New version of Les contes d'Hoffmann (The tales of Hoffman)
Premier Acte.
HERMANN
STELLA
GIULIETTA
OLYMPIA
ANTONIA
NICKLAUSSE
THE MUSE
A GHOST
Les Contes d’Hoffmann
PREMIER ACTE.
LA TAVERNE DE MAITRE LUTHER
C E .
Drig! drig! drig! maître Luther,
Tison d’enfer,
Drig! drig! drig! à nous ta bière,
A nous ton vin,
Jusqu’au matin
Remplis mon verre,
Jusqu’au matin
Remplis les pots d’étain!
N .
Luther est un brave homme;
Tire lan laire!
C’est demain qu’on l’assomme;
Tire lan la!
L C .
Tire lan la!
L (allant de table en table).
Voilà, messieurs, voilà!
H .
Sa cave est d’un bon drille;
Tire lan laire!
C’est demain qu’on la pille
Tire lan la!
L C .
Tire lan la!
(Bruit de gobelets.)
L .
Voilà, messieurs, voilà!
W .
Sa femme est fille d’ Eve;
Tire lan laire:
C’est demain qu’on l’enlève;
Tire lan la!
L C .
Tire lan la!
L .
Voilà, messieurs, voilà!
L C .
Drig! drig! drig! maître Luther
etc., etc.
(Les étudiants s’assoient, boivent et fument dans tous les coins.) N .
Vive Dieu! mes amis, la belle créature!
Comme au chef-d’ œuvre de Mozart
Elle prête l’accent d’une voix ferme et sûre!
C’est la grâce de la nature,
Et c’est le triomphe de l’art!
Que mon premier toast soit pour elle!
Je bois à la Stella!
T .
Vivat! à la Stella!
N .
Comment Hoffmann n’est-il pas là
Eh! Luther!... ma grosse tonne!
Qu’as-tu fait de notre Hoffmann
H .
C’est ton vin qui l’empoisonne!
Tu l’as tué, foi d’Hermann!
T .
Rends-nous Hoffmann!
L (á part).
Au diable Hoffmann!
N .
Morbleu! qu’on nous l’apporte
Ou ton dernier jour a lui!
L .
Messieurs, il ouvre la porte,
Et Niklausse est avec lui!
T .
Vivat! c’est lui!
L (à part).
Veillons sur lui.
H (entrant d’un air sombre).
Bonjour, amis!
N .
Bonjour!
H .
Un tabouret! un verre!
Une pipe!...
N (railleur).
Pardon, seigneur!...sans vous déplaire,
Je bois, fume et m’assieds comme vous!... part à deux!
L C .
C’est juste!... Place à tous les deux!
(Hoffmann et Nicklausse s’assoient; Hoffmann se prend la tête entre les mains.)
N (fredonnant).
Notte a giorno mad dormire...
H (brusquement).
Tais-toi, par le diable!...
N (tranquillement).
Oui, mon maître.
H (à Hoffmann).
Oh! oh! d’où vient cet air fâché?
N (à Hoffmann).
C’est à ne pas te reconnaître.
H .
Sur quelle herbe as-tu donc marché?
H .
Hélas! sur une herbe morte
Au souffle glacé du nord!...
N .
Et là, près de cette porte,
Sur un ivrogne qui dort!
H .
C’est vrai!... Ce coquin-là, pardieu! m’a fait envie!
A boire!... et, comme lui, couchons dans le ruisseau.
H .
Sans oreiller?
H .
La pierre!
N .
Et sans rideau?
H .
Le ciel!
N .
Sans couvre-pied?
H .
La pluie!
H .
As-tu le cauchemar, Hoffmann?
H .
Non, mais ce soir,
Tout à l’heure, au théâtre...
T .
Eh bien?
H .
J’ai cru revoir...
Baste!... à quoi bon rouvrir une vieille blessure?
La vie est courte!... Il faut l’égayer en chemin.
Il faut boire, chanter et rire à l’aventure,
Sauf à pleurer demain!
N .
Chante donc le premier, sans qu’on te le demande; Nous ferons chorus.
H .
Soit!
N .
Quelque chose de gai!
H
La chanson du Rat!
N .
Non! moi, j’en suis fatigué.
Ce qu’il nous faut, c’est la légende
De Klein-Zach?...
T .
C’est la légende de Klein-Zach!
H .
Va pour Klein-Zach!
Il était une fois à la cour d’Eysenach
Un petit avorton qui se nommait Klein-Zach!
Il était coiffé d’un colbac,
Et ses jambes faisaient clic, clac!
Clic, clac!
Voilà Klein-Zach!
L C
Clic, clac!...
Voilà Klein-Zach!
H .
Il avait une bosse en guise d’estomac;
Ses pieds ramifiés semblaient sortir d’un sac,
Son nez était noir de tabac,
Et sa tête faisait cric, crac,
Cric, crac,
Voilà Klein-Zach.
L C .
Cric, crac,
Voilà Klein-Zach!
H .
Quant aux traits de sa figure...
(Il semble s’absorber peu à peu dans son rêve.)
L C .
Quant aux traits de sa figure?...
H (très lentement).
Quant aux traits de sa figure..
(Il se lève.)
Ah! sa figure était charmante!... Je la vois,
Belle comme le jour où, courant après elle,
Je quittai comme un fou la maison paternelle
Et m’enfuis à travers les vallons et les bois!
Ses cheveux en torsades sombres
Sur son col élégant jetaient leurs chaudes ombres. Ses yeux, enveloppés d’azur,
Promenaient autour d’elle un regard frais et pur
Et, comme notre char emportait sans secousse
Nos coeurs et nos amours, sa voix vibrante et douce Aux cieux qui l’écoutaient jetait ce chant vainqueur Dont l’éternel écho résonne dans mon coeur!
N .
O bizarre cervelle!
Qui diable peins-tu là! Klein-Zach?...
H .
Je parle d’elle.
N .
Qui?
H (sortant de son rêve).
Non! personne!... rien! mon esprit se troublait!
Rien... Et Klein-Zach vaut mieux, tout difforme qu’il est!...
L C .
Flic, flac!
Voilà Klein-Zach!
H (jetant son verre).
Peuh!... cette bière est détestable!
Allumons le punch! grisons-nous!
Et que les plus fous
Roulent sous la table.
L C .
Et que les plus fous
Roulent sous la table!
(On éteint les lumières. Luther allume un immense bol de punch.)
Luther est un brave homme,
Tire lan laire,
Tire lan la,
C’est demain qu’on l’assomme,
Tire lan laire,
Tire lan la,
Sa cave est d’un bon drille.
Tire lan laire
Tire lan la,
C’est demain qu’on la pille,
Tire lan laire,
Tire lan la.
N .
A la bonne heure, au moins! voilà que l’on se pique De raison et de sens pratique!
Peste soit des coeurs langoureux!
N .
Gageons qu’Hoffmann est amoureux!
H .
Après?...
N .
Il ne faut pas en rougir, j’imagine.
Notre ami Wilhelm que voilà
Brûle pour Léonor et la trouve divine;
Hermann aime Gretchen; et moi je me ruine
Pour la Fausta!
H (à Wilhelm).
Oui, Léonor, ta virtuose!...
(A Hermann.)
Oui, Gretchen, ta poupée inerte, au coeur glacé!
(A Nathanael.)
Et ta Fausta, pauvre insensé!...
La courtisane au front d’airain!
N .
Esprit morose,
Grand merci pour Fausta, Gretchen et Léonor!...
Baste! autant celles-là que d’autres!
N .
Ta maîtresse est donc un trésor
Que tuméprises tant les nôtres?
H .
(Haut.)
Ma maîtresse?...Non pas! dites mieux, trois maîtresses,
Trio charmant d’enchanteresses
Que se partagèrent mes jours!
Voulez-vous le récit de ces folles amours?...
L C .
Oui, oui!
N .
Que parles-tu de trois maîtresses?
H .
Fume!...
Avant que cette pipe éteinte se rallume
Tu m’auras sans doute compris,
O toi qui dans ce drame où mon coeur se consume
Du bon sens emportas le prix!
(Tous les étudiants vont reprendre leurs places.)
L C .
Ecoutons! il est doux de boire
Au récit d’une folle histoire,
En suivant le nuage clair
Que la pipe jette dans l’air!
H (s’asseyant sur le coin d’une table).