L'esprit de la renarde
Appendice
Ainsi que le lecteur a pu s’en rendre compte, aux XVIe et XVIIe siècles, la situation politique en Asie est plus que mouvementée. Les champs de bataille sont investis par des hommes de tous horizons, prêts à en découdre pour des salaires âprement négociés. Les royaumes du Siam, du Cambodge, du Myanmar (connu sous le nom de Birmanie après son annexion par l’ Angleterre en 1886) font ainsi appel à une aide extérieure pour régler des conflits internes ou pour gagner des guerres territoriales, ce qui attire un grand nombre de mercenaires portugais, espagnols et japonais. Le Dai-Viêt ne sera pas en reste, et c’est en invoquant l’appui des Français que le seigneur Nguyên finira par imposer son autorité lors de la guerre civile, fondant ainsi une nouvelle dynastie au XIXe siècle.
La ville de Faifo est l’actuelle Hôi An. Cet ancien port, aujourd’hui classé patrimoine mondial par l’Unesco, s’efforce de garder l’architecture d’époque, et l’on retrouve nettement les influences chinoises et japonaises des origines – dont le fameux pont japonais qui relie ces deux quartiers. L ’implantation massive de ces populations dans ce port du Dai-Viêt s’explique par des raisons non seulement économiques, mais aussi politiques. La chute des Ming en Chine (1644) provoque le départ des opposants à la nouvelle dynastie mandchoue des Ch’ing, et l’isolationnisme du Japon sous le shôgun Tokugawa (1603) pousse les catholiques à l’exil, tout en empêchant le retour des expatriés.
La ville de Phu Xuân deviendra plus tard Huê, capitale de la dynastie des Nguyên, qui abandonneront Thang Long, l’actuelle Hanoï, fief des anciens empereurs Lê.
Le royaume d’ Arakan, où régnèrent des sultans de 1430 jusqu’en 1783, a été intégré dans l’empire du Myanmar à cette date.
Les mercenaires, qui participent aux conflits de la région, ne connaissent pas toujours un sort enviable. Felipe de Brito, après avoir volé la fameuse cloche de Shwedagon, finit par être capturé par des locaux enragés et met plusieurs jours à périr, inconfortablement empalé sur une pique de bambou.
Au XVIe siècle, la fin des guerres civiles au Japon voit la destruction de clans féodaux. Les rônin, qui sont des bushi (ou guerriers) sans maîtres, partent donc à l’aventure et proposent leurs services aux différents monarques d’ Asie du Sud.
L ’utilisation des pièces de monnaie en cuivre à des fins militaires est attestée, et la boucle des échanges entre le Japon et le Dai-Viêt a favorisé les seigneurs Nguyên dans la guerre civile qui les opposait aux seigneurs Trinh.
L ’extraction des hormones sexuelles et pituitaires à partir de l’urine humaine était connue des taoïstes chinois deux cents ans avant notre ère, ce qui fait d’eux des précurseurs des biochimistes modernes. Le terme minerai d’automne fait référence à la couleur blanche du premier gel de la saison. En Europe, il faut attendre 1927 pour qu’ Ascheim et Zondek démontrent que l’urine des femmes enceintes est riche en hormones stéroïdes. Ensuite, on y découvrit la présence d’œstrogènes et d’androgènes, ainsi que des hormones gonadotrophines, qui permettent de stimuler les glandes sexuelles. Actuellement, la récupération des hormones à partir de l’urine est une pratique courante en médecine.
Le lecteur aura reconnu que le jeune garçon traité par Monsieur Bonheur souffre du diabète de type 1, ou insulinodépendant, qui se traduit par une miction fréquente et une soif intense, ainsi qu’un amaigrissement évident. Les Chinois connaissaient cette affection, qu’ils nommaient la soif dissolvante, et l’associaient avec la présence de sucre dans l’urine.
Madame Kitsune, confinée dans les ténèbres, souffre de porphyrie cutanée, une affection due à un déficit d’une des enzymes intervenant dans la biosynthèse de l’hème. Sur les régions exposées au soleil, apparaissent des vésicules ou des bulles douloureuses qui cicatrisent lentement en laissant des zones hyper-pigmentées.
L ’effet mortel du poison indien élaboré en l’absence d’air résulte de l’ingestion des neurotoxines produites par la bactérie anaérobie, Clostridium botulinum. Ces neurotoxines, qu’on nomme toxines botuliques, inhibent la libération d’acétylcholine au niveau de la jonction neuromusculaire, entraînant ainsi paralysie, troubles visuels et difficultés de déglutition. Elles sont les plus puissants poisons actuellement connus.
La fête bouddhiste de Vu Lan avec le disciple Muc Lien est bien sûr célébrée dans d’autres pays : originellement, cette fête des morts se nomme Ullambana et commémore la quête du moine Mahâmaudgalyâna ; en Chine, on la connaît sous le nom de Yü-lan-p’en, avec le bonze Mulian ; au Japon, elle s’appelle O-bon, avec le bonze Mokuren.
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Je tiens à remercier Murielle Rambert et Francis Barthélémy pour leur lecture attentive du manuscrit. Comme toujours, je suis redevable à Jo, mon premier lecteur.
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Tran-Nhut