce conte se trouve dans un fabliau probablement du treizième siècle, intitulé Des deux changeors, et imprimé dans la collection de Barbazan, t. III, p. 254, et aussi dans le Pecorone, nov. 11. Brantôme, dans ses Dames galantes, le raconte comme une aventure qui étoit véritablement arrivée à Louis, duc d’Orléans, et à sa maîtresse Mariette d’Enghien, mère du bâtard comte de Dunois.
P. 6, l. 3. Serure. Le manuscrit lit ceruse, qui n’est probablement qu’une erreur de l’écrivain.
P. 8, l. 12. Meiser. Penser, Verard.
P. 9. La secunde nouvelle. On ne trouve ce conte dans aucun ouvrage plus ancien que Les Cent Nouvelles nouvelles; mais Malespini l’a imité dans les Ducento Novelle, nov. 37.
P. 16. La troysiesme nouvelle. Imitée des Facéties de Pogge, p. 64, édit. de 1798. Ce conte a été reproduit souvent sous différentes formes par les conteurs des seizième et dix-septième siècles.—_Monseigneur de la Roche._ Philippe Pot, seigneur de la Roche de Nolay, un des plus intimes et plus fidèles conseillers de Philippe le Bon et de son fils Charles le Téméraire, ducs de Bourgogne. En 1449, on le trouve nommé comme un des échansons du duc Philippe. Plus tard, il avoit l’office de chambellan dans la maison de Bourgogne, sous lequel titre il est mentionné dans un compte de l’année 1457, et il le tenoit encore en 1474. En 1466, Charles le Téméraire lui a donné l’office de capitaine de Lille, et il tenoit en même temps la capitainerie de Douai et d’Orchies. En 1470, le seigneur de la Roche reçut du duc Charles la charge de grand maître d’hôtel et chambellan de Bourgogne. Après la mort de son bienfaiteur, il entra dans la faveur de Louis XI, qui le nomma grand sénéchal de Bourgogne en 1477. Il est mort vers l’année 1498.
P. 26. La quarte nouvelle. Ce conte et les trois suivants se trouvent pour la première fois dans Les Cent Nouvelles nouvelles.
P. 29, l. 15. Sainct Trignan. Sainct Engnan, Verard.
P. 32. Philipe de Loan. Cet individu est mentionné sous le titre d’écuyer d’écurie du duc Philippe le Bon, en 1461, dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fonds, n. 6702. Verard a toujours changé ce nom en Philippe de Laon.
P. 32, l. 1. Monseigneur Talelot. Thalebot, Verard. C’étoit le célèbre guerrier, sir John Talbot, créé comte de Shrewsbury en 1441. Ses beaux faits d’armes faisoient la merveille du quinzième siècle. Il fut défait et fait prisonnier par Jeanne d’Arc à Patai en 1429, et tué à Châtillon le 20 juillet 1453, à l’âge de quatre-vingts ans.
P. 32, l. 2. Si preux, si vaillant, et aux armes. Ces mots sont omis dans le texte de Verard, qui n’approuvoit pas, sans doute, l’éloge qu’un Bourguignon faisoit de l’ennemi de la France.
P. 33, l. 1. Couroye. A sa ceinture, Verard.
P. 36, ll. 16 et 28. Ciboire. Tabernacle, Verard. Le dernier mot est tout simplement une traduction de l’autre. On seroit porté à croire que le mot ciboire n’étoit plus en usage général à Paris.
P. 38. Par monseigneur de Launoy. Le nom de Jean de Launoy (ou Lannoy) est assez connu dans l’histoire de Bourgogne. En 1451, il fut créé chevalier de la toison d’or, et nous le trouvons plus tard gouverneur de Lille. Il paroît avoir secrètement servi les intérêts de Louis XI, et sa trahison étoit devenue si évidente, qu’en 1464 il fut obligé de se sauver en France, tandis que le comte de Charolois s’empara de son château. Durant le règne de Charles le Téméraire, il étoit en complète disgrâce à la cour de Bourgogne; mais après la mort de ce prince il reprit une grande influence en Bourgogne. Il n’est mort qu’en 1481.
P. 39, l. 3. Maistre curé. Ici et dans la suite, le texte de Verard a toujours substitué le mot prieur au mot curé.
P. 41, l. 7. Mesmes. Au mains, Verard.
P. 43, l. 4. Feste. Foire, Verard.
P. 43, l. 4. Feste de Lendit et d’Envers. La célèbre foire tenue à Saint-Denis dans le mois de juin.
P. 46. La huitiesme nouvelle. Cette nouvelle, qui est l’origine des Aveux indiscrets, de la Fontaine, est imitée des Facéties de Pogge, p. 165 de l’édition de 1798.
P. 50. La neufiesme nouvelle. Ce conte étoit assez populaire dans le moyen âge, et se trouve dans des ouvrages bien antérieurs à la date des Cent Nouvelles nouvelles, comme le fabliau du Meunier d’Aleu par le trouvère Enguerrand d’Oisi, le Décameron de Boccace, où il forme la 4e nouvelle de la 8e journée, et les Facéties de Pogge, p. 248. Les imitations modernes en sont nombreuses. C’est Les Quiproquos de la Fontaine.
P. 56. La dixiesme nouvelle. Imitée par la Fontaine et par d’autres conteurs; mais on ne la trouve dans aucun recueil antérieur aux Cent Nouvelles nouvelles.Verard a changé beaucoup le texte de cette nouvelle et de la suivante.
P. 61. La onziesme nouvelle. Imitée d’après Pogge, Facéties, p. 141. C’est le conte bien connu de L’Anneau d’Hans Carvel, de Rabelais.
P. 62, l. 21. Des fantaisies et pensées. C’est la leçon de Verard. Le manuscrit ne donne qu’un mot, que je n’ai pas pu déchiffrer d’une manière satisfaisante, mais qui ressemble à ermons.
P. 63. La douziesme nouvelle. Ce conte se trouve dans les Cento Novelle antiche et dans Pogge. Les imitations modernes sont très nombreuses.
P. 67. Monseigneur de Castregat. Par monseigneur l’amant de Brucelles, Verard. Jean d’Enghien, sieur de Kessergat, étoit maîtred’hôtel de duc de Bourgogne en 1461. Il tenoit en même temps l’office de chambellan. Il étoit amann (une charge municipale) de Bruxelles.
P. 67, l. 8. Procureur en Parlement. L’auteur des Cent Nouvelles nouvelles supposoit que le Parlement de Londres étoit une institution semblable à celui de Paris.
P. 68, l. 14. Malebouche… Dangier. Personnages du Roman de la Rose.
P. 73. La quatorzième nouvelle. La 2e nouvelle de la 4e journée du Décameron de Boccace. C’est le conte de L’Ermite de la Fontaine.
P. 73. Monseigneur de Créquy. Jean, seigneur de Créquy, de Canaples et de Tressin, fut élu chevalier de la Toison d’or lors de la fondation de cet ordre en janvier 1431. A la mort de Philippe le Bon, Jean de Créquy étoit un des douze seigneurs choisis pour porter son corps. Ce fut lui qui, en 1469, introduisit auprès du duc Charles le Téméraire les ambassadeurs de Louis XI.
P. 74, ll. 9 et 13. Ung soir… se trouva. Ung soir, environ la mynuyt, qu’il faisoit fort et rude temps, il descendit de sa montaigne et vint à ce village, et tant passa de voyes et sentiers que à l’environ de la mère et la fille sans estre oiseux se trouva, Verard. Un bon exemple des corruptions que Verard introduisit dans le texte de son édition.
P. 75, l. 11. Reclusage. Hermitaige, Verard.
P. 76, l. 17. Et pitié. Le texte de Verard ajoute: Et la povre fille aussi plouroit, quand elle véoit ce bon et sainct hermite en si grande dévocion prier et ne sçavoit pourquoy. En comparant les deux textes, on trouvera plusieurs additions semblables, qu’on y a mises probablement dans l’idée de rendre le récit plus piquant.
P. 77, l. 15. Crochette. Potense, Verard.
P. 84. La seiziesme nouvelle. Un des contes les plus populaires du vieux temps, et qui a eu le plus grand nombre d’imitateurs. On le trouve dans la Disciplina clericalis de Pierre Alfonse, dans les Gesta Romanorum, dans les Fabulæ Adolphi publiées par Leyser, et dans Boccace. Les imitations modernes sont innombrables.
P. 85, l. 15. Perusse. Prusse, Verard. Les Chevaliers de l’ordre Teutonique, en Prusse, étoient toujours en guerre contre les infidèles.
P. 92, l. 13. Thamisoit de la fleur. Buletoit de la farine, Verard.
P. 101. La dix-neuviesme nouvelle. Ce conte se trouve assez souvent répété dans les manuscrits du moyen âge. Il forme le sujet d’un fabliau publié par Barbazan, tom. III, p. 215, De l’enfant qui fu remis au soleil.
P. 101. Philipe Vignier. Philippe Vignier est nommé parmi les valets de chambre de Philippe le Bon sous la date de 1451. Voyez les Mémoires pour servir à l’Histoire de France et de Bourgogne, p. 225.
P. 106. La vingtiesme nouvelle. Ce conte ressemble un peu à une des Facéties de Pogge, Priapi vis, p. 118 de l’édition de 1798.
P. 114. La vingt-uniesme nouvelle. Le conte de L’Abbesse guérie de la Fontaine, liv. IV, conte 2.
P. 120. Caron. G. Chastelain, dans ses Chroniques de Bourgogne, 3e partie, ch. 73, appelle Caron «le clerc de chappelle» de Philippe le Bon.
P. 121, l. 17. Sourdantes. C’est la leçon de Verard. Le manuscrit lit soudaines, une erreur évidente.
P. 125. La vingt-troisiesme nouvelle. Imitation du fabliau De celui qui vota la pierre, imprimé dans la collection de Méon, t. I, p. 307. Ce conte a été souvent reproduit par les conteurs des seizième et dix-septième siècles.
P. 125. Monseigneur de Quievrain. Monseigneur de Commesuram, Verard.
P. 125, l. 19. Le servir de landes, Dieu scet, largement. Le servir d’aubades assez largement, Verard.
P. 127, ll. 23-25. E de ce cas… de léans. Or est-il vray que là present y estoit ung jeune enfant de environ deux ans, filz de léans, Verard. J’aurais peut-être dû admettre dans le texte la leçon de Verard.
P. 128, l. 2. Approucha. C’est la leçon de Verard. Le manuscrit lit, il apperceu de la raye.
P. 128, l. 2. Monseigneur de Fiennes. Thibaut de Luxembourg, seigneur de Fiennes, étoit un des chevaliers qui accompagnoient le comte de Charolois à Lille en 1466. Vers la fin de sa vie, il devint ecclésiastique, et mourut, en 1477, évêque du Mans.
P. 134. Philipe de Saint Yon. Peut-être le fils de Garnot de Saint-Yon, qui étoit un des officiers de la maison du duc Jean Sans-Peur.
P. 135, l. 13. Larrier. Levrier, Verard.
P. 136, ll. 10, 12, 22. Duyere. Terrier, Verard.
P. 137. Monseigneur de Foquessoles. G. Chastelain parle d’un bailli de Fouquerolles, en 1419, qui étoit peut-être le père de notre conteur.
P. 140, l. 24. L’abbayt. Sans passer grans langaiges. Verard.
P. 151, l. 9. Mestrier, leçon de Verard; mestre. dans le manuscrit.
P. 154, l. 7. Tendreur. J’ai adopté la leçon de Verard; le manuscrit lit teneur.
P. 157. Monseigneur de Beauvoir. Jean de Montespedon, seigneur de Beauvoir, écuyer, conseiller, et premier valet de chambre de Louis XI, dont il étoit partisan avant son accession au trône.
P. 160, l. 20. Queues. Traynées, Verard.
P. 166. Messire Michault de Changy. Michault de Changy étoit conseiller du grand conseil, chambellan, premier écuyer tranchant, puis premier maître d’hôtel des ducs Philippe le Bon et Charles le Téméraire.
P. 166, l. 22. Boccace. L’ouvrage de Boccace auquel il est fait allusion ici est le livre latin De Casibus virorum illustrium, dont il existoit déjà des traductions françoises.
P. 173, l. 17. Boulevars, bailles. Bellèvres, baublières, Verard.
P. 177, l. 12. La ville de Chambery. Le nom de la ville manque dans le texte de Verard.
P. 183. Monseigneur de la Barre. Une faute d’impression. Lisez Barde. Jean d’Estecer, seigneur de la Barde, étoit compagnon d’exil du Dauphin de France, et conserva sa faveur lorsqu’il fut roi. En 1462, il fut envoyé par Louis XI comme son ambassadeur à la cour d’Angleterre.
P. 184, l. 29. Courre. Coucher, Verard.
P. 192. La trente-deuxiesme nouvelle. Ce conte se trouve dans Pogge (Facetiæ, p. 163, decimæ), et dans La Fontaine, liv. II, conte 3. L’auteur des Cent Nouvelles nouvelles l’a pris sans doute du premier de ces conteurs.
P. 192. Monseigneur de Villiers. Ce doit être Antoine de Villiers, premier écuyer du duc de Bourgogne, qui fut, à ce qu’on dit, un des seigneurs qui formoient la cour du Dauphin à Genappe. En 1475, il fut un des courtisans de Louis XI chargés de traiter les Anglois au camp devant Amiens.
P. 192, l. 9. La ville d’Ostellerie en Casteloigne. Hostelerie, Verard.
P. 205, l. 29. Trop mieulx soulier à son pié. Trop mieulx garny au pongnet, Verard.
P. 218. La trente-quatriesme nouvelle. Ce conte est le sujet d’un fabliau par un trouvère nommé Jean de Condé, publié dans la collection de Méon, tom. I, p. 165, sous le titre: Du Clerc qui fut repus deriere l’escrin. On en trouve plusieurs imitations aux XVIe et XVIIe siècles.
P. 221, l. 8. Le survenu. C’est la leçon de Verard que j’ai adoptée, en place de celle du manuscrit, souvenir.
P. 232. La trente-septiesme nouvelle. Imitée par La Fontaine (liv. II, conte 10), et reproduite assez souvent par les conteurs des seizième et dix-septième siècles.
P. 232, l. 25. Les Quinze Joyes de mariage. Ouvrage célèbre d’Antoine de la Sale; voyez mon Introduction.
P. 233, l. 6. Qu’un follastre de sa massue. Que ung fol de sa marote, Verard.
P. 238. La trente-huitiesme nouvelle. On trouve ce conte dans Boccace (_Décam._, journée VIIe, nov. 8), et dans un fabliau (voy. Legrand d’Aussy, Fabl., tom. II, p. 340). L’origine se trouve dans les collections de contes indiens.
P. 238. Monseigneur de Loan. Monseigneur de Lau, Verard.
P. 245. Monseigneur de Saint Pol. Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, fut créé connétable de France en 1465, et décapité par ordre de Louis XI en 1475.
P. 254, l. 2. Dedans la dicte cheminée. Dedens le bouhot de la dicte cheminée, Verard.
P. 256, l. 20. Jaserant. Haubergon, Verard. Cette variante, répétée dans le courant de la nouvelle, nous feroit croire qu’entre la date de la rédaction des Cent Nouvelles nouvelles et celle de l’édition de Verard, le jaserant, qui étoit une pièce d’armure plus légère que l’haubergeon, avoit cessé d’être en usage.
P. 261. Racomptée par Mériadech. Les documents contemporains parlent de Hervé de Mériadec au nombre des officiers de la maison de Bourgogne. Selon la chronique de Jacques de La Laing, il avoit accompagné l’expédition en Ecosse, et s’y étoit fait remarquer par ses exploits. En 1461, Louis XI lui donnoit le gouvernement de Tournai.
P. 283. Monseigneur de Thieuges, lisez Thienges. Thianges étoit la seigneurie de Chrestien de Digoine, conseiller et chambellan de Philippe le Bon. On le retrouvera dans les Cent Nouvelles nouvelles, cité comme le conteur de la nouvelle LXVIII.
P. 286, l. 7. Sa goune. Son manteau, Verard.
P. 287. La quarante-septiesme nouvelle. On a prétendu que cette aventure étoit arrivée à Grenoble, à Chaffrey Carles, président du parlement, au commencement du seizième siècle; mais la date de la nouvelle est évidemment trop ancienne pour que l’aventure de Chaffrey ait pu en être l’origine.
P. 295. Pierre David. Cet individu n’est connu que par un compte de la maison de Bourgogne, daté du 30 mai 1448, qui le porte aux appointements de 12 sols par mois.
P. 301. La cinquantiesme nouvelle. On trouve l’origine de cette nouvelle dans les Facéties de Pogge et dans l’ancienne collection italienne de Sacchetti, nov. XIV.
P. 301. Monseigneur de la Salle. Lisez, d’après le manuscrit, la Sale; ce n’est qu’une faute d’impression. Voyez sur Antoine de la Sale notre Introduction.
P. 301, l. 7. Au pays de Lannoys. Lannois, ou Lannoy, dans le Beauvoisis.
TOME II.
P. 5. L’acteur. Probablement Antoine de la Sale. Voyez notre Introduction.
P. 8. La cinquante-deuxiesme nouvelle. Se trouve dans la collection de Sacchetti, nov. XVI, et dans les Contes tartares.
P. 14, l. 32. Canonicque. A ce mot, assez expressif, Verard a substitué cronique.
P. 15, l. 2. Deux advis. Trois advis, Verard.
P. 15. Monseigneur l’Amant de Bruxelles. Voyez la note à la treizième nouvelle, p. 255.
P. 15, l. 24. L’église de Saincte Goule. L’église principale de Bruxelles est dédiée à sainte Gudule.
P. 17, l. 7. Les amis de l’espousée la prennent et mainent. Sic, manuscrit. La leçon de Verard paroît préférable et plus en accord avec ce qui suit: Les amis de l’espousé prennent l’espousée et l’emmainent.
P. 17, l. 24. Sa faille. Ses atournements, Verard. Il paroît que les imprimeurs de Paris ne comprenoient pas le mot faille, qui se trouve néanmoins dans le Dictionnaire de Cotgrave.
P. 21. Par Mahiot d’Anquasms. D’Auquesne, Verard. On trouve les noms de Mahiot Regnault et Mahiot Noël dans les comptes de la maison de Bourgogne, dont le premier étoit argentier.
P. 35, l. 5. Tapissées. Changé par Verard en pavées.
P. 41. Par Poncellet. Ce nom de Poncellet et Poncelet, mis en tête de cette nouvelle et des deux suivantes, ne se trouve dans aucun des documents contemporains.
P. 46, l. 12. Sorner. Farcer, Verard.
P. 46, l. 18. Mousseau. Une très bonne pièce de beuf, Verard.
P. 49. La soixantiesme nouvelle. Un conte à peu près semblable forme le sujet de: Li diz de frere Denise, cordelier, de Rutebeuf. Voyez les Oeuvres de Rutebeuf, publ. par Jubinal, tom. II, p. 260.
P. 49, l. 1. Malines. Troyes, Verard.
P. 53. La soixante-uniesme nouvelle. C’est le fabliau Des Tresces, par le trouvère Guérin, publié par Babazan, tom. IV, p. 393.
P. 60. Monseigneur de Gueuvain. Voyez la soixante-deuxième nouvelle.
P. 60, l. 23. A laquelle assemblée. Cette assemblée fut tenue au château d’Oye, entre Calais et Gravelines, au mois de juillet 1440, pour négocier la délivrance de Charles, duc d’Orléans, prisonnier en Angleterre depuis la bataille d’Azincourt. Notre nouvelle donne des renseignements intéressants sur les circonstances de cette conférence.
P. 61, l. 3. Le cardinal de Viscestre. L’évêque de Winchester, Henri Beaufort, fils de Jean de Gand, duc de Lancastre, un prélat qui a joué un rôle très remarquable en Angleterre sous le règne d’Henri VI.
P. 71. Le texte de Verard ajoute à la fin de cette nouvelle: Et ainsi fut tout le maltalent pardonné, et la paix faicte entre les parties, c’est assavoir entre le dit Jehan Stotton et le dit Thomas Brampton, et furent bons amys ensemble.
P. 72. Par monsieur Montbleru. Guillaume de Montbléru fut bailli d’Auxerre de 1467 à 1469, et dans un compte de la maison du comte de Charolois, de l’année 1459, il est qualifié écuyer d’écurie. Il étoit le neveu de Jean Regnier, bailli d’Auxerre, qui a laissé un volume de poésies. Pierre de Montbléru, écuyer-échanson du duc Philippe en 1420, fut probablement le père de Guillaume.
P. 72, l. 14. Monseigneur d’Estampes. Jean de Nevers, comte d’Etampes, cousin du duc Philippe.
P. 78. La soixante-quatriesme nouvelle. Le sujet de ce conte est identique avec celui du fabliau du Prestre crucifié, publié dans la collection de Barbazan, tom. III, p. 14. On le trouve aussi dans une des nouvelles de Sacchetti.
P. 82. La soixante-sixiesme nouvelle. Cette nouvelle se trouve, dans une forme un peu moins développée, dans le fabliau Du Fevre de Creeil, publié dans Barbazan, tom. IV, p. 265.
P. 82. Le prévost de Wastennes. Le chroniqueur Jacques du Clercq parle de ce personnage comme d’un de ceux qui étoient attachés au comte de Charolois, mais il ne nous donne pas son nom.
P. 94. Messire Chrestian de Dygonye. Voyez la note à la quarante-sixième nouvelle, p. 262.
P. 97, l. 17. Le roy de Honagrie et monseigneur le duc Jehan. Sigismond, roi d’Hongrie, et Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne. On parle ici de la bataille de Nicopolis, livrée en 1395, dans laquelle l’armée chrétienne, commandée par ces deux princes, fut détruite par les Turcs, sous Bajazet Ier.
P. 106, l. 19. Philippe. On a voulu effacer ce mot dans le manuscrit, mais à quel dessein?
P. 109, l. 21. Mesnage. J’ai adopté ici la leçon de Verard; le manuscrit lit mariage.
P. 114. Par maistre Jehan Lauvin. Jehan Lambin, Verard; nom qui ne se trouve pas dans les comptes de la maison de Bourgogne, bien qu’on cite un Berthelot Lambin au nombre des valets de chambre de Philippe le Bon.
P. 123. Monseigneur de Thalemas. Gui, seigneur de Thalemas, mort en 1463, sans enfants.
P. 128. La soixante-seiziesme nouvelle. L’origine de ce conte se trouve dans Pogge, sous le titre de Priapus in laqueo.
P. 132. Par Alardin. On trouve dans les comptes de la maison de Bourgogne deux individus de ce nom, le premier, Alardin la Griselle, écuyer-échanson du duc Philippe en 1436; l’autre, Alardin Bournel, un des officiers de cette maison de Bourgogne qui passèrent au service de Louis XI.
P. 133, l. 7. A Mortaigne. Sans doute c’est la ville de Mortagne, près de Tournai, dont on veut parler. Nos ancêtres, au Moyen Age, aimoient beaucoup à faire des jeux de mots sur les noms des personnes et des places, et s’en aller à Mortaigne est devenu une phrase populaire pour dire mourir.
P. 135. La soixante-dix-huitiesme nouvelle. Ce conte, très populaire et bien connu, se trouve dans un fabliau publié dans la collection de Barbazan, tom. III, p. 229 (_Du Chevalier qui fist sa fame confesse_), et dans le Décameron de Boccace, journée VIIe, conte 5, et a été imité par la Fontaine, Le Mari confesseur, liv. I, conte 4.
P. 135. Par Jehan Martin. Jean Martin, seigneur de Bretonnières, mort en 1475, fut en 1467 valet de chambre et premier sommelier de corps du duc de Bourgogne.
P. 141. La soixante-dix-neuviesme nouvelle. Voyez Poggii Facetiæ, p. 89 (éd. 1798), Circulator, pour l’origine de ce conte. Les conteurs modernes l’ont souvent répété.
P. 141, l. 17. Qu’on l’appeloit par tout. Que on l’appeloit maistre Jehan par tout, Verard.
P. 143. La quatre-vingtiesme nouvelle. Poggii Facetiæ, vol. I, p. 52, Aselli Priapus.
P. 144. Dernière ligne. Par mon serment. Par sainct Martin, Verard.
P. 146. Monseigneur de Vaurin. Monseigneur de Waulvrin, Verard. Jean Waurin est connu comme l’auteur d’une grande chronique d’Angleterre, dont les manuscrits sont assez nombreux. Il étoit, comme son père, qui fut tué à la bataille d’Azincourt, attaché à la maison des ducs de Bourgogne, et il étoit un des seigneurs qui accompagnèrent le duc Philippe à Paris en 1461. Voyez sur lui M. Paulin Paris, les Manuscrits françois de la Bibliothèque du roi, tom. I, p. 26.
P. 150. Dernière ligne. Ne fust couché, leçon de Verard. Le manuscrit porte: ne fist comme, ou connue, ce qui n’est pas un sens intelligible.
P. 155, l. 4. Nostre chastellenie de Lisle. Jean de Lannoy étoit en effet gouverneur de Lille en Flandre. Voyez la note à la sixième nouvelle, p. 254.
P. 156, l. 5. Et bon bergier. Verard ajoute: que on appeloit Hacquier.
P. 157. Monseigneur de Vaurin. Waulvrin, Verard.
P. 157, l. 7. Libers. Lisez, avec le manuscrit, Lilers (c’est une faute d’impression). Lillers est une petite ville en Artois.
P. 161. Le marquis de Rothelin. Ce personnage, Philippe, marquis de Rocheberg, comte de Neufchâtel, et seigneur de Rothelin et de Badenoiller, est assez connu dans l’histoire de son temps. Il fut maréchal de Bourgogne, et plus tard grand chambellan de France.
P. 163. Par monseigneur de Santilly. Le nom du conteur manque dans l’édition de Verard.
P. 167. Par monseigneur Philipe Vignier, etc. Le nom du conteur manque dans l’édition de Verard.
P. 173. Par monsieur le Voyer. Ce nom manque aussi dans l’édition de Verard.
P. 173, l. 7. Du duc de Bourgoigne. Ces mots, qui manquent au manuscrit, sont ajoutés d’après le texte de Verard.
P. 177. La quatre-vingt-huitiesme nouvelle. On trouve ce conte, avec des circonstances un peu différentes, dans le fabliau de la Bourgeoise d’Orléans, Barbazan, tom. III, p. 161; dans Boccace, Décameron, journée VIII, nouv. 7, et dans Pogge, Facéties, p. 20, Fraus mulieris. C’est l’origine du conte de La Fontaine, Le Cocu battu et content, et les autres écrivains de ce genre l’on souvent imité.
P. 177. Par Alardin. Le texte de Verard ne donne pas le nom du conteur.
P. 181. Par Poncelet. Ici encore le nom du conteur manque dans le texte de Verard. Poncelet est déjà connu comme le conteur de trois autres nouvelles, les cinquante-neuvième, soixantième et soixante-unième.
P. 182, l. 10. La blanche Pasque. C’est, comme Pasques flories, le dimanche des Rameaux.
P. 183, l. 5. Pasques flories. Le sixième dimanche du carême.
P. 183, l. 7. Que l’on dit Pasques communiaulx. Que l’en dit la Resurrection nostre Seigneur, Verard. Le jour de Pâques fut appelé souvent la Pâque communiant.
P. 184. La quatre-vingt-dixiesme nouvelle. On trouve l’origine de ce conte dans Pogge, Facetiæ, p. 51: Venia rite negata.
P. 184. Monseigneur de Beaumont. Le texte de Verard ne donne pas le nom du conteur.
P. 187. La quatre-vingt-onziesme nouvelle. Ce conte se trouve aussi dans Pogge: Novum supplicii genus.
P. 187. Par l’acteur, c’est-à dire par l’auteur. Cette nouvelle et la suivante sont sans nom de conteur dans l’édition de Verard.
P. 189, l. 7. Mix. Mez en Loraine, Verard.
P. 194. La quatre-vingt-treiziesme nouvelle. Poggii Facetiæ, p. 73: Quomodo calceis parcatur.
P. 194. Par messire Timoleon Vignier, etc. Le nom du conteur manque dans l’édition de Verard. Peut-être ce Timoléon Vignier étoit le frère de Philippe Vignier, à qui la dix-neuvième nouvelle est donnée.
P. 196, l. 6. Sur le bancq. A la taverne, Verard.
P. 201. La quatre-vingt-quinziesme nouvelle. L’origine de ce conte se trouve dans Pogge, Facetiæ, t. I, p. 205: Digiti tumor.
P. 201. Par Philipe de Loan. Par monseigneur de Villiers, Verard.
P. 202, l. 29. Frère Aubry. Frère Henry, Verard.
P. 205. La quatre-vingt-seiziesme nouvelle. On trouve l’origine de cette nouvelle dans le fabliau du Testament de l’âne, par Rutebeuf (_Oeuvres_, par Jubinal, I, 273), et dans les Facetiæ de Pogge, p. 45: Canis testamentum. C’est sans doute de cette dernière collection que notre auteur l’a tirée.
P. 208: Par monseigneur de Launoy. Le nom du conteur manque dans le texte de Verard.
P. 211. Par l’acteur. Par Lebreton, Verard.
P. 217, l. 26. Les bourgois. Les brigans, Verard.
P. 219. La quatre-vingt-dix-neuviesme nouvelle. L’origine se trouve dans Poggii Facetiæ, p. 222: Sacerdotii virtus.
P. 219. Par l’acteur. Dans le texte de Verard, cette nouvelle reste sans nom de conteur.
P. 223. Par Philipe de Loan. Le nom du conteur manque dans Verard.
P. 227, l. 2. Bons soichons. Compaignons, Verard.
P. 239, l. 6. Bouloigne la Grasse. Bologne en Italie. Sa terre est si fertile que, dans le moyen age, on lui a donné le nom de Bologna la Grassa.
[Décoration]
GLOSSAIRE.
A avec.
A TOUT, atout, avec.
ABAIZ, abois. II, 47.
ABBAYT, commérages. I, 140.
ABREGEMENT, brièvement. II, 126.
ABSOILLE, absolve. II, 97.
ABSOLU, absous. II, 95.
ABUSION, déception. I, 233.
ABUSTINÉ, distribué, partagé. I, 295.
ACCOINCTE, familier. «Se fist par gracieux et subtilz moyens accoincte de celuy dont il vouloit estre compaignon.» II, 114.
ACCOINTANCE, connoissance, relations, familiarité. I, 8; II, 152.
ACCORDEMENT, conciliation. II, 69.
ACCOUSTUMANCE, habitude. II, 116.
ACEVÉ, achevé. II, 146.
ACHOISON, occasion, cause. I, 183.
ACHOPÉ, surpris, pris. I, 268.
ACONSUYVIR, rattraper. II, 79.
ACOUCHER, acoucher malade, se coucher, se mettre au lit pour cause de maladie. I, 114; II, 5.
ACQUERRE, acquerir. I, 267.
ADICTE, interdite, accablée. «Elle se trouvera en pou d’espace si adicte et de mal souprinse.» I, 115. Voyez Du Cange, Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, VII, 10, vº Adis.
ADNICHILER, annuler. II, 93.
ADOLÉ, triste, chagrin. II, 202.
ADONC, alors. II, 243.
ADOSSER, mettre arrière. I, 154.
ADOUBER, armer. «Dieu, qui ses chevaliers de telles armes scet adouber.» II, 105.
ADOUBER (S’), s’armer. I, 154.
ADRECIÉ, instruit, dressé. I, 204.
ADVENIR, à venir, futur. I, 80.
ADVISEMENT, avis, conseil. II, 10.
ADVOÉ, adressé, instruit: «La damoiselle de sa maistresse est escollée et advoée que mieulx on ne pourroit.» I, 52.
AFFAICTIÉ, simulé, dressé. «Le mary se fist mander querir par ung messagier affaictié.» II, 30.—«Certaines matrones affaictiées.» II, 50.
AFFERRÉ, effrayé. I, 93.
AFFIERT, appartient, concerne. II, 138.
AFFOLER, blesser. II, 159.
AFFRES, peur, effroi. II, 128.
AFFULÉ, coiffé. II, 181. Se dit au figuré: «Je vous feroie affuler la prison.» II, 199.
AGGRESSER, attaquer. I, 11, 40.
AGU, aigu. I, 7.
AGUET (D’), de dessein prémédité. I, 163.
AGUILLETTE, aiguillette. Courre l’aiguillette. (I, 52), courir après les filles.
AGYOS, façons, cérémonies. I, 77.
AHURTER (S’), s’arrêter obstinément à une détermination. I, 95; II, 174. Voy. Enhurter.
AINÇOIS, avant, plutôt. I, 67, 224.
AINS, mais au contraire. I, 209.
AITRE, cimetiere. II, 206.
ALIBIZ forains, mauvaises excuses. II, 236.
AMANT. Voy. t. II, p. 255, l. 33.
AMATIR, flétrir, ternir, devenir languissant. II, 243.
AMENDER, réparer, expier une faute. II, 50.
AMIS. Etre de nos amis, est dit souvent pour désigner un mari trompé. Voy. I, 103, 260.
AMMIRACIONS, exclamations. II, 51.
AMMONESTEMENS, réprimandes. II, 185.
ANGAIGNE, chagrin, peine. «Et Dangier, sa meschine, qui enrageoit d’angaigne…» I, 237.
ANUYT, aujourd’hui, ou plutôt «cette nuit.» I, 83. Voy. Ennuyt.
APAROIR, paroître. I, 100, 144; II, 117.
APERTEMENT, ouvertement, clairement. I, 13.
APERTISES, tours d’adresse. «Faire souplesses et apertises.» II,