Protective

Chelsea Harrison · Chapitre 3 sur 5 · partie 1/2

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Protective

BONUS 1 - La Revanche

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

La Revanche

 

Chelsea Harrison

 

Chapitre 1 : Énergie zéro

On ne devrait pas demander aux lycéens de dernière année de faire quoi que ce soit.

C'est seulement le premier jour de cours et je suis beaucoup plus disposée à passer mon diplôme que je ne l'étais en première année. Ce qui est normal, n'est-ce pas ?

"On devrait s'éclipser après ça." Becca, ma meilleure amie et la seule raison pour laquelle j'ai été capable de traverser ce trou d'enfer qu'on appelle le lycée fut obligée de crier à mon oreille pour que je puisse l'entendre à travers tous les applaudissements.

"Je ne peux pas. Ce n'est pas mon genre de sécher les cours" criai-je en retour.

Becca ne s'amuse pas beaucoup elle non plus, c'est sans doute pour ça qu'on est de si bonnes amies. Elle est un peu plus sociable mais c'est juste parce qu'elle est présidente du conseil des étudiants, ce qui l'oblige plus ou moins à l'être.

"Tu as peut-être raison" lui dis-je mais je ne pense pas qu'elle m'ait entendue puisque la salle crépita soudain d'encore plus d'applaudissements lorsque l'équipe de football fit son entrée.

La plupart des cris provenaient de filles en délire en train de défaillir à moitié sur chacun des joueurs. Je n'ai jamais compris pourquoi on faisait tout un plat autour d'eux. Ils sont tous tellement immenses. Leurs muscles sont pour moi plus effrayants qu'impressionnants. Mais je suppose que c'est parce qu'il n'y a que la nano-fabrication et les études de biomédecine qui peuvent m'impressionner.

Ils prirent chacun un siège, sauf un. Tout le lycée est obsédé par lui. J'avais oublié son nom. Il était en train de serrer des mains et de sourire aux pom-pom girls. Évidemment.

Le proviseur entra et fit son discours habituel. Je pouvais voir son crâne chauve depuis là où j'étais assise, dans le fond. J'avais juste envie de partir mais il y avait des professeurs à chaque porte, empêchant les gens de s'en aller. On ne peut rien faire lorsque l'honneur de son école est en jeu. Je n'ai jamais compris pourquoi.

Je me forçai à participer aux concours idiots entre les classes et réussit à applaudir quand ce fut le tour des dernières années. Becca devait prononcer un court discours au sujet du bal du lycée, mais très vite elle revint s'asseoir à côté de moi.

J'aimerais bien être comme elle parfois. Ne pas avoir peur de parler devant des gens, ou même de parler tout court. Peut-être que je devrais commencer par mieux me coiffer. Ses cheveux à elle sont doux, longs et bruns. Les miens sont bruns aussi, mais j'ai des boucles qui les font ressembler à des bouchées en chocolats trop grosses. Ca prend des heures de les discipliner, c'est pourquoi je préfère les laisser comme elles sont. Becca est jolie également, ça lui rend la vie plus facile. Les garçons tombent à ses pieds pendant qu'ils me supplient de faire leurs devoirs de chimie.

"Tu vois ? J'ai fait vite." Elle leva les yeux vers moi pendant que je me levais. Becca n'est pas petite mais je fais presque 1m80, à quelques centimètres près, c'est pourquoi presque tout le monde doit lever la tête pour me regarder. J'aimerais bien que ce soit la seule raison pour laquelle les gens me montrent du doigt et me fixent dans les couloirs.

Je sais ce que les gens disent. Que je suis une geek. Une intello. Bizarre. Grayson, la fille passionnée par les sciences. Ils se moquent de moi, mais j'essaie de les ignorer. C'est une méthode qui fonctionne depuis le collège. Becca voudrait bien leur dire d'aller se faire voir mais ils sont trop nombreux. Qui se soucie d'eux ?

"D'accord. Qu'est-ce que tu as en premier ?" Elle me tendit mon emploi du temps. Nous n'avons pas cours ensemble la plupart du temps. Je suis des cours de niveau universitaire proposés par le lycée et je suis le programme d'excellence, c'est pourquoi nous ne fréquentons pas les mêmes salles de classe.

"Anglais. Je vais définitivement m'endormir pendant ce cours" gloussai-je doucement.

"Essaie la physique quantique le matin. Encore meilleur que le café." Je m'arrêtai devant mon casier qui était juste à côté du sien pour y déposer mon sac.

"Oh oh." Elle me poussa du coude.

Je me retournai pour voir la petite bande en train de marcher le long du couloir. C'est comme ça que je les appelle. Ils portent toujours un blouson de sport et suivent invariablement ce type. Quel est son nom déjà ?

Peu importe. Ils sont toujours à provoquer des ennuis. Avec moi.

"Hé Grayson !" cria l'un d'eux. Le gros. Il pourrait remplir trois casiers.

Je les ignorai et retournai à mon casier. Je claquai la porte pour le fermer et Becca me suivit dans le hall. Nos classes n'étaient séparées que par deux portes.

"La ferme, imbécile !" Becca se retourna pour l'envoyer paître.

Je serrai plus fort la poignée de mon sac et gardai la tête baissée. Mes cheveux tombaient sur les côtés de mon visage, le recouvrant comme un rideau. C'était ainsi que je marchais la majorité du temps.

"Allez viens, je veux juste te dire combien tu vas me manquer après notre diplôme" cria-t-il.

Nous tournâmes le coin pour leur échapper. La plupart du temps, ils ne faisaient rien de plus que cela, des blagues idiotes. Ca arrivait si souvent que je ne m'en souciais plus. Ce n'était pas comme si je pouvais y faire quoi que ce soit.

"On se retrouve pour déjeuner." Becca me serra le bras et s'en alla à son cours.

Je marchai jusqu'au laboratoire et trouvai M. Findlin derrière son bureau, en train d'écrire rapidement une formule pour calculer l'électronégativité au tableau. Juste comme je m'asseyais, la dernière sonnerie avant le début des cours retentit. Je m'assois toujours au premier rang et le siège à côté du mien reste vide, même lorsque la sonnerie s'arrête. Super. Pas de binôme pour moi. Je suppose que c'est préférable. Je finis toujours par faire la plupart du travail de toute façon.

"Bonjour – vous savez tous qui je suis." Il brassa quelques papiers. Il enseignait la plupart des cours de science aux lycéens de dernière année, nous savions donc qui il était.

"Je vous distribue le sujet pour votre première interrogation vendredi. Vous saurez donc ce que vous avez besoin de savoir. N'espérez pas que ce soit comme ça pour les autres examens." Il y eut quelques grognements et de lourds soupirs, mais j'étais plutôt contente d'avoir quelque chose à réviser. Je suis une intello, je ne vais pas le nier.

Une fois qu'il eut fini de distribuer ses papiers, nous commençâmes notre premier cours. J'étais déjà enthousiaste en songeant à l'année qui s'annonçait. Bientôt la cloche sonna et tout le monde sortit de la salle.

"Grayson, venez ici." Il me fit signe de le suivre à son bureau.

C'est le troisième cours avec lui auquel j'assiste, aussi nous nous connaissons déjà un peu.

"Oui ?" dis-je en m'éclaircissant la gorge nerveusement.

"Je voulais vous informer que l'université de la région va conduire un programme de recherche ce semestre. J'ai pensé que vous voudriez y participer."

"Bien sûr" lançai-je.

"Parfait, je peux vous envoyer le formulaire de candidature par email, bien que je ne suis pas sûr que vous l'obteniez. A quelles universités postulez-vous ?" dit-il en fourrant ses mains dans ses poches et en me regardant. Nous faisions à peu près la même taille, mais il est tellement vieux que je crois qu'il commence à rapetisser. Enfin, pas si vieux que ça. Il doit avoir dans la cinquantaine.

"Euh, le MIT, Stanford, et New York. Mais j'aurais besoin d'une bourse si on m'accepte."

"Vous en obtiendrez une grâce à vos bons résultats, ça ne fait aucun doute. Ne vous inquiétez pas. Et faites bon usage de cette aide financière."

Je hochai la tête.

"Je le ferai. Merci Monsieur F." Je souris timidement et partis à mon cours suivant. Histoire de la musique.

C'était une option obligatoire et j'avais choisi ce qui m'avait semblé le moins ennuyeux. Je m'assis au fond cette fois parce que tous les élèves faisant parti de l'orchestre et de la chorale s'étaient mis à l'avant. Je sortis mon cahier et attendis que le professeur commence son cours. Je crois qu'il dirigeait également l'orchestre.

Juste après que la cloche eut sonné treize heures, l'un des joueurs de l'équipe de football de ce matin entra. Le meneur, il me semble. Il était tellement grand. Quelle personne de dix-huit ans est aussi gigantesque ? Il devait presque se pencher pour passer la porte. Il entra et s'assit juste à côté de moi. Pourquoi ?

Je me décalai sur mon siège pour m'éloigner de lui. Il se renversa en arrière et étira ses jambes, elles étaient si longues qu'elles débordaient dans l'allée. Il croisa les bras en travers de son large torse. Si pour une raison quelconque il passait ses bras autour de moi, il écraserait mon ossature frêle. Je suis grande mais aussi mince et dégingandée. Becca dit que j'ai le corps d'une danseuse mais je le dissimule en portant toujours les mêmes hauts larges. Aujourd'hui j'avais au moins fait un petit effort et je portais un jean.

Le professeur se présenta et commença immédiatement à parler de la musique baroque. Voilà exactement le genre de sujet que je ne comprends pas, je ne vais pas beaucoup m'amuser en étudiant pour ce cours.

"Hé, je peux prendre une photo de tes notes ?"

Est-ce qu'il me parle à moi ?

"Salut ?" Il agita une grande main vigoureuse devant mon visage. Du moins je suppose que c'était ça.

"Euh, non… désolé." Je sortis précipitamment sans même le regarder.

Est-ce qu'il avait vraiment eu ce culot ? Il était là pendant tout le cours, pourquoi n'avait-il pas pris lui-même ces fichues notes ? De mauvaise humeur, j'allai à mon cours de statistiques. Nous commençâmes par les écarts-types. Voilà quelque chose que je comprends.

* * *

Chapitre 2 : Bruits de couloirs

"Mon cœur, tu as à peine touché à ton dîner." Ma mère envahissante et cependant attachante fit un geste en direction de mon assiette.

J'adore son pain de viande mais je n'avais vraiment pas beaucoup d'appétit ce soir-là.

"C'est juste que je n'ai pas faim" murmurai-je dans mon assiette.

"L'école s'est pas bien passée aujourd'hui ?" interrompit mon père.

C'est évident que je tiens de mon père. De taille imposante, longiligne, c'est un scientifique qui passe toutes ses journées dans son laboratoire. Ma mère est professeur d'université, petite et très jolie. Je me demande parfois comment mon père a fait pour la séduire.

"Non. L'école s'est bien passée." Je me levai avec mon assiette et déposai le reste de ma nourriture dans un Tupperware.

Ils reprirent leur conversation sans intérêt pendant que je débarrassais. Après avoir fini la vaisselle, j'allai dans ma chambre. Mes parents sont supers mais j'avais juste envie d'être seule. Pour une raison quelconque, l'école m'avait ennuyée ce jour-là, ce qui ne m'arrive jamais.

J'en étais à la moitié de ce que je devais lire pour mon cours d'histoire de la musique lorsque Becca me téléphona.

"On dirait que tu sais toujours quel est le bon moment pour m'appeler" dis-je.

"J'ai des dons de voyante tu le sais bien… Tu fais quoi ?"

Je soupirai au-dessus de mon livre.

"Je suis à l'agonie. C'est si barbant, l'histoire de la musique."

Elle rit à voix haute.

"C'est ce que je ressens à propos de mes devoirs de chimie… pour lesquels j'aurais besoin de ton aide, si ça ne te dérange pas."

Je gloussai.

"Bien sûr que non."

"Bien. J'arrive tout de suite." Elle raccrocha.

Elle vit juste au bout de la rue, aussi la plupart du temps elle se contente de passer à la maison. Mes parents n'étaient nulle part en vue lorsque je la fis entrer. Le plus souvent, mon père est dans sa tanière et ma mère corrige des devoirs dans sa chambre ou d'autres choses. Ils ne s'occupent pas de ce que je fais, principalement parce qu'ils savent que je n'ai aucune vie sociale.

"Merci beaucoup, on a un QCM vendredi et je suis déjà totalement perdue. Alors je me suis dit que ferais mieux de travailler en avance."

"Hmm, ça me surprend" la taquinai-je. Becca prend son travail au sérieux, mais elle n'est pas aussi studieuse que moi. Elle s'investit plus dans ses activités extrascolaires et se contente de résultats passables.

Je passai l'heure suivante à lui expliquer les ions polyatomiques et les structures de Lewis. Ce n'étais pas très difficile, aussi rattrapa-t-elle vite son retard.

"Tout va bien ? On dirait que tu as l'esprit ailleurs." Elle referma son livre de chimie et se cala sur mon lit, ses ongles vernis de rouge s'amusant avec ma couette marron.

"Je vais bien. Mes parents m'ont dit la même chose, ça craint." Je me renversai en arrière et appuyai ma tête contre mon coude.

"Non, ça veut dire qu'il y a bien quelque chose. C'est à cause de ces garçons à l'école ?"

Je soupirai fortement.

"En quelque sorte. Ce sont juste des crétins. Et j'ai cours avec l'un d'entre eux !"

Elle fronça les sourcils et ses yeux s'agrandirent.

"Vraiment ? Lequel est donc suffisamment intelligent pour suivre les mêmes cours que toi ?"

Je ne tins pas compte de l'exagération de ses propos.

"En histoire de la musique, c'est juste l'une des options obligatoires."

"Oh, d'accord. Et c'est lequel ?"

Je haussai les épaules.

"J'ai oublié son nom. Un grand, imposant…"

"C'est chacun d'entre eux, donc ?"

Je réussis à rire.

"Non… c'est celui avec les cheveux bruns et les yeux verts il me semble. Heu, il a un tatouage."

"Le quarterback !" s'exclama-t-elle.

"Je ne sais pas. Peut-être."

Elle sortit son téléphone et appuya sur l'écran deux ou trois fois, puis me montra une photo. C'était bien lui, torse nu, à une fête quelconque au bord d'une piscine.

"Oui, c'est lui" dis-je en avalant ma salive. J'avais la bouche sèche tout d'un coup. Je n'ai jamais vraiment fait attention aux garçons mais bon sang… il était vraiment, vraiment sexy. Son torse mériterait de remporter une médaille.

"Oh. C'est Peter Warner. Mais tout le monde l'appelle Pete."

Je me mis à rire pour me moquer.

"Oui, eh bien, Pete m'a demandé mes notes après le cours aujourd'hui. Il était là assis pendant toute l'heure et n'a pris aucune note. Je me demande pourquoi ?" me demandai-je à moi-même.

"Je ne sais pas. Il est un peu paresseux pour tout ce qui ne concerne pas le football."

Je ne suis pas vraiment du genre à mettre des stéréotypes sur les gens, et lui ne correspondait pas vraiment à l'idée que je m'en faisais pour le moment.

"Mais tu ne devrais pas te soucier d'eux. C'est juste une bande de crétins qui ne savent pas comment s'occuper."

Nous passâmes le reste de la soirée à regarder la télévision. Enfin, elle regarda pendant que je prenais de l'avance pour mon cours de physique. Elle ne partit pas avant vingt-trois heures. Je pris une douche et pris même le temps de brosser mes cheveux puis de les natter. Je pensai que ces garçons au lycée avaient sans doute touché un point sensible, mais je me dis finalement que je faisais cela pour moi.

Enfin, je terminai de me bichonner, j'étais propre, prête pour la nuit avec mes deux tresses et je filai au lit. Je réglai mon réveil et m'endormis sans plus penser à rien.

* * *

Mon réveil sonna pile à sept heures du matin, ce qui me donna envie de le casser en deux. Je roulai littéralement hors de mon lit et allai à la salle de bain. Je ne fus pas complètement réveillée avant de m'être brossé les dents et m'être débarbouillée. Je descendis pour me préparer mon petit-déjeuner et tombai sur mon père.

"Bonjour papa, tu es déjà parti à cette heure d'habitude."

Il se versa une tasse de café.

"Oui, je commence plus tard aujourd'hui. Mon assistant a déjà ouvert le laboratoire ceci dit." Il insiste pour ne pas discuter de ses recherches avant d'avoir obtenu davantage de financements. Il a fait une demande il y a quelques temps et n'a pas encore obtenu de réponse.

Je mangeai mon bol de céréales tout en le regardant siroter son café et lire le journal. J'ai toujours pensé que mon père n'était pas comme les autres. Il a toujours l'air jeune et ses cheveux bruns qui ressemblent aux miens ne se dégarnissent pas encore. Il court et mange sainement. Peut-être que c'est comme ça qu'il a pu charmer ma mère.

"Passe une bonne journée à l'école, ma puce." Il m'embrassa sur le front et s'en alla. Tandis que j'allais à l'étage prendre ma douche, ma mère était juste en train de se réveiller. Elle n'a pas cours avant midi les mardis et jeudis, aussi elle peut dormir plus tard. Veinarde.

"Bonjour maman."

Elle émit un grognement en retour. Elle n'est pas vraiment du matin.

Après m'être douchée, j'enfilai un jean à nouveau ainsi qu'un tee-shirt. Je laissai mes cheveux détachés, ce qui ce jour-là me donnait une apparence pas trop mal. Je reçus un message de Becca tandis que je laçais mes tennis.

Je te dépose au lycée aujourd'hui ?

D'accord.

J'ai ma propre voiture mais c'est une vieille guimbarde dans laquelle je mets rarement de l'essence. Je préfère faire le trajet avec elle de toute façon et elle apprécie d'avoir de la compagnie.

Elle klaxonna quelques minutes plus tard pour me signaler son arrivée. Je pris mon sac à dos et sortis la retrouver. Je crois qu'elle apprécie simplement d'avoir quelqu'un avec elle dans sa nouvelle voiture. A la fin de l'été, ses parents lui ont achetée une Land Rover neuve. Ils sont tous les deux médecins, ont une clientèle privée et ont beaucoup de succès. En fait, presque tout le monde au lycée a de l'argent à la pelle. Mes parents sont juste aisés et je n'ai pas de problèmes avec ça. Becca est la seule que je connais qui ne soit pas creuse ou préoccupée uniquement d'elle-même comme le sont les autres.

"Alors, contente-toi d'ignorer cette bande d'idiots aujourd'hui, d'accord ?" me recommanda-t-elle pendant qu'elle se garait.

"D'accord, je vais essayer" chantonnai-je en essayant de paraître la plus sarcastique possible.

Nous passâmes par la cafétéria. C'est là qu'on doit s'asseoir en attendant que la cloche sonne mais la plupart des gens ne respectent pas la règle. Les membres de la chorale et de l'orchestre attendaient dans la salle de musique. Les sportifs étaient à la salle de gym et les intellos, comme moi, se rendaient à la salle d'études. Becca m'accompagna.

Nous trouvâmes des chaises à l'arrière et bavardâmes jusqu'à ce que sonne la première cloche pour nous rendre à nos casiers.

"Oh merde…"

"Quoi ?" dit-elle en ralentissant et en indiquant mon casier d'un geste.

Une grosse boule se forma dans ma gorge et je dus faire un effort pour la faire descendre. Tout mon casier était recouvert de photos de mon visage et celui-ci avait été retouché pour me donner l'allure d'un savant fou. Je fus d'abord choqué, je ne me rendis plus compte de rien autour de moi.

Je savais que les gens riaient, montraient du doigt et regardaient, et que Becca les repoussaient. Moi je ne faisais que fixer toutes ces photos. Quand je pus enfin bouger mes pieds, je tendis la main pour tenter de les décrocher et les déchirer, mais je ne voyais rien tellement mes larmes coulaient.

"Grayson, laisse-moi t'aider." Becca essaya de m'arrêter mais mes doigts continuaient de tâtonner et mes mouvements étaient trop rapides. Je les entendis avant de les voir. Les mêmes joueurs de football que la veille étaient tous en train de regarder et rigoler, avec Peter juste au milieu d'eux.

Elle me tira en arrière pendant que je sanglotais de plus en plus et m'entraîna dans les toilettes. Je m'appuyai contre le mur pendant qu'elle vérifiait si quelqu'un était là. Mon sac tomba de mes épaules pendant que je m'effondrai et pleurai.

"Je suis vraiment désolé." Elle me prit dans ses bras et murmura. "Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Qu'est-ce que je peux faire ?"

"Je… Je ne sais pas…" parvins-je à dire entre deux sanglots. Elle me tint contre elle jusqu'à ce que je puisse prononcer une phrase compréhensible.

"Pourquoi ont-ils fait ça…" murmurai-je tout en essuyant mon visage.

"Je ne sais pas, ils ne devraient pas s'en sortir comme ça, tu sais."

Je secouai la tête.

"Personne ne fera rien. C'est eux qui sont les maîtres dans ce lycée. L'administration les admire parce qu'ils font connaître l'établissement."

Son visage forma une légère grimace.

"Non. Ils devraient être punis pour ce qu'ils ont fait. Le harcèlement, c'est intolérable. Je peux en parler au conseil des étudiants, faire en sorte que quelque chose soit fait contre eux."

Je ris d'un rire sans joie.

"Becca, tout le monde dans ce lycée s'est moqué de moi à part toi. Personne n'en a rien à foutre de moi."

Elle tressaillit en m'entendant. Je ne jure jamais. C'est comme ça qu'elle sait lorsque je suis vraiment atteinte par quelque chose.

"On peut toujours essayer de parler au proviseur. Maintenant." Je la regardai, choquée.

"Maintenant ?" m'exclamai-je.

"Oui ! Viens."

Elle attrapa mon sac et me prit par la manche de mon tee-shirt. Les couloirs étaient vides car tout le monde étaient entrés en cours à présent, Dieu merci. Nous nous rendîmes au bureau de l'administration et Becca parla pour moi.

"Nous devons voir le proviseur immédiatement." La femme à l'accueil nous regarda. Tout le monde la connaît mais personne ne sait son nom. Il n'a jamais été indiqué.

"Becca, il est occupé en ce moment." La plupart des gens savent qui est Becca également. Le cercle social de ce lycée dépend pratiquement d'elle.

"Eh bien, c'est vraiment urgent. Quand peut-il nous voir ?" demanda-t-elle courtoisement.

La femme consulta son écran et le fit défiler un instant.

"Vous pouvez le voir dans les vingt prochaines minutes."

Becca sourit gentiment. Elle savait comment amadouer les gens.

"Parfait. Nous allons attendre."

Becca me poussa vers le sofa.

"On n'a vraiment pas besoin de faire ça. Je préfèrerais être à mon cours de physique en ce moment" dis-je en me tournant vers elle.

Ses yeux se rétrécirent en me regardant et elle fronça les sourcils.

"Si, il le faut. Tu mérites mieux que ça. Ces imbéciles ont besoin d'être punis pour ce qu'ils ont fait. Tu pourras rattraper ton cours de physique avec les notes d'un autre élève."

"Et si mes parents l'apprennent ? Ca les rendrait fou." Je secouai la tête. Je ne leur ai jamais dit ce que les autres me faisaient à l'école. Ca ne semblait pas si important.

"Ils ne le sauront pas. Ca ne va pas se passer comme ça. Il faut juste qu'on dise au proviseur ce qui est arrivé, et tout le reste aussi. Essaie de pleurer encore, comme ça il nous prendra au sérieux."

Je lui fis un regard en coin mais c'était inutile d'argumenter avec elle. Elle agit toujours à sa guise.

Bien entendu, environ vingt minutes plus tard, le proviseur Walters apparut.

"Mesdemoiselles, veuillez entrer."

Nous entrâmes dans son bureau. C'était un homme plutôt gros, avec davantage de graisse que de muscle, mais c'était visible qu'il avait l'habitude de jouer au football. C'était l'une des raisons pour laquelle je n'avais pas envie de lui dire ce qui m'était arrivée. J'avais le pressentiment qu'il serait de leur côté. Il s'assit dans un large fauteuil en cuir derrière son grand bureau et sourit légèrement.

"Que puis-je faire pour vous ? Il y a des problèmes avec le conseil des étudiants, Becca ? Ou est-ce à propos de votre lettre de recommandation ?"

On peut compter sur Becca pour obtenir une lettre de recommandation du proviseur.

"Non, c'est au sujet du harcèlement grave qui a lieu dans ce lycée et qui concerne mon amie ici présente." Elle fit un signe en ma direction. Il se pencha en avant et son visage devint plus sérieux.

"Que s'est-il passé ? Nous prenons le harcèlement très au sérieux ici. Il n'est pas absolument pas toléré sur notre campus."

Je retins un soupir.

"Eh bien, Peter Warner et quelques autres joueurs de l'équipe de football bizutent Grayson depuis quelques temps maintenant. Ils l'interpellent avec des noms désagréables et lui font des blagues de mauvais goût pour attirer son attention. Et aujourd'hui, ils ont vandalisé son casier pour que tout le lycée s'en aperçoive."

Il arqua un sourcil puis frotta son épaisse barbe grise.

"Je vois. Et cela se passe depuis un certain temps ?"

"Oui. Depuis notre première année ici, en fait. Elle n'a jamais rien dit parce qu'elle se concentre sur ses études, mais cela commence à avoir des répercussions sur cela à présent" dit-elle pour exagérer. "Vous avez signé beaucoup de ses bulletins, aussi vous savez à quel point elle prend ses études au sérieux."

"Je le sais. Vous êtes une excellente étudiante, Grayson."

Je réussis à esquisser un faible sourire.

"Je prends cette affaire très au sérieux et je vais m'en occuper moi-même, mais j'ai besoin d'entendre votre version" dit-il en se tournant vers moi. "Voulez-vous que je m'occupe davantage ce qui se passe ?"

Je sentis le regard de Becca fixé sur moi.

"Euh, oui… mais je ne veux pas que cela nous fasse perdre de notre temps. Je manque déjà un cours en ce moment.

Il sourit gentiment.

"Je vois. Je ferais de mon mieux pour ne pas vous déranger dans vos cours."

"D'accord."

"Bien, vous pouvez allez en cours et je vais me charger de tout ça… où est votre casier ? Je vais demander à ce qu'il soit nettoyé."

Je lui dis et il nous écrivit une note pour nous excuser de notre retard en cours.

"Tu vois ? Il va faire quelque chose."

Je haussai les épaules.

"Peut-être. Il a pu juste dire tout ça en l'air."

Elle soupira mais ne dit rien.

A ce moment, la cloche sonna pour annoncer le cours suivant. J'avais peur de rencontrer les autres élèves. Je savais qu'ils allaient rire et me regarder, mais cette fois c'était encore pire. Ils n'essayaient même pas de cacher qu'ils se moquaient de moi. Qu'ils plaisantaient à mon sujet. Me tournaient en ridicule.

J'avais la gorge sèche en arrivant en cours. J'avais presque oublié que j'avais cours avec Pete. Son nom me rendait malade.

Je m'assis à la même place et mon cœur battit plus fort, tellement je redoutais son entrée. La seconde sonnerie retentit. Puis la dernière. Il n'était pas là. Le cours commença et s'acheva et il n'y avait toujours aucun signe de lui.

Est-ce que le proviseur avait réellement fait quelque chose ? Je subis les mêmes rires et regards jusqu'au déjeuner puis j'aperçus Becca. Nous mangeâmes dans la salle d'études comme toujours.

"Grayson, ça a marché !" Elle sourit et pressa mon bras un peu trop fermement.

"Quoi ?" dis-je en prenant mon sandwich au jambon.

"Je viens de parler au proviseur."

"Oh… c'est pour ça que Peter n'était pas en cours aujourd'hui ? Il lui a parlé si rapidement ?" lui demandai-je. Elle avait l'air d'un reporter avec son pantalon large et son blazer rose. Elle s'habille toujours comme ça pour le lycée.

"Oui… Grayson, il l'a suspendu, lui et les trois autres types. Ils ne vont pas joueur les deux prochains matchs non plus.

"Oh… whoa."

"Oui. C'est tout ce que méritent ces crétins. C'est seulement une suspension de trois jours donc tu le verras au cours de lundi prochain, mais c'est déjà quelque chose".

Je hochai la tête.

"Oui. Je suppose."

"Tu supposes ?" Elle piqua avec sa fourchette dans une feuille de salade.

"Je… ça ne me fait pas me sentir mieux" dis-je en haussant les épaules.

"Oh je vois." Elle frotta mon épaule.

"Je n'ai pas envie de continuer à parler de ça."

J'essayai de continuer de manger, mais encore une fois, je n'avais pas d'appétit. Je bus un verre d'eau et lus le chapitre de physique que j'avais manqué ce jour-là. Lorsque la cloche sonna, je m'en allai rapidement, je ne pouvais pas supporter que Becca me regarde d'un air si attristé une fois encore.

J'étais tellement soulagée lorsque la journée s'acheva. J'aurais préféré que ce jour n'existe même pas, mais au moins j'en avais vu le bout. J'attendis Becca à côté de sa voiture après la dernière sonnerie.

"Hé !"

J'entendis un cri. Je ne pensais même pas que c'est à moi qu'on parlait jusqu'à ce que…

"Grayson ! La voix était haut perché et appartenait à une fille. Elle apparut devant moi. Blonde, mince et magnifique.

"Tu es une vraie salope, tu sais."

J'ouvris la bouche pour parler mais elle m'interrompit.

"On va perdre les deux prochains matchs à cause de toi. Tu ne peux pas te contenter de prendre une plaisanterie à la rigolade et poursuivre ta vie ?"

"Ce n'était pas une plaisanterie. Les plaisanteries sont drôles normalement. Ca ne m'a pas fait rire."

Elle me regarda d'un air troublé.

"Peu importe. Tu vas payer pour ça." Elle pointa son doigt sur mon visage et je reculai. Sa peau bronzée devenait rouge de colère.

"Hé, tu ne dois pas aller à ta séance d'UV par hasard ?" cria Becca en nous voyant. La fille grogna et s'éloigna.

"Amber est tellement stupide. Contente-toi de l'ignorer.

"D'accord."

Je m'assis dans la voiture. Le siège était si chaud que j'en avais le bras brûlant. La chaleur étouffante correspondait à mon humeur de la journée.

"On devrait aller acheter des glaces. Il fait si chaud aujourd'hui."

Tout ce que je voulais, c'était rentrer à la maison et me cacher sous mes couvertures pour toujours. Mais c'est elle qui conduisait et je n'avais pas le choix.

Nous passâmes chez le glacier puis rentrâmes chez moi pour manger.

"Je sais que tu n'as pas envie d'en parler, mais je m'inquiète un peu à ton sujet."

Je plongeai ma cuillère dans ma coupe de glace et essayai de paraître détachée.

"Il ne faut pas. Je vais bien. Je peux passer au-dessus de ça. Et avec eux qui ne seront pas là les prochains jours, ça va aller."

Elle hocha la tête et mit de la musique. La glace était très bonne et m'avait fait me sentir mieux. Becca m'avait obligée mais j'aimais bien sa compagnie. Tant qu'elle ne me posait pas de question au sujet de Peter.

Je ne pouvais pas m'empêcher d'admirer son allure et son corps. Mais il avait une personnalité tellement pourrie que je ne pouvais même pas m'imaginer lui parler. D'ailleurs il se moque de moi trop facilement, ça me serait impossible de seulement sortir un mot.

D'un autre côté, j'aurais voulu que les choses se passent différemment. J'aurais voulu être la jolie fille après qui il court, celle dont il ne rit pas. Pourquoi étais-je un tel sujet de plaisanterie pour les autres, en fait ? Je suis intelligente, j'ai d'excellentes notes et je vais aller dans une bonne université, avoir un super job et gagner un tas d'argent. Qu'est-ce qu'il y a d'amusant là-dedans ?

Ma mère me dit tout le temps que je suis belle. Que tous les hommes aiment les filles grandes. Je ne la crois pas. C'est impossible que les hommes apprécient les filles grandes, trop minces et à la poitrine plate. La mienne ne l'est pas tant que ça, mais il est hors de question que je porte une robe bustier. J'ai appris à m'aimer comme je suis, mais c'est un peu difficile lorsque tout le monde se moque de vous.

Je continuai à me demander s'ils avaient collé ces photos parce que je suis une intello ou si je ressemble vraiment à un savant fou, d'une certaine façon. C'est impossible. Je suis peut-être grande et maigre, mais je ressemble toujours à une fille.

"Quand est-ce que tes parents rentrent ?"

"Je ne sais pas. Mon père va sûrement rester tard à son laboratoire et ma mère a des heures de permanence jusqu'à vingt heures."

"Oh. Tu veux qu'on se cuisine à dîner ou qu'on commande un truc ?"

Je la regardai d'un drôle d'air. Elle sait que tout ce que je sais préparer, c'est me verser des céréales ou faire des composés chimiques.

"D'accord. On peut commander chinois alors."

Une fois nos plats arrivés, nous regardâmes des émissions de divertissement à la télévision. Cela me fit rire et c'était exactement ce dont j'avais besoin.

"Merci d'être restée avec moi" dis-je à Becca. Elle me fit un signe amical.

"J'aime bien être avec toi" dit-elle. Je ris légèrement.

Il était vingt heures lorsque mes parents entrèrent en riant tous les deux.

"Oh, hé, mon cœur. On voulait te dire qu'on s'était arrêtés pour prendre à dîner. Bonjour Becca" dirent-ils en la voyant.

"C'est bon, on a commandé à dîner."

"Maintenant les filles, ne soyez pas trop dissipées" rit mon père et ils disparurent dans leur chambre.

"Tes parents sont si mignons."

Je roulai des yeux.

"Je suis sérieuse. Mes parents se parlent à peine. Je pense qu'ils restent ensemble juste pour garder une bonne image par rapport à leur profession."

"Ce n'est pas vrai. Tes parents passent encore de bons moment ensemble."

Elle haussa les épaules.

Je ne vais jamais beaucoup chez elle, mais ses parents sont juste naturellement calmes et réservés. C'est peut-être pour ça qu'elle est tellement bruyante et extravertie.

"Qu'est-ce qu'on va faire s'ils font quelque chose d'encore pire pour se venger de moi ? Amber a dit que j'allais le leur payer" dis-je en faisant des guillemets avec les doigts.

"Ca m'étonnerait qu'ils le fassent. Ils se préoccupent trop du football pour risquer de devoir manquer encore d'autres matchs. De plus, s'ils veulent obtenir une bourse ou une place dans une bonne université, ils ont intérêt à ne rien faire d'autre. La suspension est déjà assez négative pour eux" expliqua-t-elle.

Cela me rassura un peu. Mais je ne pouvais toujours pas me débarrasser du sentiment qu'on allait bientôt se jouer de moi.

* * *

Je passai les quelques jours suivants à étudier pour mon QCM en physique. Une fois que ce fut terminé, je pus profiter du week-end, également connu comme le moment où 'j'évite de parler à quiconque et m'enferme dans ma chambre.' Ou parfois je vais sur le canapé. Mon père parvint à me convaincre de l'accompagner à son laboratoire et de l'aider à entrer des données, mais c'est tout ce que je fis jusqu'au lundi.

J'avais tellement peur de voir Peter en cours. Je m'attendais à des mots durs et d'autres moqueries, mais il ne se passa rien. Il s'assit encore à côté de moi, grand et fort. Quand le cours se termina, il ne me demanda pas mes notes ou quelque chose comme ça.

"Grayson ?"

Je m'arrêtai de ranger mes affaires et le regardai nerveusement. D'habitude je ne suis jamais obligée de lever les yeux vers quiconque.

"Euh, oui ?"

Il fit le tour du bureau et se tint très près en face de moi, si près que je pouvais sentir son eau de Cologne et la senteur fraîche de son gel douche. Les gens nous regardaient en quittant la salle de cours.

"Je voulais juste m'excuser pour avoir fichu le bazar avec ton casier."

Je reniflai de colère et attrapai mon sac.

"Le bazar dans mon casier ? Tu m'as fichu la honte devant tout le lycée. Je n'ai pas envie de tes excuses, celles que le proviseur t'a obligé à me faire."

J'avançai pour le dépasser, mais sa stature massive m'en empêchait.

"Ce n'est pas… il ne m'a pas demandé de m'excuser. C'est moi qui le voulais. Je suis désolé."

Je me plongeai dans ses profonds yeux verts avant de secouer la tête.

"Tu peux prendre tes excuses et aller te faire foutre."

* * *

Chapitre 3 : A contre-courant

"Tu lui as vraiment dit ça ?" dit Becca bouche bée, choquée.

"Oui, je lui ai bien dit ça."

Elle gloussa légèrement.

"Eh bien, c'est super. Il l'a bien mérité."

Cela me faisait du bien de l'avoir envoyé paître, mais une partie de moi continuait à se demander s'il était vraiment sincère. Je me disais que c'était impossible de sa part de toute façon. Je m'étais imaginé la scène de nombreuses fois : tous ceux qui m'avaient harcelée venant s'excuser auprès de moi, mais là ça ne me faisait pas ressentir la même chose.

S'il n'y avait eu que ses yeux verts, je l'aurais cru. Ca doit être grâce à eux qu'il fait tomber tant de gens à ses pieds.

"Hé, tu viens au bal du lycée cette année, n'est-ce pas ?"

Je lui lançai un regard. Danser n'a jamais vraiment été mon truc.

"Je ne sais pas…"

Elle fit la moue et me fit son "visage implorant." Cela marche sur les garçons, pas sur moi.

"S'il te plaît ? C'est moi qui l'organise cette année et ce serait vraiment super si tu venais. En plus, c'est notre dernière année !" dit-elle en levant les mains en l'air.

Je ris légèrement devant son enthousiasme. "Je vais y réfléchir. C'est tout ce que je peux te dire."

Elle me laissa tranquille sur le sujet pour le moment.

Nous restâmes cloîtrées dans ma chambre pour étudier et nous amuser jusqu'au retour de mes parents vers dix-neuf heures. Nous descendîmes toutes deux au rez-de-chaussée en entendant ma mère commencer à préparer le dîner.

"Hé les filles, je fais des spaguettis" annonça-t-elle comme si elle n'en préparait pas tous les mardis.

"Ca a l'air bon" dit Becca en prenant place à table.

"Bien sûr, Becca, tu peux rester pour dîner" plaisantai-je tandis qu'elle me tirait la langue.

J'allumai la télévision fixée au mur. Becca m'obligea à regarder les informations avec elle. Normalement ça ne me dérange pas, mais ce qui l'intéressait, c'était les nouvelles à propos des célébrités, alors que savoir ce que font les gens riches et connus ne m'a jamais intéressé.

Heureusement mon père arriva et suggéra de changer de programme. Mais je fus vite déçue quand il changea pour une chaîne avec des émissions scientifiques. Je ne savais même pas ça existait encore.

"Tout le monde, le dîner est prêt !"

Ma mère posa le grand plat de spaghettis et mon père l'aida en apportant le pain à l'ail.

"Whoa, ça sent super bon. Je voudrais bien que ma mère cuisine comme ça" s'exclama Becca.

"Ta mère fait la cuisine" dit mon père.

"Oui, c'est vrai, elle cuisine des échantillons de tissus organiques dans son labo" grogna Becca.

Je commençai à manger moi aussi. Il se trouve qu'aujourd'hui j'avais faim. Mes parents entamèrent une conversation ennuyeuse pendant que nous mangions et à laquelle j'essayai de temps en temps de participer. Le plus souvent, Becca se contentait de rire en les voyant. Elle dîne souvent avec nous, aussi cela n'avait rien de nouveau.

"Je vais t'aider à débarrasser" dit Becca quand nous eûmes terminé.

Je fis la vaisselle pendant qu'elle essuyait et que parents allaient s'installer au salon.

"Dis donc, ton père est tellement canon."

Je roulai des yeux et faillis en recracher mon dîner. Ce n'est pas la première que je l'entends dire ça, mais je ne m'y habitue jamais.

"Je pense que tu as des problèmes" dis-je en riant tout en lui tendant une autre assiette.

"Je ne crois pas. Il n'a même pas l'air vieux. Il a ce petit air intellectuel qui le rend vraiment charmant."

"Oui, enfin, c'est mon père. Alors tout ce que je vois, c'est qu'il est vieux" m'esclaffai-je.

"J'ai besoin de finir avec un homme comme lui."

Nous rîmes toutes les deux. "Je suppose que c'est comme ça qu'il a fini par convaincre ma mère de sortir avec lui."

Ma mère n'était pas du tout comme moi au lycée. Elle était très impliquée dans la vie sociale, avait beaucoup d'amis et avait eu au moins trois petits amis au même âge que moi. Les deux fois où j'ai embrassé Roy Simmons dans le laboratoire de chimie ne compte pas à mes yeux. Elle était pareille à la fac, et c'est là qu'elle avait rencontré mon père. Je décroche toujours quant au reste de leur histoire.

Une fois que nous eûmes fini de ranger, nous retournâmes dans ma chambre.

"Ne faites pas trop de bruit les filles !" nous demanda ma mère.

Je fis mes devoirs de physique pendant que Becca faisait de l'anglais, je crois.

"Tu vas reparler à Pete ?" me demanda-t-elle tout à coup.

"Heu, je ne sais pas. Sans doute que non. Pourquoi ?"

Elle haussa les épaules.

"Eh bien… peut-être qu'il était vraiment sincère. Ca paraît fou mais ce n'est pas impossible, en fait."

"Peut-être. Mais je pense que je n'ai pas envie de le savoir. On n'est pas dans un film où le beau sportif séduit l'intello, Becca."

Elle rit. Je ne trouvai pas ça drôle. Pour être honnête, tout cela m'effrayait un peu. Je ne savais pas ce que j'allais faire s'il était sincère pour de bon.

"Je sais, je sais. Je me dis juste que si tu lui laissais une chance… et c'est seulement une possibilité, eh bien ça ne serait pas si mal."

Je hochai la tête tout en y réfléchissant.

"Oui. Tu as raison."

* * *

J'étais inquiète en allant mon cours d'histoire de la musique. Et je me détestais un peu de ressentir cela. Je portais même une chemise imprimée ce jour-là, au lieu d'une unie. Je n'avais même pas besoin de lever les yeux de mon bureau pour savoir qu'il venait d'entrer dans la pièce.

Le plancher craqua sous ses pas tandis qu'il prenait place à côté de moi. Il rapprocha son bureau un peu plus près tandis que je le regardais du coin de l'œil.

"Salut Grayson."

Sa voix profonde emplit toute mon oreille. Je ressentis une chaleur jusque dans mon cou et je pestai silencieusement contre moi-même parce que je rougissais rien qu'avec son bonjour.

"Salut." Ma voix était à peine plus qu'un murmure.

"Tu n'as pas été très sympa hier avec moi."

Je me tournai pour le regarder.

"Tu n'as pas été très sympa avec moi pendant des années."

Il me rendit mon regard et ses lèvres esquissèrent un sourire. Ses lèvres qu'on avait vraiment envie d'embrasser et sa parfaite rangée de dents me rendirent alors confuse.

"C'est vrai. Laisse-moi me faire pardonner. Je n'ai simplement pas été moi-même ces derniers temps."

Je reniflai.

"Tu n'as pas été toi-même depuis notre première année ?" C'était une question rhétorique qui, je l'espérais, ferait qu'il me laisserait tranquille. Ce ne fut pas le cas.

"Tu me croirais si je te disais que c'est le cas ?"

"Non."

Le professeur commença à faire son cours et je tâchai de me concentrer pour prendre des notes.

"Alors, qu'est-ce que tu en dis ?" Il se pencha plus près de moi. Je sentais que les gens derrière moi nous regardaient.

"A propos de quoi ?" murmurai-je agressivement.

Il était penché si près que je pouvais sentir son chewing-gum ainsi que son parfum. Je n'arrivais pas encore à déterminer ce que c'était.

"Laisse-moi me rattraper auprès de toi par rapport à ces trois dernières années."

Je serrai ma mâchoire.

"Excuse-moi, c'était sexiste ce que j'ai fait, non ?"

"Un peu."

"Eh bien, je me suis conduit comme un imbécile et je devrais faire davantage que juste prononcer des excuses."

Je secouai la tête.

"Non. Laisse-moi tranquille."

Je murmurai en colère et m'éloignai de lui. Le professeur se retourna du tableau et me regarda d'un drôle d'air. Mais Pete me laissa finalement tranquille et je pus continuer à prendre mes notes. Le cours se termina et j'essayai de filer en vitesse.

"Est-ce que tu peux au moins y réfléchir ?" lança-t-il après moi tandis que je me rendais au cours suivant.

"Quoi ? Non."

C'était différent de marcher à côté de lui. J'ai l'habitude de baisser les yeux sur les autres et de me voûter pour ne pas paraître aussi grande. Mais à côté de lui, je me tenais bien droite et ne réfléchissait plus à deux fois à mes longues enjambées. En fait, je devais même faire un effort pour marcher au même rythme que lui. Il n'était même pas vraiment proche de moi, mais mon bras n'en effleurait pas moins son biceps.

"Je vais juste continuer à te le demander". Il sourit en me regardant. Je jetai un œil dans le couloir et vis les gens nous regarder et nous montrer du doigt, en particulier les filles.

"Tu n'as pas peur d'être vu avec moi ?" Je m'arrêtai de marcher et levai les yeux vers lui. Il continua de me sourire, les yeux brillants.

"Je n'ai peur de rien, bébé."

J'en eus le souffle coupé et je fus forcée de secouer la tête avant de finalement trouver mes mots.

"Juste, laisse-moi tranquille."

Je m'éloignai de lui rapidement et allai à mon cours d'anglais. Au moins, Faulkner m'empêcherait de penser aux plaisanteries bizarres de Pete. Pourquoi insistait-il autant ?

Je ne trouvais pas la réponse. Je me demandais comment il ferait pour se rattraper comme il l'avait dit. Je ne pouvais pas m'imaginer aller quelque part avec lui, ou le considérer comme autre chose que le sportif désagréable et blessant qu'il avait été pour moi toutes ces années.

"Grayson, vous êtes un peu dans la lune aujourd'hui ?" Mme Lopez, la prof d'anglais qui vivait probablement à la même époque que Faulkner m'interpella.

"Oh, je suis désolée." Je repris là nous nous étions arrêtés dans notre lecture. Nous lisions à voix haute à chaque cours suivant l'ordre dans lequel nous étions assis. J'étais trop perdue dans mes pensées et n'avais pas remarqué que mon tour était arrivé.

Le cours s'acheva et je restai troublée jusqu'à ce que je retrouve Becca pour déjeuner.

"J'ai encore parlé avec Pete" dis-je après avoir mangé. Il fallait que je cesse de sauter mon déjeuner à cause de ce type.

"Quoi ? Comment ça ?" dit-elle en manquant presque de recracher son yaourt.

"Euh… il a dit qu'il voulait se rattraper auprès de moi, qu'il s'était conduit comme un imbécile. Je lui ai dit que je ne voulais pas et il m'a suivie hors de la classe."

Elle haussa un sourcil de surprise.

"Oh wow… est-ce que tu as pensé à lui dire oui ?"

"Non. Du moins je ne crois pas. Je ne sais même pas ce qu'il voulait vraiment demander."

Elle commença à rire comme si je venais de raconter une blague.

"Il voulait sortir avec toi, idiote."

Je fis un mouvement de recul. J'avais l'impression qu'une araignée venait de grimper dans mon cou. J'étais complètement abasourdie.

"Pourquoi diable voudrait-il faire ça ?" criai-je presque.

"Il a dit qu'il voulait se rattraper auprès de toi… ou alors c'est parce qu'il t'aime bien. Tu es séduisante, tu sais."

Je roulai des yeux. Becca essaie toujours de me donner confiance en moi.

"Oui, d'accord. Je dois faire gaffe à ce que ce ne soit pas un nouveau canular. Je vais continuer à lui répondre non à chaque fois qu'il me le demande."

"A chaque fois ?" insista-t-elle.

"Oui, il a dit qu'il allait juste continuer à me demander. Espérons qu'il va finir par se fatiguer et me laisser enfin tranquille."

Becca secoua la tête.

"Je ne sais pas pour ça, mais je suis avec toi quoique tu décides de faire."

Ce fut la dernière chose dont nous parlâmes pendant le déjeuner. La journée s'acheva et nous rentrâmes dans sa voiture. Cette fois nous allâmes chez elle. Elle avait commencé à tout organiser pour le bal du lycée et avait pris possession de la salle à manger de chez elle. Ils en avaient deux de toute manière.

Sa maison était grande et parfaitement adaptée pour deux médecins. Tout était parfaitement astiqué.

Je fis mes devoirs de physique puis commençai à coller un tas de fiches sur son grand tableau blanc. Je n'avais aucune idée de comment tout cela était organisé, mais elle semblait savoir ce qu'elle faisait.

"Tu veux qu'on sortes pour dîner ?"

"D'accord" dis-je en haussant les épaules.

Je terminai ce que je faisais et nous sortîmes pour trouver un endroit où manger. J'envoyai un message à ma mère pour lui dire que je ne serai pas là pour dîner. Elle et mon père ne sont pas stricts ou ce genre de choses, mais ils aiment savoir où je suis quand je ne suis pas à la maison.

"Ca serait pas mal de manger mexicain."

Nous nous arrêtâmes chez Fuzzy. Dès que nous fumes entrées, je le regrettai. Quelques élèves du lycée étaient là. On peut toujours les repérer dans leur blouson à initiales. Quelques uns portaient des inscriptions débiles comme Volleyball. Pardon, ce n'est pas que le volleyball soit débile, mais là ça en avait l'air. Moi je n'essaie pas de porter un blouson indiquant que j'aime les choses intellectuelles. Ce genre de blouson ne m'irait pas de toute façon.

Nous passâmes commande et prîmes place à une table tranquille au fond de la salle.

"Alors je crois que le bal du lycée devrait être costumé, comme ça je pourrai sortir le grand jeu pour m'habiller, il faudrait que ce soit quelque chose de grandiose, tu comprends" s'exclama Becca.

"Ca a l'air sympa. Je pense que tu fais vraiment du bon travail."

"Merci… Tu as décidé si tu venais ou pas ? J'ai besoin de quelqu'un avec qui venir" dit-elle en me poussant du genou.

"D'accord… je viendrai. Juste pour toi."

Elle sourit d'un air si radieux que cela valait la peine d'accepter rien que pour ça.

"Tu fais quoi ce week-end ?" me demanda-t-elle.

Mon tacos au poisson arriva, il était vraiment bon.

"Je pense que je vais commencer à préparer mes dossiers de candidature pour l'université. Et toi ?"

Elle gloussa.

"Je voulais aller faire du shopping, mais je me sentirais trop coupable maintenant."

Je secouai la tête.

"Ne le sois pas. Je n'y passerai pas tant de temps que ça. Tu dois toujours aller au match vendredi ?" lui demandai-je. Elle est habituellement obligée d'assister à tous les matchs en tant que représentante du conseil des étudiants.

"Je ne pense pas. Je n'en ai pas vraiment envie de toute façon."

Nous terminâmes de manger et elle me reconduisit chez moi. Je me couchai tôt et décidai de lire un peu avant de dormir. Je ne parvins à lire qu'un roman de science-fiction. Cela me fatigua suffisamment pour que mes yeux commencent à se fermer tout seuls, mais même après que j'eus reposé le livre, je ne pus arriver à m'endormir.

Je continuais à penser à Pete et sa proposition. Ce qui m'inquiétait le plus, c'était de me rendre compte qu'une petite partie de moi désirait être comme dans ces films où le sportif séduit l'intellectuelle.

* * *

Chapitre 4 : Écart-type

Je déchirai tout à mon premier devoir de mathématiques et ce fut la meilleure chose qui m'arriva de toute la semaine. Le devoir ne comportait que deux questions, aussi le professeur les corrigea-t-il immédiatement après que nous ayons terminé.

"Bon travail, Grayson" dit-il en souriant gentiment. Je savais qu'il était content parce que je semblais être la preuve qu'il faisait un cours de qualité. La plupart des élèves dans sa classe arrivaient à peine à la moyenne, j'étais probablement la seule à avoir une note supérieure.

Le reste de la journée passa vite mais je ne vis pas Becca. Elle avait une réunion du conseil des étudiants et il ne restait plus que deux semaines avant le bal du lycée, aussi cela durerait probablement des heures.

Cela faisait un mois complet depuis les événements, et chaque jour à notre cours d'histoire de la musique, Pete continuait en effet à me demander de sortir avec lui puis m'accompagnait jusqu'à mon cours suivant. C'était ennuyeux les premiers jours et ne faisait qu'inciter les autres à rire de moi. Mais ensuite… je commençai à attendre ce moment. Berk, je sais.

Son sourire et son charme me faisait de plus en plus d'effet et ce jour-là, je faillis céder. Mais je le laissai une nouvelle en lui disant non.

"Comment s'est passée l'école aujourd'hui ?" me demanda ma mère pendant que je l'aidais à préparer le dîner. C'était des lasagnes ce soir-là.

"Bien. J'ai eu une super note à mon devoir de maths" souris-je.

"C'est bien ! Je suis tellement fière de toi." Elle dit toujours des choses comme ça. Il n'y avait pas grand chose à dire puisque j'ai toujours de bonnes notes. Parfois j'aurais envie que ça change un peu et avoir de moins bons résultats, au moins de temps en temps.

"Comment va Becca ? Ca me surprend qu'elle ne soit pas là". Elle enfourna le plat dans le four et s'essuya les mains.

"Oh, euh, elle a une réunion du conseil des étudiants. C'est bientôt le bal du lycée alors qu'elle a beaucoup de choses à préparer ces derniers temps."

Elle hocha la tête.

"Je vois. Tu y vas cette année ?"

"Oui, je lui ai promis que j'irai."

Elle sourit légèrement. Ma mère a toujours désiré secrètement que je sois enthousiaste à propos des fêtes à l'école, m'emmener acheter des robes et tout ça, bien qu'elle essayât de le cacher.

Je m'inclinai au collège et durant la première année de lycée, mais ensuite elle arrêta de m'y obliger.

"C'est gentil de ta part. Et quoi de neuf à part ça ?"

Elle me proposa du thé tandis qu'elle s'en versait elle-même une tasse.

"Rien, pas grand-chose. Je pense que je peux envoyer mes candidatures la semaine prochaine si j'ai toutes mes lettres de recommandation à temps" dis-je en prenant une grande gorgée de mon thé.

"Oh, d'accord, c'est bien. Je peux mettre de l'argent sur ton compte, dis-moi juste combien."

"Merci maman."

Tandis que j'étais assise à boire mon thé avec elle, je ne voulais rien de plus que de lui demander des conseils à propos de Pete. Becca ne voit pas très clair parfois, elle veut que ça marche parce que ça ferait comme dans les films qu'elle adore regarder. Et elle est convaincue que je devrais être plus sociable… peu importe comment.

"Hé, maman, je peux te demander quelque chose ?"

"Bien sûr, quoi donc ?" Elle se tourna vers et prit son air "maternel."

Continuer : partie 2 sur 2