Poésies Allemandes
Les Constellations
sang!
Jamais aucun pays n'a été juste comme toi envers le mérite étranger… Ne sois pas trop juste envers eux, ô ma patrie! ils ne sont
pas capables de comprendre ce qu'il y a de grandeur dans un tel excès.
Tes moeurs sont simples et vertueuses; ton esprit est sage et
profond; ta parole est puissante et ton glaive est tranchant. Cependant tu le remets volontiers dans le fourreau; et, sois-en
bénie, il ne dégoutte pas du sang des malheureux.
Mais la discrétion me fait encore signe avec son bras d'airain: je me tais jusqu'à ce qu'elle me permette de chanter de nouveau. Je
vais donc me recueillir en moi-même, et méditer la grande, la terrible pensée d'être digne de toi, ô ma patrie!
LES CONSTELLATIONS
Tout chante ses louanges, les champs, les forêts, la vallée et les
montagnes: le rivage en retentit; la mer tonne sourdement le nom de l'éternel, et l'hymne reconnaissant de la nature peut à peine monter
jusqu'à lui.
Et sans cesse elle chante celui qui l'a créée, et du ciel à la terre, partout sa voix résonne: parmi l'obscurité des nuages le compagnon
de l'éclair glorifie le Seigneur sur la cime des arbres et sur la crête des montagnes.
Son nom est célébré par le bocage qui frémit, et par le ruisseau
qui murmure, les vents l'emportent jusqu'à l'arc céleste, l'arc de grâce et de consolation que sa main tendit dans les nuages.
Et tu te tairas, toi que Dieu créa immortel! et tu resterais muet
dans ce concert de louanges et d'admiration! Rends grâces au Dieu qui te fait partager son éternité!… quels que soient tes ef- forts, ils
seront toujours indignes de lui.
Cependant chante encore, et glorifie ton bienfaiteur. Choeur éclatant qui m'entourez, je viens et je m'unis à vous, je veux partager
votre ravissement et vos concerts!
Celui qui créa l'univers, qui créa là haut le flambeau d'or qui nous éclaire, ici la poudre où s'agitent des millions de vers, quel est-il?
C'est Dieu! c'est Dieu! notre père! nous l'appelons ainsi, et d'innombrables voix s'unissent à la nôtre.
Oui, il créa les mondes; et là bas, le lion, qui verse de son sein
des torrents de lumière: bélier, capricorne, pléiades, scorpion, cancer, vous êtes son ouvrage; voyez la balance s'élever et des-
cendre… le sagittaire vise… un éclair part.
Il se tourne; comme ses flèches et son carquois résonnent! et vous gémeaux, de quelle pure lumière vous êtes enflammés, vos
pieds rayonnants se lèvent pour une marche triomphante. Le poisson joue et vomit des feux éclatants.
La rose jette un rayon de feu du centre de sa couronne; l'aigle au
regard flamboyant plane au milieu de ses compagnons soumis; le cigne nage, orgueilleux, le col arrondi et les au vent.