Protective

Chelsea Harrison · Chapitre 2 sur 5

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Protective

Protective

 

Chelsea Harrison

 

Keith

J'avais l'impression d'avoir l'estomac tout retourné. Je sentis de la bile remonter de mes intestins et mes doigts trembler tandis qu'ils agrippaient le manche du revolver. Derrière moi, je pouvais entendre la respiration de mon collègue. Je ressentis une chaleur à l'arrière de mon cou, une moiteur, et sentis une odeur de café et de cigarettes.

"Mulligan, recule d'un pas" murmurai-je.

On entendit le bruit de son talon écraser les feuilles mortes derrière lui, puis quelque chose plus loin. Les pas de quelqu'un ?

Nous nous retournâmes en même temps pour apercevoir des ombres descendre par l'escalier de secours.

"Hé là-haut !" dis-je en pointant mon arme vers les marches tandis que Mulligan me suivait. "Plus un geste !"

Les ombres continuèrent de se précipiter. Je me mis à courir, mon arme toujours à hauteur de mes yeux, ne quittant pas les silhouettes obscurcies du regard.

"Bambery ? Qu'est-ce que tu fiches ?" dit Mulligan en courant après moi. "Arrête !"

"Il faut qu'on attrape ces salauds" répondis-je par-dessus mon épaule tout en accélérant.

Bientôt les ombres furent assez proches pour que je puisse apercevoir le manteau vert du plus proche. Je me rapprochai jusqu'à en attraper la capuche bordée de fourrure. Elle était humide, le signe que celui qui la portait s'était trouvé dehors sous la pluie glaciale aussi longtemps que nous. Le tirant avec force vers moi, celui-ci se renversa en arrière, sa tête venant frapper contre le trottoir en atterrissant. Son complice, en entendant le choc, s'arrêta pour se retourner.

"Woah, calmez-vous" dit-il en levant les mains.

"Allongez-vous sur le sol" répondis-je.

Il se figea de peur.

"J'ai dit, allongez-vous sur le sol."

Il ne bougea toujours pas. Ses yeux rencontrèrent les miens. Il avait un air que je ne parvenais pas à identifier. Il regarda de droite à gauche comme s'il essayait de trouver un moyen de s'échapper.

"Ne m'obligez pas à me répéter" dis-je tout en tenant mon arme devant moi, mes mains toujours tremblantes, de la sueur recouvrant l'acier froid.

Il tressaillit et moi aussi, mes doigts se rapprochant dangereusement de la gâchette. Puis ses mains esquissèrent un mouvement, puis un autre.

"Baissez-vous au sol !"

Ses doigts s'approchèrent de l'intérieur de sa veste, il ne pouvait vouloir y chercher qu'une seule chose.

"N'y pensez même pas !" dis-je.

Sa main était maintenant à l'intérieur de sa veste. A n'importe quelle seconde maintenant, ce pouvait être lui ou moi.

"Allongez-vous au sol !"

Sa main bougea encore d'un centimètre.

Bang !

Je fermai les yeux et appuyai sur la gâchette. Il y eut un éclair lumineux, une odeur de poudre puis un bruit assourdissant retentit dans mes oreilles. Mulligan cria quelque chose, sa voix comme engloutie par le bruit du coup de feu. Quelque part dans les ténèbres, on entendit un cri.

Quand je rouvris les yeux, il y avait un corps à mes pieds, son sang ruisselant sous mes nouvelles bottes toutes neuves, faisant des tâches sur les semelles et jusque sur le goudron gelé.

* * *

Dans le bureau du commissaire Sawyer, Mulligan secoua la tête et se mordit l'ongle du pouce, ses yeux baissés au sol. Je m'assis à côté de lui, me demandant ce qu'il se passait.

"Hé, détend-toi" dis-je. "Ca va aller."

"Tu es sérieux ?" demanda-t-il, ses yeux pleins de colère. "Tu es dans la police depuis, quoi, deux jours et tu penses tout savoir ?"

Ses joues étaient écarlates de rage tandis qu'il serrait le poing.

"Ca fait dix ans que je suis ici, mon vieux, et je n'ai jamais eu autant de problèmes que maintenant."

Il me donna un grand coup sur le torse et je reculai de colère.

"Hé !"

Je le repoussai et il se leva.

"Qu'est-ce que tu as au juste ?" demanda-t-il en lançant ses mains contre mon visage. "Tu crois que tu es un gros dur parce que tu as tiré sur quelqu'un, hein ? C'est ça ? Tu penses que tu es un putain de héros ou un truc comme ça parce que tu viens juste de terminer l'école de police depuis quelques jours ?"

C'est alors que je sentis mes joues s'enflammer. Il avait raison. Je n'avais pas assez réfléchi, j'avais eu trop hâte de montrer ce dont j'étais capable et à quel point je pouvais me montrer ferme.

"Écoute, je suis désolé" murmurai-je entre mes dents.

Mulligan ouvrit la bouche pour parler mais à ce moment, la porte s'ouvrit et alla claquer contre le mur. Le commissaire avait l'air d'être sur le point de faire une crise cardiaque. Il passa une main dans sa chevelure poivre et sel tandis qu'il entrait en trombe dans la pièce.

"Mulligan et Bambery" dit-il en jetant un dossier sur son bureau et en s'affalant sur son siège. "On dirait le nom d'un de ces restaurants à la mode qui vendent du kalé, du quinoa ou ce genre de trucs."

Il nous fit signe de nous asseoir, ses manières autoritaires nous conseillant de nous taire.

"Bambery…" commença-t-il. " Vous avez obtenu votre diplôme vendredi dernier si je ne me trompe pas ?"

Ses yeux gris et colérique se plantèrent dans les miens et je sentis les poils sur mes bras se hérisser.

"C'est exact, monsieur."

"Commissaire".

"Je… je suis désolé. Je veux dire, commissaire."

Il plissa les yeux et fit tourner un stylo entre ses doigts.

"Donc je suppose que parce que vous êtes un policier fraîchement diplômé, cela signifie que vous savez tout, n'est-ce pas ?"

"Non, bien sûr que non, commissaire."

Il fit une pause et prit une grande inspiration avant de soupirer profondément.

"Alors pourquoi on dirait que c'est le cas ?" demanda-t-il en appuyant son index sur le dossier posé sur son bureau.

Sans répondre, je regardai ailleurs.

"Hmm ?" demanda-t-il en levant les sourcils. "Bambery, vous feriez mieux de m'écouter parce que vous êtes dans une sacrée merde en ce moment. Pour commencer, les deux suspects que vous teniez tant à poursuivre n'étaient pas les bons, d'accord ? Les deux dealers que vous auriez dû surveiller étaient de l'autre côté du bâtiment, et l'un d'eux portait un manteau rouge, pas vert. Deuxièmement, non seulement ces deux types étaient innocents, mais vous avez fracturé le crâne de l'un d'eux et tiré dans la jambe de l'autre !"

Une lueur d'espoir me traversa.

"A travers la cuisse ?" demandai-je.

"Oui" dit le commissaire en pinçant les lèvres. "Vous avez de la chance qu'il ait survécu, autrement vous auriez commis un meurtre."

Mon estomac se retourna.

Qu'est-ce que j'avais fait ?

"Mais j'étais tellement sûr que c'était eux. Ils ont couru, non ? Et ils ont refusé de s'arrêter lorsqu'on a leur demandé. Non seulement ça, mais le type a essayé de sortir une arme de sa veste !"

"Il voulait prendre son portefeuille pour vous montrer sa carte d'identité" soupira le commissaire. "Il n'avait pas d'arme. Nous avons vérifié."

Mon estomac se retourna à nouveau.

"Je… je suis tellement désolé" parvins-je juste à dire.

"Vous devez l'être" répondit-il.

Mulligan gardait un silence inquiétant.

"Alors que va-t-il se passer maintenant ?" demandai-je

Le commissaire fit une nouvelle fois tourner son stylo entre ses doigts avant de le reposer sur son bureau.

"Vous avez une réunion disciplinaire lundi. En attendant, vous êtes en congé sans solde."

"Je comprends" soufflai-je. "J'ai été stupide et je mérite de me faire renvoyer."

"Comme vous dites" dit Sawyer en se levant et en me conduisant à la porte. "Et jusqu'à lundi, je ne veux pas vous voir traîner vos fesses ici. Allez, sortez."

Avec sa main appuyée fermement sur mon épaule, il me fit partir et je me retrouvai debout au milieu du commissariat, avec les yeux de tous fixés sur moi. Ces regards me brûlaient, me donnaient l'impression qu'il me serait impossible de rapetisser davantage. Tout ce que je voulais, c'était m'enfuir et me cacher, ne plus jamais revoir ces personnes.

Tu es un idiot, Keith. Dans quoi diable es-tu allé te fourrer ? Et ça fait seulement deux jours que tu es dans la police !

Je me dépêchai de sortir et me retrouvai dehors dans la douceur du soir. Il n'était pas tard mais il faisait nuit tôt à cause de l'hiver, le crépuscule frémissant à l'horizon, le ciel devenant violet foncé tandis que le soleil disparaissait derrière les immeubles.

M'appuyant contre le mur, je sortis un paquet de cigarettes, en allumai une et fumai nerveusement jusqu'à sentir la fumée chaude et âcre dans mes poumons. Puis je soufflai une bouffée de fumée en la regardant s'envoler dans les airs. Devant moi, la lune était pâle et bombée, sa surface inhabituellement claire. Je la regardai un moment en pensant qu'elle avait l'air trop parfaite pour être réelle.

Le long de la rue, des taxis jaunes passaient en vitesse, remplis de jeunes couples et de groupes de fêtards se rendant au centre-ville. Au feu rouge, une limousine blanche s'arrêta et une fille sortit la tête par le toit ouvrant avec un boa de plumes roses autour du cou. Elle me fit un signe de la main et cria. Je répondis faiblement et retournai à ma cigarette.

J'aperçus quelque chose du coin de l'œil, quelque chose de blanc qui brillait, ainsi qu'une odeur fleurie passant dans l'air. On entendit le claquement de talons hauts sur le trottoir, le bruit d'une voix claire et féminine. Je regardai et vis une fille rousse, mince et élancée, en train de parler à son téléphone portable. Un sac cadeau de chez Macy était accroché à ses doigts fins. Elle avait un grand sourire tandis qu'elle bavardait, ses yeux brillants d'anticipation tandis qu'elle évoquait ses plans pour le week-end.

"Oh mon Dieu. J'ai tellement hâte d'être à cette fête ! Mais je ne peux pas te rejoindre avant, disons, 20 heures. Je dois passer voir mon père à son travail pour lui donner son cadeau d'anniversaire."

Elle jeta un coup d'œil nerveux par-dessus son épaule et s'arrêta un moment avant de reprendre sa conversation.

"Pardon, mais je suis sûre qu'une voiture est en train de me suivre."

Derrière elle, un 4x4 noir s'avançait silencieusement dans le virage, glissant tel un fantôme aux vitres teintées. Je louchai pour tenter d'apercevoir le conducteur mais ne vit rien d'autre que du verre noir teinté.

"Enfin…" reprit-elle. " Tu vas porter quoi ce soir ? J'ai décidé que…"

La porte passager du 4x4 s'ouvrit brusquement. Un homme portant une cagoule en émergea, un revolver muni d'un silencieux à la main. Sans réfléchir, je me jetai en avant pour l'arrêter. La fille cria et le sol froid sembla s'envoler pour me frapper au visage, tandis qu'une chaleur brûlante me traversait la poitrine. J'ouvris les yeux et vis les étoiles au-dessus de moi tandis que je restai étendu dans le caniveau. M'appuyant sur mes coudes, je baissai les yeux vers mon torse et vis du sang s'étaler sur le trottoir.

"Oh mon Dieu. Quelqu'un, à l'aide !"

La fille pleurait et tentait maladroitement de composer le 911 sur son téléphone. Je commençai à ne plus bien voir de côté, tout devint flou. Quelque part au loin, une sirène retentit. Puis il n'y eut plus rien, rien que l'obscurité.

* * *

Felicity

"Hé, Lexi. Pardon, je n'entends pas bien. Je suis dans le métro."

"Pourquoi tu es dans le métro !" s'exclama-t-elle.

Il y avait beaucoup de choses qui agaçaient Lexi mais rien de pire que les transports en commun.

"Mon père pense qu'il faut que je devienne, tu vois, moins gâtée, ce genre de choses. Il dit que je ne peux pas continuer à prendre des taxis à chaque fois, et puis conduire en ville le week-end est juste impossible !"

Le wagon me balançait d'un côté et de l'autre tandis que j'étais assise, coincée entre une vieille femme qui sentait la purée de pommes de terre et un adolescent qui était en train de se rendre sourd avec les écouteurs les plus bruyants du monde. Devant moi, un vieil homme lisait le journal et levait son nez de la page toutes les minutes pour tenter de voir au-dessus de ma jupe. Je croisai les jambes et m'appuyai sur le côté, grimaçant clairement de dégoût.

"Je le jure devant Dieu, Lexi, on se croirait vraiment dans un spectacle de cirque."

Elle rit avec un bruit presque animal qui se termina par un reniflement de mépris. La ligne grésilla une seconde tandis que le métro passait dans un tunnel puis nous resurgîmes de l'autre côté et je pus l'entendre en train de mordre dans quelque chose de craquant.

"Qu'est-ce que tu manges ? On dirait que tu es train de mâcher une pierre."

"Une carotte" soupira-t-elle.

"Quoi ? Depuis quand tu manges des carottes ?"

"Depuis que Daryl m'a demandé de sortir avec lui et que je me suis pesée et je fais, eh bien, cinq kilos de trop. J'ai l'air d'un éléphant."

"Arrête" grognai-je. "Tu n'as pas besoin de perdre de poids."

"Ca te va bien de dire ça. Tu as la chance d'avoir un corps parfait. Eh, je t'ai déjà dit à quel point tu me dégoûtais ?"

Nous nous mîmes à rire et le vieil homme en face de moi sourit aussi, apparemment excité par ma conversation. A l'extérieur, le panneau annonçant la station apparut tandis que le métro ralentissait jusqu'à s'arrêter complètement, les roues grinçant en-dessous de nous.

"Attends, je descends."

Lexi se contenta de croquer à nouveau pour toute réponse. Pendant ce temps, le vieil homme s'assura de bien regarder mes fesses pendant que je sortais et l'espace d'un instant, je pensai à marcher accidentellement sur ses orteils avec mes talons aiguilles. Heureusement pour lui, je changeai d'avis et sortis sur le quai. Il faisait froid et je n'étais certainement pas habillée pour ce temps-là. J'avais la chair de poule sur mes jambes tandis que le vent venait fouetter ma peau. Je frissonnai et tirai plus près de mes épaules sur la lanière de mon sac à main.

A l'autre bout du quai, un groupe d'hommes fumait et riait, un nuage de fumée s'épaississant au-dessus d'eux. Tandis que mes talons claquaient sur le sol, ils me regardèrent d'un seul œil comme une tribu de chiens de prairie ébahis.

"Hé, chérie ! Tu veux t'amuser un peu ?"

"Ouais, t'as envie de faire la fête ?"

Je me renfrognai, gardant les yeux baissés au sol.

"Hé !"

"Yo, tu vas où ?"

Je courus vers les escaliers et me précipitai en haut en grimpant deux marches à la fois, pressée d'échapper à ces sales types.

"Qu'est-ce qui se passe ?" demanda Lexi.

"Berk… juste une bande de pervers. Les hommes peuvent être infernaux, parfois, surtout ces espèces de macho qui pensent que plus ils ont de gros muscles, plus ils sont importants."

"Hé… Qu'est-ce que tu as contre les hommes bien bâtis ?" protesta Lexi.

"Rien, c'est juste que… est-ce que ça embêterait les hommes de se montrer poli de temps en temps ? Où sont passés le romantisme et la galanterie et une conversation normale ?"

"Une conversation normale ?" s'exclama Lexi. "Tu dois sûrement plaisanter. Qu'est-ce qu'il y a de drôle là-dedans ? Je préfère une grosse queue bien épaisse qui peut baiser comme un marteau-piqueur" ricana-t-elle.

"Lexi !" criai-je. "Tu ne peux pas dire ça !"

"C'est ce que je viens de faire, non ?"

"Tu es incroyable. Enfin, tu comprends ce que je veux dire, n'est-ce pas ? Tout ce que je veux, c'est un type gentil et drôle, qui se comporte bien avec moi, avec qui je passe du bon temps et pas, tu vois, quelqu'un qui veut me sauter toutes les cinq secondes."

"Chérie, avec le corps que tu as, il va falloir que tu sortes avec un moine si tu ne veux pas qu'on ait envie de coucher avec toi tout le temps. Peut-être que tu pourrais devenir vraiment grosse et laide, tu sais, et sortir avec un homme qui t'aimerait juste pour ta personnalité et pas pour ton physique."

J'envisageai cette possibilité une seconde dans ma tête tandis que je sortais dans la rue. Le commissariat était seulement à quelques rues de là et je pouvais voir les lumières bleues briller à travers la foule. A ma gauche, un 4x4 noir s'avança lentement, trop lentement. Je me demandai s'il attendait quelqu'un.

"A vrai dire c'est la chose la plus bête que j'aie jamais entendue" dis-je. "Mais je serais peut-être obligée d'en venir là."

Lexi rit et commença à avaler quelque chose.

"Qu'est-ce que tu peux bien manger maintenant ?"

"Un gâteau à la vanille."

"Qu'est-ce qui est arrivé aux carottes et aux cinq kilos à perdre ?"

Elle resta silencieuse.

A côté de moi, le 4x4 prit le virage, s'adaptant à mon allure. Je me mis à marcher plus vite.

"Tu viens à la fête ce soir ?" demanda-t-elle, évitant ma question précédente.

"Oh mon Dieu. J'ai tellement hâte d'être à cette fête ! Mais je ne peux pas te rejoindre avant, disons, 20 heures. Je dois passer voir mon père à son travail pour lui donner son cadeau d'anniversaire."

Une série de frissons me parcourut l'arrière du cou pendant je pensais être observée. Regardant par-dessus mon épaule, je vis le 4x4 à quelques pas derrière moi.

"Hé, Feli, tu es là ?"

"Pardon, je suis sûre qu'une voiture est en train de m suivre."

"Quoi ?"

"Ce n'est rien sûrement" dis-je pour tenter de la rassurer.

A l'entrée du commissariat, un jeune policier se reposait appuyé contre le mur, une cigarette à la main. Il me regarda de haut en bas puis jeta un œil derrière moi. Même dans la faible lumière, je pouvais voir que ses yeux étaient d'un bleu profond, de la même couleur que l'uniforme qu'il portait.

Derrière moi, une portière claqua et il lâcha brusquement sa cigarette pour se jeter en avant. Que diable était-il en train de faire ?

"Feli ? Feli ?" dit Lexi dans le téléphone mais je ne pus répondre car j'étais trop préoccupée par la détonation tirée à bout portant. Je vis une arme et un homme masqué. J'entendis un cri et pendant un instant, je ne compris pas qu'il s'agissait du mien. Le policier trébucha et tomba tandis qu'un filet de sang écarlate sortait de son épaule jusque sur le trottoir. Puis il y eut un crissement de pneus, des pas précipités, et le son de mon pouls qui battait à se rompre.

"J'ai besoin d'une ambulance !" criai-je dans le téléphone tandis que je tombai à genoux.

J'agitai ma main devant le visage du policier mais ses yeux restaient fixés à contempler les étoiles, un air presque serein passant sur ses traits tandis qu'il perdait conscience.

* * *

Keith

Quand j'ouvris les yeux, j'eus l'impression que tout mon corps était pris dans un étau. A l'autre bout du lit, je pus distinguer une silhouette floue et je clignai des yeux plusieurs fois pour éclaircir ma vision. Enfin, je vis ma mère en train de pleurer dans un mouchoir tout chiffonné, ses yeux rouges et gonflés.

"Keith ?" demanda-t-elle dans un murmure rauque. "Tu es réveillé ?"

J'essayai de parler mais rien ne sortit de mes lèvres desséchées si ce n'est un grognement.

"Gerald, il est réveillé !"

Mon père était assoupi sur une chaise à côté du lit et ma mère le secoua par l'épaule. Il grogna en s'éveillant et se frotta les yeux.

"Comment tu te sens, fiston ?" demanda-t-il en prenant appui contre le bord du lit.

"Qu'est-ce qui s'est passé ?"

En regardant autour de la pièce, je pouvais voir les pâles murs couleur vert menthe et sentir l'odeur de désinfectant. Je savais que j'étais à l'hôpital, mais pourquoi ?

"On t'a tiré dessus, fiston."

Je le fixai.

"Tu te souviens de quelque chose ?"

Je secouai la tête.

"Un chef de gang…" expliqua-t-il. " Il a envoyé quelqu'un pour tuer la fille du commissaire afin de se venger que ce dernier ait mis un coup d'arrêt à ses affaires."

"Mais tu t'es jeté devant elle" intervint ma mère. "Tu as été si courageux de tenter de sauver cette fille, Keith, mais tu aurais pu te faire tuer !"

Des images me revinrent. La fille avec les longs cheveux roux et les jambes fines. Je me rappelai du sac cadeau qu'elle tenait, du son de sa voix et de la fragrance de son parfum.

"Elle va bien ?" demandai-je.

Mes parents acquiescèrent tous les deux.

"Elle est juste choquée" dit ma mère. "Mais elle va bien. Elle est à côté en ce moment, elle n'est pas partie depuis que tu es arrivé ici."

Je tendis le cou pour regarder par la fenêtre. Je vis un éclat de cheveux roux et le soupçon d'un bras blanc et nu.

"Vous avez dit, la fille du commissaire ?" demandai-je.

"Oui" dit mon père. "Peut-être que tu vas avoir une promotion" dit-il en me faisant un clin d'œil.

Malgré sa plaisanterie, je pouvais voir de la tristesse dans ses yeux. J'avais failli mourir, et pourquoi ? Parce que j'étais irresponsable et m'étais jeté devant une balle. Mais j'avais sauvé la fille, et c'est tout ce qui comptait. Sauver les gens, c'est la raison pour laquelle je m'étais engagé dans la police depuis le début.

"Tu veux la voir ?" demanda mon père. "Je suis sûr qu'elle souhaite remercier le héros qui lui a sauvé la vie."

Je hochai la tête et passai ma langue sur mes lèvres desséchées.

"Fais-la entrer" dis-je.

Un moment plus tard, mon père ouvrit la porte et elle entra, des traces de mascara maculant le haut de ses joues.

"Tu es vivant" pleura-t-elle. "Je jure devant Dieu que lorsque je t'ai vu couché par terre avec tout ce sang partout, j'étais sûr que tu étais mort."

Elle se pencha par-dessus le lit et attrapa ma main.

"Je n'arrive pas à croire que tu m'as sauvée !"

Elle était si belle, même avec son maquillage qui avait coulé de ses yeux. Je fermai les miens et me délectai de sentir la chaleur de sa main.

"Merci" dit-elle. "Merci du fond du cœur."

Un instant, je me dis qu'elle était tellement reconnaissante qu'elle allait se pencher et m'embrasser. Puis elle s'essuya les yeux et se redressa, sourit et passa sa main à travers mes cheveux hirsutes. Rien que de la sentir me toucher me donna l'impression que la douleur que je ressentais en valait la peine. Puis elle dit ces mots dévastateurs qui gâchèrent complètement le moment présent.

"Mon père veut te voir" renifla-t-elle.

"Ton père ?"

C'est alors que je me rappelai ce que ma mère m'avait dit.

"Ton père, c'est le commissaire Sawyer…"

Elle fronça les sourcils comme si elle n'était pas sûr de savoir pourquoi j'avais l'air si troublé.

"C'est mon patron" expliquai-je. "Même si je suis sûr qu'il préférerait ne pas l'être. La dernière fois qu'il m'a vu, il aurait voulu pouvoir m'arracher la tête. Il pense que je suis un idiot, un gosse avec trop de testostérone."

Elle cligna des yeux puis pencha la tête de côté comme pour réfléchir.

"Eh bien, crois-moi. Ce n'est pas ce qu'il pense de toi maintenant. Il dit que tu es un héros et…"

La porte s'ouvrit derrière elle et des pas traversèrent le linoléum froid. Je les reconnus immédiatement à leur vitesse et leur poids.

"Bambery !" s'exclama la voix puissante du commissaire. "Je ne savais pas que vous étiez réveillé !"

Il se pencha au-dessus du lit et attrapa ma main, la secouant énergiquement tout en souriant.

"Seigneur, on dirait que vous revenez de l'Enfer, mais je dois vous dire que pour le restant de mes jours, je vous serai entièrement redevable. Vous avez sauvé ma petite fille. Si cette balle l'avait atteinte, je ne sais pas ce que j'aurais fait."

Il passa un bras autour de ses épaules et la serra fort.

"Ce n'est rien" dis-je en agitant la main dédaigneusement. "Vous n'avez pas à me remercier. J'ai juste fait ce que n'importe quel policier aurait fait."

Il sourit et me tapa sur l'épaule de sa main vigoureuse. Je fis une grimace de douleur et il s'éloigna l'air de s'excuser.

"Je pense que nous tenons là quelque chose" dit-il en remuant ses doigts. "Ma petite fille a besoin de quelqu'un pour la protéger et je ne peux pas être tout le temps avec elle, mais je connais quelqu'un qui le pourrait…"

Ses yeux rencontrèrent les miens et pendant une seconde, j'attendis d'entendre la fin de sa phrase comme on peut attendre la chute d'une bonne blague. Mais rien ne vint.

"Heu… Pardon, commissaire mais… Je ne suis pas sûr de comprendre où vous voulez en venir."

Il regarda mes parents qui haussèrent les épaules, paraissant aussi désemparés que moi.

"Un garde du corps" dit le commissaire.

"Quoi ?" haleta la fille. "Papa, tu n'es pas sérieux ?"

"Mon cœur ! Tu as besoin de quelqu'un pour veiller sur toi et ce garçon n'est clairement pas effrayé par ce que cela demande."

"Avec tout mon respect" commençai-je. "Je ne suis pas au meilleur de ma forme en ce moment."

Je baissai les yeux sur mes bandages imprégnés de sang qui étaient enroulés fermement autour de mon torse. Le commissaire croisa les bras et passa sa langue sur le côté de sa joue tout en regardant le plafond.

"Il n'y a pas un autre homme au commissariat à qui je fais plus confiance que vous, pas après ce qui s'est passé en tout cas. Dès que vous êtes rétabli et prêt à marcher, je veux que vous soyez prêt et décidé à vous mettre au travail."

"Mais commissaire…"

"Prêt et décidé" répéta-t-il, et il sortit de la pièce avant que je n'ai le temps de répliquer.

* * *

Felicity

"Papa, je ne peux pas y croire."

Il lisait le journal dans son bureau avec un feu de cheminée derrière lui. Il leva les yeux à mon entrée dans la pièce et soupira.

"Que se passe-t-il mon cœur ?"

"Le garde du corps, ce Keith, pourquoi il faut qu'il me suive partout ? Il est là dans le couloir à me surveiller. Je vais à une fête dans environ deux minutes et je ne veux pas qu'il me suive comme un petit chien."

Lentement, il reposa son journal sur son bureau en acajou et soupira, puis prit une petite gorgée de son whisky avant de faire la grimace devant la chaleur et la force de la boisson.

"Je pense que tu as mal compris quelque chose, mon cœur."

Il s'était mis à parler sur un ton sérieux, celui qu'il prenait seulement lorsqu'il s'apprêtait à me dire quelque chose contre lequel je n'avais rien à répliquer.

"Ma chérie, tu sais, plusieurs voyous très dangereux pourraient venir s'attaquer à ton père, en fait, ils peuvent même en train de surveiller la maison en ce moment. Comme je suis ton père, mon devoir est de te protéger et de m'assurer que personne ne s'en prend à toi. Malheureusement, j'ai beaucoup de travail à faire ce soir et donc je ne peux pas rester avec toi-même si je le voudrais bien. Tu n'as sûrement pas envie d'avoir ton vieux père à côté de toi pendant que tu fais la fête avec tes amis, n'est-ce pas, hmmm ?"

"Je suppose que non" murmurai-je faiblement.

Il pinça les lèvres et hocha la tête.

"En tous les cas, Bambery est assurément plus… comment dire, plus sportif que moi. Ce gaillard pourrait se battre contre n'importe qui ou quoi."

"Mais papa, je veux dire, vraiment ? Il y a combien de chance que la Mafia russe vienne me mettre une balle dans la tête ?"

Il fronça les sourcils et se renversa dans son fauteuil, croisant ses doigts avant de mettre ses mains sous son menton.

"On dirait que tu as la mémoire courte, Felicity. Ca fait seulement quelques jours que ce jeune homme dehors a pris une balle pour toi. S'il n'avait pas été là, tu sais où aurait fini cette balle, n'est-ce pas ?"

Je rougis et baissai les yeux au sol.

"N'est-ce pas ?" répéta-t-il.

"Oui… Pardon, c'est juste que, enfin je ne veux pas paraître ingrate, mais je n'ai pas besoin d'une baby-sitter."

"Ce n'est pas une baby-sitter" dit-il en roulant des yeux. "Les baby-sitter préparent des sandwichs et s'assoient avec les enfants pour regarder la télévision. Bambery, de son côté, te suivra à chaque pas avec un semi-automatique caché sur lui. Il surveillera quiconque vient te parler, te regarde ou même respire vaguement dans ta direction. Il s'assurera que personne ne puisse s'approcher à dix mètres de toi. Le plus important, il fera en sorte que tu ne meures pas.

Après qu'il eût parlé de cette façon, je pouvais difficilement me plaindre.

"Très bien…" dis-je en faisant la moue. " Je le laisse m'accompagner, mais pour que tout soit bien clair, ça ne me plaît pas."

"C'est compris" dit mon père en hochant la tête et en reprenant la lecture de son journal.

* * *

"Je n'ai pas besoin de toi ici. Je peux m'occuper de moi toute seule."

"La balle dans mon épaule me dit le contraire.

Nous étions dans la voiture en train de rouler pour aller à la fête, moi portant une robe rose que j'avais choisie la veille, celle avec des sequins et de fines bretelles, tandis que lui avait l'air d'un sinistre homme de main.

"Je suis désolée. Ce n'est pas que je ne suis pas hyper reconnaissante que tu m'aies sauvé la vie, c'est juste que…"

"Je te gêne dans tes mouvements ?" proposa-t-il.

"Oui…"

La voiture se gara devant un ensemble d'immeubles d'habitation et nous sortîmes tandis qu'il faisait nuit. De la musique surgissait des fenêtres à l'étage accompagnée par le cliquetis de verres et des éclats de rire. Je levai les yeux en me demandant ce qu'ils allaient tous dire lorsqu'ils me verraient arriver avec Keith derrière moi.

"Eh bien, on ferait mieux d'entrer."

Quelques minutes plus tard nous sortions de l'ascenseur. Lexi nous repéra instantanément et se précipita vers nous en chancelant sur ses hauts talons.

"Saluuut !" dit-elle en me donnant une accolade et en m'embrassant sur la joue. "C'est vrai ! C'est vraiment vrai !"

"Qu'est-ce qui est vrai ?"

"Tu as un garde du corps !"

Elle fit un pas en arrière pour admirer Keith et le regarda de la tête aux pieds, un sourire narquois tordant sa bouche. Derrière elle, les autres filles étaient toutes curieuses d'apercevoir le policier sur qui on avait tiré, avec son costume noir et portant un écouteur sur l'oreille. Il y eut des murmures dans le fond et la musique sembla s'atténuer un moment pendant que la pièce se remplissait de bavardages.

"J'ai entendu dire qu'elle est pourchassée par une bande."

"Sa tête est mise à prix."

"Ils ont essayé de lui tirer dessus mais ce type lui a sauvé la vie."

"Woah, et il est canon en plus."

Je sentis mes joues devenir écarlate et pris la main de Lexi dans la mienne.

"Est-ce que je pourrais juste avoir un verre ?" demandai-je et elle me tendit un grand verre de prosecco rose avec du sucre sur le rebord.

Je pris une grande gorgée et me sentit plus détendue.

"Merci. C'est si bizarre. Je n'arrive pas à m'y habituer."

Elle se pencha plus près.

"Il est vraiment magnifique au fait. Où est-ce que je pourrais avoir le mien ?"

Nous le regardâmes toutes les deux. Il s'était éloigné de quelques pas vers la fenêtre, où il regardait dehors dans la rue, ses mains appuyées sur ses écouteurs.

"Il est canon" acquiesçai-je. "Mais il n'est pas mon type."

"Tu es vraiment sérieuse ?"

Lexi me donna un coup de poing amical dans le bras.

"Oui, je veux dire, je n'apprécie pas les hommes musclés. Je préfère les sensibles, ceux qui lisent des livres, m'emmènent dans de beaux endroits et…"

"Te traquent comme des tarés ?" dit-elle en terminant ma phrase. "Comme Douglas, le fou génie des maths qui se vantait d'avoir du sang royal mais qui en fait était réellement fou."

Douglas… Elle avait raison. J'avais commencé à sortir avec lui lors de ma première année de fac. Je me disais qu'il était tout ce que j'avais toujours voulu. Il y avait même eu des instants fugitifs où je m'étais dit qu'il ferait un mari parfait. Mais lorsque son comportement avait commencé à devenir plus bizarre, qu'il s'était mis à m'appeler cinquante fois par jour pour demander où j'étais, j'avais eu besoin de faire une pause. Il n'avait pas bien pris la nouvelle, et bientôt les cinquante appels s'étaient transformés en quatre-vingt, puis cent, et il m'envoyait également des lettres d'amour qui étaient quasiment délirantes.

Puis cela devint vraiment fou… Le dernier coup fut quand il s'introduisit dans le vestiaire des filles chaque semaine, quand je jouais au tennis, afin de s'emparer de mes affaires : une partie de mes sous-vêtements, une brosse à cheveux, un rouge à lèvres, même une paire de chaussettes sales. Tout le monde disait que je devrais appeler la police mais je ne pouvais supporter l'idée d'impliquer mon père. A la place je rencontrai secrètement sa mère pour tout lui raconter. Quelques semaines plus tard, il partait dans une autre université et la dernière fois que j'avais entendu parler de lui, j'avais appris qu'il sortait avec quelqu'un d'autre.

"Il est là, tu sais" dit Lexi, me sortant de mes pensées.

Pendant une seconde, je ne compris pas ce qu'elle disait.

"Hein ?"

"Douglas, il est ici."

Un sentiment de terreur s'empara de moi.

"Tu n'es pas sérieuse."

Elle indiqua le coin de la pièce où il était assis seul à boire un verre d'eau.

"Il a dit à Lucas qu'il fallait qu'il vienne pour voir si c'était vrai. Il dit qu'il veut à tout prix te sauver de la mafia."

Je pris une gorgée de vin et reposai mon verre tout en prenant une grande inspiration et en rassemblant mes esprits.

"Quoi ?"

Le bruit de ma toux avait dû traverser la pièce car la fois suivante où je regardai vers lui, ses yeux rencontrèrent les miens. Mon cœur se mit à battre follement. J'essuyai mes mains en sueur sur le devant de ma robe et jetai un œil vers Keith, qui regardait toujours par la fenêtre, l'air de vaguement s'ennuyer, ses épaules baissées et ses mains enfoncées dans ses poches.

"Merde, il vient vers nous" paniqua Lexi.

Douglas s'approcha, son visage parfaitement calme et le regard fixe.

"Sympa de te revoir" dit-il.

Et avant que je ne puisse l'en empêcher, il prit mon poignée dans sa main et se mit à le serrer très fort.

"Qu'est-ce que tu fais ?" demandai-je entre mes dents. "Pourquoi tu es là pour commencer ?"

"Je savais que je n'aurais pas dû te laisser tomber. J'aurais dû rester ici et te protéger."

Un nuage passa dans ses yeux et il me serra plus fort.

"Tu es fou" dis-je. "Lâche-moi."

J'essayai de retirer ma main mais il avait une poigne de fer.

"Va-t'en !"

Tout le monde se retourna pour voir d'où venait l'agitation. Comme si je n'avais pas déjà fait une entrée remarquée… Tandis que ma voix portait à travers la pièce, Keith tourna sur lui-même et fronça les sourcils en voyant le jeune étudiant blond avec ses cheveux brossés en arrière et sa chemise fraîchement repassée. Après quelques secondes, il décida d'agir et abattit une main ferme sur l'épaule de Douglas.

"Tout va bien ici ?" demanda-t-il.

Il jeta un œil de mes yeux inquiets à la main autour de mon poignet et de nouveau sur mon visage. Puis il hocha la tête en ayant l'air de comprendre ce qui se passait.

"D'accord mon pote. Il est temps d'aller ailleurs."

"Je ne fais rien de mal" protesta Douglas. "J'ai parfaitement le droit de…"

"J'ai dit qu'il était temps de circuler !"

Douglas avala sa salive et regarda Keith qui le dépassait d'une bonne tête. Lentement, ses doigts se desserrèrent de mon bras. Je m'attendais à ce qu'il s'éloigne, la tête baissée de honte, j'espérais qu'il allait murmurer des excuses et s'en aller, mais bien sûr, comme toujours, il fallait que Douglas soit bizarre, il fallait toujours qu'il tente quelque chose encore et encore.

Prenant mon verre de vin sur la table, il le lança sur Keith, le fracassant presque sur le côté de son visage. Keith réagit rapidement, l'esquiva et le plaqua contre le sol. Une bagarre s'ensuivit et bientôt je les regardai abasourdie tandis qu'un enchevêtrement de bras et de jambes s'emmêlait au sol. Quelques secondes plus tard, Douglas était vaincu, les mains derrière le dos.

"Essaie encore d'envoyer un verre au visage d'un policier !" s'exclama Keith tout en se redressant.

Il tordit le bras de Douglas qui laissa échapper un gémissement effrayé.

"Je suis désolé !" pleurnicha-t-il. "Je ne savais pas que tu étais de la police !"

* * *

Keith

"Pardon d'avoir fait une telle scène."

"Ce n'est pas grave…"

Elle mordilla sa paille et je regardai les bulles se former au fond de son milkshake à la fraise.

Elle hocha la tête mais ne dit pas un mot.

"On dirait un pervers…"

"Il l'est."

Mon épaule recommençait à me faire mal et je pressai ma main contre la blessure que la balle avait causée qui était cachée sous une épaisse couche de gaze et autre bandage.

"Tu vas bien ?" demanda-t-elle en indiquant mon épaule.

"Oui ça va aller" dis-je en sortant mon flacon de comprimés antidouleur que je gardais dans ma poche. "Enfin, je ferais mieux de te ramener chez toi."

Le restaurant était presque vide et les serveuses paraissaient épuisées tandis qu'elles essuyaient les tables et empilaient les chaises.

"Je ne veux pas rentrer tout de suite" gémit-elle. "Il est encore tôt. Je ne rentre pas avant quatre heures d'habitude."

Elle fit la moue, ce qui la rendit toute mignonne. Elle était le type de fille qui paraît plus jolie lorsqu'elle est en colère. Passant une main dans ses cheveux roux, elle soupira et regarda l'obscurité de la nuit à travers la fenêtre, les lampadaires allumés à l'extérieur projetant une lumière orange sur ses traits parfaits.

"Qu'est-ce que tu regardes ?" demanda-t-elle sans se tourner. "Je sais que tu m'observes."

Je bougeai nerveusement sur mon siège et bus mon café.

"Désolé, c'est juste que… tu es vraiment jolie."

Elle se tourna vers moi avec un air interrogateur sur le visage.

"Vraiment ?" dit-elle en levant les sourcils.

"Bien sûr. On dirait presque que ça te contrarie."

"C'est juste que…"

Elle ramassa une serviette sur la table et commença à la triturer, la déchirant en petits morceaux entre ses doigts parfaitement manucurés. Je la regardai tandis qu'elle laissait les morceaux tomber sur ses genoux comme des confettis.

"C'est juste que je n'ai pas souvent l'habitude d'entendre ça" dit-elle.

Un rire s'échappa de ma gorge même si je n'en avais pas eu l'intention et elle me regarda d'un air contrarié.

"Je n'y crois pas" ris-je. "Tu es magnifique ! Tout le monde peut voir ça."

Elle tressaillit comme si elle ne pouvait supporter d'entendre la vérité. Quand elle eut fini de déchiqueter la serviette, elle commença la même chose avec les sachets de ketchup.

"Hé…"

Je tendis la main et attrapai sa main tremblante.

"Qu'est-ce qui ne va pas, hein ? C'est un sujet délicat ?"

Elle termina de boire son milkshake et repoussa son verre sur la table.

"Tu peux dire ça. J'ai toujours détesté mon apparence. Ca ne m'a pas aidé d'être grosse quand j'étais enfant et tout le temps harcelée. Mais même après avoir perdu du poids et fais de multiples efforts pour m'intégrer et être attirante, il y a toujours eu une part de moi que les autres ont jugé bon d'insulter. C'était mes cheveux roux, mes tâches de rousseur ou mon teint pâle."

"Shhh".

Je pris sa main plus fermement dans la mienne.

"Crois-moi, ces gens sont des crétins, d'accord ? Il y a des personnes qui aiment simplement rendre les autres malheureux et peu importe qui tu es ou à quoi tu ressembles, ils trouveront quelque chose qui ne va pas chez toi. Tu pourrais être la pêche la plus juteuse, la plus mûre, la plus goûteuse au monde, il y a aura toujours des gens qui n'aiment simplement pas les pêches. Tu comprends ce que je veux dire ?"

Elle réfléchit une seconde puis regarda à travers la fenêtre.

"Tu me dis que c'est juste impossible de plaire à tout le monde et que je devrais juste chercher à être heureuse ?"

"Bingo" souris-je." Les filles comme toi n'ont pas besoin de se soucier de ce que les autres pensent. Et de toute façon, je trouve que tu es l'une des plus jolies pêches que j'aie jamais vues."

Elle rit et couvrit son visage en rougissant. C'était un geste qui ne faisait que la rendre encore plus mignonne.

"Tu es encore plus belle lorsque tu ris" dis-je.

J'avais la forte envie de me pencher au-dessus de la table pour l'embrasser mais, sachant que je perdrais mon travail si je le faisais, je me contentai d'écarter une mèche de cheveux qui s'était échappée hors de son visage. Sa peau était douce comme de la soie et ses cheveux avaient un parfum de framboise.

"Merci" dit-elle.

"Pour quoi ?"

"Pour être aussi gentil."

"Hé, je suis un garçon gentil. Je ne fais pas qu'attraper des bandits et sauver des vies."

Je lui fis un clin d'œil, regrettant aussitôt l'air louche que cela devait me donner.

"Mon père dit que je devrais vraiment t'être reconnaissante."

Il y avait un éclat malicieux dans ses yeux.

"C'est ce qu'il pense, hein ?"

"Oui mais…"

Elle rougit à nouveau et baissa les yeux sur ses genoux.

"Comment je suis censée savoir la meilleure façon de te remercier ? Tu m'as sauvé la vie. Comment pourrais-je jamais te remercier assez ?"

En-dessous de la table, nos genoux se cognèrent l'un contre l'autre mais elle ne s'écarta pas. Ses cuisses se pressèrent contre les miennes et, avec son regard sexy, je commençai à me sentir très excité. Je ressentis une chaleur dans mon ventre et mon visage devenir rouge mais, plus embarrassant, quelque chose commença à me tirer dans mon pantalon.

Je toussai et avalai la fin de mon café, espérant que cela allait me distraire de mes pensées. Tandis que je reposai ma tasse, je sentis quelque chose me picoter le côté de la jambe. Baissant les yeux, je vis ses doigts en train de remonter le long de ma cuisse. Qu'est-ce qui se passe ? me dis-je. Elle était trop timide pour me regarder il n'y a pas une minute encore.

"Tu joues vraiment bien les filles timides" dis-je.

Elle resta silencieuse tandis que sa main continuait son ascension jusqu'à presque atteindre mon entrejambe. Je me renversai sur mon siège et pris une longue inspiration.

"Je veux juste te remercier" dit-elle. "De quelle autre façon je pourrais le faire ?"

"Ma petite" dis-je en repoussant sa main. "Tu n'as pas besoin de faire ça pour me remercier, compris ? En vérité, j'aurais sauvé la vie de n'importe qui se serait trouvé là cette nuit-là. Il se trouve que ça a été toi. C'est mon travail. Je ne suis pas devenu policier pour coucher avec tout le monde."

Prenant un air offensé, elle croisa les bras et s'appuya contre la fenêtre.

"Je dois te remercier d'être un gentleman, je suppose" dit-elle.

Mais l'air sur son visage m'indiqua qu'elle aurait souhaité que je n'en sois pas un.

Au comptoir, la serveuse nous regardait, attendant que nous partions. Je regardai autour de la pièce, remarquant que nous étions les derniers sur place.

"Viens" dis-je en me levant, heureux de constater que mon érection avait disparu. "Je te ramène chez toi."

* * *

Felicity

Je m'étais dit qu'il sauterait sur l'occasion mais j'avais complètement tort. Maintenant je me sentais comme une idiote, à m'être jetée à la tête d'un homme que je connaissais à peine. Mais j'avais vraiment envie de le remercier de m'avoir sauvée la vie. Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ?

La nuit commençait à devenir froide et je tremblai en sortant de la voiture devant chez moi. Keith attendit sur le siège conducteur, me regardant d'un air interrogateur.

"Tu ne rentres pas ?" demanda-t-il en indiquant la porte d'entrée.

"J'ai une idée" dis-je en suivant son regard. "Pourquoi tu n'entrerais pas ?"

"Heu… Je ne crois pas que ton père apprécierait."

"C'est bon, il dort. Il prend ses somnifères exactement à minuit tous les soirs. Il sera pratiquement inconscient."

Il mordilla sa lèvre inférieure en réfléchissant et tapota avec ses doigts sur le volant.

"Je ne devrais vraiment pas" répondit-il.

Tandis qu'il parlait, il grimaça et tendit sa main vers son épaule.

"Tu vas bien ?" demandai-je tout en me penchant pour le voir mieux.

"Oui, ça fait toujours mal cependant."

Il sortit son flacon de comprimés antidouleur et enleva le bouchon.

"Merde, il est vide."

Il fit une grimace de douleur et inspira profondément.

"Attends, laisse-moi regarder."

Retournant à l'intérieur de la voiture, je retirai sa veste suffisamment pour voir la marque rouge visible à travers sa chemise.

"Oh mon Dieu. On dirait que certains des points de suture se sont détachés.

"Ah merde."

"J'ai des antiseptiques et des bandages à la maison. Au moins, laisse-moi nettoyer tout ça avant que tu n'ailles à l'hôpital dans la matinée.

Il me lança un regard entendu.

"D'accord… Mais dès que tu as fini, je m'en vais. Je ne veux pas que ton père pense que je viens en douce sous son toit."

"Je ferai vite" mentis-je. "Maintenant viens, il gèle ici."

Malgré la douleur, il marcha jusqu'à porte d'entrée et regarda la maison.

"Je ne savais pas du tout que le commissaire vivait dans une maison aussi chic."

"C'est notre maison de famille" expliquai-je. "Elle a été bâtie par mon grand-père."

"Très chouette…"

J'ouvris la porte aussi doucement que possible et le fit entrer à l'intérieur. De l'étage, les ronflements de mon père nous parvenaient, grondant doucement à travers la maison comme un orage léger.

"Wow, on dirait qu'il est vraiment inconscient."

Nous rîmes tous les deux et j'attrapai sa main tandis que nous montions les escaliers.

"Viens, ma chambre est à l'autre bout du couloir."

Tandis que nous passions devant la porte de la chambre de mon père, les ronflements se firent plus sonores et les yeux de Keith s'attardèrent sur la pièce. Je pouvais voir qu'il espérait désespérément qu'il ne se réveillerait pas.

"Par-là" dis-je en le faisant passer dans ma propre chambre, et ses pas lourds retentirent sur le parquet. "Chut…" dis-je en pressant un doigt sur mes lèvres.

Une fois à l'intérieur de ma chambre, je le fis asseoir sur le bord du lit et me dépêchai dans la salle de bain où je pris de l'antiseptique, de la gaze et quelques morceaux de coton.

"Laisse-moi voir" dis-je en déposant tout sur le lit et en tournant Keith vers la lumière de façon à éclairer son épaule, la chambre étant maintenant légèrement illuminée par un faible cercle de lumière.

Retirant sa veste, je pu voir que le sang s'était répandu.

"Oooh. Ca a l'air vraiment douloureux."

"Ca l'est."

"Tiens-bon. Je pense que j'ai là ce qui pourra te soulager."

Ouvrant le tiroir du haut de ma table de nuit, j'en sortis la petite bouteille orange contenant trois comprimés de Dilaudid s'entrechoquant dans le fond.

"Prends-en juste un. C'est très puissant" dis-je en sortant l'un des comprimés comme si c'était un bonbon.

"Où diable t'es-tu procuré ces trucs ?" demanda-t-il en fronçant les sourcils. "C'est pas rien comme médicament !"

"J'ai du mal à dormir parfois" avouai-je. "S'il te plaît n'en parle pas à mon père."

Il fronça encore plus les sourcils tout en renversant son front en arrière.

"D'accord. Je ne dirai pas un mot mais seulement parce que tu me viens en aide maintenant."

Et il sourit malicieusement.

"On dirait que nous collectionnons les secrets l'un sur l'autre" murmurai-je en commençant à déboutonner sa chemise.

Tandis que j'enlevai le dernier bouton, je pus sentir l'eau de Cologne sur sa peau et respirer cette fragrance masculine qui se mêlait à sa sueur et au sang.

"Je vais être honnête. Je n'ai jamais amené un garçon ici auparavant" dis-je.

"Tu mens" rit-il doucement tout en s'appuyant sur ses coudes. "A ton âge, je parie que tu as introduit des tonnes de garçons ici."

"Pour qui tu me prends ?" dis-je en feignant d'être offensée. "Si tu tiens à le savoir, j'ai toujours eu trop peur pour faire ça. Sans compter que j'ai toujours été trop concentrée sur mes études pour batifoler avec de mauvais garçons après la nuit tombée."

Agitant ma main en direction de mon bureau, je lui montrai la haute pile de livres qui s'entassait dessus.

"Tu penses que je suis un mauvais garçon ?" sourit-il.

"Eh bien, je suis en train de te nettoyer une blessure par balle, non ?"

Son sourire s'élargit tandis que je soulevai sa chemise, révélant ses pectoraux. Quelques poils blonds recouvraient son torse et sans réfléchir, je passai l'extrémité de mes doigts dessus, les sentant rugueux sur la douceur de la peau. Secouant la tête pour me débarrasser de ce à quoi je pensais, je me remis à soigner sa blessure, passant sa chemise par-dessus son épaule. Il y avait cinq points de suture là où la balle avait percé la peau, l'un d'eux s'était détaché et tirait sur la peau.

"Ouch" dis-je. "Tu es plus courageux que moi. Je pleurerais comme un bébé si j'étais à ta place."

"Les antidouleurs sont plutôt efficaces" répondit-il. "Sans mentionner que je ne pleure jamais."

"N'importe quoi" ris-je. "Tout le monde pleure."

Versant un peu d'antiseptique sur un morceau de coton, je l'approchai de la blessure.

"D'accord, prépare-toi, ça va piquer un peu."

"Vas-y" dit-il.

Doucement je l'appliquai dessus et il tressaillit à ce contact.

"Je t'avais dit que ça allait faire mal."

"Ca va" dit-il, même si je ne pus m'empêcher de remarquer qu'il serrait la mâchoire en parlant.

"D'accord, c'est presque fini."

Nettoyant le sang séché et remettant le bandage en place du mieux que je pus, je sentis tout à coup que je ne pouvais pas faire mieux.

"Tu devrais probablement aller tout droit à l'hôpital" dis-je. "Je ne sais pas combien de temps ceci va tenir."

"Je pense que je préfère rester ici" dit-il en touchant mon bras. "Tu peux me soigner bien mieux."

"Et quand je pense que tu ne voulais pas être vu ici par mon père."

Il sourit à nouveau, un délicieux sourire malicieux révélant ses pensées coquines. Ses yeux étaient fixés dans les miens. Je me sentis me rapprocher de lui, même si je savais que j'aurais dû m'écarter immédiatement. Il était trop tôt et nous pouvions tous deux nous mettre dans de sacrés ennuis mais, encore une fois, il m'avait sauvé la vie, n'est-ce pas ? Pour cela, j'aurais été prête à lui donner tout ce que je possédais.

Je l'embrassai avec ardeur et pendant une seconde il se recula, sous le choc, avant de sourire comme un collégien et de se rapprocher de moi à nouveau.

"Je voudrais que toutes les infirmières soient comme toi" rit-il en passant ses mains en haut de mes cuisses.

M'asseyant sur ses genoux, je me mis à caresser les muscles tendus de son ventre avec mes mains, les sentant onduler sous l'extrémité de mes doigts. Il passa ses doigts dans mes cheveux, les remettant en place derrière mes oreilles puis il prit mon visage entre ses mains et pressa sa langue contre la mienne. Il laissa échapper un léger gémissement tandis que je le serrai plus fort, sentant son érection contre moi tout en me frottant davantage contre son corps.

"Tu es sûre de vouloir faire ça ?" haleta-t-il.

Je hochai la tête et me mordis la lèvre inférieure.

"Mais on ne doit pas faire de bruit."

Ses doigts passèrent sous ma robe jusqu'à caresser la peau douce et sensible à l'intérieur de ma cuisse. Puis il s'avança un petit peu plus et je sentis qu'il appuyait sur ma partie intime, qui était devenue de plus en plus humide à chaque seconde.

"Oui, juste-là" murmurai-je à son oreille et il caressa plus fort, entrelaçant ses doigts autour des côtés de ma culotte et les écartant pour découvrir mon sexe.

"Je jure que je ne fais pas ce genre de chose d'habitude" insistai-je mais il n'écoutait pas. Il enfonça ses doigts plus profondément en moi jusqu'à ce que je sois en train de mordre dans son cou pour étouffer mes cris.

Je passai une main entre ses jambes et touchai la longueur de son sexe. Il laissa échapper un long soupir tandis que j'appuyai plus fermement, puis il releva légèrement ses hanches, son souffle chaud contre mon oreille.

Quand il enleva son pantalon et ses sous-vêtements, je me sentis secouée d'appréhension. Il ne devrait pas être ici me dis-je. Et si mon père nous surprenait ?

Mais mon corps réagissait trop fortement pour m'arrêter, c'est pourquoi j'enroulai mes doigts autour de lui pour le caresser doucement. Il grogna faiblement tout en s'allongeant sur le lit et m'amenant au-dessus de lui.

"Tu es si grand" murmurai-je. "Je n'ai jamais été avec quelqu'un comme…"

"Va lentement" dit-il en pressant un doigt sur mes lèvres. "Tout va bien…"

M'abaissant sur lui, je me sentis remplie et retombai sur son torse, gémissant doucement tandis qu'il entrait en moi.

"Mon cœur…" murmura-t-il en embrassant mon cou.

Me tenant tout près de lui, il prit le contrôle de mon corps et donna des coups vigoureux en moi, tandis que sa bouche embrassait doucement mes seins.

"Je vais jouir" criai-je. "Oh mon Dieu…"

Je sentis ses doigts s'agripper plus fort à moi et tandis que ma tête reposait sur son torse, je pus sentir les battements de son cœur s'accélérer. Sa respiration devint plus lourde et sa voix rauque sous les gémissements.

"Putain…"

Nous jouîmes en même temps, nos souffles s'échappant hors de nous tandis que nos corps fusionnaient ensemble, trempés de sueur. Pendant un moment, je restai allongée sur lui, écoutant le bruit de sa respiration redevenir calme peu à peu. Nos corps commencèrent à se refroidir tandis que le clair de lune filtrait à travers la fenêtre, projetant des ombres contre notre peau. Je roulai sur le côté et m'étendis sur le lit, mes cuisses encore tremblantes tandis que j'essayai de m'asseoir.

"C'était incroyable" souris-je en attrapant sa main. "Comment tu te sens ?"

J'indiquai son épaule et il baissa les yeux comme s'il venait juste de se rappeler de son existence.

"Ca va…"

Je lui lançai un regard sceptique.

"C'est bon, j'irai à l'hôpital dans la matinée. C'est promis. Pour l'instant, je veux juste m'allonger auprès de toi."

Remontant les couvertures sur nous, je me blottis à côté de lui, faisant particulièrement attention de ne pas toucher sa blessure.

"Je pourrais m'habituer à ça" dit-il. "Même si je n'apprécie pas trop de savoir que mon patron est juste au bout du couloir."

"Oui… mais ça a un côté excitant, tu ne trouves pas ?"

"En quelque sorte" rit-il et il embrassa le dessus de ma tête.

"Alors qu'est-ce qui va se passer maintenant ?" demandai-je. "Est-ce que tout va recommencer comme d'habitude demain ?"

Il toucha mon menton du doigt et me regarda dans les yeux.

"C'est ce que tu veux ?" demanda-t-il.

Secouant la tête, je me renversai en arrière et caressai le côté de son visage.

"Pas vraiment mais… on ne peut pas être comme un couple ordinaire."

Il roula sur le dos et contempla le plafond.

"On ne peut pas être un couple ordinaire si je suis ton garde du corps, non. De plus, ton père ne le permettrait pas. Il a pu m'engager pour que j'assure ta protection, mais il ne m'apprécie pas. Il me l'a clairement fait comprendre auparavant."

"Qui a dit que nous devons le mettre au courant ?" dis-je en enroulant mes doigts autour des siens.

"Il finirait par le découvrir."

On aurait dit que les choses s'étaient brusquement compliquées. Pourquoi ne m'avait-on pas donné un garde du corps laid ? Pourquoi étais-je soudainement embrouillée dans un drame avec des hommes de la mafia et des plans de vengeance ? Pourquoi ne pouvais-je pas simplement être une fille comme les autres avec une relation normale ?

"Hé…" dit Keith en se retournant à nouveau et en voyant l'air soucieux sur mon visage. " Ne t'inquiète pas de ça. Viens ici."

Il m'embrassa doucement et je blottis ma tête dans le creux de son cou. Avec ses bras puissants autour de moi, je sentis mes yeux s'alourdir de sommeil. La dernière chose dont je me souviens est le son de la circulation matinale qui commençait à gronder telle une vague, le fracas lointain des moteurs perçant à travers les ténèbres comme l'océan.

* * *

Keith

Des pas lourds martelaient le couloir et je me demandai qui cela pouvait bien être. Puis je sentis un poids contre mon épaule et le parfum du shampoing à la framboise. Ouvrant les yeux, je vis Felicity profondément endormie, ses traits détendus sous la claire lumière matinale.

"Hé" murmurai-je.

Les pas dans le couloir se rapprochèrent.

"Feli ?"

Je la secouai doucement et elle ouvrit les yeux, me regardant d'un air tendre comme si elle se remémorait toute la nuit précédente. J'aurais voulu la regarder dans les yeux à tout jamais et l'entraîner dans un baiser mais à l'extérieur, le commissaire était en train d'approcher.

"Felicity, ma chérie ?"

Il frappa légèrement contre la porte. Felicity et moi échangeâmes un regard paniqué et avant qu'elle n'ait besoin de me le dire, je sautai hors du lit et me cachai dessous, les points de suture de ma blessure se déchirant un peu tandis que je cognai contre le sol.

"Felicity ?"

"Bonjour papa !"

Il ouvrit la porte, lui laissant juste le temps de passer une robe de chambre et moi de mettre ma jambe hors de vue dessous le lit.

"Tu vas bien mon cœur ? Tu as l'air un peu… je ne sais pas, préoccupée."

"Je vais bien, c'est juste que je n'ai pas réalisé l'heure qu'il est."

De là où j'étais allongé, je pouvais tout juste entrapercevoir le visage du commissaire du côté du matelas. Il la regardait d'un air suspicieux. On ne devrait jamais mentir à un policier. Ils se font mentir tout le temps et savent ce que vous pensez rien qu'en vous regardant dans les yeux. Il ne faut particulièrement pas mentir à un homme qui a passé plus de trente ans à gravir les échelons.

"Tu es sûre ?" demanda-t-il en étrécissant les yeux.

"Oui !" dit Felicity avec un peu trop d'enthousiasme. "Je vais bien. Enfin, je vais prendre une douche avant de filer en cours."

Ses yeux s'attardèrent sur son visage encore une seconde puis il tourna sur ses talons.

"D'accord, ne sois pas en retard."

Enfin il sortit. J'attendis que ses pas soient au bout du couloir avant de me faufiler hors de dessous le lit, respirant un grand coup avec soulagement.

"Mince, il était moins une."

"Je suis désolée" rit-elle en s'asseyant à côté de moi. "Il me réveille toujours pour aller en cours, j'aurais dû te le dire."

"Oui, en effet."

Je lui donnai une bourrade amicale et elle m'en renvoya une encore plus forte.

"Maintenant que le terrain est dégagé, tu veux venir t'amuser un peu ?"

Elle hocha la tête en direction du lit.

"Quoi ? Pas maintenant que ton père est réveillé !"

"Ca va aller. Il ne reviendra pas. Attends une minute."

Se précipitant dans la salle de bain, elle tourna les robinets de la douche et une seconde après, on entendait l'eau chaude couler bruyamment.

"Il ne se doutera de rien" dit-elle avec un clin d'œil.

La soulevant dans mes bras, je l'embrassai doucement et la déposai tendrement sur le lit, lui retirant sa robe de chambre pour sentir sa peau douce.

Elle renversa sa tête en arrière tandis que j'entrai en elle, puis elle gémit pendant que j'effectuai des va-et-vient en rythme régulier, nos hanches venant buter l'une contre l'autre.

"Oh oui, putain" haleta-t-elle. "Oui, juste là, plus fort."

Avec ses ongles griffant mon dos, elle se poussa plus fort en moi, arquant son dos et levant ses hanches tandis qu'elle fermait les yeux.

"Plus fort !"

Je bougeai plus vite, désireux de lui donner du plaisir et elle commença à trembler. Je pressai mon pouce sur son clitoris et elle laissa échapper un cri qu'elle étouffa rapidement en enfonçant sa tête contre l'un des oreillers. Elle jouit avec force, se contractant sur moi et remuant sauvagement tandis qu'elle couvrait son visage. Puis elle s'effondra sur le lit, à bout de souffle. Enlevant l'oreiller de son visage qui était devenu tout rouge, elle sourit et passa sa langue sur ses lèvres.

"Hmmm. Je voudrais pouvoir me réveiller tous les matins comme ça."

"Moi aussi… Mais…"

Je me penchai en avant et embrassai l'espace entre ses seins.

"Mais quoi ?

"Mais la prochaine fois, c'est toi qui vient chez moi."

Elle appuya ma main contre ses seins et rit tandis que je lui pinçai son téton.

"C'est d'accord" sourit-elle. "Mais pour l'instant, il faut qu'on trouve un moyen de te faire sortir de là.

Tandis qu'elle rassemblait ses livres et son ordinateur portable puis passait ses écouteurs autour de son cou, je pressai mon oreille contre la porte en espérant de tout mon cœur que son père ait déjà quitté la maison.

"Tu penses qu'il est toujours là ?" demandai-je.

Elle haussa les épaules et saisit la poignée de la porte.

* * *

Un moment plus tard, nous marchions sur la pointe des pieds le long du couloir. En bas, je pouvais entendre le son de sa voix, contrariée mais encore tranquille tandis qu'il discutait au téléphone.

"Dis à Cabot que j'ai besoin du service de cryptographie immédiatement" s'exclama-t-il.

Je regardai Felicity et elle roula des yeux, clairement habituée à ses crises d'énervement lorsque cela concernait son travail.

"Il n'a pas l'air de bonne humeur" dis-je en regardant par-dessus la balustrade.

Il était dans l'entrée au rez-de-chaussée, marchant de long en large comme s'il avait trop d'énergie et de colère à évacuer.

"Il sera plus calme une fois qu'il aura fini de téléphoner" dit-elle.

"Vraiment ?" dis-je en levant les sourcils. "Parce que je ne l'ai jamais vu que de deux façons. Soit il est Sawyer le timbré, soit c'était la fois à l'hôpital où il m'a engagé pour veiller sur toi."

"Sawyer le timbré ?" rit-elle en riant avant de mettre sa main devant sa bouche pour se faire taire. "C'est comme ça que vous l'appelez au commissariat ?"

J'avalai ma salive, me sentant coupable et hochai la tête.

"Désolé mais… il nous fiche tous une trouille pas possible, vraiment."

Elle renifla derrière sa main et attrapa la manche de ma chemise.

"Viens, c'est maintenant ou jamais."

Nous descendîmes l'escalier avec précaution, espérant qu'une fois parvenus en bas, il serait déjà à l'autre bout de l'entrée. Mais alors que mon pied s'appuyait sur la dernière marche, celle-ci grinça et il leva les yeux de son téléphone, me repérant comme un prédateur repère sa proie.

"Bambery ?"

"Bonjour commissaire" souris-je.

Ses yeux glissèrent de sa fille à moi puis à l'endroit où ma chemise était mouillée.

"Quand êtes-vous arrivé ?" demanda-t-il. "Et que diable se passe-t-il ?" dit-il en montrant mon épaule.

"Heu… Je m'apprêtais à…"

"Keith vient d'arriver pour m'emmener à la fac" intervint Felicity.

Il nous regarda tous les deux et fronça les sourcils tout en grattant sa mâchoire, pensif.

"Je n'ai pas entendu la porte s'ouvrir" dit-il.

"Je suis entré par la porte du fond" mentis-je.

Son froncement de sourcils s'accentua.

"Enfin, je vais être en retard en cours si je ne pars pas tout de suite" ajouta-t-elle en se dirigeant vers la porte d'entrée.

"Attends une minute mon cœur" dit son père en s'avançant. "Tu ne pourrais pas me rendre service en allant chercher ma sacoche dans mon bureau, veux-tu ?"

Maintenant c'était à son tour de soupçonner quelque chose.

"Mais… Tu gardes toujours ta sacoche en bas."

Il lui lança un regard sombre.

"Eh bien, est-ce que tu veux bien aller voir quand même ?"

Elle hocha la tête et grimpa les escaliers. Une fois qu'elle fut hors de portée de voix, il se tourna vers moi.

"Vous croyez que je ne sais pas ce que vous mijotez ?"

J'ouvris la bouche pour parler et me rendis compte que j'avais la gorge toute desséchée. Seul un petit bruit pathétique s'en échappa. Pendant ce temps, le commissaire soupira et se pinça le haut du nez comme si un terrible mal de tête venait de s'emparer de son crâne.

A l'étage, on entendit les pas de Felicity s'agiter sur le palier.

"Elle n'est pas là !" cria-t-elle par-dessus la balustrade.

A nouveau, Sawyer laissa échapper un soupir.

"D'accord, tu as raison. Elle doit être en bas."

Nous la regardâmes tous les deux descendre l'escalier.

"Je ne peux pas vous en empêcher" me dit-il en se rapprochant de moi.

"Que… Qu'est-ce que vous dites ?" bégayai-je.

"Vous et Felicity. Si c'est ce qu'elle veut, alors je ne peux pas vous en empêcher" dit-il. "Mais il y a une chose que vous devez me promettre."

Tandis qu'elle atteignait la dernière marche, il agrippa mon avant-bras de ses doigts et m'attira vers lui.

"Occupez-vous bien d'elle, d'accord ? Elle est tout ce que j'ai et je ne désire rien de plus que de la voir heureuse."

"Je comprends" dis-je en le regardant dans les yeux. "C'est tout ce que je désire pour elle également."

"Très bien" répondit-il en relâchant mon bras. "Mais pour l'amour de Dieu, allez faire examiner votre épaule."

Un air soucieux passa sur le visage de Felicity lorsqu'elle s'approcha de nous.

"Qu'est-ce que vous complotez tous les deux ?" plaisanta-t-elle pour essayer d'alléger l'atmosphère.

"Rien" dit son père en s'éloignant. "Profite bien de tes cours."

Tandis que nous nous dirigions vers la voiture, je pris sa main dans la mienne.

"Tu n'as pas peur qu'il nous voit ?" demanda-t-elle, ses grands yeux fixés sur moi.

"Quelque chose me dit que ça ne le dérangera pas."

Nous installant dans la voiture et démarrant le moteur, nous regardâmes la fumée sortir du capot et se mêler au brouillard tandis qu'un rayon de soleil perçait à travers les nuages.

"Ca va être une journée magnifique aujourd'hui" dit-elle. "Je peux le deviner."

"Je le ressens aussi" répondis-je tandis que je m'engouffrai dans la circulation encombrée. "Je le ressens aussi."

 

FIN

 

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