Manuel pratique de Jardinage / contenant la manière de cultiver soi-même un jardin ou d'en diriger la culture
CHAPITRE XV Jardin d'agrément.
CHAPITRE XV
Jardin d'agrément.
Nous ne pouvons, pour cette partie, qui est soumise à des modifications dépendant de la situation et de la forme du terrain, ainsi que du goût du propriétaire, entrer dans les mêmes détails que pour le potager, qui admet des règles plus fixes.
Quoique les murs soient pour tous les jardins le meilleur mode de clôture, ils ne sont pas indispensables pour un jardin d'agrément, qui peut être fermé par des haies vives.
Bien que l'Épine blanche (Aubépine) soit considérée comme l'arbre qui convient le mieux pour établir une haie, on peut, selon la nature du terrain, employer les essences suivantes: Acacia blanc (Robinier), Arbre de Judée, Acer campestre et Tataricum, Buplevrum fruticosum, Charme, Cornus sanguinea, Clavalier (Xanthoxylum), Caragana arborea, Celtis (Micocoulier) occidentalis et australis; Cerisier, Cyprès, Épine-Vinette, Elæagnus angustifolia, Frêne commun, Gleditschia Sinensis et triacanthos; Houx, Hêtre, If, Lilas, Lycium Barbarum; Maclura aurantiaca, Mûrier blanc, Noisetier, Orme, Prunus spinosa (Prunellier), incana, Mahaleb (Sainte-Lucie) et insititia (Prunier sauvage); Poirier commun, Pommier, Rhamnus catharticus (Nerprun), Paliurus, hybridus, sempervirens et Alaternus (Alaterne); Sureau commun, Troëne commun, Thuya, Viburnum lantana (Viorne).
Lorsqu'on établit une haie, il faut, pendant les premières années, la protéger au dehors par une haie morte ou un fossé assez large et assez profond pour la défendre contre la dent des bestiaux. Comme clôture, les haies sont d'un aspect moins désagréable que les murs, et elles permettent de profiter de chaque échappée de vue, avantage immense dans la composition d'un jardin d'agrément.
L'étude de la position du terrain doit avoir pour but de ménager tout ce qui peut contribuer à rendre la perspective agréable, et de masquer les endroits que l'on voulait cacher.
Rien de plus disgracieux dans un jardin d'agrément que la disproportion entre ses différentes parties; les allées, les pelouses, les massifs, les bassins, tout enfin doit être proportionné à l'étendue du terrain.
Les arbres plantés dans les massifs ne doivent pas être disséminés au hasard, mais dans l'ordre de leur élévation; il faut les distancer assez pour que la végétation n'en soit pas gênée. On doit les grouper en harmonisant les feuillages et les fleurs de manière à produire sur la vue une impression agréable.
Nous ne saurions trop recommander l'introduction dans les jardins d'agrément, au lieu d'arbres inutiles, des arbres fruitiers à haute tige, tels que Cerisiers, Abricotiers, Pruniers, Pommiers, Poiriers, Amandiers, Coignassiers, etc., en les plaçant de préférence à la pointe des massifs, pour qu'ils ne soient pas étouffés par la végétation des arbres voisins et qu'ils jouissent les premiers de l'air et du soleil.
Bien des personnes ont été arrêtées dans l'idée de plantation d'arbres fruitiers par la crainte de voir une partie de leur récolte dévorée par les oiseaux, et de n'avoir que des fruits de médiocre grosseur.
Cette considération ne doit pas être un motif d'exclusion: car, quelque mince que soit le produit de chaque arbre à fruit, il ne sera pas, comme pour les arbres d'ornement, complétement stérile; de plus, les arbres fruitiers ne le cèdent pas aux arbres d'ornement, tant par la beauté de leur feuillage que par le coloris brillant et l'abondance de leurs fleurs, et ils ont, de plus que les autres, des fruits, qui flattent aussi agréablement la vue que la grappe du Sorbier, le fruit des Mespilus, de Sureaux, etc.
Les arbres verts et tous les arbres à feuilles persistantes qui font jouir, au milieu de l'hiver, d'une verdure sévère peut-être, mais qui rappelle les beaux jours, doivent aussi trouver place dans un jardin d'agrément.
Le Cèdre du Liban, le Mélèze, le Sapin épicéa, le Cyprès distique, les grands arbres de nos forêts, comme le Hêtre, le Bouleau, peuvent être plantés isolément et servir à rompre la monotonie des lignes droites.
En établissant un jardin d'agrément, il faut que l'allée qui en fait le tour ne soit pas trop près de la clôture, afin de cacher autant que possible l'étendue de la propriété.
Les allées principales doivent avoir plus de largeur que les autres, et l'on doit en les traçant éviter la régularité; des courbures plus ou moins longues, de sinuosités qui dissimulent le parcours sont indispensables pour ôter à un jardin de cette espèce la monotone symétrie de nos anciens jardins publics.
On peut, suivant l'étendue du jardin, élever çà et là quelques constructions rustiques, ménager des salles de verdure où l'on arrive sans s'y attendre dans le cours de la promenade, et l'on ne doit pas négliger de placer des bancs de distance en distance, et surtout aux endroits où l'on a ménagé des échappées de vue.
Quelle que soit l'étendue du terrain, il faut toujours une partie de gazon devant la maison.
La pelouse devra avoir des contours gracieux et s'harmoniser avec les parties environnantes. On la creusera un peu au milieu, afin de produire un effet plus naturel, et l'on disposera sur les bords de petits massifs, placés de manière à concourir à l'effet général sans masquer la perspective.
Pour établir une pelouse, on emploie le plus souvent en France du Rye-grass anglais, auquel on ajoute une petite quantité de Trèfle blanc de Hollande; mais en Angleterre on a depuis longtemps renoncé au Rye-grass pour semer du Lawn's grass (herbe à pelouse), mélange composé d'Agrostis traçante, de Crételle des prés, de Brome des prés, de Fétuque ovine, de Fétuque traçante, de Flouve odorante, de Paturin des prés, de Rye-grass anglais, de Mille-feuilles et de Trèfle blanc.
Mélangées dans des proportions raisonnées, ces plantes produisent un aussi bel effet que le Rye-grass, et elles ont l'avantage de durer beaucoup plus longtemps. Bien que ces mélanges conviennent à tous les terrains à peu près, on doit dans les terres fraîches remplacer les Fétuques ovine et traçante par de la Fétuque des prés, qui s'élève un peu plus, il est vrai, mais qui convient plus particulièrement que les autres espèces aux terrains humides.
Dans les terres sèches, on peut aussi, au lieu de Rye-grass anglais, semer du Rye-grass d'Italie, qui réussit dans les plus mauvaises conditions.
Sous les grands arbres, on sème de préférence du Paturin des bois, seul ou avec un peu d'Agrostis traçante, de Fétuque ovine, de Fétuque hétérophylle et de Fétuque des prés, graminées qui viennent également bien a l'ombre.
Dans les grands jardins, où les pelouses ont souvent beaucoup d'étendue, on peut, après avoir consulté la nature du terrain, remplacer le gazon par une véritable prairie naturelle dont le foin peut être donné aux bestiaux; mais il faut alors faire choix de plantes qui puissent convenir à la nature du sol auquel elles sont destinées.
L'époque la plus favorable pour semer une pelouse est le mois de septembre dans les terrains légers, ou bien le mois de mars dans les terres fortes ou humides; mais quelle que soit l'époque, il faut, avant de semer, bien préparer le terrain, ce qui consiste à briser les mottes de terre et à extraire toutes les racines et les pierres; puis, suivant la nature du sol, on fera le labour plus ou moins profond.
Si l'on détruit un vieux gazon pour en semer un autre, il faut le retourner à la bêche, de manière qu'il se trouve enterré à la profondeur de 0m,35 au moins; après le labour, il faut herser la terre à la fourche, puis enlever avec le râteau les pierres et les mottes qui se trouvent à sa superficie, afin que le sol soit parfaitement uni. Si la mauvaise qualité de la terre forçait d'ajouter des engrais, il ne faudrait les employer que bien consommés.
Le semis ne devra être fait que par un beau temps, à cause des opérations qui doivent le suivre. On sème à la volée, et aussitôt après le semis on herse légèrement à la fourche; ensuite on passe le rouleau, ou, à défaut, on foule avec les pieds, si cependant l'étendue n'est pas trop considérable; puis on recouvre les graines d'une très-légère couche de terre ou de terreau très-fin.
Pour conserver un gazon longtemps en bon état, il faut le couper souvent. On fera la première coupe au commencement de mai, et la dernière à la fin d'octobre ou au commencement de novembre. Il nous est impossible d'indiquer le nombre de celles qui devront être faites entre ces deux époques, car cela dépendra de l'état d'humidité dans lequel on les entretiendra. Pendant la sécheresse de l'été, les arrosements doivent être très-fréquents, et doivent se faire, le matin ou le soir, avec les arrosoirs à pomme.
Il faut après chaque coupe donner un coup de râteau, afin d'enlever tout ce qui pourrait occasionner de la pourriture; puis après le nettoyage, on passera le rouleau. Chaque année, après la dernière coupe, il faut enlever la mousse avec le râteau, et étendre partout une légère couche de terreau.
Comme, pour garnir de gazon les talus ou les bancs, le semis ne peut se faire qu'avec beaucoup de difficulté, il vaut mieux se servir de plaques de gazon levées dans les prairies ou sur le bord des chemins; on les ajuste les unes à côté des autres; on fixe avec de petites fiches de bois celles qui se trouvent dans une position verticale, après quoi on les appuie légèrement avec une petite batte. L'époque la plus favorable pour faire cette opération est ordinairement le mois de mars.
Pour les pelouses de peu d'étendue on peut, au lieu de semer des graminées, planter des Rosiers à fleur remontante, dont on fixe les branches sur le sol après les avoir étendues dans tous les sens. Lorsque le terrain est complétement couvert, il est impossible de voir quelque chose de plus ravissant qu'une pelouse de Rosiers, surtout quand les couleurs ont été bien variées dans la plantation.
Les arbustes qui fleurissent le plus longtemps possible doivent être massés sur les bords du gazon; et l'on y pourra jeter, comme au hasard, quelques beaux arbres verts, comme Cèdre du Liban, Cèdre Deodora, Abies Pinsapo, Cryptomeria Japonica, Pinus Sabiniana, Pinus Lambertiana, Taxodium sempervirens, etc.
Un Saule pleureur, un Frêne pleureur, un Hêtre pourpre, un Negundo à feuilles panachées, etc., et, parmi les végétaux moins élevés, les Pivoines en arbre, les Gynerium argenteum, les Bambusa edulis et aurea, les Andropogon formosum, les Saccharum Maddeni, les Rheum, les Gunnera scabra, les Heracleum, les Caladium et les Wigandia, produisent également un bel effet sur les pelouses de gazon.
L'usage, actuellement fort répandu, d'établir dans le jardin d'agrément des massifs d'une ou plusieurs espèces de plantes d'ornement est de très-bon goût, en ce qu'il permet d'apprécier complétement la valeur ornementale d'une foule de plantes qui produisent tout leur effet seulement lorsqu'elles se produisent par groupes.
Les amateurs peu familiarisés avec les ressources que leur offre l'horticulture pour ce genre de décoration sont souvent embarrassés dans le choix des plantes de chaque saison dont on peut former des massifs. Voici, à cet égard, quelques indications qui pourront servir à les guider:
Première garniture.
Crocus de Hollande, Jacinthes de Hollande, Tulipes à fleur simple, Tulipes à fleur double, Anémones à fleur simple, Auricules, Primevères des jardins, Hépatiques printanières, Pensées à grande fleur, Aubrietia deltoidea, Cynoglosse omphalode, Corbeille d'or, Thlaspi vivace, Ellébore rose de Noël, Héliotrope d'hiver, Tussilago suaveolens, Saxifrage de Sibérie, Doronicum Caucasicum, Silene pendula, Nemophila, Phlox verna, Giroflées jaunes de diverses nuances, Pieds-d'alouette, Tourette printanière, Myosotis alpestris, Coquelicots à fleur double, Lunaire annuelle, Dielytra spectabilis et Iris Germanica.
Dans cette liste, on remarquera qu'il se trouve des plantes de hauteurs diverses, depuis les Crocus de Hollande, tout à fait nains, jusqu'aux Pieds-d'alouette et aux Coquelicots de moyenne grandeur; il y a donc de quoi former des massifs de toutes dimensions, selon l'étendue et la situation du jardin dont ils doivent faire partie.
Pour ne citer qu'un seul exemple de ce que l'on peut faire avec ces plantes, nous dirons qu'un massif composé de Tourettes printanières, de Saxifrages de Sibérie et de Doroniques produit au printemps un charmant effet.
Deuxième garniture.
N. 1. Ageratum du Mexique avec un double rang de Calcéolaires jaunes et de Verveines rouges.
Ces trois plantes, disposées en cercles concentriques, bleu améthyste, jaune vif et rouge foncé, produisent un très-bel effet; les autres listes sont calculées dans le même but d'association de forme et de couleur qui s'accordent le mieux entre elles, et flattent le plus agréablement la vue.
2. Calcéolaires jaunes avec un rang de Lobelia Erinus à fleurs bleues.
3. Capucines naines avec un rang de Verveines bleues.
4. Chrysanthèmes à fleurs blanches avec un rang de Géranium rouges ou de Verveines rouges.
5. Cuphea ignea avec un rang de Cerastium tomentosum.
6. Fuschia avec un rang de Géranium à feuilles panachées ou de Verveines blanches.
7. Géranium rouge avec un double rang de Pétunia blanc et de Calcéolaires jaunes.
8. Géranium rouge avec un double rang de Pétunia blanc et d'Ageratum Mexicanum.
9. Géranium rouge ou rose avec un rang de Verveines blanches.
10. Géranium à feuilles panachées avec un rang de Verveines bleues ou de Verveines rouges.
11. Lantana Camara avec un rang de Lantana delicatissima.
12. Menthes à feuilles panachées avec un rang de Verveines rouges.
13. Perilla Nankinensis avec un rang de Géranium à feuilles panachées ou de Verveines blanches.
14. Pétunia roses avec un double rang de Chrysanthèmes à fleurs blanches et de Géranium rouge.
15. Salvia fulgens avec un rang d'Ageratum Mexicanium.
16. Souci de Trianon avec un double rang de Pétunia blanc et de Géranium rouge.
17. Tagetes lucida ou Calcéolaires jaunes avec un double rang de Géranium rouges et de Nierembergia gracilis.
18. Verveines rouges avec un double rang de Nierembergia gracilis et de Lobelia Erinus à fleurs bleues.
19. Verveines blanches avec un rang de Lobelia Erinus à fleurs bleues.
20. Héliotrope du Pérou.
21. Coleus Werschaffelti avec un rang de Cineraria maritima ou de Centaurea candidissima.
22. Canna discolor.
23. Caladium esculentum.
24. Wigandia Caracasana.
25. Dahlias variés.
On peut également, dans les grands jardins, former des groupes de plantes annuelles que l'on sème immédiatement en place pour éviter les frais de culture.
En remplaçant successivement les plantes qui font partie de la seconde garniture par des Chrysanthèmes de la Chine, on peut avoir, en adoptant l'assolement que nous proposons, des massifs garnis de fleurs pendant toute l'année.
Comme les longues descriptions servent uniquement à grossir un ouvrage, nous avons cru devoir suivre dans notre livre un plan différent de celui qui est adopté dans les autres traités de culture: nous avons préféré grouper les végétaux d'après la place qu'ils doivent occuper dans un jardin, en indiquant brièvement, pour chacun d'eux, l'époque du semis, celle de la floraison, la couleur de la fleur et la hauteur de la plante. Cependant, nous avons consacré un article spécial aux plantes dont la culture demande des soins particuliers.