L'Illustration, No. 3232, 4 Février 1905

France

23 janvier.--Clôture de l'enquête judiciaire sur la mort de M. Gabriel Syveton: le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu.

25.--Grave accident aux ardoisières d'Avrillé, près d'Angers: 15 ouvriers tués par suite de la rupture d'un câble.

27.--Le nouveau ministère se présente devant les Chambres; lecture de sa déclaration et de son programme, identique à celui du précédent cabinet.--A la Chambre des députés, interpellation visant la déclaration ministérielle et la politique générale: réponse de M. Rouvier, président du conseil; intervention de M. Berteaux, ministre de la guerre, et de M. Delcasse, ministre des affaires étrangères. Adoption, par 410 voix contre 107, d'un ordre du jour de confiance. Vote de deux douzièmes provisoires pour les mois de février et de mars.--Afin d'affirmer la résolution du gouvernement de faire cesser l'agitation causée par l'affaire des fiches de délation, le conseil des ministres arrête, avant la séance, les mesures suivantes: mise en disponibilité du général Peigné, commandant du 9 e corps d'armée, membre du conseil supérieur de la guerre: des généraux d'Amboix de Larbont et de Nonancourt; radiation des cadres de la Légion d'honneur du commandant en retraite Bégnicourt.

30.--Explosion d'une bombe, à Paris, avenue de la République, à la suite d'un meeting organisé salle Tivoli à propos des événements de Saint-Pétersbourg; cinq personnes blessées, dont deux gardes républicains.--La nuit précédente, un engin explosif a été déposé au domicile du prince Troubetskoï, attaché à l'ambassade de Russie.

ETRANGER

23 janvier.--A Saint-Pétersbourg, la situation reste grave. Le ministre de l'intérieur a fait fermer toutes les succursales de l'Union ouvrière.--Nombreuses grèves à Moscou.--Incendie violent dans les chantiers de l'Amirauté, à Sébastopol.

24.--Publication d'une déclaration du département d'État de Washington, précisant sa politique à Saint-Domingue: les Etats-Unis garantissent à la République Dominicaine l'intégrité de son territoire, ils prennent en mains la perception des impôts, la révision du tarif douanier et le règlement des réclamations étrangères.--Oukase adressé par le tsar au Sénat dirigeant et rétablissant le poste de gouverneur général de Saint-Pétersbourg (supprimé depuis 1866); le général Trepov, préfet de Moscou, nommé à ce poste, reçoit une partie des attributions du ministre de l'intérieur et un pouvoir discrétionnaire l'autorisant à faire intervenir la force armée à sa volonté et lui conférant la police des fabriques et ateliers, des autorités communales, des zemtvos. Il établit son quartier général au Palais d'Hiver. La grève est d'ailleurs en complète décroissance. Arrestations d'écrivains et de journalistes, connus pour leur libéralisme.

 

Le général Trepov, gouverneur général

de Saint-Pétersbourg.

25.--A Saint-Pétersbourg, dans la nuit du 24 au 25, obsèques d'un grand nombre des victimes de la fusillade du 22; les corps ont été transportés à 14 kilomètres de la ville. Entente entre le ministre des finances et les fabricants: la durée de la journée réglementaire de travail sera réduite à neuf heures. Aux usines Poutilov, les premières en grève, dans d'autres ateliers, une grande partie des ouvriers ont repris le travail.--A Moscou, les cosaques tirent sur des manifestants; plusieurs blessés.

26.--Entrée de l'ambassade française à Fez, capitale du Maroc.--En Espagne, démission du cabinet Azcarraga.--Élections législative en Hongrie. Le cabinet Tisza éprouve une défaite inattendue et complète. Le parti Kossuth est le victorieux de la journée.--Le traité de commerce entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie est signé par les commissaires des deux États; il est valable jusqu'en 1918.--A Saint-Pétersbourg, proclamation du gouverneur général et du ministre des finances invitant les ouvriers à se défier des meneurs politiques et à reprendre le travail, annonçant que le tsar a mis à l'étude la question des assurances ouvrières et qu'une loi vient d'être proposée, qui porte diminution de la journée de travail et donne aux travailleurs la faculté légale de délibérer sur leurs besoins et d'en formuler l'expression. En province, extension de la grève.