Les oiseaux bleus
Chapitre IV
A vrai dire, le roi et la reine étaient loin de se sentir tranquilles; après la fête, quand ils se furent retirés dans leur appartement, il leur fut impossible de dormir. A tout instant ils craignaient d’entendre des cris, des enfoncements de portes, de voir apparaître le prince fou de désespoir et d’épouvante. Mais rien ne troubla le calme nocturne; ils se rassurèrent peu à peu: sans doute ils avaient eu raison de penser que la mauvaise fée avait rétracté sa prophétie; le lendemain des noces, ils entrèrent sans trop d’inquiétude dans la salle du trône, où les nouveaux époux ne tarderaient pas, selon la coutume, à venir s’agenouiller sous la bénédiction royale et paternelle.
La porte s’ouvrit.
—Ma fille! s’écria le roi plein d’horreur.
—Isoline! gémit la mère.
—Non plus votre fille, mais votre fils, mon père! non plus Isoline, mais Isolin, ma mère.
Et, en parlant ainsi, le nouveau prince, charmant, fier, l’épée au côté, retroussait sa moustache avec un air de défi.
—Tout est perdu! disait le roi.
—Hélas! disait la reine.
Mais Isolin, se tournant vers la porte, et la voix adoucie:
—Allons, venez, dit-il, ma chère Diamantine! Pourquoi tremblez-vous ainsi? Je vous en voudrais de votre rougeur, si elle ne vous faisait plus belle.
Car, en même temps que la princesse était devenue garçon, le prince était devenu fille; c’est ainsi que, grâce à la bonne Urgèle, fut déçue la vengeance de la méchante fée.