Lettres de Mmes. de Villars, de Coulanges et de La Fayette, de Ninon de L'Enclos et de Mademoiselle Aïssé / accompagnées de notices bibliographiques, de notes explicatives par Louis-Simon Auger

Lettre XXVIII.

Paris, 1731

M santé, Madame, se rétablit tout doucement. Ma convalescence est longue; mais ma maladie l'a été. Il n'est point surprenant que j'aie de la peine à réparer mes forces. Vos bontés et vos vœux pour moi me font un bien infini: je vous en remercie de tout mon cœur. Vos lettres m'ont fait un grand plaisir; mais le chagrin de vous causer des inquiétudes diminue ma satisfaction d'être autant aimée. En vérité, rattachement tendre que je vous ai voué, mérite les bontés que vous avez pour moi. Je vous aime et vous estime comme vous le méritez; c'est sans bornes. Continuez, Madame, à me rendre heureuse; car je mourrois de douleur, si vous cessiez d'avoir de l'amitié pour moi.

Madame de Tencin est, comme vous le savez, exilée à Ablons depuis quatre mois. Elle a été très-malade. Astruc est comme Roland. Je ne sais si c'est badinage, ou si c'est tout de bon; mais, ce qu'il y a de certain, c'est que personne ne la plaint, et bien des gens disent qu'elle n'a rien de mieux à faire qu'à mourir. Voilà de bons propos. M. de Saint-Florentin est à l'extrémité: s'il en revient, il deviendra sage, ou il sera incorrigible. M. de Gesvres et le duc d'Épernon sont toujours exilés. On appelle leur conjuration, la conspiration des marmousets. Tout le monde se moque d'eux. M. de Bedevolle étoit un des conjurés; il laisse une réputation qui ne flaire pas comme baume. On dit que c'est un esprit très-dangereux, d'autant plus qu'il est fripon. Adieu, Madame, je ne puis écrire plus long-temps, je suis trop foible.

 

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