L'Illustration, No. 3253, 1er Juillet 1905
Notre Supplément Musical
8. Elève-mécanicien.--Résultat médiocre: le sujet a eu un vomissement. Pourtant il y a amélioration évidente.
9. Maître infirmier.--A été légèrement indisposé à l'arrivée au mouillage, mais seulement après avoir desserré la bande; est d'habitude très malade.
10. Mécanicien.--Légèrement indisposé aussi, mais après avoir desserré la bande.
11. Quartier-maître fourrier.--Se porte bien, sauf légère perte d'appétit; mais a le mal de mer dès que, peu avant le mouillage, il enlève la bande.
12. Le même.--Cette fois, garde la bande jusqu'au bout, et tout le temps «se trouve aussi bien qu'à terre», lui qui était invariablement malade.
Aucun de ces sujets n'était entraîné à l'immobilisation du ventre et tous étaient des victimes régulières du mal de mer. Grâce à l'immobilisation, ils ont tous fait leur service malgré le mauvais temps et sans être incommodés.
NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
Pièce Brève (pour piano), par Gabriel Fauré.--L'Illustration a salué la nomination de M. Gabriel Fauré au poste envié de directeur du Conservatoire de musique. Nos lecteurs et lectrices pourront apprécier, par cette Pièce Brève, que nous publions, combien l'inspiration du maître est originale.
Ce qui caractériserait cette oeuvre exquise, ce serait l'imprécision du titre et la coloration précise de la pensée musicale. Il semblerait que, si Pièce Brève avait été un morceau de piano et chant au lieu d'être uniquement pour piano, l'auteur aurait écrit sa musique d'abord, puis ses paroles seulement après la musique.
Un chant s'élève, à la fois ample et gai, puis les broderies soulignent une phrase très musicale et, par une modulation très trouvée, le chant initial suit à nouveau son développement. Oserai-je dire que, malgré les accords de la fin, Pièce Brève ne finit pas. Il semble qu'il y a là une porte ouverte sur l'infini. On rêve, on rêve encore, alors que l'inspiration du maître s'est tue. C'est le plus bel éloge que l'on puisse faire de cette page de M. Gabriel Fauré.
L'Ame des Fleurs (mélodie), par Massenet.--S'il est un compositeur dont le talent est souple et divers, c'est bien M. Massenet. Qu'il s'agisse, par contre, d'un opéra ou d'une simple mélodie, M. Massenet sait imprimer à l'un ou à l'autre sa griffe magistrale; et l'on peut dire que l'Ame des Fleurs est «le sonnet sans défaut qui vaut seul un long poème», ainsi que le souhaitait Boileau.
Faut-il louer la distinction de la phrase mélodique, la justesse de l'expression, le piquant et l'imprévu des sonorités de cette page toute parfumée de poésie? Chez M. Massenet, la langue musicale a une éloquence telle que, même quand il se sert du piano, on devine un dessin orchestral dans ce qu'il a voulu décrire. Ainsi, dans l'envolée lyrique de ce passage de l'Ame des Fleurs: «Oh! respectons la relique des roses!» on entend un unisson d'instruments à cordes qui charme l'oreille. C'est précisément le secret des maîtres d'évoquer tant de choses avec les moyens les plus simples, et M. Massenet s'y entend.
Poème languide, par A. Scriabine.
A. Scriabine est né à Moscou en 1870. Sa 3e symphonie vient d'être jouée à Paris sous la direction du célèbre chef d'orchestre Nikisch, dirigeant l'orchestre Colonne. Il est donc d'actualité.
Scriabine est élève de Saponov et Tanief. Entré comme professeur au Conservatoire de Moscou, il en sort presque aussitôt pour se consacrer exclusivement à la composition. Son bagage musical est déjà assez considérable: oeuvres pour piano, sonates, trois symphonies; la dernière, le Divin Poème, qui vient d'être exécutée ici, exprime en partie les idées philosophiques qui, de tout temps, le préoccupaient. Ces idées n'atteindront leur complet développement et leur parfaite expression que dans son oeuvre suivante déjà presque terminée.