Les oiseaux bleus

Catulle Mendès · Chapitre 64 sur 67

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Les oiseaux bleus

Chapitre III

Courant à travers les branches, sautant les fossés, Martine faisait toute la diligence possible. Bien que ce fût déjà nuit noire, elle connaissait trop bien la route pour qu’il y eût le moindre risque qu’elle s’égarât. Elle arriva sans retard à la maison de la voisine, entra sans frapper, glissa dans un bahut le mouchoir de soie rose,—par bonheur, il n’y avait personne au logis,—et s’en revint sur ses pas. A vrai dire, elle marchait un peu moins vite que tout à l’heure. Était-ce qu’elle hésitait, au moment de rendre à son ange la santé qu’il lui avait prêtée? Pas du tout. Elle lui gardait une grande reconnaissance de ce qu’il avait fait pour assurer le salut éternel d’une pauvre fille, et se sentait résolue à tenir sa promesse. Non certes, non, elle ne le laisserait pas mourir au lieu d’elle! Si elle ne courait point, à présent, c’était à cause de la fatigue. Puis, un rossignol chantait dans les branches nocturnes tout argentées de lune, et qu’y a-t-il de plus doux à écouter que ce chant la nuit? Elle l’entendait, hélas! pour la dernière fois. En même temps une tristesse lui venait à penser qu’il y aurait demain un ciel de lune et d’étoiles, qu’elle ne verrait point. C’était affreux, ce lit, si proche, où elle s’endormirait pour toujours. Mais elle secoua ces lâches regrets! Elle s’élança, et, déjà, elle apercevait dans l’ombre la vieille chaumière au milieu du champ, lorsqu’une musique de violon sonna dans le lointain. On dansait, là-bas, dans le hangar d’une ferme. Elle s’était arrêtée. Elle écoutait, troublée, ravie. Elle se disait que c’était tout près, cette ferme; qu’une valse,—une toute petite valse,—ne dure pas longtemps; rien de plus mal sans doute que de faire attendre l’ange qui souffrait pour elle; mais enfin, l’heure où elle devait mourir n’était pas, peut-être, si proche qu’on le croyait…