Poésies érotiques
Je regarde avec un souris
Cette fortune qui se joue
En tourmentant ses favoris; Et j’abaisse un oeil de mépris Sur l’inconstance de sa roue.
Gémisse qui voudra sur le sort des humains; Trop foibles pour être coupables, Ou trop méchans pour être plaints, Ils ne valent pas les chagrins Que laisse dans mon coeur l’aspect des misérables.
L’humanité n’est qu’un abus; La haine est triste et trop pénible; Une indifférence paisible
Est la plus sage des vertus.
VERS GRAVÉS SUR UN MYRTE.
Myrte heureux, dont la voûte épaisse Servit de voile à nos amours,
Reçois et conserve toujours
Ces vers enfans de ma tendresse; Et dis à ceux qu’un doux loisir Amènera dans ce bocage,
Que si l’on mouroit de plaisir, Je serois mort sous ton ombrage.
A ÉLÉONORE.
Ô toi qui fus mon écolière
En musique, et même en amour,
Viens dans mon paisible séjour
Exercer ton talent de plaire.
Viens voir ce qu’il m’en coûte à moi Pour avoir été trop bon maître.
Je serois mieux portant peut-être, Si moins assidu près de toi,
Si moins empressé, moins fidèle, Et moins tendre dans mes chansons, J’avois ménagé des leçons
Où mon coeur mettoit trop de zèle.
Ah! viens du moins, viens appaiser Les maux que tu m’as faits, cruelle!
Ranime ma langueur mortelle;
Viens me plaindre; et qu’un seul baiser Me rende une santé nouvelle.
Fidèle à mon premier penchant,
Amour, je te fais le serment
De la perdre encore avec elle.
A LA MÊME, SUR SON REFROIDISSEMENT.
Ils ne sont plus, ces jours délicieux Où mon amour respectueux et tendre A votre coeur savoit se faire entendre; Où vous m’aimiez, où nous étions heureux!
Vous adorer, vous le dire et vous plaire, Sur vos désirs régler tous mes désirs, C’étoit mon sort, j’y bornois mes plaisirs; Aimé de vous, quels voeux pouvois-je faire?
Tout est changé; quand je suis près de vous, Triste et sans voix, vous n’avez rien à dire; Si quelquefois je tombe à vos genoux, Vous m’arrêtez avec un froid sourire, Et dans vos yeux s’allume le courroux.
Il fut un tems, vous l’oubliez peut-être!
Où j’y trouvois cette molle langueur, Ce tendre feu que le désir fait naître, Et qui survit au moment du bonheur.
Tout est changé, tout, excepté mon coeur!
A UN MYRTE.
Bel arbre, je viens effacer
Ces noms gravés sur ton écorce, Qui par un amoureux divorce
Se reprennent pour se laisser.
Ne parle plus d’Éléonore;
Rejette ces chiffres menteurs;
Le tems a désuni les coeurs
Que ton écorce unit encore.
A M. DE F.
Corrigé par tes beaux discours
J’avois résolu d’être sage,
Et dans un accès de courage
Je congédiois les amours
Et les chimères du bel âge.
La nuit vint; un profond sommeil Ferma mes paupières tranquilles; Tous mes songes étoient faciles; Je ne craignois point le réveil.
Mais quand l’aurore impatiente, Blanchissant l’ombre de la nuit, A la nature renaissante
Annonça le jour qui la suit:
L’amour vint s’offrir à ma vue; Le sourire le plus charmant
Erroit sur sa bouche ingénue;
Je le reconnus aisément.
Il s’approcha de mon oreille.
Tu dors, me dit-il doucement,
Et tandis que ton coeur sommeille, L’heure s’écoule incessament.
Ici bas tout se renouvelle,
L’homme seul vieillit sans retour; Son existence n’est qu’un jour
Suivi d’une nuit éternelle,
Mais encor trop long sans amour.
A ces mots j’ouvris la paupière; Adieu sagesse, adieu projets;
Revenez, enfans de Cythère,
Je suis plus foible que jamais.
DEMAIN, A EUPHROSINE.
Vous m’amusez par des caresses, Vous promettez incessamment,
Et le Zéphir, en se jouant,
Emporte vos vaines promesses.
Demain, dites-vous tous les jours; Je suis chez vous avant l’aurore; Mais volant à votre secours
La pudeur chasse les amours;
demain, répétez-vous encore.
Rendez grâce au Dieux bienfaisant Qui vous donna jusqu’à présent
L’art d’être tous les jours nouvelle; Mais le tems, du bout de son aîle, Touchera vos traits en passant; Dès Demain vous serez moins belle; Et moi peut-être moins pressant.
A UN AMI TRAHI PAR SA MAÎTRESSE.
Quoi, Tu gémis d’une inconstance; Tu pleures, nouveau Céladon?
Ah! le trouble de ta raison
Fait honte à ton expérience.
Es-tu donc assez imprudent
Pour vouloir fixer une femme?
Trop simple et trop crédule Amant, Quelle erreur aveugle ton ame?
Tu fixerois plus aisément
Le soufle du Zéphyr volage,
Les flots agités par l’orage,
Et l’or ondoyant des moissons,
Quand les rapides aquilons,
Glissant du sommet des montagnes Sur les richesses des vallons,
Siflent en rasant les campagnes.
Elle t’aimoit de bonne foi,
Mais pouvoit-elle aimer sans cesse?
Un rival obtient sa tendresse;
Un autre l’avoit avant toi;
Et dès demain, je le parie,
Un troisième plus insensé