Mémoire sur l'origine Japonaise, Arabe et Basque de la civilisation des peuples du plateau de Bogota
Liste de Mots Muyscas et Japonais Identiques ou Presque Pareils,
pour exprimer sacrifier, offrir.[44]
Pour en revenir au sujet de ce mémoire, et ne voulant pas l'allonger à l'infini, on se borne, après ces discussions, déjà trop étendues peut-être, à donner la liste suivante des mots de toute nature, trouvés identiques, ou du moins fort voisins chez les Muyscas et les Japonais.
Si M. de Paravey avait eu à sa disposition le vocabulaire anglais et japonais de M. Medhurst, publié à Batavia, en 1832; s'il avait pu se procurer la grammaire muyscas du P. de Lugo, il ne doute pas que son travail eût été moins défectueux, et la liste des mots identiques beaucoup plus considérable; mais telle qu'elle est ici, elle pourra convaincre tous les esprits droits.
LISTE DE MOTS MUYSCAS ET JAPONAIS
IDENTIQUES OU PRESQUE PAREILS,
Outre ceux déjà indiqués dans ce Mémoire.
MUYSCA JAPONAIS OU OU CHIB. SEW A.
Autorités Autorités.
1. Homme Sa (gin, homme
Humboldt. Rodriguez.
(vir), cha. en chinois).
Fou-gin (femme
2. Femme,
Lugo. en chinois), Rodrig.
fou-cha.
Fou-yn, chaste.
3. Père, Babo, frère
Id. Thunb.
paba. aîné. 4. Mère,
Id. Gogo, fille. Id.
gouaga.
Fa-sa, mère. Id. Et ci-d., voir le
Foueha
muyscas,
femme.
5. Faire, Sou-ki-kou,
Id.
kikoua. labourer.
Naghe-ki-kou,
travailler.
Fatari-ki-kou,
travailler. Ka-ki-kou,
écrire.
Fa-ki-kou,
fouler.
Et une foule r V Rodr. d'autres verbes.
6. Tuer, Kouako, passé,
Id.
goûgouâ. trépassé.
Koughi, clou, pointe, percer.
Ikousa, la
Rodrig.
guerre.
7. Manger,
Id. Koutsi, bouche. Id.
gouaska.
Koni, manger. Id.
8. Bon,
Id. Joui, bon, beau. Thunb.
cho.
Jo-si, bien. Id.
Jo-ka, bon. Id.
9. Noir,
Mime, obscur,
obscur, Humb. Id.
sombre.
mayhica.
10. Blanc,
Id. Siroï, suroï. Rodrig.
sué
11. Grand, Lugo. Kami. Th. Ro. kouma.
Kouwaye,
accroître.
12. Être
errant,
Eta, aller. Rodrig.
guesa ou
gueta,
Ita, aller,
Humb. Thunb.
marcher.
13. Moi, Misca-ra, moi- Thunb.
Lugo.
hyoha. même. p. 165.
14. Toi,
Id. O-maï, toi. Id.
moné.
15. Il, lui,
Id. Aits-ouga, il. Rodrig.
as.
Nousi. p. 82.
16. Eux, Thunb.
Id. Anofitats, eux.
anabiha. p. 185.
17. Et,
plus, Humb. Jouki, et. Id. p. 186. asaqui.
18. Pour,
Thunb.
afin de, Humb. Nose, pour.
p. 187.
bora.
19. Sans, Rodrig.
Id. So, prohibitif.
hors, sa. p. 134.
20.
Ni-kaai, logis,
Maison, Id. Thunb.
étage.
gue.
Koja, cabane,
Id.
nid. Giousi-sourok, Id.
habiter.
Hue (en chin.
Id.
maison,caverne)
21. Ya-ma, Montagne, Humb. montagne (V. Thunb. gua. Kia-ma).
Terre
p. 213. Ta-kai, haut.
élevée.
Takayama, mont élevé.
22. Digue,
Tsouna, sable et
{ suna. Humb Id.
corde.
Grand
chemin
sablé
{ sina. Id. Tchy, rue. Id.
23. Limite
des
Na-baku,
champs Id. Id.
champs cultivés.
cultivés,
bogota.
24.
Entourage, Bas, bordure, Thunb.
Id.
clôture, enceinte. p. 196. bosa.
25.
Récolte, Tan-na,
Id. Thunb.
semences, semences. ta.
Ta, champs
Titsingh.
cultivés.
Fi-to-ke, Rodrig.
numérale des
récoltes,
moissons.
26. Masse
Fi-macouts, feu,
fondue et
Id. fi, de forge, Thung.
bouillante,
macouts.
fomagota.
27. Porte, A-kekourou,
Lugo. Rodrig.
kihora. ouvrir.
28.
Sanctuaire,
Jan-ne, toit, Thunb.
lieu caché, Humb.
abri. p. 205.
temple,
chun.
29. Pied, Ki ou gui,
Id. Id.
qhitcha. marcher.
Vingt
offrant r Assi, pied (V l'idée de Id. Issa, Itcha). pieds ,
guetta.
Guetta, soulier, sabot, lieu du Id. pied.
30.
Tunique, Kamisimo, ou indienne, qui couvre le
Titsingh.
vêtement haut, kami, et le de dessus, bas, simo. capisayo.
Cette liste de mots identiques, à Bogota et au Japon, pourrait sans doute s'étendre encore et se perfectionner, mais elle doit suffire à tout homme judicieux, et le tableau des hiéroglyphes, que nous
joignons à cette dissertation,[45] d'après M. de Paravey, achevera de compléter cette démonstration de l'identité d'origine de ces deux peuples, séparés par d'immenses distances, et que rapprochent aussi leur conformation physique dont il n'a pas encore été question ici.
L'un et l'autre ont reçu des colonies arabes ou phéniciennes qui sont venues leur apporter la civilisation; mais ces colonies étaient peu nombreuses, et leur sang pur et noble s'est fondu dans le sang grossier de la race tartare et mongole, qui formait le fond primitif des
deux nations.[46]
Il en a été, comme dans les îles de l'Océanie, où fort souvent, suivant le capitaine d'Urville, se voit le caractère arabe dans ce qui
touche au culte ou à la civilisation,[47] mais où les traits des Arabes, convertisseurs de ces peuples, se sont plus ou moins altérés.
Venus dans ces îles après Mahomet, ces Arabes ont porté l'islamisme dans l'archipel Indien, aussi-bien qu'en Afrique.
Mais aux tems reculés de Salomon, déjà les flottes d'Ophir et de Tharsis pénétraient dans la mer de Parvaïm, ou de l'orient extrême; car Purva, Peruva est en sanscrit le nom de la plage orientale; de là les noms de Pérou et de Para, avec telle ou telle autre terminaison, noms si fréquens dans les anciens noms de pays à l'est de l'Inde et
dans les contrées américaines;[48] et im, iam est le nom même de la mer en hébreu, aussi-bien que dans l'antique langue des hiéroglyphes que conserve la Chine, langue où la mer se nomme yang ou yam.
Ce furent ces flottes semi-phéniciennes et juives, flottes montées par des Nabathéens, ou des matelots ismaélites et arabes, qui, les premières, portèrent quelque civilisation dans les contrées maritimes des Indes et de la Chine, encore remplies de peuples à demi-barbares, et que de faux systèmes veulent nous donner comme le
centre de toute civilisation. [49]
De la Corée, du Japon, des côtes orientales de la Chine, dont ils avaient surtout occupé les îles pour s'y fortifier et s'y défendre, comme le firent à Cadiz les Phéniciens, comme de nos jours le font encore les Anglais sur toutes les côtes, ces colonies d'hommes audacieux pénétrèrent peu à peu en Amérique, et y apportèrent leur culte grossier des astres, leur civilisation corrompue par un séjour plus ou moins long au milieu de hordes encore anthropophages, telles que Darius les connut dans l'Inde, telles qu'Hérodote nous les décrit, telles que les trouvent de nos jours les Anglais dans le Birman et l'Indo-Chine, et même dans le Thibet.
Vouloir comparer ces antiques colonies américaines directement aux peuples d'Arabie ou de Chaldée, ou mieux encore, aux Européens, si modernes en tout, c'était s'exposer à mille erreurs. Il fallait une étude approfondie de la Chine et du Japon, étude qui a manqué à M. de Humboldt, mais qui, entreprise par M. Siébold et M. de Paravey, ne peut que nous promettre les résultats les plus positifs et les plus nouveaux. Ce Mémoire en est déjà une preuve. Toutes ces idées, au reste, sont confirmées par la figure japonaise qui orne la couverture du bel ouvrage que vient de publier en Hollande le résident Fisscher, figure dont la position écrasée offre de singuliers rapports avec les
divinités monstrueuses que présentent les manuscrits aztèques [50] ou mexicains, et spécialement la pierre du calendrier retrouvée à Mexico. Elles le seraient encore mieux si lord Kingsborough, qui suppose aussi dans ses savans Mémoires d'intimes rapports entre les Hébreux et le Nouveau-Monde, ordonnait enfin la traduction de ces Mémoires utiles, et des autres textes qu'il a joints aux magnifiques gravures de son splendide ouvrage sur l'Amérique antique.
Sans cette traduction, qui pourrait se publier in-8 o et à peu de frais, ce beau monument restera inaccessible en France, en Italie, en Espagne même, et dans tous les pays ou la langue anglaise n'est pas universellement connue.
M. de Paravey la sollicite donc vivement, cette traduction, et il se félicite d'être ainsi un des premiers en France à appeler l'attention et la reconnaissance du public éclairé sur cet admirable ouvrage, que beaucoup de souverains en Europe n'auraient pas eu le courage ni les moyens d'entreprendre, et qui n'a pas empêché son illustre et généreux auteur, de favoriser encore par d'autres publications utiles, l'étude si importante en ce moment des livres précieux conservés