Leurs Excellences

Brada · Chapitre 3 sur 36

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Leurs Excellences

Chapitre III

J'avoue que je m'imaginais trouver une existence un peu plus variée, et que je regrette souvent notre belle cour de X...

Adieu, ma chère tante.

Votre nièce affectionnée,

 

M .

 

III

 

De la même à la même.

Je n'ai pas encore transmis votre jolie poésie à la chanoinesse, ma chère tante; je vous dirai que depuis quelques jours je lui témoigne un peu de froideur; j'ai remarqué que ses révérences devenaient de plus en plus écourtées, et le soir ce n'est vraiment plus qu'un signe de tête. Vous comprenez, ma chère tante, que ce sont des choses qu'une princesse de Sauer-Apfel et nièce du grand-duc de X... ne peut tolérer. Ce n'est pas, du reste, mon seul sujet de mécontentement. Je voulais vous cacher ces tristes dissensions; mais comme mes remontrances à Adalbert sont restées sans effet, je viens m'en remettre à vos conseils et à votre sagesse. Voici ce dont il s'agit, et je suis persuadée, ma chère tante, que vous sentirez toute la gravité de la chose. Je vous ai déjà révélé que les derniers événements ont amené de grands changements dans la manière de vivre à Sauer-Apfel; le poulailler est sous la direction personnelle de la princesse, et les œufs sont servis à table numérotés, selon leur fraîcheur, 1, 2, 3, 4, etc. Croiriez-vous, ma chère tante, qu'on persiste à m'offrir l'œuf nº 4! Son Altesse Sérénissime prend le nº 1; ma belle-mère, le nº 2; Adalbert, le nº 3, et moi, on me laisse le nº 4. J'ai fait observer à mon mari que la nièce du grand-duc régnant de X... ne pouvait accepter l'œuf nº 4, et que, si je voulais bien par respect céder le nº 1 à Son Altesse Sérénissime, j'entendais avoir l'œuf nº 2. J'ai éprouvé un refus formel. Chaque jour on m'offre le nº 4, que je n'accepte jamais. La situation est devenue si tendue que je ne puis la dissimuler plus longtemps, ma chère tante. J'attends avec impatience une lettre de vous.