Les Immémoriaux

Victor Segalen · Chapitre 14 sur 20

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Les Immémoriaux

Chapitre VII

»Quant aux signes, on les tatoue, avec une pierre coupante, sur des bois polis et plats qu'on nomme ensuite Bois-intelligents. Lorsque la tablette est incrustée comme une peau de chef, alors l'homme habile y trace son Rua, qui est sa marque à lui-même.

»Et l'on peut, longtemps après, reconnaître un à un les signes,— comme un homme reconnaît ses fétii—par leurs noms. On dit alors: les Bois parlent.

—Ha!» crie Paofaï avec une joie, «j'irai dans ton île! Je vais avec toi! Où est ta pirogue?»

Tumahéké sourit: on n'y va pas en pirogue. Il faut trouver passage sur un gros navire étranger, donner beaucoup au chef, ou bien travailler à bord comme un manant; parfois, l'un et l'autre.

—«N'importe!» Paofaï se lève. Mais Atumosikava l'arrête: au moins, voici le festin d'adieu: un bras de malfaiteur, rôti avec des herbes.

Paofaï refuse: ce n'est point l'usage, dans la terre Tahiti, où il est grand-prêtre. On respecte sa coutume. Il est bon que chaque peuple, même au hasard de ses voyages, garde ses tapu.

 

Térii trouve désirable de se reposer un peu. Il feint le sommeil; et laisse partir le maître.

 

VII

 

Des lunaisons passent. Paofaï, emmené sur un pahi chasseur de baleines n'a plus sur la tête que des ciels nouveaux, et rien autour de lui.

Il avait dit au chef étranger—que les autres marins appelaient «kapitana»—: «Je suis un marin moi-même, pour t'aider à conduire ton pahi. Je sais que tu navigues vers la terre Vaïhu. J'y veux aller aussi.»