Sauvée PAR UN Highlander (French Edition)
Chapitre 1
Écosse, années 1200
Un liquide chaud serpenta le long de sa joue jusqu’au coin fissuré de sa bouche. Madeline MacDonald saisit le sang avec sa langue, et le goût salé envahit ses sens. Elle s’efforça de rester droite et inébranlable en regardant la main de son demi-frère effectuer un large arc de cercle avant de toucher son autre joue. Se retenant de ne pas crier de douleur, elle le fixa dans les yeux, essayant de déterminer son humeur. L’expérience lui avait appris que si elle criait, il y prenait plus de plaisir et que la punition durerait plus longtemps.
La chambre était silencieuse, à l’exception du son distant d’un goutte-à-goutte lent et perçant au loin. Son cœur battait la chamade à cause de la peur. Son instinct lui disait de fuir, mais elle savait qu’elle ne pourrait pas échapper à Kenneth. Sa main trembla lorsqu’elle se redressa pour essuyer le sang de son visage. Le contact de ses propres doigts provoquait une douleur qui se propageait dans tout son corps, mais elle ne bougea pas pour autant. Sa respiration devint plus rapide, plus frénétique. Elle devait garder le contrôle. Fermant les yeux, elle voulut que son cœur batte moins vite, mais en vain. Combien de temps cette bastonnade allait-elle durer ? À chaque fois, elle s’endurcissait un peu plus, pour qu’il ne puisse pas la briser aussi facilement.
Un plaisir pervers envahit le visage de son demi-frère. C’était un homme cruel et insensible, un fait qu’elle n’avait que trop bien appris depuis la mort de ses parents, il y a deux ans.
Il s’approcha d’elle, la saisissant à la gorge. « Tu vas l’épouser. Tu m’entends, salope ? Tu ne vas pas ruiner tous mes plans ! Tu vas épouser Niles Comming dans moins de quinze jours. Compris, Madeline ? » Le crachat de Kenneth MacDonald frôla de justesse son visage.
En une fraction de seconde, il la lâcha et commença à arpenter la chambre. « Je pourrais très bien t’y obliger. Je n’ai pas besoin de ton approbation. Je connais le prêtre idéal pour cette circonstance. Il ne peut rien me refuser. » Kenneth hocha la tête tout en continuant à marcher de long en large devant elle. « Toutefois, tu disposes du soutien de la moitié du clan. Je ne peux pas me permettre la moindre révolte de la part de mes gardes ou des domestiques. Tu feras ce que je te dis, ainsi ton clan ne se révoltera pas. Compris ? »
Madeline puisa de son for intérieur l’effort nécessaire pour faire bouger sa tête. Elle n’épouserait jamais ce Comming, l’homme qui l’avait violée, aussi menaçant que soit son demi-frère.
« Tu oses encore une fois de plus me dire non ? » hurla Kenneth.
Oui, comme toujours. Je supporterai les bastonnades. Elles ne pourraient jamais être aussi terribles que l’humiliation et la douleur qu’elle avait endurées des mains de leur voisin laird.
Madeline souhaitait que son corps se détende. Ses os avaient moins de chances de se briser si elle était calme. Mais le poing de Kenneth se dirigea directement vers son ventre, faisant naître une douleur viscérale dans tout son corps. Elle perdit l’équilibre et s’écrasa sur le sol fait de pierres froides. Alors que le pied de son demi-frère se dirigeait vers son ventre, elle essaya de se replier en boule, mais ses réflexes furent trop lents. La douleur qui parcourut son corps fit disparaître le monde qui l’entourait.
***
Assis sur l’estrade du donjon MacDonald, le Laird Alexander Grant regardait la crasse qui recouvrait les joncs sur le sol du grand hall. Cet endroit s’était davantage détérioré depuis sa dernière visite. Il jeta un coup d’œil à son frère Brodie tandis que leur hôte, Kenneth MacDonald, aboyait des ordres.
« Va nous chercher de l’ale, espèce de paresseuse », hurla Kenneth à une servante tout en lui donnant une tape sur le derrière pour la motiver.
« À vos ordres, mon laird », marmonna-t-elle en se précipitant vers la cuisine.
« Mille excuses, Laird Grant. C’est ma sœur qui s’occupe habituellement de tout ce qui concerne les cuisines, mais actuellement, elle est malade. Voyez-vous combien ces femmes sont paresseuses quand elle n’est pas là ? Mes valets ne méritent pas la nourriture que je leur donne. » Kenneth grimpa sur le banc de sa table, balayant miettes et débris sur le sol autour d’eux.
Alex maîtrisa son embarras avant de parler. « Laird MacDonald, notre intention n’était pas de vous déranger. Nous partirons aussitôt que nous aurons discuté de nos préoccupations avec vous. Nous faisons face à de plus en plus de petites attaques et de vols sur nos terres. Il y a sûrement de nouveaux reivers. Avez-vous observé le même phénomène ici ? »
« Non, personne ne prendrait le risque de nous déranger. Mes gardes sont très robustes. Des reivers, vous dites ? » Kenneth détourna la tête en parlant.
Alex vit un changement subtil dans les yeux de son hôte. Il évalua soigneusement son voisin laird avant de parler. « Nous ne les avons pas encore pris au piège, mais soyez-en sûrs, nous le ferons. L’été est le moment idéal pour solliciter l’aide des voisins, de toute façon, et il était temps pour nous de vous rendre visite. »
« Je ne peux pas vous aider à résoudre votre problème. Toutefois, vous pouvez toujours passer la nuit chez nous avant de reprendre votre chemin », dit Kenneth.
Brodie reprit rapidement : « Non, pas la peine. Par contre, une boisson nous fera le plus grand bien avant notre départ. Nous avons beaucoup de route à parcourir avant de retourner sur nos terres. »
Le regard d’Alex se promenait dans le hall sale. Il n’y avait là aucune tapisserie magnifique, et aucune chaise avec des coussins. La puanteur de la nourriture aigre imprégnait ses narines. Sa sœur Brenna gardait tout impeccable dans son donjon. Son hall évoquait la riche histoire du clan Grant. Il était fier des armes exposées, de l’artisanat visible sur les chaises à dossier haut et les tables. Après avoir vu ce désastre, il s’assurerait de remercier sa sœur plus souvent pour son dur labeur. Contrairement à ce laird, Alex était convaincu qu’il fallait bien traiter tous les membres de son clan. Même les chiens de cet homme restaient loin de lui.
Son instinct prit le dessus tandis qu’il se retournait pour faire face à son hôte. « Non, Brodie, je vais accepter l’offre du laird. J’aimerais avoir une bonne nuit de repos avant de continuer. Dis aux gardes que nous restons pour la nuit. »
Brodie le regarda fixement, souhaitant de toute évidence s’éloigner de cet endroit. Alex savait que sa décision de rester n’avait pas de sens, mais quelque chose n’allait pas dans ce lieu. Il entendait clairement les mots de son père dans son esprit : Écoute ton instinct, mon fils, il ne te décevra jamais.
Son instinct lui disait de rester.
***
Madeline essaya d’ouvrir les yeux. L’un d’eux devait être fermé à cause de l’enflure, car il ne bougeait pas. Elle pouvait voir assez distinctement pour réaliser qu’elle était dans sa chambre. Ce n’était pas la belle chambre dans laquelle elle avait résidé du vivant de ses parents, mais la chambre froide et modeste dans laquelle son demi-frère l’avait installée après leur mort. Tentant de se retourner, elle gémit lorsque ses bleus se heurtèrent au bois dur et qu’une douleur aiguë lui traversa le ventre. Le grabat n’était plus rempli de plumes douces, il lui avait enlevé tout confort. Instantanément, sa servante, Alice, apparut dans son champ de vision.
« Maddie, oh, Maddie, tu vas bien, ma chère ? », demanda Alice.
Sa faible tentative de suivre les mouvements nerveux d’Alice échoua. « Alice, s’il te plaît, tiens-toi tranquille, j’ai déjà assez mal à la tête. »
« Oh, Mac et moi nous nous sommes fait un sang d’encre. Tu as sans doute au moins une côte cassée, et ton œil est complètement enflé. Peux-tu voir ? Ne me dis pas qu’il t’a rendu aveugle. S’il te plaît, Maddie. »
« Alice », marmonna Maddie. « Je vais bien. Puis-je avoir un peu d’eau, s’il te plaît ? »
« Bien sûr. » Alice approcha un gobelet de ses lèvres pour l’aider à boire. « Que devrions-nous faire ? Il finira par te tuer. Ne serais-tu pas plus heureuse avec Niles Comming ? Il ne peut être aussi mauvais que Kenneth. Dis oui, s’il te plaît ! Accepte le mariage. Je ne peux pas supporter de te perdre. J’ai promis à ta chère mère de prendre soin de toi. »
Les souvenirs douloureux du corps imposant et cruel de Niles Comming se frayèrent un chemin dans son esprit. « Non, je ne l’épouserai pas. Il faut que j’aille dans un couvent. Je ne supporterai plus jamais le toucher d’un homme. » Les yeux de Maddie se fermèrent pendant qu’elle buvait le reste d’eau.
***
Brodie suivit Alex dans le couloir jusqu’aux deux chambres qui leur avaient été attribuées pour la nuit.
« Alex, tu as certainement perdu la raison. Pourquoi rester dans cet endroit répugnant ? Je préférerais dormir sous les étoiles en compagnie de nos hommes. »
« Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose cloche. Alors on reste. Va dormir un peu. » Alex fit un signe de tête en direction de la porte de Brodie au bout du couloir avant de pénétrer dans sa propre chambre.
Après avoir remarqué le mince matelas de paille sur le grabat, il soupira. Pourquoi était-il là ? Il jeta un coup d’œil à travers la chambre. La poussière recouvrait presque toutes les surfaces. Bien qu’il ait retiré son épée, il la déposa près de son lit au cas où une attaque se produirait pendant la nuit. Il plissa le nez à l’odeur des joncs desséchés sur le sol. Un petit coup sur la porte interrompit ses pensées, et une femme aux cheveux noirs se glissa dans la pièce quand il lui fit signe d’entrer.
Elle fit une révérence à Alex. « Mon laird m’a chargée d’être à votre service cette nuit. » Elle se pencha vers lui, lui offrant une vue de sa poitrine généreuse.
Alex fixa la femme. Elle avait des courbes douces, et il n’avait pas été en compagnie d’une femme depuis un moment. Il devrait probablement accepter le cadeau.
Mais il ne pouvait pas. La peur qui se lisait dans ses yeux était trop pénible pour lui. Quel homme cruel doit être son laird.
« Jeune femme, je dirai à votre laird que vous vous êtes bien occupée de moi, mais je suis trop fatigué pour quoi que ce soit. »
« S’il vous plaît, je ferai tout ce que vous voudrez, mais ne me renvoyez pas maintenant. »
Alex scruta son visage et réalisa qu’elle était sincère. La jeune fille s’était mordillé la lèvre si fort que du sang en coulait.
« Occupez-vous de mon frère, jeune fille. Je ne vous renverrai pas à votre laird. »
« Merci, merci. » Elle se retourna et se rua vers l’extérieur.
Alex s’assit sur le grabat, soulevant un nuage de poussière. Qu’est-ce qui n’allait pas chez lui ces derniers temps ? Il avait l’habitude de visiter fréquemment certaines femmes de son village, mais il n’avait encore rencontré aucune femme qui suscitait autre chose que du désir. Son désir était facilement assouvi. En réalité, il voulait une relation comme celle que ses parents avaient eue. Ils s’étaient aimés à la folie. Ces derniers temps, il était de moins en moins intéressé par les badinages insignifiants qu’il avait l’habitude de rechercher.
Maintenant qu’il avait perdu son père il n’y a pas longtemps et qu’il était devenu officiellement le laird de son clan, il était trop occupé pour penser à trouver une partenaire. Il avait été fiancé autrefois, mais cela l’avait dégoûté. Cette femme n’avait pas été celle de son choix, donc la rupture ne l’avait certainement pas bouleversé. Peut-être n’était-il pas destiné à être un mari ou un père. Son père lui avait dit qu’il était né pour diriger. Serait-ce suffisant ?
Alex se surprit à marcher vers la porte. Il entra dans le couloir et regarda dans les deux sens. Le parapet, il devait trouver le parapet. C’était ce dont il avait besoin cette nuit. Il savait que l’air frais de la nuit l’aiderait à se vider la tête. S’il ouvrait plusieurs portes, il était certain de trouver la bonne.
Il se déplaça le long du couloir, secouant la tête aux ricanements qu’il entendait depuis la chambre de son frère. La chambre suivante était vide. Il se dirigea vers la porte suivante et l’ouvrit silencieusement.
Au moment où il allait la refermer, il se figea. La pièce était sombre, mais la bougie du couloir éclairait le côté du visage d’une femme endormie sur le lit. Suivant son instinct une fois de plus, il fit deux pas de plus dans la pièce, prit une bougie à proximité et referma la porte derrière lui.
Elle était couchée sur le côté. Ses courbes douces étaient visibles à travers la fine couverture qui la couvrait jusqu’au menton. Il voulait s’approcher, mais n’osait pas, de peur de la réveiller. En respirant son parfum de lavande, un étrange sentiment de paix l’envahit. Ses cheveux tombaient en douces vagues dorées sur ses épaules. Qui était-elle ? Était-ce la sœur du laird ?
Ses yeux se posèrent sur ses lèvres roses et pleines et il devint instantanément excité. Il parcourut à nouveau son corps des yeux. Elle devait être la plus belle femme qu’il ait jamais vue. Il ramena son regard sur son visage et prit note de sa peau de porcelaine et de son petit nez effilé. Ses longs cils reposaient sur des pommettes hautes. Mais ce qu’il remarqua ensuite fit immédiatement disparaître son érection.
Elle avait été battue. Il se rapprocha et approcha suffisamment la bougie ; alors il vit du sang séché et des bleus enflés de l’autre côté de son visage. Elle était l’incarnation d’un ange, et quelqu’un l’avait battue. La colère se propagea dans ses veines, suivie rapidement par l’envie de la protéger. Il pouvait voir quelques décolorations sur la peau douce et exposée de son cou. Il se baissa, voulant la toucher et la réconforter. Voulant la protéger de celui qui avait fait ça.
Ses yeux s’ouvrirent brusquement, et il fut instantanément perdu dans un océan de bleu. Conscient de la façon dont elle allait interpréter sa présence soudaine dans sa chambre, il s’attendait à un cri. Au lieu de cela, elle s’éloigna de lui, gémit de douleur et murmura, « Non… »
Ne voulant pas la troubler ou l’effrayer, il se retourna et s’enfuit. Il trouva la porte menant au parapet au bout du couloir et se précipita sur les escaliers.
Mais ni la vue ni l’air de la nuit ne lui apportaient la paix. Qui était cette belle femme ? Et qui lui avait fait du mal ?
Il allait le découvrir.
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