Poèmes En Prose

Ivan Sergueïevitch Tourgueniev · Chapitre 4 sur 6

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Poèmes En Prose

Mon Chien

 

Nous sommes deux dans cette chambre : mon chien et moi… Dehors, la tempête hurle et sanglote.

La bête me fait face et me regarde droit dans les yeux.

Et moi je la fixe de même.

Elle a l'air de vouloir me dire quelque chose. Elle est muette. Elle ne parle point et ne se comprend pas elle-même. Mais moi je la comprends.

Je sais que la même émotion nous habite et qu'il n'y a point de différence entre nous. Nous sommes faits de la même ma-tière, et la petite flamme qui palpite en moi vacille également en elle.

La mort va venir et secouer son aile énorme et glacée.

« C'est fini. ».

Et plus jamais personne ne saura quelle était la petite flamme qui brûlait en nous.

Ce ne sont pas un homme et une bête qui s'entre-regardent.

Mais deux paires d'yeux tout pareils qui s'interrogent.

 

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Et dans chacune d'elles la même vie se blottit frileusement contre l'autre.

Février 1878.

 

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