Quand la mort nous sépare, ép.2
Chapitre 5
Le lendemain matin, je descends dans la cuisine, épuisée par cette nuit mouvementée.
J'évite de croiser son regard, bien décidée à l'ignorer.
– Tu comptes me faire la tête toute la journée ? ironise-t-il.
–…
– Donc nous allons passer la journée à nous ignorer ! Formidable...
– Oui, je pense que c'est mieux en effet ! ne puis-je m’empêcher de répondre agacée de le voir sourire, alors que j'ai passé une nuit atroce.
– Ah, tu as retrouvé ta langue, très bien !
– Pas pour longtemps ! Je vais m'absenter cet après-midi !
– Comment ça ? demande-t-il en perdant soudainement sa bonne humeur.
– Je vais voir Timaël... J'ai déjà assez perdu de temps, je dois y aller...
– Non... Tu n'es pas prête ! Reste avec moi, tu ne connais rien du monde extérieur Adélice, s'emporte-t-il.
Je le fixe, surprise de le voir sincèrement inquiet pour moi. Il a des réactions que je ne m'explique toujours pas.
– Je sais me déplacer par la pensée, c'est tout ce dont j'ai besoin.
– Et comment vas-tu l'aborder, tu y as réfléchi ? Tu n'as pas le droit de lui dire la vérité !
– Je verrai bien...
Je le regarde faire les cent pas dans la cuisine, son visage s'est crispé et ses yeux sont plus sombres que jamais.
– Pourquoi ne veux-tu pas que je voie Timaël ? Serais-tu jaloux ? demandé-je intriguée par son comportement.
– Quoi... Jaloux d'un humain ? Sûrement pas ! Pourquoi serais-je jaloux ? Tu ne m'aimes pas et c'est réciproque !
– C'est vrai, donc il n'y a aucune raison que je n'y aille pas ! Je ne dispose que d'une année et je compte bien en profiter !
– Très bien, fais ce que tu veux, mais ne viens pas pleurer après ! lance-t-il en sortant de la pièce.
– Ça, ça ne risque pas d'arriver, démon, crié-je pour qu'il m'entende.
Je monte dans ma chambre me préparer. J'enfile une petite robe noire et des escarpins en essayant de me convaincre que ce n'est pas pour plaire à Timaël.
Une fois prête, je respire un grand coup, je mentirais si je disais que je ne suis pas nerveuse à l'idée de le revoir. En vérité je suis morte de trouille et mon cœur fait trembler ma poitrine.
Je ferme les yeux et pense très fort à lui, je revois chaque détail de son sublime visage et en moins d'une seconde, je suis propulsée dans un drôle d'endroit.
On dirait une auberge où les gens se restaurent et boivent. Je reconnais tout de suite sa silhouette assise à une table dans un coin. Il est seul, les yeux hagards, il boit sans vraiment regarder ce qui se passe autour de lui.
Je m’approche tout doucement en ayant du mal à trouver en lui la moindre étincelle de vie. Je n'arrive pas à croire que c'est à cause de moi qu'il en est arrivé là.
– Bonjour, dis-je en arrivant à sa hauteur.
Ses grands yeux vides de toute expression se tournent vers moi, mais il ne répond pas alors j'insiste :
– Je peux m'asseoir avec vous, toutes les tables sont prises ?
– Faites comme vous voulez, répond-il en avalant son verre d'une traite. Mais je vous préviens, je ne suis pas de bonne compagnie, conclut-il en commandant un autre whisky.
Je m'installe en le détaillant du regard et remarque tout de suite le changement. Ses cheveux et sa barbe ont poussé, ses vêtements sont tout froissés, il ne prend plus soin de lui, ma gorge se serre.
– Vous buvez quelque chose ? me demande-t-il.
– Oui, un jus d'orange, s'il vous plaît.
– Un jus d'orange pour la dame crie-t-il à l'homme qui venait de le servir.
Quand mon verre arrive, j'en bois quelques gorgées ayant la gorge sèche. Je regarde cet homme qui m'obsède depuis presque un an, sans savoir quoi lui dire. C'est lui qui brise le silence.
– Alors que faites-vous dans ce bar toute seule ? Je ne me souviens pas vous y avoir déjà vue.
– Je suis de passage...
– Et que faites-vous dans la vie ?
– Rien... Enfin rien d'intéressant.
– Et donc vous êtes dans ce bar parce que... vous cherchez de la compagnie ?
– Non ! m’exclamé-je.
– Ah, tant mieux car je ne suis pas intéressé !
– Pourquoi ? Enfin, je veux dire pourquoi êtes-vous seul en ce lieu?
– Parce que... Je suis bien ici et que personne ne m'attend à la maison.
– C'est triste... dis-je en reconnaissant Alastor assis un peu plus loin. Il me dévisage et ne semble pas de meilleure humeur, un rictus déforme ses lèvres.
– Je reviens, dis-je en me levant pour le rejoindre. Que fais-tu là démon ? demandé-je énervée.
– Ne m'appelle pas ainsi ! s'emporte-t-il. Je me faisais du souci pour toi, mais je vois que madame prend du bon temps !
– Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?
– Tu m'appartiens Adélice ! grogne-t-il en attrapant mon bras. Rappelle-toi que tu es à moi... finit-il en se levant pour sortir.
Je mets quelques minutes pour arrêter le tremblement de mes membres. Pourquoi réagit-il ainsi ? J'ai décidément vraiment du mal à cerner le personnage. Je retourne auprès de Timaël.
On passe l'après-midi ensemble. Il me parle de sa vie en évitant bien sûr le sujet qui me préoccupe. Alors bien décidée à percer l’abcès, je me lance :
– Tu es marié ?
– Non, je ne le suis plus.
– Un bel homme comme toi ? Tu as forcément une petite amie ?
– Non, je ne veux pas parler de ça, s'agace-t-il en évitant mon regard.
– Désolée... Je ne voulais pas t’embêter avec mes questions. Je suis trop curieuse.
– Ce n'est pas ta faute, seulement j'ai du mal à me remettre d'une histoire et je ne veux pas en parler.
– Oh tu sais, tu peux me parler de tout. Je crois qu'en histoire d'amour, j'ai à peu près tout vu ! Moi-même, j'ai du mal à me remettre d'une séparation.
– C'est toi qui es partie ? questionne-t-il tout d'un coup intéressé par la conversation.
– Non c'est lui... Mais... Je ne lui en veux pas, je le comprends.
– Tu lui as pardonné ? demande-t-il l'air tourmenté.
– Oui, parce que des fois, la vie ne nous laisse pas le choix. Je sais qu'il m'a aimée autant que je l'ai aimé... Mais pour notre bien à tous les deux, il valait mieux que l'on se sépare.
– C'est ce que je pensais aussi quand je suis parti, mais... Je n'arrive pas à passer à autre chose, finit-il le visage ravagé par la douleur.
Mon cœur s’arrête de battre, je ravale mes larmes en me disant qu'il vaut mieux que je parte avant de craquer devant lui.
– Je dois partir Timaël.
– Comment sais-tu mon prénom ? demande-t-il soudainement en plongeant ses yeux dans les miens.
– Tu as dû me le dire... répliqué-je en me rendant compte de mon erreur.
– Je ne crois pas, dit-il en réfléchissant.
– Si, bien sûr que si, sinon comment voudrais-tu que je connaisse ton prénom ? Je dois y aller, m’empressai-je de dire en me levant.
– Je peux te revoir ?
– Je... Je ne sais pas... Peut-être que je reviendrai boire un verre avant mon départ.
– Je l'espère, ça m'a fait du bien de te parler.
– Moi aussi, à bientôt, dis-je en m'éloignant le cœur serré.
Une fois dans la rue, je visualise très fort ma chambre et en moins d'une seconde je m'y retrouve.
Je reste assise un long moment sur mon lit, le temps de me remettre de mes émotions.
Ça m'a fait tellement de bien de le revoir, mais en même temps ça fait si mal...
Au bout d'un moment, je décide de descendre affronter Alastor.
Je le trouve assis dans un fauteuil du salon, dans la pénombre. Je m'assois en face de lui et reste silencieuse. C'est lui qui lance la conversation d'une voix glaciale :
– Ton petit rendez-vous est déjà fini ?
– Oui...
– Que c'était pitoyable de vous voir tous les deux ensemble ! crache-t-il en colère.
– Ce qui est pitoyable, démon, c'est ton comportement !
– Arrête de m'appeler comme ça ! crie-t-il en se mettant debout l'air menaçant.
Je n'ose plus bouger, mes jambes s'entrechoquent. Je n’arrive pas à détourner mon regard de ses yeux si noirs habituellement, mais dont la couleur rouge à cet instant me glace le sang.
– Tu ne sais rien de moi, je t'interdis de m’appeler démon...
– Tu ne sais rien de moi non plus, murmuré-je.
– Oh, j'en sais suffisamment Adélice pour te dire que tu ne vaux pas mieux que nous autres !
– Non c'est faux, je ne suis pas comme vous ! m'emporté-je.
– Tu es peut-être même pire que nous, déclare-t-il en s’approchant de moi pour arrêter du pouce la course folle d'une larme sur ma joue.
Je tressaille à son contact, mon cœur s'emballe, je me déteste de réagir comme ça.
– Pourquoi dis-tu ça ? demandé-je anxieuse.
– J'ai mes raisons.
– Ce n'est pas une réponse !
– Un jour tu comprendras... Un jour tu comprendras, répète-t-il en me laissant seule.
Je reste figée, essayant de comprendre ses paroles sans y parvenir. Alors je monte me coucher sans manger, trop fatiguée pour l’affronter une nouvelle fois.
OceanofPDF.com