Les douze nouvelles nouvelles
Chapitre V
Le lendemain, je reçus un petit billet renfermant ces lignes:
«Monsieur, vous avez raison. Dieu peut me faire subir toutes les misères sans pour cela effacer le bonheur que j’ai eu de me retrouver mère sous le pardon de mon mari. Il m’a dit: J’ai tout oublié. Mais moi, je me souviens. Ma fille dans mes bras, tous les sacrifices me seront doux. C’est égal, puisque vous aimez les enfants, faites-moi vendre des éventails, c’est tout ce que je sais faire.
EUGÉNIE.»
Plaignons les femmes pauvres qui veulent vivre de leur travail. En voilà une qui peint des éventails, tout juste au moment où les Japonais nous en envoient de très jolis à vingt-quatre sous la douzaine.
Heureusement que le mari a fait un pas en avant dans son petit emploi au ministère des finances, sur la recommandation d’un de mes amis. La pauvre petite Marguerite aura une robe de plus à chaque saison.