Passés Passagers

Michel Batifoille · Chapitre 9 sur 10

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Passés Passagers

Héritages

 

Quand la mort s'est tue

il ne reste aux parquets cirés

longtemps

qu'une obscure attente

un vide aux miroirs

la brume n'a laissé des plaines

que les enjambées molles des pendules la mémoire danse autour

vieille absente aux sommeils sans pierres sans terre

sans sel

mon sable enserre un pays blême

d'où les chaleurs fuient clandestines

où l'oubli coagule

des corbeaux moirent le ciel

leur marée d'ailes déferle

les vagues noires s'enchevêtrent

entre des plis d'azur

des frissons parcourent l'eau de la

buée ruisselle sur des écailles de tous calibres de neige l'hiver se prolonge

l'argenterie des héritages

emplit ce tiroir lustré fidèle

ton regard n'y décèle

aucune promesse aucun serment

sous les reflets du métal froid

il en reste

une mince fumée sur la vitre

une tragique nudité

 

– 19 –

j'archive les ancêtres

et les amis perdus

leurs lettres et leurs portraits jaunis

il faut ranger l'espace pour clarifier le temps

effacer le passé pour ouvrir un futur

je verse un espoir démesuré

dans des cartons trop petits

des bibelots nous restent en gage

une quincaillerie disparate

dans une vie dont les engrenages patinent.

 

– 20 –